A la Une 26/02/2011 à 10h13

Le Liban et les révolutions arabes : « 128 dictateurs » à abattre

Global Voices"
Global Voices Online | En français

Pendant que le monde arabe continue à se révolter contre ses dictateurs, la situation du Liban est quelque peu différente et plus compliquée. Pour les militants Imad Bazzi et Ali Fakhry, les Libanais souffrent de « 128 dictateurs », qui composent le Parlement libanais, et d’un régime confessionnel.

Tous deux ont décidé le 16 février d’exercer leur droit de citoyens libanais et de s’exprimer bruyamment contre cette situation. Voici comment cela s’est passé et comment les internautes libanais ont réagi à leur action.

Avant d’annoncer ce que les deux activistes avaient l’intention de faire, Imad a mis en ligne une déclaration où il évoquait la situation libanaise et ses rêves de changement puisque le Liban ne se différencie pas de ses voisins, l’Egypte ou la Tunisie. Il a justifié ceci en citant les problèmes du pays, tels la corruption et l’absence d’élections honnêtes, de justice sociale et d’assurance-santé, entre autres griefs.

Il en a rejeté la responsabilité sur les hommes politiques et écrit :

« La question est, à qui la faute ? Est-il besoin d’analyser ce qui a été fait et par qui ? N’est-ce pas évident ? N’est-ce pas la couche politique libanaise de riches seigneurs de guerre et ceux qui font le commerce du sang qui sont derrière ce qui empoisonne le pays depuis 1975 et jusqu’à aujourd’hui ? Ne sont-ce pas les mêmes qui nous ont pris nos droits, soit en les achetant, soit en menaçant tout mouvement démocratique ? »

Le 16 février, Imad, qui se dit blogueur à plein temps, et son ami activiste Ali Fakhry, ont décidé de faire connaître leur rejet du système confessionnel en s’introduisant dans le bâtiment du Parlement au centre de Beyrouth pour y déployer deux banderoles avec les phrases (en arabe) :

« L’Egypte avait un dictateur, nous en avons 128″

“Le peuple veut la fin du système confessionnel”

Ils se sont immédiatement trouvés face aux policiers qui les ont menacés, ont déchiré leurs banderoles et effacé les images sur l’appareil photo qu’ils avaient sur eux.

Réactions mitigées

Les réactions de la twitosphère libanaise étaient partagées entre l’approbation et la moquerie contre ce qui était qualifié de numéro ridicule plus amusant qu’utile.

Voici quelque-uns des tweets approbateurs :

@Emiliehasrouty : @TrellaLB ce que vous avez fait était génial, la plupart d’entre nous étaient derrière leurs ordinateurs avec un café, au chaud & en sécurité... Respect...

@maheriskandar : #feb16 n’est pas ridicule ! si vous ne pouvez pas trouver de travail, acheter une maison, penser qu’il faut l’électricité 24h sur 24, et contre le confessionnalisme : REVOLTE

@LebaneseVoices : #feb16 pas besoin que ce soit un big-bang mais ça a montré de quel bois beaucoup sont faits. ceux qui divaguent sur le changement mais ne se donnent jamais vraiment la peine d’essayer.

D’autres “tweeps” étaient d’un avis différent :

@footnem : Je suppose que le #Feb16 n’est qu’une tentative de @TrellaLB d’être le nouveau @ghonim [Wael Ghonim, le “héros” de la révolution égyptienne, ndlr]

@FadyRoumieh : A ceux qui envisagent de s’immoler par le feu Place des Martyrs aujourd’hui - Réfléchissez encore. Il pleut, vous ne prendrez PAS, je répète, PAS feu !

@footnem : C’est une révolution de personne car howe mich 3erif RT @sam_lb : Ça a l’air d’être une révolution d’un seul homme... En ce sens qu’un seul homme la connaît

Le lendemain, Imad écrivait un billet sur son blog Trella au sujet de ce qui s’était passé, qu’il concluait ainsi :

“Un dernier mot, les réactions à ce qui s’est passé n’ont pas d’importance. Votre approbation ou votre objection ne sont pas la question. Et un grand merci parce que vous avez effectué ce que visait ce mouvement. Que vous ayez fait des plaisanteries idiotes ou montré votre soutien, peu importe. Ce qui compte, c’est que vous en ayez parlé et c’est ça le but. Mission Accomplie”

Que faut-il pour que les Libanais se révoltent ? Voyez le mot-clé #UniteLB sur Twitter pour des exemples de ce que veulent les Libanais d’aujourd’hui.

