A la Une 18/03/2011 à 00h33

Libye : l'ONU autorise l'action armée étrangère contre Kadhafi

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Scènes de liesse à Benghazi. La résolution rend possible des frappes ciblées contre les forces du dictateur, aux portes de la ville.


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Les images sur la chaîne Al Jazeera disent le changement d’ambiance : à Benghazi, la capitale des insurgés libyens, des milliers de personnes célèbrent la nouvelle venue de New York. Certains brandissent des drapeaux français. Les opposants à Mouammar Kadhafi ont repris espoir après l’adoption, au Conseil de sécurité de l’ONU, d’une résolution autorisant « toutes les mesures nécessaires » pour protéger les civils et imposer un cessez-le-feu à l’armée libyenne.

La résolution de l’ONU décrète en particulier une zone d’exclusion aérienne en Libye, clouant théoriquement au sol les avions qui assuraient la supériorité du chef de la Jamahirya libyenne.

Cherchant à gagner du temps, la Libye a affirmé jeudi soir qu’elle était prête à discuter d’un cessez-le-feu : c’est ce qu’a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Khalid Kaim, lors d’une conférence de presse à Tripoli.

La résolution de l’ONU, qui a fait l’objet d’intenses négociations, a été adoptée par dix voix pour, et cinq abstentions. Aucune nation n’a pris le risque de s’y opposer ou de mettre son véto, alors que Kadhafi, dans la soirée, menaçait de représailles les hommes qui s’étaient opposés à lui. La Chine et la Russie ont donc choisi de s’abstenir, ainsi que l’Allemagne, qui diverge ainsi radicalement de la position française.

Alain Juppé : « C’est peut-être une question d’heures »

Alain Juppé, qui s’était rendu à New York pour ce débat, a souligné dans son discours au Conseil :

« C’est une question de jours, c’est peut-être une question d’heures. Chaque jour, chaque heure qui passe alourdit le poids de la responsabilité qui pèse sur nos épaules.

Prenons garde d’arriver trop tard, ce sera l’honneur du Conseil de sécurité d’avoir fait prévaloir en Libye la loi sur la force, la démocratie sur la dictature, la liberté sur l’oppression. »

La France devrait jouer un rôle actif dans la mise en œuvre de la résolution, à commencer par des raids aériens destinés à imposer la zone d’exclusion aérienne, avec la destruction des installations radar et de missiles libyens. Les Etats-Unis, l’Italie, et vraisemblablement des forces de pays arabes devraient également participer à ces actions. Des opérations qui pourraient commencer dans les heures qui suivent ce feu vert de l’ONU.


Baudry sur la résolution de l’ONU concernant la Libye.

Jeudi soir, la chaîne panarabe Al Jazeera rapportait que l’armée égyptienne avait commencé à acheminer des armes pour les rebelles libyens pour aider à la défense de Benghazi, la première action concrète de soutien militaire d’un pays étranger à l’opposition libyenne.

La résolution permet des actions militaires contre la Libye, en invoquant le Chapitre VII de la Charte des Nations unies, mais n’autorise pas d’opérations terrestres, ce qu’aucun pays, à ce stade, n’envisage.

Une résolution tardive et peut-être insuffisante

La question qui se pose est désormais de savoir si cette résolution tardive permettra réellement de sauver l’opposition d’une défaite qui semblait de plus en plus inscrite dans les faits après les victoires faciles successives des forces de Kadhafi sur la route de Benghazi. Jeudi soir, le rapport de force sur le terrain restait largement favorable aux forces fidèles à Kadhafi tant que la résolution de l’ONU n’entre pas en vigueur.

Le vote de l’ONU était devenu inévitable, malgré les réticences de plusieurs pays, à mesure que l’avance des forces de Kadhafi devenait irrésistible. Et que nul ne peut douter du sort qui attend les habitants de Benghazi, qui se sont soulevés contre le régime de Kadhafi, si ce dernier parvient à reprendre le contrôle de la capitale de l’Est.

Le résultat du vote montre bien pourquoi il a fallu autant de temps pour que le Conseil de sécurité, la seule instance susceptible d’autoriser une action militaire internationale, finisse par adopter une première résolution contenant du concret. Il a fallu avant ça que la Ligue arabe prenne position, un préalable posé par les Américains et des Occidentaux qui ne veulent pas être accusés d’avoir bombardé un pays arabe sans le soutien de l’organisation réunissant tous les Etats de la région. Il a fallu aussi vaincre les résistances russe et chinoise, ce qui a pris encore du temps.

Un air de défi à Tripoli


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Au milieu de la nuit, le vice-ministre des Affaires étrangères libyen, Khalid Kaim, a convoqué la presse à Tripoli pour remercier les cinq pays qui se sont abstenus, y compris l’Allemagne : « Quelle surprise », s’est-il exclamé !

