Témoignage 25/02/2011 à 16h48

Oui, les militaires méritent leur réduction de 75% à la SNCF

bleuet1 | espère malgré tout


Un militaire patrouille gare Montparnasse, dans le cadre de Vigipirate, le 13 décembre 2010 (Charles Platiau/Reuters).

Je suis petite-fille (des deux côtés), nièce et amie de militaires actifs ou ex-militaires, et mon propre mari a lui-même passé deux ans dans la marine. Il y était quand je l’ai rencontré. Je ne considère pas les réductions dont ils bénéficient à la SNCF [75% sur tous les billets, ndlr] comme un avantage indu, pour deux raisons.

La première : les militaires s’engagent pour la France au péril de leur vie (vous en connaissez beaucoup, vous, des métiers où on s’engage sur contrat à mourir s’il le faut pour remplir sa mission ?), je trouve donc que des compensations substantielles sont légitimes. Je sais qu’un certain nombre des lecteurs de Rue89 sont antimilitaristes et qu’ils refuseront un tel discours, mais pour bon nombre de personnes cela a du sens . Je ne suis pas en train de faire du nationalisme, et si le mot « patriotisme » vous rebute, alors pensez au mot « citoyenneté ».

Une mobilité au mépris de la vie de famille

La deuxième, corrélée à la première : c’est un métier qui implique de nombreuses contraintes non négligeables, notamment celle d’être extrêmement mobile, parfois et même souvent au mépris de la vie de famille. Une réduction aussi conséquente en billets de train permet de compenser la distance pour que les militaires puissent voir leurs proches le plus souvent possible sans grever le budget.

Si je prends mon exemple personnel : j’ai connu mon mari à Brest, il travaillait sur un bâtiment (un navire). Il – le bâtiment – a dû rejoindre son port d’attache à Toulon, avant de partir en mission autour de l’Atlantique pour trois mois et demi. Et bien pendant la période de deux mois où mon mari était à Toulon, il a fait l’effort de prendre le train presque tous les week-ends pour venir me retrouver à Brest, alors que j’y travaillais et étudiais. Heureusement qu’il avait droit à cette réduction, sans quoi la distance eût été d’autant plus difficile à accepter, surtout avant une séparation totale forcée de trois mois et demi.

Du reste, les familles ne sont jamais à l’abri d’un prolongement inopiné de mission, en fonction de l’actualité internationale. Dans notre cas, nous avons craint que la mission ne se prolonge lorsque le bateau est passé au large de la Côte d’Ivoire, la situation étant sensible à l’époque (juillet 2007). Je peux aussi prendre un exemple encore plus extrême, même s’il n’est pas vraiment d’actualité : ma grand-mère a dû élever ses enfants seule pendant trois ans alors que mon grand-père faisait la guerre en Indochine et autres joyeusetés.

Un engagement qui dépasse leur propre vie

Heureusement aussi qu’il existe des aides pour les déplacements des familles [25% à 50% de réduction à la SNCF pour les conjoints et les enfants mineurs, ndlr] : ça permet de faire fonctionner le rapprochement dans les deux sens, et c’est une manière pour les familles de partager un peu du quotidien exceptionnel des militaires, par exemple lors des escales de famille. Certains de mes cousins et tantes ont pu le faire, ce qui est d’autant plus appréciable lorsque la mission est très longue.

On ne parle d’ailleurs jamais du quotidien des enfants de militaires, qui sont contraints de déménager tous les deux-trois ans au gré des mutations et de s’adapter régulièrement à un nouvel environnement. Mon propre père a redoublé une classe à cause de ça, alors que ce n’était pas un mauvais élève ; il avait juste du mal à s’adapter en permanence. En général, la carrière se sédentarise au bout de dix-quinze ans, mais c’est justement pendant la période sensible de l’enfance que les mutations fréquentes ont un impact.

