Polémique 19/02/2011 à 13h07

A peine arrivé à Tunis, Boillon, l'ambassadeur de France, dérape

François Krug | Journaliste Rue89


Une vidéo gênante, un groupe Facebook qui réclame son départ, des manifestations devant l’ambassade : le nouvel ambassadeur français en Tunisie, Boris Boillon, suscite déjà l’hostilité. Se créant ainsi une réputation de « petit Sarko » et confirmant la position inconfortable de la France depuis la chute de Ben Ali.

Ce samedi, les manifestants se sont relayés toute la journée devant l’ambassade de France pour exiger le départ de Boris Boillon. A 17 heures, ils étaient environ 300 à scander « dégage ». Une manifestation similaire avait déjà eu lieu vendredi.

Boris Boillon, 41 ans, est un diplomate moderne, présent sur Facebook et sur Twitter. Ce samedi matin, c’est donc par un tweet qu’il a adressé des excuses aux internautes tunisiens :

« Vraiment désolé si j’ai pu offenser. Ce n’était pas mon intention. »

Excuses réitérées ce samedi soir à la télévision nationale.

« C’est lamentable, c’est nul »

A l’origine de la polémique, une vidéo tournée mercredi alors que Boris Boillon rencontre la presse, selon son vœu. A cette occasion, il déclare que « la Tunisie a donné au monde une leçon d’espoir », et explique qu’il est venu « écrire une nouvelle page dans la relation bilatérale » avec « un autre style, une autre approche ».

Ce nouveau « style » est plutôt direct. Dans la vidéo qui circule sur Internet, les questions des journalistes ont été coupées au montage, mais visiblement, elles n’ont pas toutes plu à Boris Boillon :

« N’essayez pas de me faire tomber sur des trucs débiles. Franchement, vous croyez que j’ai ce niveau-là ? Vous croyez que moi, je suis dans la petite phrase débile ? »

On voit ensuite Boris Boillon mettre fin brusquement à une interview en arabe avec une journaliste de la radio Mosaïque FM :
« Pourquoi est-ce que vous me parlez de ça ? C’est lamentable, c’est nul, alors je ne réponds pas à votre question. » (Voir la vidéo)

La question portait sur les « préoccupations du peuple tunisien par rapport au comportement de la France durant la révolution », explique le site Nawaat. Selon Mosaïque FM, Boris Boillon a rappelé la journaliste un quart d’heure plus tard pour s’excuser. Trop tard, car les internautes tunisiens allaient vite s’emparer de l’affaire.

Sur Facebook, un groupe « Boris Doillon dégage » reprend un des slogans de la révolution, « Ben Ali, dégage ! ». Il recueille des commentaires outrés :

« C’est pas en nous parlant en arabe que tu vas être proche de nous, tu dois apprendre à parler aux gens et mieux les respecter surtout quand t’es chez eux et puis t’es plus le bienvenu chez nous, alors DEGAGE. »

Le site Nawaat, très actif lors de la révolution, écrit de son côté :

« Vous avez réussi avec votre comportement dédaigneux à tirer le pire du peuple tunisien, connu par son accueil et sa générosité. Vous faillez à votre mission. »

La maladresse de MAM

Une agitation disproportionnée pour une simple impolitesse ? Pas vraiment. Boris Boillon est vite devenu une star de la diplomatie française. Conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur puis à l’Elysée, il était ambassadeur de France en Irak avant d’être nommé à Tunis. Ce fonceur ambitieux détonne au Quai d’Orsay.

Dans la vidéo qui fait scandale en Tunisie, Boris Boillon rappelle bien le style du président de la République. Le problème, c’est donc qu’il y a ajouté la maladresse de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. Dommage, car il était arrivé avec les meilleures intentions. Mercredi, il s’émerveillait sur Twitter :

« L’hospitalité tunisienne n’est pas un mythe : à peine arrivé ce matin, je suis déjà accrédité ! Merci à tous pour cet accueil fantastique. »

Avec Audrey Cerdan et Zineb Dryef à Tunis

► Mis à jour le 19/02/2011 à 15 heures : une seconde manifestation devant l’ambassade, annoncée sur Facebook, a bien eu lieu ce samedi. Par ailleurs, l’article a été corrigé : ce n’est pas Boris Boillon qui a rouvert l’ambassade de France en Irak, mais un autre diplomate, Bernard Bajolet.

Mis à jour le 19/02/2011 à 21 heures : Boris Boillon a présenté ses excuses aux Tunisiens à la télévision nationale.

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  • Taur
    Taur
    ...
    • Posté à 13h44 le 19/02/2011
    • Internaute 83338
      ...

    Pour un ambassadeur il n’est pas très diplomate.
    Les questions étaient certes gênantes, hors propos ou « débiles », il aurait pu réagir autrement qu’en jouant lui-même au débile.

    Quand je pense que Sarkozy fustigeait les diplomates et qu’il nomme un gars qui donne l’air de ne pas encore être sorti de l’adolescence, entêté, plein de belles phrases creuses, à ce poste d’ambassadeur.

