vie de bureau 10/03/2011 à 12h20

A-t-on vraiment envie d'afficher son humeur au boulot ?

Miroir social"
Rodolphe Helderlé | Miroir social



Pour motiver ses salariés, la Société Générale leur propose d’exprimer leur humeur le matin en collant des smileys sur un tableau. Une méthode de management qui ne convainc pas tout le monde.

C’est une des « innovations » concoctées par le cabinet de conseil McKinsey & Company qui a orchestré le cahier des charges du programme Team-Up concernant les 10 000 salariés des services centraux de la banque.

A l’aide de smileys, chacun est invité à signaler son humeur aux autres, en le collant sur le tableau blanc de la réunion matinale. Dans les faits, beaucoup d’équipes font l’impasse sur cet indicateur optionnel et collectif d’humeur.

Rond, carré, triangle, c’est au travers de ces figures géométriques que les membres d’une équipe de la Société Générale a finalement décidé de faire partager son humeur à l’occasion du « morning meeting » quotidien. Une stratégie originale de contournement, 100% non émotionnelle.

Les managers deviennent coaches

Peu importe, Team-Up nourrit d’autres ambitions. Ce programme d’amélioration continue vise en effet à ce que les managers opérationnels s’investissent beaucoup moins dans la technique de métier au profit de l’animation de leur équipe, sous-tendue par la méthode du « lean » – une méthode de gestion inventée par Toyota et destinée à augmenter la productivité. « Sit-in » et autres coaching s’ajoutent au « morning meeting ». Ainsi, 30% de gains de productivité seraient attendus.

Le programme de transformation d’un « manager expert technique » en « manager coach » se déroule sur quatorze semaines avec un accompagnement serré d’un consultant interne, qualifié de « navigateur ».

Le rapport du cabinet Isast, missionné par deux CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) des services centraux, souligne que le programme Team-Up est « source de pression psychologique » et pourrait « semer les graines d’une future et nouvelle inadéquation managériale ».

Voilà en tout cas un programme qui s’inscrit dans la logique du nouveau mode d’évaluation de la performance individuelle, qui met au même niveau les objectifs opérationnels et la manière dont ces résultats sont obtenus. Une « e-valuation » qui accorde une grande importance aux objectifs de développement comportemental.

 ? Quelles sont les techniques utilisées par votre employeur pour vous motiver et vous laisser exprimer votre humeur ? Et vous aussi, avez-vous choisi de contourner ces techniques ? Partagez votre expérience dans les commentaires.

Photo : des petits personnages souriants (Aleske/Flickr/CC).

Publié initialement sur
Miroir social
  • 37538 visites
  • 145 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Buzzcocks
    Buzzcocks
    Anarchiste
    • Posté à 12h54 le 10/03/2011
    • Internaute 137500
      Anarchiste

    Marrant, dans mon assurance depuis ce matin, je suis convié à un morning meeting où je dois mettre un batonnet en dessous d’un pictogramme : pluie, nuage ou soleil.

    Le plus marrant, c’est que les consultants (de mac machin) ont débarqué, il y a 1 mois avec un discours du type, on va vous auditer pour trouver des solutions à vos soucis. Or cet article prouve que quelque soit la boite, les solutions proposées sont identiques. la phase d’écoute et d’audit, c’est de la bullshit ... quelques soient nos réponses, on aurait eu droit au Morning Meeting.

    Enfin, je ne me plains pas, le morning meeting, c’est 15 minutes où je glande, je mets mon baton dans la colonne Soleil, et je n’en vois pas l’intérêt sauf de me prendre 15 minutes.

  • pozdnychev
    pozdnychev
    de passage.
    • Posté à 13h19 le 10/03/2011
    • Internaute 43365
      de passage.

    On peut disserter à l’envi sur « ohlala on nous prend pour des enfants », etc.

    Je pense que ce genre de technique de management n’aura de succès que si c’est mis en place dès la création de l’équipe dans laquelle le processus fonctionne.

    Les hommes détestent le changement : arriver dans un département et demander aux gens déjà en place de changer leurs habitudes, ne serait-ce qu’un tout petit peu, c’est s’exposer à tout un tas de critiques. La vie est comme ça, notre cerveau n’aime pas modifier ses habitudes.

