Décryptage 26/03/2011 à 08h52

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU retrouve sa raison d'être

SwissInfo"

(De Genève) Malgré ses soubresauts, la poussée démocratique dans le monde arabe produit ses premiers effets sur le Conseil des droits de l’homme qui achève à Genève sa 16e session. Le changement des rapports de forces entamé par les Etats-Unis au sein de l’instance onusienne s’en trouve renforcé.

Jusqu’à l’année dernière, le Conseil des droits de l’homme - l’instance principale en la matière de l’Organisation des Nations Unies - peinait à convaincre qu’il faisait mieux que la Commission des droits de l’homme qu’il remplaçait en 2006.

Désorais, même Eileen Donahoe, la représentante américaine en charge du Conseil des droits de l’homme, a pu lancer devant la presse :

« Cette session marque un tournant significatif et démontre la capacité du Conseil à affronter des situations de crise en temps réel ».

Depuis qu’ils sont membres (2009) de l’instance qu’ils boycottaient auparavant, les Etats-Unis de Barack Obama ont pesé de tout leur poids pour sortir des impasses contre lesquelles butait cet organe de 47 membres dominé par des Etats réticents ou franchement hostiles à tout progrès effectif dans le respect des droits humains. Et ce en cherchant à s’associer à d’autres pays pour présenter des résolutions. Cette ligne permet d’atténuer de plus en plus les affrontements entre blocs régionaux qui verrouillaient le Conseil depuis ses débuts.

Le poids de l’Afrique du Nord

Les revendications démocratiques brandies dans la plupart des pays arabes, même si seuls deux d’entre eux ont pour l’heure renversé leur régime autoritaire ou dictatorial, renforce ce mouvement et ébranle ainsi le rôle négatif joué jusque là par certains de ces Etats au sein du Conseil, en particulier ceux d’Afrique du Nord. La Libye de Mouammar Kadhafi a ainsi été suspendue du Conseil, suite à une session spéciale qui lui était consacrée, juste avant la session ordinaire.

L’Algérie est désormais le seul Etat d’Afrique du Nord à n’avoir pas changé de ligne à Genève.

Pour Adrien-Claude Zoller, qui suit de près les travaux du Conseil comme président de l’ONG Genève pour les droits de l’homme :

« La Tunisie, où il y a eu un très fort mouvement en faveur des droits humains et qui a déjà adopté une série de conventions internationales dans ce domaine, a invité lors de cette session le Haut commissariat aux droits de l’homme à ouvrir un bureau à Tunis pour y renforcer la mise en œuvre de ces droits ».

Bien que représentée par les même diplomates que sous Moubarak, l’Egypte change également de ton, selon Zoller.

« Le changement est palpable. Coordinatrice du mouvement des non-alignés, sa diplomatie tient un langage nettement moins radical ou conservateur ».

L’OCI perd ses dents

Cette inflexion de la diplomatie égyptienne déploie également ses effets sur une autre organisation très conservatrice au sein du Conseil : l’Organisation de la conférence islamique (OCI) dont elle est l’un des piliers avec le Pakistan, un pays lui-même affaibli par ses troubles intérieurs, en particulier les meurtres de hauts-responsables de confession chrétienne.

Résultat : la volonté de l’OCI d’imposer la condamnation de la diffamation des religions, en la liant même à la défense de la liberté d’opinion, n’a pas abouti à une nouvelle résolution sur le sujet.

L’Afrique à l’écart

Et ça n’est pas tout. Avec le vent démocratique qui souffle sur l’Afrique du Nord, le groupe africain est en train de perdre un à un ses porte-paroles au Conseil. Ces diplomates étaient des paravents bien commodes, selon Adrien-Claude Zoller, pour défendre les positions négatives des pays africains :

« Ces Etats montrent des signes de panique. Pour maintenir la cohésion du groupe, ils ont tendance à durcir encore leur position. Dans l’un des projets de la résolution sur la République démocratique du Congo, ils ont écrit que le Conseil ne devait plus s’occuper de ce pays, alors que des atrocités continuent d’y être perpétrées ».

Signe d’espoir tout de même, le Nigéria a, avec le groupe africain, fait passer une résolution sur l’envoi d’une mission d’enquête sur les atrocités commise en Côte d’Ivoire en proie à des combats et des violences de plus en plus graves, suite au refus du président sortant Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale.

Les revendications démocratiques des peuples du monde arabe sont loin d’avoir produit tous leurs effets, y compris dans le reste du monde. Mais quelles que soient les suites de ce mouvement révolutionnaire, il réaffirme avec force l’universalité des droits humains.


