A LA UNE 14/02/2011 à 10h42

Le Pen et Mélenchon, deux stratégies pour le même électorat

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Dessin de Na !

Ils s’étaient visiblement préparés comme pour un match de boxe. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon s’affrontaient ce lundi matin sur BFM-TV/RMC, et ce n’était pas la Saint-Valentin.

L’héritière de son père à la tête du Front national et le président du Parti de Gauche sont arrivés avec une besace pleine de petites phrases assassines et de fiches bien faites sur leur opposant, à disséminer tout au long de l’heure de débat.

Ça a donné pour Marine Le Pen, adressé à Jean-Luc Mélenchon :

« Vous êtes la Yvette Horner de la politique, vous avez trente ans de retard. »

« Contrairement à ce que vous prétendez, vous êtes un homme du système. [...] On ne peut pas résoudre les problèmes avec ceux qui les ont créés. »

Et Jean-Luc Mélenchon en a eu autant pour le grade de Marine Le Pen :

« Vous êtes comme Dracula, un peu de lumière et vous disparaissez. »

« Ça fait quarante ans que vous existez, vous ne servez à rien. »

En concurrence pour une partie du vote populaire

Au-delà des petites phrases, on voyait bien apparaître, dans ce round de rodage pré-campagne électorale, les stratégies qui se dessinent. Et en particulier, entre ces deux personnalités politiques, une véritable concurrence pour une partie du vote populaire qu’ils ont en commun, ceux qui rejettent le système et ne savent pas trop qui, à l’extrême droite ou à gauche de la gauche, incarne le mieux ce positionnement.

Le sondage CSA présenté en début d’émission faisait ressortir cette concurrence entre les deux candidats, avec un avantage à Jean-Luc Mélenchon qui trouve 45% de Français qui sont « parfois ou souvent » d’accord avec lui, contre 38% à Marine Le Pen.

Le débat sur l’euro a peut-être été celui qui a fait ressortir le mieux cette concurrence. Entre une Marine Le Pen qui prône la sortie de l’euro et une dévaluation compétitive pour cesser de mettre les travailleurs français en concurrence avec les autres au sein de la zone euro, et un Jean-Luc Mélenchon, un peu embarrassé par son soutien passé au traité de Maastricht, qui reste attaché à une monnaie commune européenne mais réclame un Smic européen, lui aussi pour atténuer la mise en concurrence libérale des travailleurs.

Cherchant à apparaître comme la seule personnalité politique extérieure au « système », la dirigeante du Front national a tout fait pour faire apparaître Jean-Luc Mélenchon comme un « homme du système » : elle lui a donné régulièrement du « monsieur le ministre » et en le rendant co-responsable de la mondialisation dans laquelle les socialistes français ont contribué à faire entrer la France. Les piques ont parfois fait mal.

Marine Le Pen a notamment essayé de pousser Jean-Luc Mélenchon à reconnaître qu’il appellerait à voter pour le candidat de gauche au deuxième tour, même si c’est Dominique Strauss-Kahn, alors qu’elle n’appellerait pas à voter pour Nicolas Sarkozy. Mélenchon s’en est tiré avec une pirouette, déclarant d’abord qu’il ne pensait pas que DSK serait candidat, et que s’il l’était, c’est lui, Mélenchon, qui serait en tête à gauche au premier tour...

Démagogie populiste

Mais Jean-Luc Mélenchon n’a pas eu trop de difficultés à démolir les propositions économiques de son adversaire : c’était plus facile que sur l’immigration et l’islam, les deux sujets qui ont occupé la première demi-heure de l’émission, sujets sur lesquels Marine Le Pen a plus de capacité à surfer sur une démagogie populiste. Récupérant même l’arrivée de Tunisiens sur l’île de Lampedusa ces derniers jours comme le signe que nous vivons dans un monde dangereux qui exige le repli national.

Jean-Jacques Bourdin a cru les mettre d’accord en les qualifiant tous deux de « décomplexés » en fin de débat, tout en agitant le chiffon rouge du récent dessin de Plantu dans L’Express qui présentait Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon comme les deux facettes d’un même populisme.

« Ignoble », s’est exclamé Mélenchon qui cherche à trouver la voie étroite entre l’héritage de la gauche, finissant sur Jaurès et se réclamant de l’internationalisme, alors que Marine Le Pen a dit l’avoir pris avec humour.

Plantu se trompait en les mettant sur le même plan : le débat de lundi a montré qu’ils ne sont pas d’accord sur grand-chose, à part le fait qu’ils se battent pour le même électorat et avec la même dénonciation du « système ». C’est ce qui les rapproche et les rend concurrents, pas pour autant semblables.

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  • Quesako
    Quesako
    futur président
    • Posté à 11h42 le 14/02/2011
    • Internaute 45198
      futur président

    Au moins c’était plus interessant que le monologue du président la semaine dernière.
    Bon, Mélanchon est briant dans cet excercice du débat et il le sait donc il a tendance à surjouer. Dommage son excès nuit à ses idées.
    On peut être d’accord ou pas bien sur mais au moins ce sont des idées de gauche !
    Contrairement au PS dont on a parfois du mal à se souvenir qu’il est à gauche tellement le message de ce parti est consensuel.

    Le Pen n’est pas encore à l’aise sur ses idées économiques notamment sur les conséquences de sa proposition phare : sortir de l’euro.

