Revue de commentaires 21/02/2011 à 19h17

Rupture conventionnelle : testée et adoptée par des riverains

Olivier Laffargue | Journaliste

Rue89 a pointé les défauts de cette sortie de contrat à l’amiable mais de nombreux riverains y ont trouvé leur compte.


une femme et un homme se serrent la main (ragesoss/Flickr/CC).

Si 480 000 ruptures conventionnelles ont été signées depuis leur création en 2008, c’est que la mesure fait aussi des heureux chez les salariés. Voilà ce qui ressort des commentaires laissés par les riverains à propos de l’enquête critique publiée sur Rue89.

Il arrive que la situation devienne pénible, ou intenable. Parfois, c’est juste que la passion n’est plus là. La rupture conventionnelle, qui donne droit au chômage, permet d’éviter le choc financier d’une démission. C’est ce qui est arrivé à Soka038 :

« Je suis serveuse à bout de souffle dans ce métier et j’ai besoin de me réorienter. Mes patrons aussi le ressentent depuis quelque temps et rêvent donc de se débarrasser de moi.

Oui mais voilà, malgré ma démotivation, je ne commets pas de fautes et, ayant besoin du chômage pour me reformer, je ne peux me permettre de démissionner. [...]

La rupture conventionnelle du contrat de travail a été LA solution [...]. Tout le monde est gagnant. »

« Avant ça, bonjour la galère ! »

Souvent, dans ces cas-là, la rupture conventionnelle évite un recours abusif : le « licenciement bidon ». Cela limite le conflit avec l’employeur qui réduit ses risques d’être attaqué aux prud’hommes par l’employé sur le départ. Solex en a fait l’expérience :

« Avant ça c’était la démission OU faire des pieds et des mains pour avoir un licenciement qui ouvre droit aux Assedics, mais là bonjour la galère !

J’ai été bien contente de trouver cette formule pour pouvoir me reconvertir sans avoir à attendre des mois d’absentéisme pour me faire renvoyer d’un emploi qui ne me convenait plus. »

Les salariés ne demandent pas à partir uniquement parce qu’ils ne supportent plus leur travail. C’est aussi une opportunité pour changer de voie, comme le souligne Clemgrad :

« Mon expérience de rupture conventionnelle m’a permis de penser ma réorientation dans des conditions financières acceptables. »

La possibilité de changer de carrière dans de meilleures conditions, ou même d’aller voir du pays ? C’est le témoignage de Kalagan :

« Deux exemples de mon côté, dans une même PME. Un collègue, très apprécié professionnellement et humainement, qui avait fait le tour du métier, envie de changer complètement de vie, de métier, de région. [...] La rupture conventionnelle était une solution idéale.

Moi-même, besoin de grand air, de voyage, de partir. Départ donc pour une année en Australie, avec rupture conventionnelle. Indemnités à mon retour d’Australie, le temps de retrouver un boulot. »

Gogo9057 a aussi voulu quitter son entreprise car son travail ne lui plaisait plus. Son vœu le plus cher était d’aller chez le concurrent, la rupture conventionnelle lui a permis de partir plus facilement :

« J’allais au boulot avec aucune envie. Je n’y faisais plus grand-chose. Finalement au bout de trois mois, tout le monde a bien compris que la meilleure solution était de me laisser partir.

A ce moment-là, deux solutions existaient : soit un licenciement, mais il fallait s’engager dans un conflit... avec le risque que j’aille aux prud’hommes, soit faire une rupture conventionnelle. [...] Aujourd’hui je travaille chez leur concurrent [...] et tout le monde est content. »

« Partir plus tôt, sans conflit et sans syndicat »

La mise en retraite anticipée par rupture conventionnelle est l’une des dérives les plus généralement pointées, et les commentaires s’en font l’écho. Plusieurs personnes disent avoir fait ce choix et ne pas le regretter. Sur Facebook, André Lebas fait partager son expérience de préretraité :

« Je suis parti à 58 ans en accord avec la société. [...] On évoquait la prise en compte de la pénibilité pour les retraites. Alors c’est un peu ça, partir plus tôt sans conflit et souvent sans syndicat ! »

Mliu, lui, affirme avoir été témoin d’une véritable série de ruptures conventionnelles détournées en retraites anticipées :

« Je connais dans mon seul entourage trois cadres de plus de 55 ans qui ont “négocié” leur rupture conventionnelle pour se mettre en retraite anticipée !

