Pub : ces musiciens qui ont percé grâce à Orangina ou Apple
Certains chanteurs français sur le retour utilisent parfois la publicité pour arrondir leurs fins de mois (Michel Delpech, Antoine). Pour des artistes méconnus, la publicité est davantage un moyen de diffuser leur musique auprès d’un large public. Qui sont ces musiciens qui se sont fait un nom grâce à la pub ?
Emmanuel Minelle est blogueur et stratège indépendant en communication digitale et musicale. Il a travaillé à la fois au sein de maisons de disques et à la synchronisation de pub chez Publicis et BETC où il était chargé de « trouver la musique adéquate pour illustrer un film publicitaire » :
« Partant des indications des créatifs, on trouve la musique qui correspond pile-poil. En général, ils veulent une musique “ensoleillée, positive, punchy”... Et selon l’enveloppe budgétaire dont on dispose, on s’oriente soit vers des titres déjà connus, soit vers des nouveautés. »
Le défi : trouver une musique qui corresponde aux images et « transcender le film ».
« Le phénomène n’est pas nouveau »
En 1989 déjà, la « Lambada » est en France un succès de pub. Importé du Brésil où il est déjà très populaire, le titre du groupe Kaoma est choisi par Orangina pour sa publicité, et diffusé en France en partenariat avec TF1. La mélodie devient dans les mois et les années qui suivent un des tubes de l’été les plus célèbres et les plus vendus de tous les temps. Les maracas sont des bouteilles d’Orangina, et la mode est à la jupette. (Voir la vidéo)
Star malgré soi
Entre les agences de pub, c’est à celle qui trouvera en premier un titre qui pourrait potentiellement marcher. « Une fois qu’un morceau est utilisé sur une pub, il est grillé », explique Emmanuel Minelle. Les publicitaires sont donc très attentifs aux nouveautés, et à l’affût d’un titre susceptible « d’amener l’émotion ».
Agnes Obel est une interprète et compositrice danoise. En 2009, alors qu’il n’est encore qu’à l’état de démo, son titre « Just so » est repéré sur MySpace pour l’illustration sonore de la publicité de Deutsche Telekom. (Voir la publicité)
La publicité lui permet de trouver son public. En 2010, elle sort son premier album, « Philarmonics ». Depuis, ses mélodies pop-folk font le tour du monde. Elle était notamment en concert ce jeudi à La Cigale.
La stratégie Apple
Chez Apple, on utilise toujours des nouveaux talents pour les publicité. « La boîte est positionnée dans la musique et a une image jeune et branchée donc c’est une stratégie qui fonctionne », explique le blogueur Emmanuel Minelle. Parmi ces nouveaux talents : Yael Naïm.
C’est avec la comédie musicale « Les Dix commandements » que la chanteuse a commencé à faire parler d’elle aux débuts des années 2000. Mais son premier album, « In a Man’s Womb », paru en 2001 sous le seul nom de Yael, passe quasiment inaperçu.
En 2007, elle sort un deuxième album homonyme par lequel elle accède à une certaine reconnaissance en France. Mais c’est l’année suivante, lorsque Apple (Steve Jobs lui-même selon la légende) choisit son titre pour la publicité du MacBook Air que sa notoriété dépasse largement l’Hexagone. (Voir la publicité d’Apple)
Avec cette pub, le titre « New Soul » obtient une renommée internationale. L’album sort à l’étranger et apparaît en février 2008 dans le Billboard Hot 100, le chart américain des singles, publié par le magazine Billboard.
Les publicitaires, « leaders d’influence pour la musique »
Emmanuel Minelle explique :
« Aujourd’hui, avoir fait la musique d’une pub, cela vaut autant qu’un bon papier dans un magazine spécialisé. [...] Cela donne un bon coup de pouce pour passer à la radio. »
Et les labels l’ont bien compris :
« Quand la pub est bien faite, sans voix off et qu’elle est diffusée sur toutes les télés du monde, c’est certain que cela sert beaucoup les artistes. »
Résultat : les labels viennent présenter leurs disques aux agences de publicité, considérées comme des leaders d’influence en termes de musique.
En 2007, le single « On my shoulders » du duo franco-finlandais The Dø est choisi pour la musique d’une pub pour la marque Oxford. (Voir la publicité)
Jusque-là réservé aux mélomanes avertis, le groupe accède à une notoriété encore plus grande et se produit en décembre 2007 aux Transmusicales de Rennes.
Retour de bâton
Faire la musique d’une pub peut cependant s’avérer artistiquement risqué.
En 1994, Levi’s commande au groupe Stiltskin un titre pour illustrer une de leur publicité. Le succès est immédiat, « Inside » apparaît en bonne place dans les classements musicaux. Les quelques titres suivants sont un échec commercial. Et Stiltskin est resté « le groupe qui a fait la pub Levi’s ». (Voir la vidéo)
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grmbl
grmbl
Grrr...
La « lambada » est un vulgaire plagiat de la chanson « Llorando se fue » du groupe bolivien Los K’jarkas :
Ça aurait été sympa de le préciser, même si la version plagiée est à peu près la seule connue en France...
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