Côte d'Ivoire : Gbagbo refuse les conditions proposées pour son départ
Le président sortant s’accroche à son siège. Les négociations sur les conditions de son départ ont échoué, l’attaque lancée par les forces de Ouattara sur le palais présidentiel également.
Menées sous l’égide de l’ONU, les discussions entre les clan pro-Ouattara et pro-Gbagbo à propos de la démission de ce dernier n’ont pas encore porté leurs fruits. Le président sortant refuse toujours de démissionner. Nick Birnback, porte-parole des opérations de maintien de la paix des Nations-Unies a déclaré à l’AFP que rien n’est pour autant perdu :
« Les discussions continuent, l’ONU offre ses bons offices autant que possible. »
Une proposition de départ trop humiliante aux yeux du clan Gbagbo ?
Pourtant, le départ de Gbagbo semblait hier imminent. Dans Le Monde daté du 7 avril, Jean-Philippe Rémy explique :
« La veille [mardi], son ministre des affaires étrangères, Alcide Djé Djé, pensait l’avoir amené à accepter de quitter la résidence et de se rendre pour l’annoncer à celle, voisine, de l’ambassade de France, où il était même annoncé “ dans une Mercedes noire ‘.
Son épouse, Simone, l’aurait dissuadé à la dernière minute de se soumettre à cette humiliation.’
Alain Jupé, ministre des Affaires étrangères, a annoncé l’échec de ces négociations, dû selon lui à ‘l’intransigeance de Laurent Gbagbo’.
Nouvel assault sur le palais présidentiel interrompu
Cet entêtement du président sortant a entraîné la reprise des combats à Abidjan ce mercredi. Ce matin, les forces de Ouattara ont lancé un assaut sur le palais présidentiel et la résidence de Gbagbo. La France a pour sa part assuré ne pas avoir participé à ces tirs à l’arme lourde, assurant que l’opération Licorne s’est concentrée sur l’assistance aux ressortissants français.
Face aux nombreux massacres, Louis Moreno Ocampo, président de la Cour pénal international (CPI) s’est dit prêt à ouvrir une enquête. Plusieurs organisations humanitaires ont en effet déclaré que des crimes de guerre et contre l’humanité ont été perpétrés.
Face à l’insécurité qui règne actuellement en Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud s’apprête, selon Jeune Afrique, à intervenir militairement afin d’évacuer ses ressortissants. Le mensuel se demande cependant si le mouillage d’un navire sud-africain et l’arrivée d’une centaine de parachutistes au Ghana n’a pas un autre but : assurer l’exfiltration de Gbagbo, envers qui le pays a été relativement bienveillant.
‘La Côte d’Ivoire vit un coup d’Etat’
Mardi soir, retranché dans le bunker de sa résidence à Abidjan, Laurent Gbagbo a affirmé par téléphone à un journaliste de LCI que ‘la Côte d’Ivoire vit un coup d’Etat’, et il refuse toujours à reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara comme la Communauté internationale le lui demande avant de lui permettre de quitter Abidjan.
‘La France est entrée directement en guerre contre nous’, a affirmé Laurent Gbagbo avant de conclure qu’il n’est pas un ‘kamikaze’ et ne ‘recherche pas la mort’. Ecoutez l’enregistrement de cette conversation surprenante avec le journaliste Vincent Hervouët, qui commence par lui demander où en sont les négociations :
Les premières informations faisant état d’une reddition de Laurent Gbagbo étaient donc prématurées. Mais l’ONU, et le premier ministre François Fillon ont fait état de négociations de reddition avec ses intermédiaires.
Plus tôt, quatre chars, des blindés de l’armée française, et un véhicule de la Croix-Rouge avec drapeau blanc, ont franchi les ponts joignant le nord et le sud d’Abidjan, jusque-là contrôlés par les pro-Gbagbo. Une trêve fragile était en vigueur mardi à Abidjan.
L’action française est-elle légitime ?
La France est entrée de plain-pied dans la guerre civile ivoirienne, lundi, en bombardant au nom des Nations unies les positions du Président sortant Laurent Gbagbo à Abidjan.
L’action française est placée sous le signe de la légalité internationale, mais est-elle pour autant légitime ? La décision d’engager les forces françaises, en particulier des hélicoptères de combat qui sont entrés en action dans la soirée, a été prise par Nicolas Sarkozy à l’Elysée, après intervention ‘urgente’ du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, la veille.
Les hélicoptères ont visé plusieurs cibles lundi soir dans la capitale économique ivoirienne, dont la résidence de Laurent Gbagbo dans le quartier de Cocody, le palais présidentiel, situé dans le quartier du Plateau, le camp militaire d’Agban, à Adjamé. L’armée française a également tiré des missiles sur un dépôt de munitions. La résidence de Laurent Gbagbo serait tombée entre les mains des partisans d’Alassane Ouattara. (voir la vidéo de l’attaque d’un dépot de munitions)
Cette entrée en lice des moyens de combat français coïncide avec l’apparition dans les rues d’Abidjan d’une colonne de plusieurs dizaines de véhicules de partisans armés d’Alassane Ouattara, le président-élu reconnu par la communauté internationale, marquant une tentative de mener la dernière phase de l’offensive qui a permis à ces troupes de prendre le contrôle d’une bonne partie du pays en l’espace de quelques jours.
Auparavant, plusieurs personnes, dont deux ressortissants français, avaient été enlevées dans l’après-midi par des ‘hommes en armes’ à l’hôtel Novotel, situé dans le quartier du Plateau, le quartier d’affaires du nord de la ville. Il s’agit de deux Français, un Béninois et un Malaisien.
