A la Une 10/03/2011 à 12h33

Après les manifs, Mohammed VI promet des réformes au Maroc

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Le roi a prononcé un discours en faveur de la démocratisation du pays, agité par des protestations contre les inégalités.

Les manifestations marocaines n’ont pas connu l’ampleur des protestations tunisienne ou égyptienne ; mais elles ont néanmoins suffi à alarmer le roi Mohammed VI qui a annoncé, dans un important discours prononcé mercredi, une réforme constitutionnelle, la première en une décennie sur le trône.


Un Marocain manifeste à Rabat, le 6 mars 2011 (Ilhem Rachidi).

Dans un discours solennel, entouré de son fils et de son frère, il a en particulier annoncé un futur référendum populaire sur une réforme de la Constitution marocaine, et promis que le Premier ministre aurait désormais des pouvoirs « exécutifs », une première dans ce royaume où tout est dirigé par le Palais royal, cet univers décrit par un seul mot connu de tous au Maroc : le « Makhzen ».

Le roi n’a fait aucune référence au mouvement de protestation au Maroc et dans le reste du monde arabe, mais son discours était clairement une tentative de réponse à la demande de monarchie constitutionnelle des manifestants marocains, qui ont lancé un nouveau rendez-vous pour le 20 mars.

Mohammed VI a annoncé une décentralisation accrue, une « gestion démocratique des affaires de la région », et a promis que le Maroc allait s’engager sur la voie de la « séparation et l’équilibre des pouvoirs », une demande des protestataires. Cela passe, a-t-il dit, par :

« La consécration du statut du Premier ministre en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif, et pleinement responsable du gouvernement. »

« Elargissement du champ des libertés »

Dans son discours, Mohammed VI fait une promesse plus globale :

« La consolidation de l’Etat de droit et des institutions, l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives et la garantie de leur exercice, ainsi que le renforcement du système des droits de l’homme dans toutes leurs dimensions, politique, économique, sociale, culturelle, environnementale et de développement. » (Voir la vidéo du discours en arabe, sa traduction française ici.)

Si on prend ces déclarations au pied de la lettre, c’est l’amorce d’une monarchie constitutionnelle et la fin du contrôle exclusif du Makhzen sur toute la vie institutionnelle marocaine. Jusqu’ici, en effet, tout remontait au Palais et les ministres n’avaient aucun pouvoir réel, tandis que le Parlement ne jouait qu’un rôle symbolique, après des élections sans doute plus libres qu’ailleurs, mais dont le résultat était savamment concocté au Palais...

Dans Le Monde du 19 février, à la veille des premières manifestations, Abdellah Hammoudi, professeur d’anthropologie à l’université de Princeton, expliquait la vision des protestataires :

« Les voix qui s’élèvent pour réclamer pacifiquement, mais de façon décisive, les réformes indispensables, le font aujourd’hui parce qu’elles ont perdu espoir dans la capacité du régime marocain, tel qu’il est actuellement, à trouver les solutions adéquates a ces problèmes.

Raison essentielle : l’absence de démocratie véritable, avec un Parlement et des assemblées élus dans la transparence et les garanties légales nécessaires.

La racine de cette carence se trouve dans une Constitution imposée, qui refuse l’essentiel des pouvoirs au peuple pour les concentrer entre les mains de l’institution monarchique. »

C’est à ces critiques que semblait répondre mercredi Mohammed VI.


Une Marocaine manifeste à Rabat, le 6 mars 2011 (Ilhem Rachidi).

Injustice et inégalités au Maroc

Le Maroc se croyait pourtant différent au moment des premiers soubresauts du monde arabe, en raison de l’enracinement de sa monarchie comparée aux dictatures tunisienne et égyptienne, et du relatif assouplissement des libertés publiques depuis la mort du père de Mohammed VI, le roi Hassan II, un autocrate qui a cruellement réprimé ses opposants.

Mais l’ampleur des inégalités sociales, la richesse personnelle de la famille royale, et un système politique sclérosé avec des élections totalement vidées de tout sens, ainsi qu’une jeunesse très présente sur les réseaux sociaux, sont des ingrédients communs avec le reste du monde arabe, expliquant la mobilisation relativement importante.