Aujourd’hui, ils touchent leur chômage, et vu leurs années de cotisation et leur niveau de salaire, ça reste confortable. »

La rupture conventionnelle semble mieux convenir à certaines catégories de salariés : ceux qui sont assurés de trouver à nouveau du travail et ceux qui savent qu’ils n’en chercheront plus. Dans un commentaire sur Facebook, Bastien Gaudray résume ainsi les raisons du succès :

« Comme Desproges disait qu’en amour, il y en a un qui s’emmerde et l’autre qui est malheureux, dans les situations de difficultés professionnelles, il est rare qu’il n’y en ait qu’un qui soit satisfait de la situation. »

  • 30302 visites
  • 191 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • storm
    storm
    Chômiste
    • Posté à 19h34 le 21/02/2011
    • Internaute 116941
      Chômiste

    A charge désormais pour les recruteurs de bien saisir la démarche.
    Il faut comprendre que la RC n’est pas obligatoirement un moyen de sortir d’un emploi pour « faignanter » et profiter du chômage...
    Car le plus souvent il s’agit pour le salarié d’une réelle opportunité de se replacer, de se former, bref, de rebondir et de se réorienter pour rendre le reste de sa carrière professionnelle plus intéressante et épanouissante.
    Mesdames, Messieurs les recruteurs, ceci le comprendrez-vous ? pas sûr...

  • héliotrope
    héliotrope
    Ecocitoyen débutant, chercheur (...)
    • Posté à 19h39 le 21/02/2011
    • Expert 2978
      Ecocitoyen débutant, chercheur (...)

    Le copain de ma fille, harcelé par son patron comme commercial dans un petit golf de Nantes, qui faisait le ménage, la cuisine, bref, un peu tout sauf du commercial (fonction clairement définie au contrat de travail) a été poussé vers la sortie via une rupture conventionnelle.
    Ce patron délicat est allé jusqu’à lui refuser qu’il accompagne ma fille incapable de conduire ou de se déplacer seule, enceinte donc, à une échographie de contrôle. Ils s’y sont rendus quand même.
    Il a qualifié cette absence d’abandon de poste !
    Nous avons donc pris un avocat (qu’il ne pouvait pas se payer vu son salaire proche du smic) dont j’ai payé les honoraires jusqu’à l’audience du tribunal des Prud’hommes de Nantes.
    Le copain de ma fille ne voulait pas le faire et même un représentant syndical de la CFDT qui l’a assisté à l’entretien préalable avant « licenciement » lui a conseillé de ne rien faire, de présenter des excuses à son employeur (Si ! Si !).
    Et pour couronner le tout, ce même représentant de la CFDT, dans son compte-rendu de l’entretien préalable apporté comme pièce au dossier de notre avocat, explique que l’employé en question QU’IL A ASSISTÉ, s’est peu exprimé et n’était pas très convaincant face aux questions que lui posait son patron lors de cet entretien.
    Il faut préciser que j’ai concocté pas moins de 4 courriers recommandés pour le compte du copain de ma fille, avant l’entretien préalable, pour faire part à cet employeur des nombreuses entorses au contrat de travail conclut un an et demi plus tôt.
    Conclusion : « Nous » avons gagné en instance prud’hommale. Près de 6 mois de salaires de compensation et l’article 700 du NCP qui « rembourse » correctement les frais d’avocat.
    L’employeur n’a pas fait appel.

  • Archange
    Archange répond à roneiles
    Perso
    • Posté à 20h32 le 21/02/2011
    • Internaute 44640
      Perso

    Il faut arrêter d’avoir des certitudes à la con !

    Perso je suis un enfant de la DDASS, pas de parent, pas de rente.... rien ! La démerde depuis l’age de 17ans et demi moment ou les services de l’état m’ont dit que la majorité approchant il fallait que je fasse ma vie.

    Cela ne m’empêche pas d’avoir le courage de faire des choses y compris de prendre le risque de démissionner.

    Après ce qui est certain c’est qu’il y aura toujours des gens comme vous, peureux, ignares et affabulateurs qui n’osent rien en attendant que les choses tombent du ciel.

  • roneiles
    roneiles répond à Mazelfresh
    pas content
    • Posté à 21h16 le 21/02/2011
    • Internaute 139815
      pas content

    bien sur qu’en théorie rien n’est forcé, c’est comme toutes les « bonnes idées » de nos hommes politiques,
    ya pas de chomâge en france, on trouve du boulot à tous les coins de rue ? .....
    allez demander à une caissière si elle n’est pas obligée de bosser le dimanche si son patron l’exige, alors qu’au départ il s’agissait que de volontariat.ça aussi ça devait pas être obligatoire, promis juré.