Layal Al Khatib · Traduit par Suzanne Lehn

Publié initialement sur
Global Voices
  • 1535 visites
  • 14 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 11h47 le 26/02/2011
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    au fait, combien de pays dans le monde, ont un dictateur ? ?

    personne n’en parle, et pourtant c’est à la mode...

    ♫tyrans descendez au cercueil ! !


    La victoire en chantant nous ouvre la barrière .
    La Liberté guide nos pas.
    Et du nord au midi, « l’internet » guerrière
    A sonné l’heure des combats.
    Tremblez, ennemis de la « démocratie »,
    Rois ivres de sang et d’orgueil !
    Le Peuple souverain s’avance ;
    Tyrans descendez au cercueil.

    • A.T.swey
      A.T.swey répond à pablico
      *
      • Posté à 11h47 le 26/02/2011
      • Internaute 112034
        *

      Merci Pablico pour ce rappel salvateur, ils avaient la foi à cette époque, il faudrait aussi en France entendre ces paroles lors des manifs à venir... !

      Petite précision historique(Wikipédia) :

      Le Chant du départ est un chant révolutionnaire et un hymne de guerre, écrit par Étienne Nicolas Méhul (pour la musique) et Marie-Joseph Chénier (pour les paroles) en 1794. Il fut l’hymne officiel du Premier Empire et notamment utilisé lors de la Première Guerre mondiale pour exalter les soldats partant au front lors de la mobilisation (la « fleur au fusil » parfois[1]).

      • pablico
        pablico répond à A.T.swey
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
        • Posté à 13h08 le 26/02/2011
        • Internaute 14278
          À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

        hymne, qu’il fallait savoir par coeur pour passer le certificat d’étude.. avec la Marseillaise....


        pour instrumentaliser une révolution chez les dictateurs :

        INSTALLER INTERNET, attendez un peu la fermentation des chats, des réseaux sociaux, ... et BOUMMM

  • PtitCanard a déménagé le 28 avril.
    • Posté à 10h40 le 26/02/2011
    • Internaute 74190

    question à rue89 : (déjà posée mais oyée dans le flot elle sera peut-être plus visible ici)
    pourquoi dans votre bandeau vous parlez de monde arabo-musulman et pas de monde arabe ?
    Ceux qui se révoltent ne le le font pas au nom de leur religion. Des non musulmans arabes se révoltent tout autant.

    Et merci à global voice et à vous pour cet article et tous les autres.

    • Pierre Haski
      • Posté à 11h17 le 26/02/2011
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      C’est pour prendre en compte l’Iran qui vit lui aussi l’onde de choc des événements actuels, mais n’appartient pas au monde arabe.

      • PtitCanard a déménagé le 28 avril.
        • Posté à 11h50 le 26/02/2011
        • Internaute 74190

        Vous êtes sûr que l’Iran vit lui aussi des évènements comparables ?

        Parce que vos 3 derniers articles concernant l’iran ne relatent pas de larges manifestations populaires persistantes : un article de global voice pour l’appel à une manifestation prochaine, l’interview de deux intellectuels et une interview... d’edgar morin : -p

        Google actualités non plus ne trouve rien en ce sens, la dernière actu iranienne étant l’envoi de navire de guerre en méditerranée.
        Et les dernières actus liant les révoltes et l’iran que je trouve sont cette déclaration de Mahmoud le facétieux :
        Lien
        ou encore cette info :
        Lien
        rein qui évoque un soulèvement populaire de grande ampleur.

        Merci pour votre réponse mais elle n’est pas convaincante du tout, « le monde arabo-musulman » ressemble fortement à un « prêt à penser » qu’il est de votre devoir de décortiquer, pas du mien ; -)

        Et sur le fond, quand bien même les iraniens ne sont pas des arabes, il me semble plus important d’insister sur le fait que ces révoltes viennent des aspirations des peuples à la liberté indépendamment de leur religion plutôt que de mettre en avant les origines ethniques des peuples en question.

      • ziad
        ziad répond à Pierre Haski
        Traducteur
        • Posté à 12h03 le 26/02/2011
        • Internaute 66922
          Traducteur

        Assez d’accord avec Ptitcanard. Il faudrait parler de monde arabo-persique alors.
        Dans votre formulation, vous mettez sur le même plan arabe et musulman, ce qui est une erreur très orientaliste.
        On ne dit pas africano-évangéliste, ou européo-chrétien, que je sache ?