Les mesures préventives annoncées par le roi, sous la forme de promesses de démocratisation, suffiront-elle vraiment à empêcher le mouvement de prendre de l’ampleur ? Premier test : le 20 mars, à l’occasion de la nouvelle journée de manifestations.

Jeudi, Nizar Bennamate, une des figures du « mouvement du 20 » a assuré que les manifestations prévues pour le 20 mars auraint bien lieu :

« pour se féliciter de cette avancée, mais aussi pour continuer à protester. Les activistes du 20, sont majoritairement contre la logique de la désignation, de la nomination. »

Mise à jour le 11/3/11 à 23h00, avec la déclaration de Nizar Bennamate

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  • Senpai
    Senpai
    Informaticien développeur
    • Posté à 12h58 le 10/03/2011
    • Internaute 110000
      Informaticien développeur

    « Après les manifs ? »

    Franchement vous devriez être objectif. Ce n’est pas depuis que 37 000 marocains ont manifesté dans tous le pays (0,001% de la population marocaine) que le roi s’est décider de lancer des réformes.

    Ces réformes était déjà prévu de longue date, parmis celle d’une régionnalisation qui était à l’étude depuis plus de 2 ans maintenant.

    Certains voient en cela comme une précipitation soit disant pour éviter des révoltes, mais le peuple marocain et le Maroc savent très bien que leur pays avance depuis plus de 11 ans maintenant de façon formidable avec leur souverains à plus de démocratie et d’équité sociale. Cela fait depuis plus de 10 ans que le Maroc à réalisé des réformes profonde unique dans le monde arabe.

    Ne pas mettre ceci sous le compte d’une manifestation organisé par 0,001% de la population marocaine c’est faire preuve d’objectivité et de logique.

    Mais certains aiment à déblatterrer sur des choses qu’ils ne connaissent même pas.

    Un marocain.

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 13h04 le 10/03/2011
    • Internaute 53186
      inconsolable

    « la consécration constitutionnelle de la pluralité de l’identité marocaine unie et riche de la diversité de ses affluents, et au cœur de laquelle figure l’amazighité, patrimoine commun de tous les Marocains, sans exclusive. »

    Voilà une mesure vraiment remarquable, qui du Riff au Sahara espagnole devrait mettre fin à plus de 50 ans de séparatisme larvé, et surtout au racisme d’état contre les berbères.

  • Axis7
    Axis7
    Attaché
    • Posté à 14h25 le 10/03/2011
    • Internaute 47590
      Attaché

    Bravo à la société civile marocaine qui a toujours été à l’initiative des progrès du Maroc en terme de droits : reforme du statut familial en faveur des femmes ou l’Instance Equité et reconciliation quia permis l’indemnisation et l’accès à la television d’etat et en direct des victimes des années de plomb.

    Une société civile qui a toujours eu un coup d’avance sur des partis sclérosés et nombrilistes.

  • El Che Bouazza
    El Che Bouazza
    ma a7la lhorrya, qu'elle est (...)
    • Posté à 15h36 le 10/03/2011
    • Internaute 140897
      ma a7la lhorrya, qu'elle est (...)

