Votre porte-monnaie au rayon X 22/03/2011 à 19h14

Dimitri, 22 ans, dans l'audiovisuel pour 1 760 euros par mois

David Perrotin | Etudiant en journalisme


Dimitri était un peu réticent à détailler ses comptes pour Eco89, et il a préféré rester anonyme :

« J’ai pas l’habitude de me dévoiler, mais j’y verrai surement plus clair après et puis c’est bien, ce sera comme un travail sur moi-même de parler un peu de ma vie. »

Un peu timide au début, Dimitri me raconte finalement son parcours plutôt atypique. Etudiant l’agriculture à Nantes, il a atterri dans l’audiovisuel :

« Plus jeune, je voulais faire un bac S, mais je n’étais pas assez bon. Comme j’étais intéressé par l’environnement, j’ai trouvé une formation technologique – sciences techniques de l’agronomie et de l’écologie – à Nantes. »

Cet étudiant qui assume ses « racines provinciales » s’imaginait travailler pour une collectivité, pourquoi pas dans l’aménagement du territoire, à donner des petits conseils écolos. A la sortie du lycée, c’est le doute :

« Finalement, je me suis rendu compte que l’environnement était plus une passion qu’autre chose. J’ai hésité entre un BTS restauration, mais j’ai choisi une licence professionnelle de commercialisation des produits culturels, à Annecy, tournée principalement vers le cinéma. »

C’est un cursus peu connu, mais qui permettait à Dimitri d’allier sa passion pour la culture et l’audiovisuel. Après six mois de cours, il est accepté six mois en stage dans une des plus grandes chaînes de télévision pour enfants. L’étudiant agricole concède que son travail d’aujourd’hui n’a plus rien avoir avec les cours qu’il a suivis :

« Mon job consistait à planifier tous les programmes de la chaîne télé. Il fallait que les différents films, téléfilms et dessins animés s’enchaînent correctement et que toutes les plages horaires soient remplies. »

Il est embauché chez Orange TV, puis réintègre la chaîne (dont il préfère taire le nom) pour laquelle il avait fait un premier stage. Son travail est aussi peu connu et assez technique :

« Je suis rédacteur de conducteur. En gros, je suis chargé de m’occuper
des placements de publicités et des éléments d’autopromotion (comme les bandes-annonces), entre les différents programmes de la chaîne. »

En plus d’être rédacteur de conducteur, Dimitri s’occupe aussi de la « media value ». Il évalue en dollars la valeur des parrainages et des sponsors que sa chaîne met en place pour certains films, dessins animés, DVD, ou jeux vidéo. Et y trouve une grande satisfaction :

« J’applique l’aspect commercial que j’ai appris en licence, ce qui m’intéresse un peu plus. »

Revenus : 1 760 euros par mois

Salaire net : 1 560 euros

Dimitri a de la ressource dans la négociation :

« Lorsque j’étais à Orange TV, la chaîne pour enfants pour laquelle je travaille aujourd’hui m’a fait comprendre qu’elle était satisfaite de moi lors de mon stage et me voulait absolument. J’ai donc négocié pour qu’ils augmentent mon salaire de 4 000 euros à l’année et ils ont accepté. »

Complément de revenu de sa mère : 200 euros par mois

Dimitri ne bénéficie pas des allocations logement (APL). Là aussi, lors des négociations, il a tenu tête pour ne pas se faire « arnaquer » :

« Je ne peux pas toucher les APL car ma responsable d’agence, lorsque j’ai pris mon appartement en collocation, voulait que je signe un papier qui m’obligeait à payer une somme équivalente à plusieurs loyers si je partais avant trois ans de location.

J’ai refusé de signer ce papier car je le savais illégal, et la responsable a refusé de signer mon papier qui m’aurait permis d’avoir 150 euros d’allocation par mois.

Mais comme j’ai payé toute suite mon premier loyer, elle a accepté que je reste dans l’appartement et depuis, on en parle plus. »

Même s’il se prive de 150 euros par mois, cela ne lui pose que peu d’inconvénient :

« Je vis bien, ma mère veut bien m’aider encore et puis c’est tellement galère de trouver un logement que pour le moment la situation me convient. »

Dépenses fixes : 540,40 euros par mois

Loyer : 430 euros

Dimitri vit dans un appartement à Saint-Denis dans le 93, avec trois autres colocataires. Son vrai loyer est de 530 euros charges comprises, mais tous les quatre ont trouvé une astuce pour alléger leurs frais :

« Je récupère 100 euros chaque mois car on sous-loue illégalement l’appartement au quatrième colocataire. Comme ça il paye un loyer moins cher, et nous aussi. »

Dimitri est encore sous le foyer fiscal de ses parents, et couvert par la mutuelle de sa mère. Pour ce qui est de la taxe d’habitation, il devrait la payer pour la première fois l’an prochain.