  • Albatrours
    Albatrours
    Flâneur
    • Posté à 13h49 le 19/02/2011
    • Internaute 133222
      Flâneur

    Je comprends pas trop pourquoi ça fait tant de bruit ni pourquoi on y voit un « dérapage ». (C’est pas rhétorique, je comprends vraiment pas)

    Oui le gars est arrogant, mais au moins il est franc avec la journaliste : c’est plus sain de dire qu’il refuse de répondre à la question parce qu’elle l’emmerde que de faire une réponse amphigourique et creuse avec un sourire hypocrite, non ?

    Et puis il a pas tort de dire que souvent les journalistes sont à la chasse à « la petite phrase ». Tout est bon pour alimenter le saint Buzz.
    Pour du vrai journalisme d’analyse, lisez la presse écrite (le Monde Diplomatique par exemple).

  • Son of Pynchon
    Son of Pynchon
    Trust me
    • Posté à 13h57 le 19/02/2011
    • Internaute 145419
      Trust me

    Loin de moi l’idée de toute sympathie avec cet ambassadeur, j’ai néanmoins toujours un peu de mal avec ce genre de « preuve ».
    Pour manier l’outil audiovisuel régulièrement, l’utilisation de cette vidéo me laisse un peu perplexe.
    Qui a fait cette vidéo, dans quel contexte de diffusion ? Pourquoi est-elle coupée a tout bout de champ ? Pour enlever les questions des journalistes ? Oui mais alors, on perd le contexte des réponses de l’interviewer...
    Si effectivement on attendait plus de self-control de la part d’un ambassadeur, nous n’avons pas le contexte de cet énervement. Au final, on ne sait même pas quelle était la formulation exacte de la question qui provoque ce raout. Pourquoi le réalisateur du reportage ne l’a pas gardé au montage ? Ça me semble essentiel, non ? !
    Si la journaliste la posait pour la première fois, l’attitude de l’ambassadeur peut être condamnable, mais si c’était la vingtième fois que la question était remis sur le tapis, que l’ambassadeur y avait déjà donné des réponses, un énervement n’est il alors pas justifié ?

    Quelque soit les motivations, la manipulation des masses reste dangereuse, surtout dans un contexte post-révolutionnaire où tous les partis veulent s’attribuer les mérites de la victoire... La vigilance doit rester de mise.

  • Oreljen
    Oreljen répond à Albatrours
    ingénieur
    • Posté à 15h41 le 19/02/2011
    • Internaute 75036
      ingénieur

    Le métier d’un ambassadeur ne consiste pas à être franc (dans le sens de direct), mais à transmettre la position de son pays et à l’informer en retour sur la situation locale. Pour simplifier, on lui demande de ne pas avoir d’opinion personnelle en présence d’étrangers.
    L’ambassadeur peut toujours choisir de ne pas répondre à la question d’un journaliste, on lui demande seulement de le faire avec doigté. Les variantes sont nombreuses, nul besoin d’hypocrisie.
    En l’occurrence, il n’y a pas de dérapage, mais un gros manque de tact et de … diplomatie.

  • Bestfriend
    Bestfriend répond à -Candide-
    TECHNICIEN BTP
    • Posté à 18h55 le 19/02/2011
    • Internaute 77619
      TECHNICIEN BTP

    Tout à fait d’accord.

    Sarko a mis en place ce jeune là qui a l’expérience de pays arabes en situation de crise, et c’est bien pour montrer un changement par rapport aux vieux croutons à particules habitués à cirer les pompes des dictateurs et dont bien peu parlent arabe.

    La valeur n’attend pas le nombre des années. On cherche sans arrêt à flinguer la politique de Sarko et c’est d’une certaine manière mépriser notre propre pays.
    On a bien vu ce que Kouchner s’est pris lorsqu’il était au Quai d’Orsay. Ai bien entendu à quel point on lui reprochait de ne pas être un bon serviteur de la « politique arabe de la France » cher notamment à Chirak. Et c’était quoi la politique arabe de la France sinon la complaisance vis à vis des pires dictateurs et des sectes du genre Hezbollah et compagnie (rappelez-vous de l’exploitation des évenements de Birzeit impliquant Jospin).

    Lien

  • Philou017
    Philou017 répond à -Candide-
    Informaticien
    • Posté à 19h22 le 19/02/2011
    • Internaute 23880
      Informaticien

    Non, ce n’est pas de langue de bois qu’il manque, c’est de sens diplomatique et d’intelligence en situation. Sarko a viré l’ancien ambassadeur pour cause de bouc-émissaire et a placé d’autorité un de ses boy-scout aux dents qui rayent le parquet à la place, là où il aurait fallu un diplomate expérimenté et talentueux pour aplanir les différents et faire oublier les voyages d’affaires de MAM, trouver les mots qui apaisent, et qui réconcilient.

    Au lieu de cela, le boy-scout volontaire à la grande gueule (type jeune cadre dynamique fonceur comme Sarko les adore) dérape et se plante lamentablement à la première occasion. Au lieu de réconciliation, on a une cristallisation sur sa personne et on voit même ressortir des slogans anti-colonialisme. C’est pas un plantage, c’est un naufrage express.

    Jusqu’où ce gouvernement va descendre dans l’incompétence et la suffisance ?