Publié initialement sur
SwissInfo
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  • Voyageur
    • Posté à 10h11 le 26/03/2011
    • Internaute 1117

    Maintenant que la Lybie n’est plus a sa tete, je propose de nommer la Chine a ce post.

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 10h13 le 26/03/2011
    • Internaute 61755

    c’est bien beau ce machin, mais j’ai comme l’impression qu’il prend le train des droits de l’homme en marche.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 10h32 le 26/03/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Il y aurait une autre explication, un poil plus cynique, mais tellement plus réaliste :

    Le contrôle de l’exploitation des ressources pétrolières est en train de changer de camp au Maghreb, au Machrek et bientôt au moyen orient. De manière irréversible.
    Les nouveaux maîtres du robinet réclament des droits, dans ces régions. L’ONU devient alors d’une efficacité redoutable.

    En Afrique sub-saharienne où rien n’a encore basculé, ce sont toujours les clepto-crates qui contrôlent le robinet, et qui risquent de le contrôler encore un moment.
    Et curieusement, face à ces régimes là, l’ONU reste un « machin » administratif et impuissant.

    Le pétrole, c’est le Viagra de l’ONU...

  • boboland
    boboland
    ex-o'placard
    • Posté à 10h45 le 26/03/2011
    • Internaute 104841
      ex-o'placard

    dans ces affaires des pays arabes, la démocratie n’est qu’un « dommage collatéral »...
    A l’origine de ces révoltes il y a d’abord de graves pénuries alimentaires et en matiére d’ ESPOIRS. C’est parce qu’ils n’avaient pas de perspectives d’avenir que ces populations jeunes et quelquefois instruites se sont révoltées.
    La soi-disant soif de démocratie, c’est notre background occidental qui nous conduit à enjoliver les choses en prétant à ces révoltes du desespoir des aspirations humanistes. héritées des Lumiéres. C’est une vision colonialiste de croire que ces populations (je ne parle pas des élites occidentalisées) connaissent ces régles du jeu et aspirent à y adhérer.
    Bien sûr -en gros- les aspirations humaines sont partout les mêmes, mais je suis persuadé qu’il y a une hiérarchie, et en l’occurence manger à sa faim, bénéficier d’une espérance de vie, avoir des soins (hygiéne, santé), avoir des perspectives comme l’instruction, comme pouvoir créer une famille, l’assumer matériellement, vivre de son travail sont plus important que d’avoir le droit de voter et de manifester.
    Ca me parait déplacé de la part des pays occidentaux repus de gadgets inutiles et d’avantages sociaux de marteller que c’est pour avoir notre belle démocratie que ces peuples miséreux se révoltent.
     » il n’y a plus de pain ? qu’ils mangent de la brioche « 

    • Aity7
      Aity7 répond à boboland
      • Posté à 12h51 le 26/03/2011
      • Internaute 1639

      Permettez-moi de vous rappeler que toutes les révolutions, démocratiques ou pas, partent de conditions de vies dégradées.
      Vous l’avez vous-même souligné dans votre dernière citation.
      Oui la Révolution Française est née de pénuries alimentaires, notamment de pain. Et alors ?
      Ça montre bien que quelque soient les cultures les mêmes causent entrainent les mêmes conséquences et que la vision discriminante qui viserait à dire ils n’ont pas la même culture (ce qui est déjà discutable en soi), par conséquent ils ne peuvent vouloir la même chose que nous est peu sérieuse. Qu’ensuite une élite étende le mouvement aux aspirations démocratique, c’est encore ce qui s’est passé à de nombreuses reprises dans notre histoire.
      L’anti-colonialisme ou l’anti-impérialisme ne doivent pas, me semble-t-il, remettre en cause l’universalité des droits de l’homme.

      Mais peut-être ai-je mal compris votre propos.

      • boboland
        boboland répond à Aity7
        ex-o'placard
        • Posté à 19h24 le 26/03/2011
        • Internaute 104841
          ex-o'placard

