A la une 25/03/2011 à 13h18

Cantonales : à Sevran, le « ni-ni » qui risque de faire imploser l'UMP

Julien Martin | Ex-Rue89

La ligne imposée par Sarkozy et Copé gêne sur le terrain. Focus sur Sevran, où gauche et FN s’affrontent au second tour.

Entre peur de passer pour un sympathisant frontiste et crainte de se démarquer de la ligne imposée, le malaise point au sein de l’UMP. Des cadres nationaux sont embêtés, et surtout nombre de responsables locaux désorientés. Défait au premier tour des cantonales, le parti de la majorité s’embourbe avec la posture ordonnée par Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé pour dimanche prochain : « ni Front national ni front républicain ».

Dans le canton unique de Sevran, on regarde, en s’interrogeant, les ministres s’opposer, François Fillon prendre le contrepied de l’Elysée puis être recadré. Les représentants de l’UMP dans cette commune de Seine-Saint-Denis ont peine à concrétiser ladite posture : faut-il s’abstenir ? Appeler à voter contre le FN ? Contre la gauche ? Clairement pour elle ?

A l’est d’un département communiste depuis 1967 avant de virer socialiste en 2008, la ville de 50 000 habitants a placé l’UMP en quatrième position dimanche dernier :

  • Jean-François Baillon (Europe Ecologie - Les Verts) : 32,30%
  • Pierre-Antoine Lebeault (FN) : 22,92%
  • Arnaud Keraudren (PCF) : 22,15%
  • François-Xavier Clastres (UMP) : 12,38%

Des pourcentages qui en cachent d’autres, ceux d’une abstention très élevée : 70,19%, quinze points au-dessus de la moyenne nationale. Seuls les deux premiers candidats sont qualifiés.

« Ni les fachos, ni les cocos ! »

Les cantonales intéressent peu dans les banlieues défavorisées. Encore moins à Sevran, où l’actualité est dominée de nouveau depuis une semaine par les balles qui fusent entre « trafiquants de drogue » réglant leurs comptes.


François-Xavier Clastres (tract UMP).

« Cela ne nous a pas aidés », explique François-Xavier Clastres. Le candidat UMP voit une autre raison à la montée du Front national :

« On a subi un vote sanction, pas contre nos représentants locaux, mais contre nos représentants nationaux. »

A force de déplacer toujours plus à droite les marqueurs idéologiques, le gouvernement comme le parti de la majorité ont fini par faire fuir leurs propres électeurs, qui avaient voté en 2004 dans le même canton à 19,11% pour l’UMP au premier tour.

Tout juste trentenaire, François-Xavier Clastres se montre en revanche beaucoup moins prolixe dès qu’il s’agit d’évoquer le second tour :

« J’ai le choix entre une majorité de gauche qui a augmenté nos impôts et le FN qui ne correspond pas à nos valeurs...

J’irai voter, mais je garde la teneur de ce vote pour le secret de l’isoloir. Quant à nos électeurs, ils sont assez grands pour savoir comment ils vont voter dimanche. »

Pas de consigne... la consigne est respectée. Une ligne martelée par le très droitier président de la fédération UMP de Seine-Saint-Denis, le député Eric Raoult : « Ni les fachos, ni les cocos ! »

« La position de l’UMP n’est pas partagée par tous »

Les mots ne se font toutefois pas si tranchants à Sevran. A la manière d’une Valérie Pécresse, on aimerait pouvoir déclarer que l’on va voter pour le camp habituellement adverse : la gauche, représentée ici dès le premier tour par un candidat EELV, conformément à un accord départemental avec le PS.

La gêne est d’autant plus importante que des alliés de l’UMP ont rejoint un front républicain, qui est existe donc bien, mais sans eux. Avec, en premier lieu, le Parti radical de Jean-Louis Borloo. Comme en témoigne le tract de campagne du candidat EELV à Sevran.


Tract du candidat Europe Ecologie - Les Verts à Sevran

Tract sur lequel le président du Parti radical prend un peu plus ses distances avec la famille politique de Nicolas Sarkozy. Son parti est toujours affilié à l’UMP, mais jusqu’à quand ? L’ancien ministre de l’Ecologie s’est même fendu d’un mot :

« Il ne peut pas y avoir, pour nous les radicaux et pour l’ensemble de la famille centriste, une voix, un vote et un élu du FN. Dimanche prochain, dans tous les quartiers de Sevran, mobilisez-vous pour Jean-François Baillon et Najat Mabchour, sa suppléante. » (Télécharger le tract)

Voir le document

(Fichier PDF)

« Le front républicain se fait sans l’UMP, mais les gens de l’UMP que je croise souhaitent tous battre le FN », confirme Jean-François Baillon, avant de s’emporter :

« C’est incroyable d’avoir une telle position de “ni-ni”. En 2002, on a tous appelé à voter Chirac face au FN. »

Et au représentant local du Parti radical, Francis Gapp, d’appuyer les propos du candidat Europe Ecologie :

« Pour nous, radicaux, cela a été clair dès le départ : il faut faire barrage au Front national. Je suis délégué de circonscription pour le Parti radical, mais aussi délégué départemental pour l’UMP. Lundi soir, lors d’une réunion avec plusieurs responsables de l’UMP de la ville, quand j’ai annoncé la position du Parti radical, il y a eu un grand froid, mais personne n’a osé parler.

