A LA UNE 09/03/2011 à 17h09

Logement : propriétaire mais précaire, il vit « au jour le jour »

Ramses Kefi | Journaliste


Son père était propriétaire à 47 ans. Lui, à 25. Il est en avance, mais il lui reste tout, ou presque, à rembourser. C'est en ayant lu sur Rue89 la tribune collective « Bayou, Duflot et Legrand contre l'échec du “tous propriétaires” » qu'Olivier nous a contactés.

Le jeune auto-entrepreneur de 30 ans – marié, deux enfants – voulait raconter la précarité de certaines personnes qui se lancent dans l'acquisition de leur chez-soi.

Devenir propriétaires, « ça nous semblait logique »

C'est en 2005 que le couple décide de franchir le pas. Il se porte acquéreur d'une maison de 56 m2 à Châteaurenard, dans les Bouches-du-Rhône, pour 160 000 euros. Aucun apport personnel, si ce n'est 10 000 euros d'économie (« pas grand-chose ») investis pour les frais de notaire.

Le reste, c'est un crédit sur vingt-cinq ans. Et 40% de leurs revenus – 3 200 euros – qui partent dans le remboursement des traites, soit 1 280 euros par mois.

A l'époque, en 2005, il est directeur d'une enseigne ED pour environ 2 000 euros par mois, en y incluant les primes. Sa femme, elle, est fonctionnaire et touche un peu moins de 1 200 euros, en dépit d'un DESS en urbanisme. Quand il évoque sa décision d'investir dans la pierre, il parle d'un choix qui allait de soi :

« Nous étions jeunes mais nous avions déjà une certaine appréhension à payer un loyer quand un crédit, équivalent, pouvait nous permettre d'être propriétaires. Ça nous semblait logique. »

« La famille, c'est un créancier comme un autre »

Un investissement sur le long terme. Pour eux mais aussi pour leurs deux enfants, dont le plus grand est aujourd'hui âgé de 5 ans. « Ils auront quelque chose à eux ».

La famille s'agrandit, « il faut plus de place », Olivier lance en 2008 des travaux de réaménagement. Comme il n'a pas les moyens, il emprunte encore. A une banque d'abord, à hauteur de 20 000 euros. Puis à sa famille, qui lui prête 40 000 euros :

« L'aide de ma famille est indispensable, pour ne pas dire nécessaire. Néanmoins, c'est un créancier comme un autre, qu'il faut rembourser. »

Entre temps, le Marseillais donne une autre tournure à sa carrière. Comme son salaire ne correspond plus aux efforts qu'il fournit, il claque la porte de son employeur en 2007, à la suite d'un licenciement à l'amiable, qu'il appelait de ses vœux. S'en suit une période de chômage, ponctuée, ici et là, de quelques CDD :

« Il y a quelque chose de paradoxal dans le chômage. Les aides que l'Etat m'octroyait compensaient la baisse de mes revenus. Et il était presque devenu rentable d'être un propriétaire au chômage. »

300 euros par mois pour les courses alimentaires

Il refuse la mobilité géographique, en dépit d'offres plus alléchantes. Il veut rester dans sa Provence natale. Il lance alors son entreprise de communication pour accompagner les artisans et les PME dans leurs stratégies marketing. S'il s'épanouit, ses revenus ne décollent pas. Les ressourcent du ménage stagnent à 3 000 euros.

« Il y a des mois sans. Il faut s'adapter, faire le dos rond. Et ça passe par une grosse capacité à surmonter les périodes de moins bien, et anticiper les coups durs. »

Le salaire de sa femme n'a pas évolué. 1 200 euros, entièrement dévolus au remboursement des emprunts. 970 euros pour la banque, 200 euros pour la famille. Lui se charge du reste, à savoir la survie au jour le jour du foyer. Son quotidien, c'est une grosse part de débrouille.

Le budget alimentaire d'abord : une enveloppe de 300 euros au début du mois, pour quatre, impossible à rallonger. Elle comprend aussi bien la nourriture que les produits d'entretien. En hiver, c'est la même austérité. Sa maison est équipée de chauffages électriques qui ne fonctionnent pas :

« La cheminée et le bois coûtent beaucoup moins cher. Certains de nos voisins consacrent plus de 2 000 euros pour se chauffer l'hiver. Pour nous, c'est impossible. Nous nous situons autour de 600 euros. Et, forcément, les températures ne sont pas idéales. Autour de 15°C le matin. »

En hiver, les vacances à la neige sans skier, pour l'air pur

Il faut flairer les bons plans. Par exemple, changer ses pneus pour 300 euros au lieu de 1 000, en les commandant de Chine, sur Internet.

« Certains me disent que je devrais effectuer des travaux. Moi, je vis au jour le jour. Et, pour l'instant, le toit tient, c'est déjà ça. »

En vacances, pas de folies. 200 ou 300 euros maximum, pour l'essence et les pique-niques. En été, c'est camping en Corse sans « activités payantes » ; et cet hiver, quand la famille les invite à la neige, on ne skie pas. L'air de la montagne suffit. Le couple n'a pas de quoi louer pour des centaines d'euros de matériel.

