22/03/2011 à 13h26

Pour son logo, la boss de l'Ordre des infirmiers choisit son frérot

Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89


Le logo actuel de l'Ordre national des infirmiers

Le mariage a plus d'une utilité. Et la possibilité offerte aux femmes de prendre le nom de leur époux n'est pas la moindre : elle assure un confortable brouillage des liens. Qui a permis à la présidente de l'Ordre des infirmiers de confier, en toute tranquillité, un marché de 20 000 euros à son petit frère, comme le révèle Rue89.

Des années que Dominique Le Boeuf porte le nom de son mari. Mais elle est née Ameslant, le jour de la Saint-Valentin, en 1961. Cette protégée de Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, pensait-elle que personne ne ferait jamais le rapprochement entre elle et le dirigeant de la société retenue pour « créer l'identité visuelle » de son ordre, Laurent Ameslant ?

Cette société, Openminded, aujourd'hui rebaptisée Evermore, a été choisie à l'issue d'une compétition pas très transparente.

« Si elle nous avait dit que c'était son frère... »

Le 23 mars 2009, à 2h20 du matin, Dominique Le Boeuf envoie un mail aux membres du bureau de l'Ordre pour leur annoncer qu'elle a « trouvé des prestataires » pour réaliser le logo de leur organisation, à qui elle vient d'envoyer un appel d'offres. Ils sont quatre. Elle précise :

« Je ne pense pas qu'il faille nous en rajouter maintenant, si on veut avoir une identité graphique dans les plus brefs délais... »

Lors d'une séance plénière du conseil national de l'ordre, le 3 avril 2009, elle fait voter, « sur le rapport de la présidente », sa décision : celle de retenir « la société Openminded pour proposer une identité graphique de l'Ordre national des infirmiers, sous réserve d'un approfondissement, à la prochaine séance du Conseil national, des propositions d'infographie, jugées trop limitées. »

Selon un membre du bureau, qui ne veut pas voir son nom publié, « la présidente nous a indiqué qu'elle avait étudié les propositions en détail et que celle d'Openminded était la meilleure ». Un autre : « Si elle nous avait dit que c'était son frère, nous lui aurions évidemment expliqué que ça nous posait problème. » Dominique Le Boeuf jure que leur « lien » n'était pas caché. Version confirmée par sa collaboratrice Myriam Petit, la secrétaire générale de l'ordre.

« Une forme de procès d'intention tout à fait lamentable »

La proposition d'Openminded était-elle vraiment plus créative ? C'est assez subjectif.

L'agence a-t-elle été choisie sur ses références ? Impossible, elle était encore en cours de création quand elle a été désignée.

Etait-elle moins chère que les autres ? Dominique Le Boeuf explique que son petit frère était « le moins disant financier ». Il a pourtant facturé 20 000 euros une prestation proposée moins de 5 000 euros par un concurrent...

Laurent Ameslant considère qu'il n'a « pas fait l'objet d'un traitement de faveur », d'ailleurs, souligne-t-il, « j'ai ensuite participé à un autre appel d'offres pour refaire le site Internet de l'ordre des infirmiers et je l'ai perdu ». Il dénonce « une forme de procès d'intention tout à fait lamentable ».

Sa soeur parle carrément d'un « règlement de comptes » destiné à la pousser à la démission. Quatre ans après sa création, l'Ordre national des infirmiers reste contesté par une grande partie de la profession, qui compte 500 000 personnes.

Mis à jour le 22/03/2011 à 18h40. Ajout de la version de Myriam Petit.

  • 41276 visites
  • 242 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Kurt
    Kurt répond à maman89
    ––––
    • Posté à 15h27 le 22/03/2011
    • Internaute
      ––––

    « Ohlala, mais c'est juste humain ! »
    Ah ça, c'est certain... L'escroquerie, l'abus de bien social, toute activité criminelle ou délictueuse relève complètement de l'humain.

    « Que celui qui n'aurait pas été tenté de faire pareil lui jette la première pierre, hein. »
    C'est vrai, même la lapidation est une pratique humaine.

    « 20,000 euros, dans l'univers du logo, de la communication, ce n'est même pas une grosse somme. »
    Et 20 euros dans l'arrachage de sac de grand-mère non plus, tout comme 1000 euros dans l'escroquerie sur personne vulnérable. C'est vrai.

    « Moi-même, j'ai eu des contrats à 3000 euros par des amis qui ont demandé à d'autres amis de faire des fausses propositions puisqu'il s'agissait d'appels d'offres. »
    Mais vous n'êtes pas seule ! Tous les jours, dans la rubrique faits-divers, on en lit des affaires de ce genre. Vols, escroquerie, abus de faiblesse, abus de biens sociaux, détournement de fonds, délits de favoritisme etc.

