SUR LE TERRAIN

23/02/2011 à 17h51

Pour redorer son image, une cité change le nom de ses rues

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Mathieu Molard | Etudiant en journalisme

« J’habitais résidence Auvergne, dans le quartier de La Plaine du Lys. Maintenant, j’habite rue Federico Garcia Lorca, à Dammarie-les-Lys. C’est une seconde chance », explique Mohamed.

La Plaine du Lys, cité de 10 000 habitants de Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), souffre de tous les maux de la banlieue. Le chômage atteint les 20% et près d’un tiers de la population n’a aucun diplôme. Sa réputation est collée aux violentes émeutes de 1997, consécutives à la mort d’un jeune tué par la police.

Destruction de barres, réhabilitations, construction de nouveaux logements : un Programme de rénovation urbaine (PRU) de plus de 300 millions d’euros a été lancé suite à ces événements.

La mesure la moins coûteuse est sans doute celle qui fait le plus parler d’elle sur place : donner aux rues des « vrais » noms qui ne fassent plus cité.

« C’est une partie de mon enfance qui s’envole »

Les résidences Provence, Bourgogne, Alsace disparaissent les unes après les autres au profit des rues Hector Berlioz ou Rouget de l’Isle. Les habitants, la municipalité et les différentes institutions espèrent que ce ravalement de plaques permettra de limiter les discriminations liées à l’adresse, notamment pour les demandeurs d’emploi.

Mohamed, 26 ans, a toujours vécu là et c’est avec nostalgie qu’il contemple l’amas de terre qui remplace son ancien immeuble :

« Nous, on a voulu rester dans le quartier pour les voisins. Beaucoup de gens sont partis. C’est une partie de mon enfance qui s’envole, mais il faut le reconnaître, c’est mieux maintenant. »

Hayet et Michelle vivent là depuis le début des années 70. Le « réadressage » les fait sourire :

« Maintenant, ils vont nous chercher des gens connus. Maréchal de Lattre de Tassigny. »

Les deux bonnes copines, cabas de commissions en main, conversent de bon gré et racontent un quartier où l’ambiance était bonne autrefois : « Les gamins jouaient plus dans la rue, et puis petit à petit ça s’est dégradé » après les émeutes de 1997. (Voir la vidéo INA du journal d’Antenne 2 du 19 décembre 1997)

Construire la mixité sociale

« C’est un quartier qui a été construit à la va-vite à la fin des années 60 », explique Stéphanie Jaillet, chef de projet du Programme de rénovation urbaine (PRU) :

« Les nouveaux noms de rues sont tirés du cadastre napoléonien. Nous essayons de les rattacher à l’histoire de la ville. Dans la même idée, nous préparons avec les habitants une exposition photo sur l’histoire du quartier. »

820 appartements ont été démolis dans cette cité qui en compte près de 2 700. Les autres ont été rénovés. 350 logements sont reconstruits au cœur de la ville. « L’objectif est de créer de la mixité sociale », explique Mehdi Labou, chef de projet politique de la ville.

Pour favoriser les échanges entre « la partie imposable et la partie non imposable de Dammarie », une crèche, une maison de l’emploi, un club d’entrepreneurs et un café culturel ont été implantés dans la cité.

« L’ambiance a changé, les choses avancent ici »

« Avant, dès que quelqu’un entrait dans le quartier, il était scruté. La cité était fermée, comme coupée du reste du monde », raconte Hakim, un habitant de 32 ans, sans-emploi. « L’ambiance a changé, les choses avancent ici. »

Frédéric s’occupe de l’entretien des bâtiments depuis trois ans. Lui aussi ressent cette évolution :

« Il n’y a pas encore de tags sur les nouveaux bâtiments : c’est un miracle ! Les jeunes sont toujours là mais ils n’ont pas cassé les carreaux. Ça fait moins ghetto, ils se sentent simplement mieux chez eux. »

Un nom de rue ne fait pas le printemps

Ce mercredi après-midi, pourtant en pleine période de vacance scolaire, les rues ne sont pas très animées. Quelques jeunes discutent, assis au sommet d’un monticule de cailloux, mais les « city-stades » (terrains de jeu) demeurent désespérément vides. Clair Michalon, chef de l’opposition de gauche au conseil
municipal, critique :

« Avant, il y avait un vrai terrain de foot. A la place, ils ont mis ces horribles cages grillagées avec un minuscule terrain en synthétique. »

Il n’est pas « contre » l’idée de changer le nom des rues – « c’est symbolique, ni plus ni moins » –, mais selon lui le PRU masque des ambitions plus politiciennes : l’arrivée de résidents de classe moyenne favoriserait la droite.