    Ensuite bien sûr, il ne faut pas se dire que ce genre de management est obligatoire, cet indicateur de l’humeur se fait sur une base de volontariat. Par exemple si vous avez passé une sale nuit à cause de votre fiston qui fait ses dents, vous mettez un smiley massacreur, et les gens comprendront si vous n’être pas aussi agréable que d’habitude, sans pour autant vous demander de vous allonger pour commencer la séance de psychanalyse. Ce sont parfois ces détails qui désamorcent les conflits. Pas mal de salariés n’aiment pas parler de leurs problèmes, ce qui est parfait, mais du coup, si l’ambiance s’en ressent, c’est parfois bon de savoir si c’est dû au travail ou non.

    Je pense que dans toutes ces techniques de management il y a du bon et du moins bon ; la différence se fait vraiment sur la manière de présenter l’objectif, la movitation des salariés, et la transparence des processus. Rien n’empêche d’arrêter ça si on voit que seuls 5% des salariés jouent le jeu, il ne faut pas forcément voir ça comme une contrainte terrible imposée par la direction.

    Le côté « augmentation des rendements », c’est surtout quelque chose de vendu par le cabinet de consulting à mon avis – l’objectif de ces méthodes, c’est surtout de travailler dans une ambiance plus saine.

    Bref, tout ça pour dire que je me garderai de critiquer /a priori/ cette initiative, car on ne sait rien du /modus operandi/, et surtout, des gens qui se chargent de manager les équipes. Parce que bon, on peut dire ce qu’on veut, ça revient souvent à un « problème » de personne.

    Il faut avouer également qu’en France, le ’manager’ ne sait pas gérer les gens, la pression, etc. Tenter des nouvelles expériences n’est pas fondamentalement mauvais.

  • pozdnychev
    pozdnychev répond à Neferourê paillette
    de passage.
    • Posté à 13h36 le 10/03/2011
    • Internaute 43365
      de passage.

    Qui a parlé de s’amuser ? En l’occurrence, dans ma boîte, quand ça a été mis en place, c’est mort tout seul, parce que les gens s’en foutaient un peu (dont moi). On a pris acte, on a laissé tomber ce truc. Mais ça ne coûte rien d’essayer, voir ce que ça donne, si ? Mais on n’est pas arrivé en disant « oh mais quelle boîte de crétins je veux qu’ils meurent tous ça leur apprendra un peu ! ». Vous saisissez la nuance, j’espère.

    À côté de ça, d’autres expériences ont été tentées, et ont plutôt bien fonctionné. Faut savoir tester, revenir en arrière, et garder ce qui plaît, c’est tout.

  • Samuel Vimaire
    Samuel Vimaire
    Ancien pauvre
    • Posté à 13h49 le 10/03/2011
    • Internaute 140339
      Ancien pauvre

    Je suis consultant en Informatique, je travaille pour une SSII (Société de Service en Ingénierie Informatique) qui me place chez ses clients pour que je participe aux développement d’applications informatiques.

    Je viens de terminer une mission d’un an à la SG et je n’ai jamais vu ce genre de choses. Quand on croise le chef de projet ou le directeur de projet ou même le directeur de pôle (respectivement mes N+1, N+2 et N+3), on se disait « Bonjour, comment ça va ? La femme, les enfants ? Dis voir t’as fini le dernier niveau de Goldeneye sur Wii ? etc... »

    Il est (fort) possible que les pôles informatiques ne soient pas gérés de la même façon que le reste... Les informaticiens sont souvent à part dans les grandes entreprises. Parfois c’est un mal, mais pour le coup là, ça a vraiment l’air d’être un bien...

    On avait pas besoin de smileys à la con.

    Ce genre de chose est un pathétique moyen pour codifier l’Humain afin d’en parler une dizaine de minutes le matin et d’en être débarrassé pour le reste de la journée. C’est pitoyable. Une manière de faire comprendre aux employés qu’à partir de la fin du « morning meeting », ce ne sont plus des êtres humains mais des robots et que leurs émotions et leur caractère ne regardent qu’eux...

    En plus « morning meeting », ça me file la gerbe. On est en France bordel, il y a des mots pour dire ça : « réunion du matin », « rencontre matinale », etc... Pourquoi vouloir systématiquement bafouer la langue française (et la langue anglaise par la même occasion) avec des anglicismes à la mord moi le nœud ? ! Ça fait « hipe » ? On dirait des gamines pré-pubères !

  • Triple buse
    Triple buse
    Quand on voit ce qu'on voit, (...)
    • Posté à 14h16 le 10/03/2011
    • Internaute 117308
      Quand on voit ce qu'on voit, (...)