    « Et on m'a aussi demandé de faire des faux devis pour filer le boulot à quelqu'un d'autre. Chacun son tour. »
    C'est apparemment très courant. La dernière fois, j'ai lu un article sur des dealers qui pratiquaient de la même manière. Une fois c'est l'un qui ramène de la drogue d'Espagne, une fois c'est l'autre et ils s'échangent les alibis.

    « Il faut arrêter le monde des Bisounours, là... »
    Ah ça ma bonne dame, je ne vous le fait pas dire ! Quel angélisme idiot ! Il faut se rendre compte une bonne fois que les gens comme vous, cyniques, arrivistes, escrocs sont quand même un certain nombre... Avec leur côté « bisounours », les lecteurs de rue89 seraient prêts à pardonner ce genre d'agissement.
    Il faut qu'on se rende compte chez rue89, que ce genre d'individus, bien que très minoritaires, sont plus nombreux qu'on ne le croit et qu'il faudrait donc les punir en conséquence, pour l'aspect dissuasif de la chose, car en général, plus ils sont malhonnêtes, moins ils sont courageux « ces gens là »...

  • Kurz
    Kurz répond à maman89
    disco spinner
    • Posté à 16h35 le 22/03/2011
    • Internaute
      disco spinner

    On a compris que vous brassez de l'argent, n'en jetez plus. D'ailleurs vous en jetez tellement que vous sentez le complexe d'infériorité à plein browser (à défaut de nez pour sentir les commentaire idiots, j'utilise Firefox)

    Renseignez-vous dans un manuel de droit public sur les procédures d'appel d'offre Je pense que vous comprendrez votre erreur.

    1. Cette femme a un frère
    2. Ce frère PEUT participer à l'appel d'offre s'il précise son lien avec elle.
    3. Il est normal que pour des raisons déontologique les collègues de cette femme lui refusent le marché. Toutefois, il peut toujours proposer un super logo, à des prix alignés sur ceux des concurrent afin de les convaincre. It's a free country.
    4. OR, il facture quatre fois plus cher, pour un logo merdique - je ne suis visiblement pas le seul à le penser. Si les autres sont pires, alors c'est l'appel d'offre qui est critiquable. Et, par pitié, ne me sortez pas « tous les goûts sont dans la nature »...
    5. Enfin, il a monté sa boîte à ce moment là, ce qui est suspect.

    Rien à ajouter, sinon votre silence.

  • Palamède
    Palamède répond à golgote
    citoyen français
    • Posté à 17h24 le 22/03/2011
    • Internaute
      citoyen français

    Oui ça vaut la peine de faire un article.
    La société du frère est « en cours de création », bref fondée juste pour pouvoir bénéficier de l'aubaine.

    (« C'est partout comme ça, ma bonne dame, les gens préfèrent travailler avec ceux qu'ils connaissent et apprécient. »)

  • Ev.al
    Ev.al répond à maman89
    employée
    • Posté à 18h04 le 22/03/2011
    • Internaute
      employée

    Ce n'est pas parce que certains ont cette pratique qu'elle est légitime ! C'est grâce à ce genre d'attitude que des gens compétents n'auront jamais aucune chance d'arriver à quoique ce soit, puisque des gens aux connaissances heureuses seront placés avant eux !

  • Lohiel
    Lohiel répond à LePietonLecteur
    • Posté à 18h25 le 22/03/2011

    On va bien finir par inventer le concept de « point bisounours » où lorsque l'on est à cours d'argument, on traite son interlocuteur de bisounours...

    Excellent. C'est d'ailleurs l'exact opposé du point Godwin, qui s'utilise dans les mêmes circonstances, mais pour des raisons diamétralement inverses.

    Je note que vous venez de l'inventer, à 14h33, dans ce fil de Rue89, je suis témoin. A mon avis, il est promis à un bel avenir. Great Job !

  • Julien83
    Julien83
    chroniqueur BD au Mague, (...)
    • Posté à 19h21 le 22/03/2011
    • Internaute
      chroniqueur BD au Mague, (...)

    Le logo est copié assez légèrement sur celui du feuilleton « les feux de l'amour » - « The Youngs & the Retless » . moins épais, avec le petit liserais bleu en plus.

  • Piedo
    Piedo répond à maman89
    Assis
    • Posté à 10h44 le 23/03/2011
    • Internaute
      Assis

    C'est pourtant le principe en vigueur dans toutes les collectivités où j'ai travaillé ou avec lesquelles j'ai bossé : la famille, les proches et l'entourage d'une des personnes responsables du marché ne peuvent être retenus dans la consultation.

    C'est un principe moral et éthique qui permet d'éviter bien des problèmes par la suite. Notamment en communication, qui sert souvent de cheval de bataille politique. Ainsi, on évite de tendre le bâton à l'opposition (quelle qu'elle soit) et on n'a pas à recommencer la procédure à zéro.

    Ça fait même partie du B.A. Ba de la communication publique.