Qu’il y ait éventuellement des distinctions à opérer en fonction du statut du militaire, de son grade (donc de sa solde), je peux le concevoir. Mais je ne peux pas supporter ce discours qui vise à montrer que les militaires profitent d’avantages indus. C’est oublier que leur engagement est exceptionnel car il dépasse leur propre volonté, leur propre vie, et que derrière il y a des familles qui doivent en subir les conséquences.

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  • nain-bleu
    nain-bleu
    Nain par bien des aspects
    • Posté à 16h59 le 25/02/2011
    • Internaute 87238
      Nain par bien des aspects

    Le soucis de votre argumentaire est que tous les « inconvénients » de l’armée, d’autres en souffrent aussi et sans ces avantages, même dans la fonction publique.

  • Pipope
    • Posté à 17h29 le 25/02/2011
    • Internaute 146264

    Que la vie de militaire comporte de lourdes contraintes qui méritent compensation je l’admets, mais dans ce cas que ces compensations s’expriment sur la fiche de paye, au moins c’est carré et ne prête le flanc à aucune critique.
    En d’autres termes je comprendrais que les risques du métier et la vie familiale en pointillés soit compensés par une prime conséquente, mais les compenser en nature par des billets de train à prix réduit, cela ne rime à rien. Pourquoi pas par des bons cadeaux à la Fnac, ou des places de ciné gratuites ?

  • walou3D
    walou3D
    Couillon de base
    • Posté à 17h32 le 25/02/2011
    • Internaute 105850
      Couillon de base

    Si je ne m’abuse le rapport de la cour des comptes cible surtout les militaires pour qui cet avantage n’est pas justifié ( sédentaires, retraités, etc.) ainsi que les fraudes, il ne le remet pas en cause dans sa totalité.

  • bendidonc
    bendidonc
    shockingreader
    • Posté à 17h36 le 25/02/2011
    • Internaute 71729
      shockingreader

    En lisant l’article qui soulignait les avantages sncf des militaires, je m’étais dit : je ne trouve pas ça choquant, militaire, c’est très spécial et, savoir que des ministres, pêtés d’oseille voyagent gratis, là oui, ça me choque. Et violemment.

    Nos militaires, moi j’ai les trouve plutôt respectables, et à l’étranger, ils ne semblent pas nous donner à rougir.

    En fait je ne trouve pas que ce soit un avantage mais plutôt un dédommagement. Eux, et les pompiers, je veux bien qu’on prenne sur mes impôts pour leur faciliter la vie. Si j’avais besoin d’eux, ils n’hésiteraient pas à se mettre en danger pour moi.

    Il ne faut pas se tromper de cible.
    Gardons plutôt notre énergie pour tomber sur le dos de ceux qui le méritent, les parasytes qu’on appelle politiciens, (et leurs copains) lorsqu’ils prennent plus que ce que la loi avait prévu pour eux.

  • Honeymoon
    • Posté à 17h41 le 25/02/2011
    • Internaute 138663

    Personnellement je suis fille de militaire, je peux donc apporter mon témoignage. Mon père est dans l’armée depuis 20 ans, en cet espace de temps il a été muté un nombre indéfinissable de fois, ne restant parfois dans une ville qu’un an. Il a fait Marseille, Lille, Strasbourg, Paris, Saumur et plein d’autres patelins paumés dont je ne me rappelle plus du nom. Avant chaque affectation il craignait de se voir forcer de déménager dans les DOM-TOM ou d’être envoyé en ambassade. Il a passé en tout et pour tout 1 an de sa vie en Afghanistan et 8 mois en Bosnie, périodes de sa vie qui l’ont marqué et changé à jamais. Il a manqué tous les anniversaires de ses deux filles, ne les vois qu’une fois tous les trois mois et n’a pas pu se rendre à l’enterrement de son père. Il a vu un de ses amis se faire buter. Pourtant il continue son job, et c’est pas pour autant un gros fana nationaliste pro-FN, tout au contraire. Pour lui c’est sa manière d’être utile aux Français et aux gens qu’il rencontre en mission. Et moi, tout aussi bobo, idéaliste et anti-militariste que je suis, je pense que c’est quelqu’un de bien. Alors n’allez pas me dire que quelques malheureuses baisses de tarifs de SNCF sont imméritées, personnellement sans ça, je crois que je ne verrais jamais.