    Au final 2 candidats auxquels les médias accordent peut être trop d’importance.

    Maintenant BFM se doit d’organiser le débat Aubry / Copé pour équilibrer tout ca.

  • Idem
    Idem
    Paris
    • Posté à 12h01 le 14/02/2011
    • Internaute 48072
      Paris

    Tiens, vous m’étonnez Monsieur Haski, je ne vous imaginais pas aussi sensible aux pipoleries, fussent-elles d’origines extrême : pas un mot pour souligner que ce triste combat de boxe d’un niveau très subalterne, cette empoignade de préau, n’aura finalement profité qu’au FN, toujours à la recherche d’une tribune.

    Quant au Front de Gauche - faut-il une fois de plus souligner qu’il est constamment et à tort désigné comme le « parti de Mélenchon » alors que le FdG n’est rien d’autre, jusqu’à plus ample informé, qu’une alliance électorale, sans aucun militant, à peu près aussi organisée et prête à livrer bataille que l’armée à Boubaki !

    Au final on ne peut guère se réjouir d’anticiper la campagne de 2012 à un niveau aussi grossier, caricatural, farçi de mensonges et de contrevérités caractéristiques du mode de « débat » des frontistes, à qui Mélenchon le médiatique vient de faire la courte échelle sur BFM.

    Le sondage dont vous parlez à juste titre achève d’attrister tous les militants de gauche, en soulignant le nombre important de petits commerçants qui se retrouvent hélas, dans le les effets tribuniciens de ce politicard madré, qui sait à merveille mêler la gouille de Marchais à la hargne de Poujade.

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 12h01 le 14/02/2011
    • Internaute 5775
      Dessinateur de presse
  • ADCR
    • Posté à 12h21 le 14/02/2011
    • Internaute 14797

    Ils se battent pour le même électorat, oui effectivement. Un électorat qui est méprisé avec fougue par le PS et l’UMP. Cependant le programme économique du Front National est un programme de haine contre les classes populaires et qui va dans le sens de mesure pour enrichir les classes dominantes. Ce qui n’est pas du tout le cas du Front de Gauche. Le Canard Enchainé avait démontré en 2007 que l’UMP pour être élu avait emprunter 70% des idées du programme du Front National. Je pense qu’au lieu d’esperer voir des points communs entre deux candidats (le début du texte et la deception de Pierre Haski a la fin qui doit bien reconnaitre que Plantu a dessiné des conneries) dans le cadre d’un show spectacle sans intéret, il faut plutot s’interesser aux programmes et aux propositions. Ou l’on verrait la haine des pauvres qu’éprouve les dirigeants du FN, et pas seulement des pauvres non blancs.
    Concernant le « systeme » il faudrait savoir de quoi il en retourne. Politiquement le FN est bien plus dans le systeme que mélenchon.
    On l’a vu jusqu’a dimanche dernier comment les thèses du front national construise la structure idéologique des médias vis à vis du Maghreb. La peur de l’islam, ces pays corrompus etc...(sans parler encore une fois du programme néolibérale qui est totalement dans le « systeme »). Surtout étant, depuis Mitterand le parti épouvantail, le FN a toujours servis le Systeme, comme les parti d’extreme gauche qui ont refusé d’assumer le pouvoir.
    Le problème du Front de Gauche, c’est qu’il s’est posé tout de suite comme aspirant à gouverner avec des propositions bien plus radicales que pouvaient exposé les communistes d’hier (qui composent on le sait la majorité du front de gauche). Le Front de Gauche composé de communistes et de socialistes (finalement ce qu’était le premier gouvernement de Mitterand) est devenu dans sa représentation par les médias un part d’extreme gauche.
    C’est tout de même atterrant de faire ce constat. Que les idées de Jaures sont aujourd’hui assimilé à l’extreme gauche.
    Dans l’idéal il faudrait radicaliser les positions de Mélenchon, mais il s’agirait dans ce cas d’imiter les tunisiens et les egyptiens et sortir de la logique des elections. Si l’on reste dans la logique d’un changement via les élections, le Front de Gauche a les positions les plus censées. C’est dommage pour le NPA que j’apprécie, mais qui semble avoir la même utilité que le FN, c’est à dire un role d’épouvantail.

  • Télémate
    Télémate
    Je lis et je regarde
    • Posté à 12h23 le 14/02/2011
    • Internaute 117699
      Je lis et je regarde

    Qu’est-ce qu’il vous a fait, Jean Luc Mélenchon ?

    Cela ne vous plait pas ? Il devrait être de gauche comme Strauss Kahn et affamer la grèce ?
    Pour mieux dés demain s’attaquer à la Tunisie ! et d’autres...

    Ou a vos yeux faut-il être antisémite ou anti Arabe comme le front National ?

    Derrière Le Pen, il y a ceux qui révisent la Shoah, ceux qui fustigent victimes de l’histoire, ceux qui protègent les intégrismes et encouragent l’obscurantisme.
    Derrière le front de gauche, il y a des militants des droits de l’homme et que en oubliant de penser, Plantu et le titre de cet article les diabolise pour flatter l’électorat de l’UMPS !

    Monsoeir Haski, à faire des titres comme celui ci vous allez bientôt vous retrouver avec Demorand, à descendre Melenchon pour mieus avantager l’Elysée !