Selon Olivier, le gouvernement favoriserait, dans l'affichage aux « tous propriétaires », ceux qui ont déjà les moyens d'acheter une maison. Il se considère comme précaire dans la mesure où il n'a absolument aucune garantie :

« Si mon entreprise se casse la figure, que deviendrai-je ? Je suspendrai le crédit mais pour combien de temps ? Ce n'est pas le fait de devenir proprio qui vous rend précaire, mais le contexte autour. »

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  • einna
    • Posté à 17h54 le 09/03/2011
    • Internaute

    En lisant cet article, petite sensation de malaise. Certes Olivier semble être à plaindre : gros endettement, chauffage à 15°, chomage mais.... emprunter au maximun est-ce vraiment raisonnable ? se faire licencier à l'amiable sans emploi derrière, est-ce raisonnable ?
    Précaire certes mais cette précarité semble plus la conséquence de leurs choix que des contingences subies par ceux dont les usines ferment et qui n'ont pas appelé de leurs voeux leur licenciement.
    La conclusion « si mon entreprise se casse la figure, que deviendrais-je ? », est un raisonnement un peu « facile », n'y est-il pas pour quelque chose dans le fonctionnement de l'entreprise ?
    Cette famille a fait des choix,elle a 3000 euros de revenus par mois ce qui est sans doute peu mais qui n'est pas rien. Que cherchait Olivier à prouver : qu'il pouvait être plus fûté que son père en étant propriétaire avant lui ? Peut être ici ce n'est pas de précarité dont il est question mais d'immaturité ?

  • kilimandja
    kilimandja répond à jumeaux2011
    • Posté à 18h22 le 09/03/2011

    Je pense que c'est pour cela qu'ils ont emprunté 40.000€ à la famille plutôt qu'à la banque. Leur établissement ne devait pas les suivre. Il vaut mieux refuser un prêt à quelqu'un quand on sait que c'est reculer pour mieux sauter. Ou alors simplement lui faire un don. D'autant plus que leur taux d'endettement ne tient pas compte du coût de l'assurance emprunteur, qui peut augmenter sensiblement la facture.

    Avant de nous lancer, nous avons passé plus d'un an à étudier les prix, contacter les banques, faire des devis chez différents assureurs. On nous a pris pour des fadas ! Les agences adorent vendre des maisons « coup de cœur ». Beaucoup trop de personnes s'accrochent à la maison de leurs rêves et refusent de faire les concessions nécessaires. Leur logique, c'est « si la banque me suit jusqu'à 200.000€, alors je choisis une maison à 200.000€ ». C'est dans l'air du temps mais c'est un sacré risque. On voit bien qu'après au moindre pépin on est dans la panade, forcé de taxer à droite et à gauche pour tenter de maintenir la tête hors de l'eau.

  • gaias
    gaias
    etudiant
    • Posté à 18h38 le 09/03/2011
    • Internaute
      etudiant

    Je comprends leur désarroi mais fallait pas s » engager la dedans aussi en ayant que des petits salaires...
    s » acheter une maison, c » est bien quand on a de gros moyens, qui feront que vous passerez pas votre vie à dire :

    « non je peux pas, j » ai mon crédit à rembourser »

    Sans compter que pour pouvoir vraiment évoluer dans sa carrière, bien souvent, il faut être prêt à bouger.

    25 ans.... soit toute leur vie active à rembourser, à toujours compter, sans jamais profiter de quoi que ce soit.

    « Pour eux mais aussi pour leurs deux enfants, dont le plus grand est aujourd'hui âgé de 5 ans. “ Ils auront quelque chose à eux ”. “

    ça veut pas dire grand chose, à moins d” être sur que les enfants reprennent une affaire familiale ou travail dans le coin.
    Il vaut mieux leur payer des études de riches dans de grandes écoles, leur donner accès à de la culture, voyages à l » étranger, études à l » étranger, que de leur léguer une baraque dans laquelle ils n » habiteront jamais, car la probabilité pour qu » ils soit sur place est quasi-nulle.

    Ah oui, il peuvent la revendre... mais bon, un bon boulot super bien payé qui fait grimper d » une caste, c » est mieux non ? Ils pourront même vite se payer une maison. : )

    Y a rien de pire que de voir ses gosses aller à la fac pour finir dans les 3/4 des cas dans des boulots très alimentaire. A leur tour ils gagneront entre 1200 et 1600, pour à leur tour s » endetter...

    tant que l » immobilier en France sera aussi compliqué, aussi cher, ça vaut pas la peine.

    Les enfants ont besoin qu » on leur assure un avenir, pas une maison.

    De plus, ici, une maison ne nous appartient jamais complètement (impôts).

    c « est pour ça que je ferais jamais de crédits pour une maison, sauf si je gagnais, beaucoup, beaucoup d » argent, à ce moment là l » apport serait suffisamment important.

  • Atila
    • Posté à 06h08 le 10/03/2011

    Etrange cet article. En fait ce couple n'avait tout simplement pas les moyens de devenir propriétaires mais ils se sont quand même lancés. C'est leur choix alors où est le problème ?

    Effectivement chalquer la porte de son taf quand on a des traites à payer c'est pas vraiment malin.

    Mais bon, je ne vois pas l'intérêt de cet article.

    Un voisin a du mal à payer son loyer en HLM, vous ne voulez pas en faire un article MDR jaune

  • Renza
    Renza répond à Atila
    • Posté à 10h34 le 10/03/2011

    Et bien justement l'intérêt de l'article est de montrer que l'idée préconçue de beaucoup de gens « propriétaire est mieux que locataire » n'est pas toujours vérifiée. L'article permet aussi d'illustrer la règle de prudence « ne pas avoir de mensualités supérieures à 30% de ses revenus ».

    J'ai pour ma part trouvé l'article intéressant, également pour les commentaires tout aussi intéressants qu'il a générés.