    Certes, ces avantages sont déplacés et choquants pour les anciens militaires, les retraités recyclés dans le civil ou ceux qui ont un poste sédentaire. Mais pour ceux qui se déplacent régulièrement et qui ont un véritable problème d’éloignement familial, c’est mérité. Mais les civils bougeant régulièrement devraient avoir certains avantages également.

  • A déménage le 14-03-2012
    • Posté à 17h47 le 25/02/2011
    • Internaute 98050

    Bonjour walou3D

    Il est bon de vous lire.

    Je pense que l’auteur de cet article a réagi après la parution du question réponse d’hier, qui était plus nuancé, mais sous lequel on ne pouvait pas commenter.

    Il y était stipulé :

    Ce qui surprend le plus la Cour des comptes, c’est que ces voyages à prix cassés profitent même aux sédentaires. Par exemple, les officiers travaillant dans les bureaux du ministère, les militaires détachés dans le civil et les sapeurs-pompiers de Paris et de Marseille. Ou encore les généraux dits « de la deuxième section », des retraités qui peuvent être rappelés en cas de crise. Ceux-là sont vraiment gâtés : ils bénéficient du « quart de place » à vie, alors que la plupart ont dépassé 70 ans et que les autres ont pu retrouver du travail dans le privé.

    A cela s’ajoutent les risques de fraudes. La Cour des comptes s’alarme de la légèreté avec laquelle l’armée gèrerait les « cartes de circulation », les documents à présenter aux contrôleurs de la SNCF. Dans certaines casernes, le stock de cartes vierges pourrait facilement être visité. Et on demanderait trop facilement aux soldats quittant le service de restituer leur carte.

    Je comprends pourquoi l’auteur a témoigné, je regrette néanmoins le manque de nuance qu’un témoignage unilatéral apporte forcément, et qui nuit au débat .

    Merci d’avoir tenté de recadrer.

    Cordialement.

  • Waphy
    Waphy répond à Yvon le Zébulon
    Intermittent du travail
    • Posté à 17h59 le 25/02/2011
    • Internaute 89688
      Intermittent du travail

    La retraite au bout 15 piges de service, cher Yvon, déjà en 2004 -date de mon engagement-, c’était fini.

    En 2004 c’était 17 avec prévision de faire passer à 20.

    Et ne pas croire que la retraite est extraordinaire : un soldat de 2nde classe touchait en 2004, 1150€ : mensuel.

    La prise de service en week end est de 30€, même le dimanche, donc payé moins qu’une journée normale.

    Les horaires de nuit n’existent pas.

    Les seuls à réellement bénéficier d’une retraite non négligeable sont les officiers sub et surtout les sup. Le reste en revanche, bénéficie d’une retraite tout à fait moyenne.

    Les emplois réservés ne sont plus d’actualité, en contrepartie de cette close supprimée, au bout de 5 ans de contrat, le militaire peut bénéficier d’une formation aux frais de la princesse pour réintégrer au plus vite un emploi dans le civil (qu’il devra lui-même trouver).

    Voilou

  • François Krug
    • Posté à 19h11 le 25/02/2011
      rédacteur
    • Journaliste 52034
      Journaliste

    La Cour des comptes va en fait un peu plus loin, puisqu’elle conclut en demandant au ministère de la Défense de « s’interroger sur la pertinence du maintien du régime du “quart de place” » (c’est ainsi qu’on appelle cette réduction en jargon militaro-ferroviaire). Pour plus de détails :

    Lien