    En fait le smiley a été inventé a cet usage (wikipedia)

    Lien

    « Le visage smiley colorié, un bouton jaune avec un sourire et deux points représentant les yeux, aurait été inventé par Harvey Ball en 1963 pour une société d’assurance américaine qui voulait une campagne interne pour améliorer le moral de ses employé »

    Lien

  • Lictor
    Lictor
    informaticien
    • Posté à 15h19 le 10/03/2011
    • Internaute 68450
      informaticien

    Après, on peut se moquer, mais quand on voit les boites où rien n’est fait pour gérer le personnel, on se rend compte que ne rien faire n’est pas une solution non plus.

    C’est du coup un exercice délicat. Mais le management est clairement une réalité, on ne peut pas se contenter de laisser courir sans rien faire - autrement, quand on se réveille au bout de quelques années, on se retrouve avec des situations ingérables.
    S’il est sûr que toutes les méthodes ne sont pas bonnes à prendre, il y a néanmoins des approches qui marchent et qui en plus bénéficient aux membres de l’équipe (comme toutes les approches qui marchent durablement d’ailleurs).

  • topperheadon
    topperheadon
    employé marketting à Lille
    • Posté à 16h33 le 10/03/2011
    • Internaute 25945
      employé marketting à Lille

    Ils ont mis ça en place il y a 6 mois dans mon ancien service.

    Ce n’est ni plus ni moins que le résultat d’une quelconque réunion de managers incompétents qui pensent ainsi résoudre les éventuels problèmes de leurs équipes.

    C’est inutile, et la majeure partie du service a trouvé la démarche à la limite de l’insulte et de la condescendance.

    Ca m’a fait immédiatement pensé au train de la semaine que l’on met dans les écoles maternelles et que les enfants recitent chaque matin avec le prof.

    C’est symptomatique des nouvelles façons de faire dans les entreprises, on cherche à donner l’illusion d’une proximité manager/salarié alors qu’en réalité, rien ne change et que le but est de rester productif, quoiqu’il en coute.

  • Cyberjo
    • Posté à 10h55 le 11/03/2011
    • Internaute 90322

    Une précision : cette politique des Smileys ne concerne que la banque d’investissement de la SG (SGCIB).

  • Papa
    Papa
    Finance
    • Posté à 15h12 le 11/03/2011
    • Internaute 148006
      Finance

    Ayant été Leané par McKinsey aussi et concurrent de la SG ;) notre bilan concernant les smiley est tout à fait futile. Même si la notion de smiley d’humeur le matin pouvait à l’origine avoir un certain interet, il faut pas oublier que ce concept a été à l’origine mis en place au Japon. La dimension culturelle est à prendre en compte. En ce qui concerne notre mentalité à la française, voire latine, ainsi que la façon de penser de structure managariale de nos grandes entreprises françaises tend à démontrer qu’afficher son humeur lors de morning meeting est futile ,sans interet et surtout sans aucune action corrective en echange.
    Même si le cabinet de conseil nous vante les mérites d’afficher son humeur, même si eux mêmes le mette en pratique lors de leurs propres morning meetings il en demeure pas moins que la portée de cette information reste quasi nulle. Elle peut avoir son importance dans une petite équipe (inférieure à 6/8 personnes) ayant nouée un tissu amical et empathique certain au préalable, mais en dehors de cet état de fait, la portée du smiley d’humeur est soit vite oublié, soit devient une corvée ayant aucune reaction en retour. Le fait de deplacer son humeur d’un jour à l’autre aux extremes n’aura pas de reaction de la part de la stucture managariale. Et c’est d’autant plus vrai que dans les grandes institutions françaises, le passage au Lean ne change pas en profondeur la façon de penser des managers pretendant à devenir des coatchers..
    Dans notre cas, nous pouvons dire que nous avons acceuilli le Lean, nous l’avons pratiqué et nous l’avons oublié. Quant au smiley , il s’est au mieux évaporé avec le tableau blanc du morning meeting, et au pire est devenu soit un terrain de jeu soit un exutoire à des maux plus profonds. L’humeur sous forme de smiley n’est qu’une façon superficielle de sustenter les attentes plus profondes de la base opérationnelle des employés, dans leur aspirations à plus d’automnomie et de moyens d’evolutions au seins de leurs entités : une façon de dire, qu’on vous donne les moyens de vous exprimer mais qu’on reste sourd et aveugle malgrès tout.

    Pour conclure, il restera toujours quelques personnes pour y trouver un interet, mais dans les faits cela reste très rare. L’erreur, à mon sens de cette pratique a été de commencer par la base opérationnelle et non dans les branches managariales.