« Ils font construire des résidences d’un plus haut standing à quelques centaines de mètres. Ils souhaitent vraiment changer la sociologie de la ville. »

Une idée qui fait sourire Hayet :

« Ce sera joli, de chez moi je pourrai observer les bourgeois aux jumelles ! »

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  • Naradamuni
    Naradamuni
    sans
    • Posté à 18h18 le 23/02/2011
    • Internaute 30050
      sans

    Greenwashing et Mixité sociale ;
    Le rêve de coexistence pacifique des petites gens et des classes moyennes, celles-ci tendant la main à celles-là dans une ascension sociale inéluctable, s’est effondré avec l’autorisation politique donnée aux dirigeants d’entreprise de se comporter comme des prédateurs, à partir des années 8O. Avec la vague de déréglementation mise en oeuvre par les « socialistes », le partage de richesse des années soixante (70% aux salaires et 30% au capital) a reculé (60% au salaires et 40% au capital aujourd’hui), avec une richesse qui a doublé dans le même temps. Soit un recul de 10 points en une génération, 10% de la populations interdite d’emploi et l’apparition de nouveaux riches.

    Les prolétaires sont parqués dans des cités-ghettos (pas encore des camps), et la situation des quartiers est insurrectionnelle (émeutes nationales de novembre 2005). L’usage du mot « ghetto “ et la référence inquiète aux Etats-Unis sont deux des principaux poncifs du discours sécuritaire, et plus largement de presque tous les discours consacrés aux ‘ banlieues . La concentration de populations à problèmes (c’est-à-dire de pauvres et d’immigrés) dans des territoires nommés quartiers sensibles est en effet présentée comme la source de tous les maux. Et à ce diagnostic est souvent opposée une solution-miracle : la mixité sociale’, née en mars 1972 d’une circulaire d’Olivier Guichard, alors ministre de l’Aménagement du territoire. L’idée n’est pas de faire reculer l’inégalité en s’attaquant à l’organisation du travail dans les entreprises (renforcer le droit du travail au lieu de le détruire, cesser de défiscaliser les entreprises, enrayer les exonérations de cotisations) mais de disperser les concentration de pauvres en démolissant les cités et en n’en relogeant q’une partie (les autres vont plus loin) ou de les ‘ diluer ’en mélangeant les classes dangereuses avec des classes moyennes sages, soumises, intégrées par le rapport salarial.

    Le cynisme de cette philosophie est tellement énorme que chacun prétend ne pas le voir, et, préfère traiter le symptôme plutôt que la cause : s’il y a des pauvres, dispersons les, invitons quelques enseignants à habiter les ghettos en les culpabilisant si ils s’offusquent de quelques incivilités somme toutes bien supportables : drogue, violence, inactivité, économie parallèle, trafics pour survivre, délinquance organisée...pas un seul élu municipal n’habite les quartiers en France : messieurs les bons apôtres, donnez donc l’exemple de la mixité sociale ! Louez votre pavillon à une famille africaine et venez habiter une tour ! Et pendant que vous y êtes, faites respecter la carte scolaire, la seule mesure réellement productrice de mixité sociale en France, celle qui interdit que l’on choisisse son école ou les fréquentation de son enfant ou commencez par la respecter vous-mêmes : les élus municipaux sont les premiers à demander et à obtenir des dérogations à la mixité sociale pour leurs enfants, et Ségolène royal propose même d’abolir cette insupportable contrainte républicaine et égalitaire.

    Jamais le tissu urbain ne fut structuré autrement que sous la forme d’une stratification opposant les quartiers riches et les quartiers pauvres. Aujourd’hui, le processus s’est encore aggravé, les communes qui détruisent les cités HLM investissent non dans de nouveaux logements sociaux, mais dans l’accession à la propriété. Si l’urbanisme exprime la manière de penser d’une époque, on peut s’inquiéter d’une France se dirigeant tout droit vers la division spatiale en trois ghettos : celui des riches, celui des pauvres et celui des classes moyennes.