Transports : 54,50 euros

Dimitri a revendu sa voiture depuis qu’il est à Paris. Son employeur paye la moitié de son pass Navigo cinq zones à 109 euros par mois.

Téléphone : 19,90 par mois

Ses colocataires et lui ont trouvé une combine pour ne pas payer un abonnement télé-Internet :

« C’est notre colocataire qui sous-loue l’appartement qui paye l’abonnement puisqu’il bénéficie d’un loyer moins cher. »

Sport : 36 euros par mois

« Je vais à la piscine deux fois par semaine pour me vider la tête. »

Dépenses aléatoires : 1 075 euros par mois

Alimentation : 400 euros par mois

Dimitri est un jeune du quotidien. Il mange donc au jour le jour :

« Je paye 3 euros par jour la cantine de mon travail avec entrée, plat, dessert et boisson. Pour ce qui est du petit déjeuner et du dîner, j’achète un petit truc chaque soir ce qui me revient à 4 euros par jour environ.

Comme je mange bien le midi, j’achète presque rien pour le soir, surtout des pâtes. Je suis habitué, et puis il faut dire que la viande coûte très cher. Mais en fin de semaine je me fais plaisir, je sors manger à Paris, ce qui me revient à 30 euros de repas le week-end. »

En plus de sa nourriture, Dimitri et ses colocataires payent chacun 20 euros par mois pour les produits collectifs comme le sel, les produits d’entretien, etc.

Santé : 20 euros par mois

Cela comprend les médicaments pour soigner les petits rhumes.

Vêtement et loisirs : 50 euros par mois

« C’est vrai qu’à Paris, vu le nombre de magasin de vêtement au mètre carré, tu es beaucoup plus incité à t’acheter des vêtements. »

Lorsque Dimitri ne cède pas à la tentation vestimentaire, il achète des livres ou va au cinéma. Pour ce qui est des expositions et des musées :

« Je profite de toutes les réductions ou de la gratuité pour les moins de 26 ans. »

Alcool, bars et boîte de nuit : 400 euros par mois

Dimitri reconnaît que ce sont ces dépenses qui constituent son talon d’Achille. Il sort beaucoup, boit beaucoup en soirée, ce qui, in fine, fait grimper les dépenses :

« Que ce soit avec mes amis de Paris, ceux qui viennent de Nantes ou mes collègues, cela m’oblige à sortir beaucoup et souvent. Les verres, l’entrée de la boîte, le vestiaire... les prix montent vite. »

Tabac : 100 euros par mois

« Je fume un peu plus depuis deux ans. En vérité plus j’ai les moyens, plus je fume. »

Voyage : 105 euros

Dimitri rentre une fois par mois à Nantes pour passer du temps avec sa famille :

« Je paye la carte 12-25, 49 euros l’année, et environ 100 euros de trajets aller-retour pour le TGV. »

Epargne : 150 euros par mois

Le Nantais a, depuis tout jeune, le sens de l’épargne. Après son lycée, et toujours aujourd’hui, il enchaîne les petits jobs d’été, ce qui lui permet de mettre de côté :

« J’ai fait beaucoup de maraîchage, je vendais du muguet. J’ai aussi été glacier, j’ai travaillé dans un aéroport deux étés de suite. »

C’est grâce à cet argent qu’il avait pu s’acheter une voiture, et qu’il souhaite aujourd’hui partir un an en Australie :

« Je veux être bilingue, et j’économise pour partir l’an prochain un an en Australie. Pour l’instant j’ai réussi à mettre de côté 6 000 euros. Dès que j’arrive à 10 000 euros, je pars. »

Avec un peu de recul, Dimitri est plutôt fier de son petit bout de parcours :

« Je suis content de mes multiples expériences. J’ai un bagage agricole, une licence professionnelle, j’ai connu plein de petits jobs, et même si je me suis parfois forcé, je sais que cette expérience m’est très utile.

Pour le moment, mon train de vie est confortable, mais je sais que si ma mère n’était pas là, j’aurai peut-être dû trouver un job au black pour conserver ce confort. »


Combien gagnez-vous ? Comment dépensez-vous ?

Contactez la rédaction pour participer à la rubrique « Votre porte-monnaie au rayon X », raconter comment vous gérez votre budget, présenter votre profession et votre parcours.

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  • Frijol
    Frijol
    Bonne graine
    • Posté à 20h07 le 22/03/2011
    • Internaute 145136
      Bonne graine

    La vache ! ! ! 500 Euros / mois entre l’alcool et le tabac ! ! !

    S’il réduisait de moitié ce poste dépense, il pourrait partir vraiment bientot en Australie le bonhomme !