         
        • Pierre Haski
          Pierre Haski répond à ziad
          Cofondateur Rue89
          • Posté à 12h20 le 26/02/2011
            éditeur
          • Journaliste 9
            Cofondateur

          Le monde arabo-musulman est une formule tout à fait en usage courant, et qui me semble tout à fait appropriée en la matière. De quoi parle-t-on ces dernières semaines, du fait de savoir si les révolutions arabes de Tunis et du Caire regarderront plutôt vers le « modèle » turc ou le « modèle » iranien, c’est à dire deux systèmes politique qui se sont développés dans des pays non-arabes, mais islamiques. Ce n’est pas une formule d’orientaliste mais une réalité géopolitique et culturelle.

        1 autres commentaires
    • Malzieux
      • Posté à 11h56 le 26/02/2011
      • Internaute 124404
        Ex-chomeur

      Il n’y a pas que des Arabes. il y a une multitude de peuples, que l’on nomme « arabe », de chez nous. Sur place ils ne se considèrent pas forcément comme tel. Ces pays sont en majorité de confession musulmane. On ne peut pas dire les pays africains (car Barhein et Yemen ne sont pas en Afrique), et dire nord-africains-moyen-orientais c’est un peu long. Donc communément on dit arabo-musulman.

      • Crepitus
        Crepitus répond à Malzieux
        Retraité
        • Posté à 20h05 le 26/02/2011
        • Internaute 85789
          Retraité

        Pas seulement les deux pays que vous citez : depuis Ptolémée la limite entre l’Afrique et l’Asie est le Nil.

  • feanor
    feanor
    Que sais-je ?
    • Posté à 10h41 le 26/02/2011
    • Internaute 112689
      Que sais-je ?

    Je m’excuse de faire la fine bouche, mais je trouve dommage que le travail de recherches de journalisme se résume à une lecture et une diffusion de tweets.
    Quelqu’un qui ne connaît pas spécialement la situation au Liban ne sera éclairé en rien par votre article, et n’y trouvera qu’un simple « exploit » de blogueur qui tente de faire une percée dans la réalité.

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à feanor
      Cofondateur Rue89
      • Posté à 11h21 le 26/02/2011
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Cet article provient de notre partenaire Global Voices Online, dont la raison d’être est justement de faire circuler dans le monde l’écho des réseaux sociaux des différents pays. Il ne s’agit pas d’une analyse de fond sur le Liban, mais justement de faire écho à une initiative beaucoup discutée sur les réseaux sociaux.

      On voit bien, avec ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, que les débats sur les réseaux sociaux sont loin d’être anodins, et que d’avoir des capteurs comme Global Voices permet de les prendre en compte.

      Il y a plusieurs statuts d’articles, certains peuvent être des grandes analyses informées, d’autres de simples alertes pour ceux qui s’intéressent à un pays ou une région. Il est clair qu’aujourd’hui, ce n’est pas le Liban qui est au coeur de l’événement, mais il nous a semblé intéressant de donner ce petit coup de projecteur sur ce qui s’y était passé en marge des événements dramatiques que vit par exemple la Libye ces jours-ci.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h23 le 26/02/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « 128 dictateurs » à abattre.

    Damned ! ...ou peut-être searched dead or live.

    Pays généralement reconnus par la communauté internationale :
    Cette liste comprend les 192 États membres de l’Organisation des Nations unies plus le Vatican.

    « Pour les militants Imad Bazzi et Ali Fakhry, les Libanais souffrent de “ 128
    dictateurs ”, qui composent le Parlement libanais, et d’un régime confessionnel ».

    Il ne manquerait donc plus au Liban (10 400 km2 / 3 100 000 âmes) - 1/3° plus
    grand que l’Hérault - qu’à recruter encore 64 dictateurs pour égaler le
    total du nombre de pays de ce bas monde, reconnus par l’ONU.
    - S’ils récupèrent Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et qui sait, Gagbo...

    ...il ne restera plus à leur DRH qu’à mettre une annonce pour 60 postes à pourvoir.
    Tout est possible !  : Qui avait dit cela, encore ?

    Ont-ils penser à essayer ’Pôle-Emploi’ ? : Il paraît qu’on y recrute à tout va !
    « Pôle-Emploi »...la structure « sociale » boudée ici, que le monde entier nous envie.

    ♥ .C’est de l’humour, mais pas de l’humour noir : Trop d’emmerdes avec la Halde !

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 13h08 le 26/02/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    « Le peuple veut la fin du système confessionnel »