    Le concept de mixité sociale ne traduit pas la volonté de mettre fin au fait qu’il y ait des pauvres et des riches, mais le fait qu’il faille les faire coexister pacifiquement. C’est une résignation qui trahit le le renoncement à combattre l’inégalité. Il s’agit bien de réaliser ‘ une gestion harmonieuse de la misère ’ !

    Mais il y a aussi des raisons intéressées à la discrimination. Pour beaucoup de bailleurs, la valeur du parc immobilier dépend de l’image de la cité.. qui dépend elle-même de l’image des locataires…qui dépend elle-même de l’origine géographique…etc. Pour beaucoup de municipalités, il faut freiner l’arrivée dans le logement social des populations les moins ‘ désirables ’ - c’est-à-dire les familles les plus pauvres, les plus précaires, les plus nombreuses et les plus ‘ ethniquement différentes ’. Cependant les choses ne peuvent pas se dire aussi ouvertement car la sélection des locataires en fonction de leur origine reste, aux yeux de la loi, une discrimination. Il faut donc parler à mots couverts, ce que permet justement le terme de ‘ mixité sociale ’. L’union des fédérations d’organismes HLM a ainsi recommandé d’utiliser ce concept de ‘ mixité sociale ’ pour motiver des refus d’attribution et ne pas risquer d’être attaqué pour discrimination.

    Exercice de traduction :
    ‘ Prolétaires de tous les pays, rassemblez vous ’
    Prolétaires de toutes les communes : dispersez-vous !
    Lien

  • PhiLyon
    PhiLyon
    In tartiflette we trust !
    • Posté à 18h24 le 23/02/2011
    • Internaute 2729
      In tartiflette we trust !

    Et donc ?
    Je dois m’être habitué aux articles de la Rue qui, généralement, défendent un point de vue. Ici, à mon sens, juste des faits et des avis mitigés, bref, pas de quoi discuter. Ah si, le coté dérisoire du changement de nom des rues… Bah…
    Je travaille sur plusieurs projets de rénovation urbaine. C’est toujours pareil : les habitants sont toujours entre deux chaises, entre la conscience qu’il faut faire quelque chose pour leur quartier et l’envie que rien ne bouge, « parce qu’ils ont grandi ici ». Et puis cette tendance à penser que tout ce qui est fait est nul, inadapté, pas en phase. Rappelons juste une chose. Ce type de projets, menés en partenariat généralement entre la Ville, l’ANRU (l’Etat quoi), et d’autres collectivités (Département, Région…), ne peut agir que sur ce qui relève des domaines de compétences de ses participants : l’aménagement urbain, l’habitat, la voirie, les transports, la cadre de vie, parfois l’action sociale. C’est tout. Pas sur l’emploi (sauf sur les clauses d’insertion sociale - qui marchent bien, ou la mobilisation des acteurs spécifiques), pas l’éducation nationale, pas sur l’injustice sociale. C’est tout, mais ce n’est pas rien. Même si ça ne résout pas tout, un quartier qui change d’image, pour soi mais aussi, et surtout, dans le regard des autres, c’est pas mal pour réduire les effets de l’exclusion. D’un coup, on n’habite plus dans un zone de périphérie, avec plus de 30 % de chômage, des barres de 20 étages grises, moches et délabrées, coupé du reste de la ville, mais dans un quartier plus agréable, avec de logements neufs ou rénovés, qui attirent des gens venus d’ailleurs, sans préjugés… ça peut aider à se sentir moins exclus et à moins se replier.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 11h05 le 24/02/2011
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Les méthodes de la démocratie spectaculaire sont d’une grande souplesse, contrairement à la simple brutalité du diktat totalitaire. On peut garder le nom quand la chose a été secrètement changée (de la bière, du bœuf, un philosophe). On peut aussi bien changer le nom quand la chose a été secrètement continuée : par exemple en Angleterre l’usine de retraitement des déchets nucléaires de Windscale a été amenée à faire appeler sa localité Sellafield afin de mieux égarer les soupçons, après un désastreux incendie en 1957, mais ce retraitement toponymique n’a pas empêché l’augmentation de la mortalité par cancer et leucémie dans ses alentours.

    Guy Debord - Commentaire sur la Société du Spectacle.