        non, non...c’est ce que je voulais dire... ; -)
        Que les hommes aient les mêmes aspirations, c’est sûr.
        Qu’ils aient des aspirations aux mêmes droits, c’est normal.
        Ce avec quoi je ne suis pas d’accord c’est que l’Occident (avec son passé, son niveau de vie, sa civilisation etc) prétende que seule sa façon d’appliquer les Droits de L’Homme est valable et doit étre l’étre y compris par la force.
        Quand je pense au passé, à l’histoire de l’Occident ce n’est pas forcement pour évoquer le colonialisme etc, Les pays occidentaux ont en commun une civilisation (judéo chrétienne + romaine + grecque).
        D’autres pays du Monde ( pays musulmans, Asiatiques, Afrique..) ont d’autres civilisations et j’en suis sûr d’autres façons d’envisager la vie et les relations interhumaines sans parler de niveaux de vie qui leurs imposent de mener leurs vies différement et les conduisent à ne pas avoir les mêmes priorités que nous.
        On peut le voir dans les événements actuels : les japonais réagissent à leur drame avec une maitrise et un calme apparent
        alors que les pays arabes s’enflamment sur un mode plus spectaculaire. Ce n’est pas pour juger l’un ou l’autre, mais ç’est le fruit de deux civilisations et histoires différentes.Ce qui me fait dire que l’on doit adapter un texte comme celui des « Droits de l’Homme » selon les pays et ne pas croire que l’on peut et doit l’imposer dès maintenant de gré ou de force.
        C’est anormal que l’occident veuille imposer SON modéle. Je suis contre l’ Universalité de notre modéle. Tout le monde est d’accord pour reconnaitre que c’est anormal de vouloir leur refiler notre modéle économique (la consommation idiote) mais c’est également anormal ou du moins inaproprié de prétendre leur imposer les soi-disant bienfaits de NOTRE civilisation (même avec les meilleures intentions du monde)
        comme disait Coluche « on a fait que des conneries “

  • lifka
    • Posté à 13h16 le 26/03/2011
    • Internaute 37623

    Une chose n’a pas changé dans ce Conseil, c’est l’acharnement contre Israël (40% de toutes les résolutions votées).

    En fait, rien n’a changé (si ce n’est en pire) à l’ONU depuis les années 1960-70 où Abba Eban écrivait : « si l’Algérie présentait à l’ONU une résolution déclarant que la terre est plate et que c’est Israël qui l’a aplatie, elle serait approuvée par 164 voix pour, 13 contre et 26 abstentions ».

    Faut-il rappeler à ceux qui se glorifient du changement qu’en 2010 (donc après l’entrée des USA dans la commission), 14 pays y sont entrés sans la moindre opposition. Parmi eux cinq au moins - Angola, Libye, Malaisie, Ouganda et Thaïlande - ont, selon les ONG, des bilans en la matière qui les disqualifient. Sans oublier la présence toujours de l’Arabie Saoudite, la Chine et Cuba, pays bien connus pour leur respect des droits de l’Homme.

    On a donc ainsi pu voir cette chose incroyable que le comité d’organisation de la Conférence Durban II, organisée l’an dernier par cette même Commission des Droits de l’Homme, était présidé par la Lybie, avec l’Iran comme vice-président, et Cuba rapporteur !

    Preuve encore que rien n’a changé, aujourd’hui l’ONU s’apprête à célébrer à la fois le 10e anniversaire de Durban I et les attentats du 11 septembre 2001 à New York en 2011 par un Durban III. Cela à partir d’une résolution proposée par le Yemen. Une farce imposée par le vote positif le 24 décembre 2010 des mêmes 104 Etats, mais contre laquelle même le pays hôte s’est s’élevé (22 contre, 33 abstentions et 33 absents) !

    Il faut vraiment avoir des lunettes très spéciales pour imaginer un changement de cap qui serait déjà visible par la seule vertu de l’entrée des USA et de révolutions qui sont en train de se faire mais dont nul ne sait au jour d’aujourd’hui quelle sera la conclusion en matière de démocratisation comme en matière d’alliances.

    J’appelle cela de la méthode Coué. On est en plein déni de réalités.

    • Frédéric Burnand
      Frédéric Burnand répond à lifka
      Auteur(e) de l'article
      • Posté à 15h31 le 26/03/2011
      • 34875

      Pourtant les lignes bougent bel et bien au Conseil des droits de l’homme, même si ce mouvement est souvent à l’échelle du millimètre .

      Tout d’abord, cette première nomination d’une Israélienne au sein d’un des comités de ce Conseil :

      Lien

      Ensuite, le Conseil a voté en faveur de la création d’un rapporteur spécial sur l’Iran. Un première après des années de tentatives infructueuses.

      Lien

      Le recul sur le concept de diffamation des religions n’est pas non plus anodin, puisqu’il menaçait de pervertir la protection des droits des individus en la mixant avec la défense d’une religion. Ce qui a suscité d’ailleurs une forte mobilisation en France.

      Le renforcement de l’universalité des droits de l’homme, c’est pas une petite phrase d’un politicien en mal de légitimité.