    allez demander à tous les salarés de plus de 50 ans qui ont des gosses et des charges , ce qu’ils pensent de la proposition de leur patron de se débarrasser d’eux contre une petite prime,
    sachant qu’ils n’ont que peu de chance aujourd’hui de retrouver du boulot (allez demander aux ouvriers de continental)

    bien sur que c’est un accord, sauf que c’est le patron qui tient la matraque, et qui fournit le stylo

    je persiste, on est vraiment sur un forum umps

  • Lucio69
    Lucio69 répond à caoua
    Informaticien
    • Posté à 22h08 le 21/02/2011
    • Internaute 119972
      Informaticien

    Il y a cinq ans j’étais dans une société ou l’on voulait me faire partir. Trop vieux, pas assez maniable, trop cher bien sur ! On m’a mis la pression pendant deux ans, j’ai tenu... tenu... tenu... puis craqué, Mais a presque 50 ans, pas facile de retrouver ailleurs rapidement. j’ai été voir ma direction et demandé qu’ils me licencient, ce qu’ils ont accepté bien sur sans hésiter une seconde...
    Si la rupture conventionelle avit existé a l’époque, j’aurais évité deux ans de harcèlement, et un licenciement pour « incompatibilité avec sa hiérarchie »... pour en arriver au même point finalement !
    Je sais j’aurais pu porter plainte pour harcèlement, j’aurais du sans doute ! des fois on en a plus la force, et on préfère se reconstruire ailleurs, ce que j’ai réussi a faire...
    Mais bon, la rupture conventionelle aurait beaucoup simplifié les choses, et ce que j’ai vécu s’est passé dans tellement d’endroits différents que je crois que cette formule est encore le moindre mal !

  • Manarch
    Manarch
    Soigneur Animalier
    • Posté à 23h23 le 21/02/2011
    • Internaute 98249
      Soigneur Animalier

    Après 6 mois de maladie épuisante, je ne me sentais pas (j’avais perdu 11 kilos) de reprendre mon emploi (un emploi alimentaire dans le bâtiment alors que je suis soigneur animalier), mais l’assurance maladie estimait que je devais à nouveau travailler.

    Mon employeur comprenait parfaitement ma situation étant donné la difficulté de mon travail alors même que pour sa petite entreprise jeune d’un an et demi cela lui posait gros problème et de me voir malade et de me voir partir (formations, entreprise de 4 personnes...etc).

    Pour ma santé physique et pour mon bien être moral je n’avais que la rupture conventionnelle comme moyen de « m’en sortir ». D’autant que pour chaque rupture de ce type, et j’en suis témoin, l’inspection du travail téléphone à l’employé et à l’employeur pour valider la démarche...

    J’ai profité du système ? j’aurais du me faire violence au risque de disjoncter ou de ne pas me remettre correctement ? Je suis un fainéant ?

    Ce qui était plus révoltant cependant, c’est que mes congés payés constituaient mon délais de carence pour mes indemnités chômage... Normal... Sauf que LA caisse de congés payés du bâtiment (les patrons payent les congés à cette caisse et non directement aux employés) ne versent ces congés payés qu’en mai et que ma rupture de contrat prenait effet au 31 janvier. Je me suis donc retrouvé sans revenu aucun pendant un mois et demi (donc dans les faits, j’ai du vivre avec 2 semaines de chômage sur une période de 3 mois) parce qu’une caisse privé se sucrait littéralement sur le fruit de mon travail.

    Au final non, je n’étais pas riche et oui je n’étais qu’un smicard et oui encore je suis d’accord avec Mazelfresh quand il dit qu’on est pas obligé d’être riche pour faire ce qu’on veut... Tant qu’on nous en laisse la liberté, ce que nous accorde la rupture conventionnelle.
    Grâce à cette décision et cette possibilité, 5 mois après je retrouvais un emploi dans ma branche et en plus mieux payé ! ! ! !

    Témoignage d’un non umpiste :)

  • fils
    fils
    travailleur
    • Posté à 09h37 le 22/02/2011
    • Internaute 126478
      travailleur

    Je crois qu’il est essentiel de distinguer, qui est à l’origine de la rupture : si c’est le salarié, alors clairement il est gagnant car il veut partir, il n’a pas à démissionner ni à attendre de se faire licencier ce qui peut traîner des mois, il doit juste argumenter auprès de son employeur pour le convaincre à faire cette démarche.
    Si l’employeur est à l’origine de la rupture et que l’employé n’a pas l’intention particulière de partir, alors l’employé est clairement perdant car il accepte une séparation qui n’est pas à son avantage et qui n’est pas même volontaire : il s’agit simplement de licenciement déguisé.
    Dernier cas vous me direz : le salarié souhaite partir et l’employer lui répond : ça tombe bien on voulait que tu partes, on rentre encore dans le cas n°1, et également : l’employeur souhaite se séparer de l’employé et l’employé répond : ça tombe bien, je voulais partir, cas n°1 aussi