  • Inquisiteur
    Inquisiteur
    Chanteur de charme
    • Posté à 06h54 le 23/03/2011
    • Internaute 132321
      Chanteur de charme

    Bon et bien ça va, Monsieur n’a pas fait d’études mirobolantes, n’a pas l’air d’avoir cravaché outre mesure, maman l’aide encore, quelques jobs d’été histoire de....

    Félicitations cependant jeune homme. Ca se passe bien pour vous, tant mieux. Vous avez négocié votre salaire, que vous méritez par votre travail, et le boulot a l’air de vous plaire.

    Faites ce que vous voulez de votre argent et de votre vie, bonne continuation.

  • Anaga
    Anaga
    À la recherche d'un emploi: (...)
    • Posté à 07h40 le 23/03/2011
    • Internaute 147076
      À la recherche d'un emploi: (...)

    Enfin quelqu’un qui semble avoir décrit un budget au « feeling »... (Il doit pas connaitre la rubrique et les critiques qui viennent avec). Avec la rafale qu’il vient de manger (à mon grand regret) je crois que son honnêteté le perdra ! Arrêtez ça, car personnellement j’en redemande des budgets comme celui là !
    Je pense que si je devais passer au rayon X mon budget ressemblerait au sien même si j’aurai préféré qu’il ressemble à ceux d’avant.
    C’est dur de gérer son argent pardi ! Le sien, comme mes prédécesseurs ont pu le souligner, est pas vraiment « géré » and I’M definitely LOVIN IT !
    Je n’ai qu’un seul mot (ou plus) : « Venez comme vous êtes » [Inutile de citer l’auteur de cet référence je crois] !

  • khemas
    khemas
    étudiant
    • Posté à 08h26 le 23/03/2011
    • Internaute 149810
      étudiant

    Pour ma part je n’ai rien à dire sur ce type, il a 22 ans, habite Paris, claque du fric à la one again soit.

    Je critiquerai plutôt le journaliste qui lui, cherche clairement à présenter ce Dimitri comme un de ces jeunes galériens à Paris, qui ont un job « correct » mais qui à qui il ne reste plus grand chose à la fin du mois. Presque la rue quoi !

    Je comparerai sa situation avec la mienne. Je suis étudiant à Brest, je travaille le mercredi dans un cabinet d’avocat, un mec plutôt austère, mais juste, des clients trafiquants, meurtriers, chauffards : 200 euros par mois. Le lundi et le jeudi de 5h à 7h je fais de la manutention pour Zara (des caisses de sape) : 200 euros par mois. Voilà mes revenus. Passons aux dépenses : Je suis en concubinage et ne suis aidé que pour moitié du loyer par ma copine (238 euros, je vous laisse déduire ce que je dépense pour ça) : j’ai eu la bêtise de le dire aux services sociaux donc pas d’APL. J’ai bossé trois ans dans la marine nationale mais comme j’ai démissioné, pas d’alloc, je suis en concubinage donc pas de RSA. Bref je ne touche absolument rien de l’Etat. Je vis donc avec 162 euros par mois, desquels il faut déduire la bouffe (moit’ moit’ avec la copine donc grosso modo 35 euros par mois en prenant les pires sous marques dès qu’on peut), l’abonnement au téléphone mobile et l’abonnement numéricable (en tout 50 euros). Mon seul loisir est l’achat de livres d’histoire (j’ai pour ambition de me constituer une belle bibliothèque). J’économise comme je peux pour me payer un abonnement + dvd à la revue Commentaire (189 euros). J’ai bien sûr fais depuis longtemps une croix sur les sorties, les sapes, l’alcool, les restau.

    Tout ça pour dire que ce jeune qu’on présente parce qu’il vit à Paris comme un modèle de galérien n’en est pas un, je vois dans son budget des tas de choses qu’il pourrait supprimer, et clairement, à part son taf qui ne m’attire pas, j’aimerais avoir ses rentrées d’argent, même à Paris. Tout est une question de volonté, et de choix !

  • CedriKParis
    CedriKParis
    Etudiant en Droit
    • Posté à 09h10 le 23/03/2011
    • Internaute 136395
      Etudiant en Droit

    Riverains,

    N’en avez-vous pas marre de commenter pour juger ? A chaque porte-feuille, c’est pareil. Vous êtes là en train de dire « ça c’est pas bien, ça c’est bien, ça c’est choquant... ».

    « Ou alors arrêter de fumer et boire un peu moins, je pense que 300 euros d’alcool ca “suffit” à la survie d’un être humain lambda.. »

    « dans l’audiovisuel les gens ne se lèvent pas, et ils ne bossent pas non plus. A se demander comment ça marche. »

    On dirait de vieux aigris prêts à mordre toute personne qui s’éloigne du troupeau ! Je suis triste pour vous.