    Hello, Je suis Marocain , j’ai vécu à Casablanca jusqu’à 2001 et depuis j’ai fais mes études supérieures en France et je rentre souvent au Maroc. Je fais partie des jeunes du mouvement du 20 Février...
    Je ne comprends pas la réaction de beaucoup de gens qui veulent d’abord la fin de la monarchie, sans se demander si c’est ce que veulent les marocains ou pas...perso je pense que le palais détient actuellement tous les pouvoirs et comme le roi ne peux pas être partout certains de ces amis se comportent en vice-roi en créant un parti du système( Parti Authenticité et Modernité)...qui n’hésite pas à s’acheter des élus, à des prix supérieurs aux prix des joueurs du championnat de foot, je suis sérieux en plus...de plus la famille royale gagne énormément d’argent en détenant les compagnies commercialisant les principaux besoins des marocains...Pour les atteintes aux droits de l’homme qui ont eu lieu depuis 1999( l’intronisation de M6) elles ont commencé surtout,après les attentas de Casablanca, et les vieux cadres du vieux régime ont eu plus de liberté : résultat le Maroc a commencé a régressé surtout concernant les droits des journalistes...
    Malgré toutes ces critiques et j’en ai encore plus....le roi reste très populaire au Maroc...car les gens n’ont pas confiance en les autres ( les vieux politiciens corrompus, les grands cadres de la police trop amis avec les cartels de drogue, ou pire encore les militaires...)....C’est le, seul souverain qui se balade dans les rues de ces villes sans escorte ou sous protection très légère , il suffit de demander aux marocains, on le voit très souvent au volent de l’une de ses superbes caisses...et surtout le Maroc a vraiment avancé depuis qu’il est là, les infrastructures ( les autoroutes, les nouveaux aéroports et ports de classe mondiale) et de grands investissements , ça a changé beaucoup de choses au Maroc, mes potes du quartier populaire ou j’ai grandi, ne veulent plus dépenser leur argent pour s’acheter un contrat de travail en Europe mais préfèrent investir dans des petits commerces au Maroc...il y a 10ans c’était pas imaginable.
    Le Maroc n’appartient pas au roi, la constitution actuelle quoi qu’autocratique reconnait la souveraineté au peuple.
    Je pense que le discours d’hier est un grand pas vers l’avant pour le Maroc, il faut veiller à ce que la mise en œuvre soit aussi du même niveau que le discours...
    Pour ceux qui disent M6 a peur en regardant la vidèo, regardez d’autres discours et vous verrez qu’il parle tjrs comme ça.
    Et pour ceux qui sont fiers d’avoir couper la tête de L16 , il fraudais penser aux millions de morts qu’il y a eu après...c’est facile de venir 2 siècles après et dire que le résultat est pas mal pour la France, Nous on ne veux pas de la terreur au Maroc, donc Merci pour le conseil mais on en veux pas...
    La démocratie Marocaine est en marche, mais elle ne se fera pas comme les autres mais en s’inspirant des autres expériences bien sûr, en gardant nos spécificités qui garantissent la stabilité et l’unité...Ameeen

  • BadrH
    BadrH
    cacaprout
    • Posté à 16h15 le 10/03/2011
    • Internaute 97172
      cacaprout

    J’ai profité de ce discours pour relire la consitution marocaine (1996), et je me suis rendu compte qu’il y a un fossé énorme entre ce qu’énonce la constitution et la réalité du terrain.

    ex :
    - Article premier : Le Maroc est une Monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale.
    - Article 5 : Tous les Marocains sont égaux devant la loi.
    -Article 9 : La Constitution garantit à tous les citoyens :
    la liberté de circuler et de s’établir dans toutes les parties du Royaume ; -la liberté d’opinion, la liberté d’expression sous toutes ses formes et la liberté de réunion ; - la liberté d’association et la liberté d’adhérer à toute organisation syndicale et politique de leur choix.
    Il ne peut être apporté de limitation à l’exercice de ces libertés que par la loi.

    C’est pour celà que je reste sceptique attendant les propositions qu’il fera en Juin. Et surtout les modalités de leur application.

    En attendant, et à mon humble avis, il faut maintenir la pression.

  • albin
    • Posté à 17h20 le 10/03/2011
    • Internaute 11837

    Monsieur Haski, je constate, une fois n’est pas coutume, que vous faites du copié/collé à propos du Maroc, pays que vous semblez beaucoup moins bien connaître que la Chine, même si étant moi-même ignare sur la Chine, je ne pourrais même pas réagir.

    Votre point d’interrogation finale après avoir copié/collé à nouveau les revendications de Hammoudi sans vraiment analyser le discours royal et en ne prenant que des bribes, ceux qui vous arrangent ou arrangent vos amis. Sachez que l’opposition, les acteurs du 20 février, se disent satisfaits voir très satisfaits du discours royal et que depuis le 20 février, d’autres manifestations se sont tenues ne réunissant plus qu’une centaine de personnes.

    Le discours était un discours historique, intelligent et certainement plus démocratique de tout ce que je n’ai jamais lu et entendu en Europe.