La position officielle de l’UMP n’est pas partagée par tous. Ça crée un précédent, il pourrait y avoir une scission de l’UMP entre les radicaux, le Nouveau Centre et le FN. »

« L’UMP est mal partie, à Sevran comme ailleurs »

Il suffit d’interroger la suppléante du candidat UMP éliminé, Bernadette Diamantidis, pour s’apercevoir un peu plus encore que la ligne met toute une frange du parti de la majorité en difficulté :

« La droite, c’est la droite, mais nous on respecte les valeurs de la République. Quand on défend des valeurs, il faut savoir les tenir. François-Xavier Clastres dit la même chose, non ? »

Plus expérimentée en politique, Michelle Bravet se permet un avis plus tranché. Elue UMP au conseil municipal depuis 1983, elle parle posément :

« Les avis sont très partagés chez nous, il faut dire la vérité. Moi, ça ne me dérange pas, à titre personnel, de voter pour monsieur Baillon. Je sais que chez nous certains voteront FN, même si beaucoup voteront contre le FN. L’UMP est mal partie, à Sevran comme ailleurs. »

Constater les affres de l’UMP n’est cependant pas du goût de François-Xavier Clastres, qui n’hésite pas à rappeler, énervé que l’on contacte d’autres membres de son parti à Sevran :

« Je ne souhaite pas que les propos de ces personnes soient reportés dans les médias. J’étais le candidat de l’UMP, c’est moi qui parle. Je serai très vigilant. Je n’hésiterai pas à porter plainte. »

Plainte pour quoi, on l’ignore. Mais une chose est certaine : le grand parti unitaire de la droite connaît un risque d’implosion. Ce qu’un élu UMP de Sevran reconnaît, sous le sceau de l’anonymat :

« A l’UMP, il va falloir faire quelque chose. Eric Raoult s’est mis à dos beaucoup de gens, il devrait quitter la présidence de la fédération. Si j’étais à la place de Nicolas Sarkozy en 2012, je m’inquièterais. On va avoir du mal à remonter la pente. »


La menace FN sur le second tour des cantonales (Sébastien Bauer).

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  • speedygonzalez-
    • Posté à 03h43 le 26/03/2011
    • Internaute 83323
      juge

    Une belle tête de vainqueur.

  • Ismiche
    Ismiche
    Indigné
    • Posté à 08h45 le 26/03/2011
    • Internaute 127763
      Indigné

    Il apparait clairement qu’il ya une différence de l’ordre du papier de cigarette entre, certains électeurs et représentants de l’UMP, et ceux du FN. Un pourcentage de plus en plus important d’électeurs naviguent d’ un camp à l’autre au gré des événements. Comme le but d’une grosse majorité de nos politiques est de conserver son ou ses sièges afin de pouvoir vivre assez grassement de la politique, il ne reste plus qu’à la Droite Française d’imiter la Droite Italienne à savoir passer des alliances avec l’extrème droite en estimant que celle ci à changer etc...etc...bla bla bla....Après avoir chasser sans vergogne sur les terres du FN, et après avoir repris à son compte les thèmes de campagne du FN, ne reste plus à l’UMP que la solution de s’allier avec l’ennemi d’hier pour sauver ses mandats. C’est pour bientôt, c’est même déjà fait dans certains cantons.....

  • Spiripotain
    Spiripotain
    promeneur écoutant
    • Posté à 09h14 le 26/03/2011
    • Internaute 49037
      promeneur écoutant

    L’UMP n’a jamais été républicaine, il serait temps de s’en apercevoir. Le Gaullisme a masqué pendant 50 ans le fond idéologique réel de la Droite. Avec Sarkozy, le masque est tombé. On renoue avec Maurras. Les discours se radicalisent, le racisme et la xénophobie se banalisent, tout se met en place pour une fusion idéologique entre la Droite et l’Extrême-droite. La différence entre ce bord et la Gauche (ce que ne comprendront jamais les gens de Droite), c’est qu’il y a une réelle césure entre la Gauche Réformiste et la Gauche Révolutionnaire. Toute l’histoire de la Gauche en Europe est hantée par cet affrontement. A droite, au contraire, il n’y a que des tendances plus ou moins marquées (plus ou moins royaliste, plus ou moins libéral, plus ou moins conservateur, plus ou moins munichois) mais le fond est identique.
    L’attitude de la droite pour cette élection est totalement scandaleuse mais hélas, absolument pas surprenante.

  • freevanunu-
    freevanunu-
    chômeur
    • Posté à 09h57 le 26/03/2011
    • Internaute 122862
      chômeur

    Ni ni ?
    Mmmm........
    de vrais chevaliers en somme.
    Lien...
    Merci les pythons !

  • R.F.BURTON
    • Posté à 21h31 le 26/03/2011
    • Internaute 140514

    A mort l’umpN !

  • Pharisien
    Pharisien
    Pas bien situé
    • Posté à 06h20 le 27/03/2011
    • Internaute 10799
      Pas bien situé

    Il n’y a pas vraiment de doute sur le résultat de cette élection, alors pourquoi tout ce bruit pour rien ? Avec 12,38% L’Union pour un Mouvement Populaire est déjà dans la poubelle de l’Histoire. Toutes les gesticulations du candidat éliminé sont vaines.

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