      Ces dernières années, elle était remise en cause au nom des valeurs asiatiques ou islamiques, voire aussi en Europe par ceux qui invoquent « nos valeurs » à propos de la démocratie et des droits l’homme. Un jeux de miroir constitutif du fameux « choc des civilisations ».

      Ce qui se joue au Conseil peut paraître dérisoire. Mais les avancées ou les reculs facilitent ou non leurs violations sur le terrain. Le Conseil est ouvert à tous les Etats membres de l’ONU. Un club de nations exemplaires - existent-elles, d’ailleurs - serait immédiatement rejeté et radicaliserait les positions.

      Pour finir, chaque citoyen peut peser sur les positions défendues par son gouvernent au sein du Conseil. Les ONG ont su créer des coalitions internationales de la société civile pour peser avec succès sur les décisions de grandes organisations internationales. Un type d’action que les jeunesses des pays arabes ont remis au goût du jour avec éclat et un incroyable courage.

      N’oublions pas que la charte des Nations unies (1946) commence par : « Nous, les peuples ... »

      • lifka
        • Posté à 20h25 le 26/03/2011
        • Internaute 37623

        « cette première nomination d’une Israélienne au sein d’un des comités de ce Conseil »

        La nomination d’une israélienne est en effet un progrès, mais qui doit je crois plus au fait qu’Israël a finalement été admise dans le groupe Europe qu’à des modifications réelles du comportement de la commission ou de l’ONU. Quand un groupe propose quelqu’un il n’est pas tellement d’usage que cette prsonne soit refusée. Et il semble que cette nomination là n’a ps été sans difficultés.

        « Ensuite, le Conseil a voté en faveur de la création d’un rapporteur spécial sur l’Iran. Un première après des années de tentatives infructueuses »

        Il a tout de même fallu attendre le 24 mars et de nombreuses tractations. Pour l’instant je crois que personne n’est encore nommé à ce poste. Et encore faut-il voir ce qu’il va pouvoir faire et si il aura les coudées libres.

        Et je suppose que c’est une concession de circonstance pour qu’on ne regarde pas trop chez eux. Quid de l’Arabie saoudite ?

        Sans compter qu’il semble que la contrepartie de ce vote a été le vote en même temps de 6 résolutions contre Israël en 48 heures.

        Lien

        Tout cela me semble très cosmétique.

        « Le recul sur le concept de diffamation des religions n’est pas non plus anodin, puisqu’il menaçait de pervertir la protection des droits des individus en la mixant avec la défense d’une religion. Ce qui a suscité d’ailleurs une forte mobilisation en France »

        Une forte mobilisation en France ? Là je crois rêver ! La pétition de la Licra qui s’en indignait en même temps que de la question des femmes a été trainée dans la boue - y compris sur ce site par madame Benbassa et d’autres - pour être « sioniste » par tout le landernau pro-palestinien. Comme on se fait d’ailleurs insulter chaque fois qu’on ose parler sur ce site ou ailleurs du noyautage de ce Conseil et de l’ONU par l’OCI et les non alignés.

        La seule chose qui a mobilisé ici, c’est le limogeage du sous-préfet Guigue pour avoir manqué à son devoir de réserve en claironant à l’occasion des propos antisémites sur un site communautaire musulman.

        Lien

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        « Le Conseil est ouvert à tous les Etats membres de l’ONU. Un club de nations exemplaires - existent-elles, d’ailleurs - serait immédiatement rejeté et radicaliserait les positions. »

        Donc donnons les clés des droits de l’homme aux Etats qui baffouent le plus les droits de l’Homme et qui passent leur temps à s’entre-congratuler (comme le dernier rapport sur la Libye) tout en distribuant les mauvais points aux seuls Etats démocratiques.....

        Vous ne croyez pas qu’il y a un juste milieu entre les deux ?

  • chica
    chica
    citoyenne du monde
    • Posté à 22h46 le 28/03/2011
    • Internaute 140369
      citoyenne du monde

    « Tout d’abord, cette première nomination d’une Israélienne au sein d’un des comités de ce Conseil : »

    quel fabuleux exemple pour les droits de l’homme que la nomination d’un citoyenne issue d’un Etat qui bafouent les droits de l’homme aux vu et su de tous et ce de façon sanguinaire ! ! ! applaudissements quel progrès ! ! là c’est un comble !

    c’est une experte en défense des droits de la femme et bien qu’elle commence par défendre les femmes palestiniennes et leurs enfants qui n’ont rien fait mais qui meurent après on jugera de la crédibilité de ce Conseil