Le responsable libyen a donné une étrange interprétation de la résolution, en estimant qu’elle était un appel aux Libyens pour qu’ils cessent de s’entretuer. Il a toutefois dénoncé la menace de partition de la Libye contenue, selon lui, dans la position internationale. Il a prévenu que l’armée libyenne poursuivrait son action contre les « séparatistes » tout en se disant prêt à discuter d’un cessez-le-feu. Il a également redemandé, comme la Libye l’avait déjà fait, l’envoi d’une commission d’enquête de l’ONU, ignorant les accusations de crimes contenues dans la résolution onusienne.

Cette réaction, quelques heures après un discours extrêmement menaçant de Kadhafi lui-même, ne permet pas réellement de savoir quelles sont les intentions libyennes. Les prochaines heures et jours diront si l’air de défi qui règne à Tripoli était du bluff, ou l’assurance de pouvoir « finir le boulot » à Benghazi.


Dessin de Chimulus

Mis à jour le 18/03/2011 à 14 heures. Le ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa annonce l’acceptation de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU par la Libye et un cessez-le-feu immédiat des opérations militaires lancées par le pouvoir contre les anti-Kadhafi.

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  • meatz
    meatz
    Cadre
    • Posté à 02h20 le 18/03/2011
    • Internaute 138908
      Cadre

    Histoire d’une hypocrisie

    Tout commence quand les gouvernement occidentaux vendent pour des milliards d’armes aux régimes dictatoriaux et tortionnaires arabes.

    Puis surgit une révolution en Tunisie que la France à travers son ex ministre des affaires étrangères essaye d’étouffer dans l’œuf en collaboration avec le dictateur tortionnaire de Carthage.

    Mais c’est un échec, les USA saluent alors le courage et le dignité du peuple Tunisien pendant que la France « prend acte de la transition ».

    Viens alors la contagion que tout le monde voulait éviter(gouvernement ,médias,etc..).

    Et voila que l’Egypte se soulève,les Etats Unis ont alors affaire à leurs Tunisie à eux.
    Embarrassé par ce début de révolution ils appelent seulement à la reforme et le vice président Americain fait une sortie pour dire que « Moubarak n’est pas un Dictateur ».
    Puis c’est le drame,l’allié le plus stratégique des USA tombe.

    Inspiré par le soulèvement de leurs voisins,les Libyens se soulèvent à leur tour,ils se font massacrer pendant 3 jours du (16 au au 19 février),jours pendant lesquels les Occidentaux prient pour ne pas perdre encore un allié , allié tout frais qui plus est ,et très prometteur en terme de contrats.

    Mais l’opposition prend le dessus finalement et s’empare de tout l’est du pays et d’une grande partie de l’ouest.

    Les occidentaux se retrouvent pour la troisième fois du mauvais coté de l’histoire et décide cet fois si de condamner Khaddafi étant persuader de sa chute dans les jours qui suivent.

    Mais l’histoire en décida autrement et Khaddafi reprenant du poil de la bête fait reculé l’insurrection et massacre des milliers de manifestants.

    Les gouvernement occidentaux décident alors de faire semblant de parlementer et de discuter en attendant de voir qui va prendre l’avantage.

    Puis finalement et depuis 3 jours les forces rebelles contrairement a ce que l’ont raconte se sont remis de leur début de débâcle et ont reussi à bloquer Khaddafi à Ajdabiya.

    La branle bas de combat,on décide d’aller détruire les armes qu’on a vendu tout en sachant que cet HOMME ÉTAIT UN VIEUX FOU BRUTAL.

    Par contre les Yemenites ou les Bahrainis ne méritent pas tant d’attention car cela ne fait vraiment ,mais alors vraiment pas parti des plans des USA qu’un pays en contact avec l’Arabie Saoudite deviennent libre.

    Pour résumer :

    Les gouvernement occidentaux attendent toujours de savoir qui prend le dessus pour commencer à condamner une dictature.

    La est la plus grande hypocrisie.

    Pourquoi personne ne soutient -il les Bahrainis ? Ou les Yemenis ?

    Vous allez voir si il y a des manifestations en Syrie demain,ils ne se priveront pas de condamner Bachar el Assad( Que je déteste personnellement)dés le premier mort.

  • bendidonc
    bendidonc
    shockingreader
    • Posté à 02h39 le 18/03/2011
    • Internaute 71729
      shockingreader

    Enfin ! !

  • Rezonor
    Rezonor
    Collectif
    • Posté à 07h37 le 18/03/2011
    • Internaute 63987
      Collectif

    Le « Protecteur » versus les racketteurs…

    Story-telling, phase 2

    L’intervention est désormais certaine. Sarkozy en rêvait, l’ONU l’a fait (ou plutôt l’autorise du bout des abstentions chinoises et russes) et l’Otan l’organise : technologie américaine (Awacs), soutien anglais (diplomatique), action française et consentement de la Ligue Arabe en échange de la liberté d’agir à sa guise en Mer Rouge et dans le Golfe.