L’envoyé spécial de TF1 à Abidjan, Michel Scott, était dans l’hôtel au moment du kidnapping. Il raconte que ‘des hommes armés semblant appartenir aux forces de Gbagbo’ ont pénétré dans l’hôtel, ‘accusant les journalistes de filmer leurs positions’. Ils ont alors enlevé le directeur de l’hôtel et un chef d’entreprise. Selon Europe 1, ce sont au total cinq personnes qui ont été enlevées peu avant 16 heures, heure française.
Les explications de l’Elysée
Dans sa lettre, rendue publique par l’Elysée, Nicolas Sarkozy indique au secrétaire général de l’ONU qu’il a autorisé les forces françaises à ‘mettre hors d’état de nuire les armes lourdes utilisées contre les populations civiles et les casques bleus’ à Abidjan. Il souligne que les forces françaises agissent ‘conformément au mandat qu’elles ont reçu du Conseil de sécurité’ de l’ONU, et en liaison avec l’Onuci, la force de casques bleus présente en Côte d’Ivoire.
La France fait référence à la résolution 1975 du Conseil de sécurité, en date du 30 mars, qui stipule :
- ‘il [le Conseil de sécurité, ndlr] demande instamment à Laurent Gbagbo de se retirer ;
- il demande à l’Onuci d’utiliser tous les moyens nécessaires pour mettre en œuvre son mandat de protéger les civils [...] y compris pour prévenir l’usage d’armes lourdes ’ ;
- il impose des sanctions ciblées (gel des avoirs, interdiction de voyager) à l’encontre de Laurent Gbagbo, de Simone Gbagbo son épouse, du secrétaire général de la soi-disant ‘présidence’ M. Désiré Tagro, du président Front populaire ivoirien M. Pascal Affi N’Guessan ;
- il reconnait la compétence de la Cour pénale internationale pour juger les auteurs de crimes graves en Côte d’Ivoire ;
- il fait une référence explicite à la responsabilité de protéger.”
La France en première ligne
Même s’il s’abrite derrière une indéniable légalité internationale, et si la dégradation de la situation ces dernières heures était terrifiante, la décision d’engager les forces françaises en première ligne dans des combats, pas uniquement humanitaires mais dirigés contre le camp du Président sortant Laurent Gbagbo, constitue une véritable escalade pour le président français.
Sans doute est-ce le reflet de l’incapacité de l’ONU à mobiliser des troupes susceptibles de mener réellement des actions de combat, et l’échec de l’Union africaine à organiser l’intervention militaire qui avait été évoquée il y a trois mois, qui placent, une fois de plus, la France en première ligne. Le reste de l’Onuci présent sur place ne semble pas, en effet, capable, à ce stade, de répondre à l’appel de Ban Ki-Moon à “mettre hors d’état de nuire” les armes lourdes engagées.
Mais n’est-ce pas le même président de la République qui énonçait, en janvier dernier, une doctrine de retenue pour la France dans ses anciennes colonies – pour justifier, il est vrai, son soutien jusqu’au bout, au régime tunisien de Ben Ali ? Il avait alors déclaré :
“La puissance coloniale est toujours illégitime à prononcer un jugement sur les affaires intérieures d’une ancienne colonie.”
Cette doctrine appliquée à la Tunisie n’a pas eu cours en Côte d’Ivoire où, dès la fin du processus électoral, Nicolas Sarkozy avait, de Bruxelles, lancé un ultimatum à Laurent Gbagbo pour lui intimer l’ordre de quitter le pouvoir au profit d’Alassane Ouattara, vainqueur du scrutin aux yeux de la communauté internationale.
Si l’urgence et la légalité sont du côté du président français, beaucoup, notamment sur le continent africain, auraient préféré voir d’autres soldats que ceux de l’ancienne puissance coloniale ouvrir le feu pour régler un problème africain.
D’autant que la France se retrouve désormais engagée dans un conflit qui mêle à la fois des aspects clairs et nets de respect des résolutions de l’ONU et d’un résultat électoral contesté mais semble-t-il sans appel, mais aussi des aspects de guerre civile et de revanche éthnico-régionale, dont les effets vont se faire sentir longtemps après la fin de cette phase du conflit.
La métropole d’Abidjan a en effet majoritairement voté pour Gbagbo, et ses partisans redoutent des représailles des vainqueurs, une crainte qui sera incontestablement alimentée par les informations sur le massacre de Duekoue, qui a fait plusieurs centaines de morts, jusqu’à un millier selon certaines informations, et dans lequel sont soupçonnés les partisans de Ouattara.
Pour Laurent Gbagbo, dont on ignore exactement où il se trouve, l’entrée en guerre de la France et de l’ONU autrement que par des résolutions est sans doute le signe que la fin est proche. Une fin qui pourrait se révéler tragique pour lui et pour ses partisans.
► Mis à jour le 05/04/2011 à 07h20. Ajout des combats de ce mardi matin.
► Mis à jour le 05/04/2011 à 10 heures. Avec l’annonce par l’ambassadeur de Côte d’Ivoire que Gbagbo négocierait sa reddition.
► Mis à jour le 05/04/2011 à 13h10. Avec la défection du ministre des Affaires étrangères de Gbagbo.
► Mis à jour le 05/04/2011 à 15h30. Avec l’annonce par Fillon que Gbagbo négocie sa reddition.
► Mis à jour le 05/04/2011 à 20h30. Ajout de l’information sur la reddition de Gbagbo, suivie du démenti et de l’interview de Gbagbo à LCI.
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