    À la perspective de pouvoir en découdre avec l’un des membres du quarteron de dirigeants pratiquant le racket à l’islamisme salafo-wahabite (Ben Ali, Moubarak, Khadafi et Mohammed VI, épargné pour le moment), la France, en son chef, ne se tient plus de joie. Séquence fromage.

    Ancienne protectrice régionale (dans la configuration coloniale précédant l’éviction d’Idriss par Khadafi) la France qui a eu bien du mal à « laisser » le Fezzan aux libyens, se réjouit donc de cesser de payer pour une protection qu’elle estime désormais illusoire. Dans le contexte qui marquera immanquablement la recomposition politique libyenne, la France espère poursuivre sa politique pétrolière de coopération (renforcée au titre de la reconnaissance due à l’allié) au bénéfice de Total et consorts.

    Comme Napoléon III avait eu son aventure exotique au Mexique qui a mal réussi au Président actuel, ce dernier espère que l’affaire libyenne sera d’un bon rapport qualité-voix à l’approche des prochaines échéances électorales. C’est vrai qu’il y a matière à exploiter, légitimement d’ailleurs, le secours apporté à la population benghazite réduite à la dernière extrémité par les forces armées restées loyales à Khadafi. On peut difficilement tordre le nez sur une action consistant à défendre les opprimés. Séquence Valmy.

    Cette configuration qui fait coïncider les intérêts bien compris de l’industrie pétrolière et partant certains intérêts français et l’illustration des valeurs démocratiques (dont la France etc.) place dans une position moralement délicate ceux que n’abusent pas tout à fait le bénéfice tactique qu’en escompte la majorité présidentielle car on peut difficilement souhaiter la liberté des peuples et ne pas leur en fournir les moyens, ou - dit autrement : tout et son contraire.
    Séquence logique.

    Sarkozy parvenu au bout de son story-telling intérieur (dont l’auditoire lui faisait savoir, sondage après sondage, combien l’intrigue s’enlisait dans la médiocrité) a décidé de confier l’écriture du chapitre suivant à l’armée plutôt qu’au spécialistes GG (Guéant-Guaino, aux saillies rances). Bien vu. Il est dommage que la gauche aveuglée par la marionnette Marinette que les officines d’action psychologique (tout aussi militaires celles-ci) lui destine ne se soit pas emparée du sujet libyen. Un Projet à part entière. Elle court désormais le risque de se mettre dans une opposition incompréhensible aux yeux des amateurs de liberté des peuples ou de se condamner à un suivisme émollient.

    En se posant en protecteur des faibles, le chef des armées avec la majesté d’un Adonaï Tsebaot, réalise sa plus belle opération électoraliste. Il faudra lui rappeler, au passage, que son souci de la liberté devrait l’amener désormais qu’il a ceint (ou presque) son front des lauriers du proconsul de Cyrénaïque, de protéger aussi la liberté des français qui suppose la concorde civile. Le veut-il ? Poser la question c’est y répondre. Séquence débat (sur l’islam).

    Pendant qu’on s’active sur le tarmac, les français assistent navrés - à l’automne d’une dictature privée d’effluves de jasmin, toute en technocratie. L’adoption dans une ambiance feutrée d’une série de lois dont le moins qu’on puisse en dire est qu’elles portent les germes d’un droitisme tehno « up to date » et militant représente l’avers de cette « médaille » militaire.

    Mourir pour Benghazi, pourquoi pas ; et par LOPSSI 2 ?
    TentéEs ? À moins que la première prise d’armes ne soit condition de la seconde.

  • StuntmanMike
    StuntmanMike
    Ingénieur de recherche Energie/ (...)
    • Posté à 07h38 le 18/03/2011
    • Internaute 97433
      Ingénieur de recherche Energie/ (...)

    Je ne le sens pas du tout ce coup là...
    L’ingérence humanitaire, on a déjà vu ce que ça donnait. J’espère qu’ils ont appris de leurs erreurs et que ça ne partira pas en sucette cette fois ci.
    Zone d’exclusion aérienne et point barre ! Surtout pas plus.
    Pour une fois, je ferai presque plus confiance aux USA qu’à la France. Nicolas S. commence vraiment à me faire flipper.

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 09h03 le 18/03/2011
    • Internaute 53186
      inconsolable

    Cette décision, malgré les apparence, n’est pas du fait de l’ONU ; mais bien de Kadhafi.

    Sans le passage brutal du discours du « guide de la contre-révolution » de « contre-terroriste » à « terroriste », l’ONU n’avait aucune justification légale à intervenir.

    Enivré par l’avance de ses forces de contre-révolution, ce sont ses menaces de représailles, contre l’aviation civile, qui l’on fait basculé dans l’illégalité.

    Malgré le discours du Caire, nombreux sont ceux qui n’ont pas compris que la règle du jeux a changé, et que le monde est passé de bi-polaire multi-polaire. Pour ceux-là la règle « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous » est toujours décisive.

    Alors que les uns ont voté pour aider les opposants libyens, les autres ont voté dans la logique de la lutte contre le terrorisme.