Vie de Bureau 10/02/2011 à 18h23

E-mail vs réseau social : quel est le meilleur outil en entreprise ?

Violaine Jaussent | Journaliste


Tout est e-mail (RambergMediaImages/Flickr/CC).

Devenir une entreprise « zéro mail » en trois ans ? Annoncé lundi par Atos Origin, une société française de services informatiques, le projet semble osé. L’objectif est de correspondre en interne via les réseaux sociaux.

Moins de vingt ans après sa naissance, le mail ne correspondrait plus aux besoins de communication interne. Thierry Breton, PDG d’Atos Origin :

« Le volume d’e-mails que nous envoyons et recevons n’est pas soutenable dans le domaine professionnel. Les managers passent de cinq à vingt heures par semaine à lire et écrire des e-mails.

Ils utilisent déjà les réseaux sociaux plus que les moteurs de recherche, et passent 25% de leur temps à rechercher de l’information [...].

L’e-mail ne sera bientôt plus considéré comme la meilleure manière de travailler et d’échanger. »

Cette initiative n’est pas révolutionnaire. Plusieurs études et des témoignages de salariés dénoncent l’usage du courrier électronique comme un facteur de stress supplémentaire et poussent les entreprises à trouver des solutions.

Fréquentation en baisse des boîtes e-mails aux Etats-Unis

Reprenant un concept inventé aux Etats-Unis par Intel, Canon France a par exemple lancé la journée sans mail en décembre 2010. Le but est d’inciter les collaborateurs à ne pas s’envoyer de messages superflus. Devant le succès de l’opération – l’usage des mails a diminué de 20% lors de cette journée – quatre nouvelles dates, réparties sur l’année, sont prévues en 2011.

Aux Etats-Unis, la fréquentation des boîtes e-mails a baissé de 8% en 2010 et pour la première fois, depuis mai, les Américains consacrent plus de temps aux réseaux sociaux, selon une étude rapportée par Le Monde. Ces usages privés ouvrent des perspectives sur leur utilisation au sein des entreprises.

Chez Alcatel-Lucent, des outils inspirés de Facebook et Twitter

En France, les grands groupes ne sont pas encore prêts à abandonner le courriel, mais utilisent déjà des outils collaboratifs en interne depuis environ trois ans. Certaines entreprises privilégient par exemple les échanges participatifs autour de documents.

Postés sur une plateforme, ils sont soumis aux modifications des collaborateurs ; lesquelles sont archivées : il est donc possible de voir qui a fait quoi à quelle heure, et de revenir à la version antérieure.

Alcatel-Lucent va un peu plus loin. Depuis avril 2010, chaque salarié peut posséder son propre profil, suivre ses collègues et être suivi par eux, créer des groupes, participer à des discussions sur une seule et même plateforme installée sur l’intranet. En somme, ils utilisent des outils créés sur le modèle de Facebook et Twitter pour travailler.

Quid des échanges informels entre collègues ?

Pourtant, pour les chercheurs, l’introduction des réseaux sociaux ne permet pas d’éradiquer la « pollution informationnelle » dénoncée par Atos Origin. Romain Chevallet, chercheur à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), relève plusieurs problèmes :

« Utiliser un “mur” plutôt que des e-mails pour commenter un document représente plusieurs désavantages. D’abord, il faut le consulter régulièrement pour voir les modifications. Ensuite, ce qu’on écrit est tracé et stocké. Cette forte traçabilité empêche les échanges informels, voire les discussions entre collègues. »

Pour Eric Albert, président de l’Institut français d’action contre le stress (Ifas), la suppression des courriers électroniques ne résout rien :

« L’e-mail est un outil utile. Ce qui est stressant, c’est de l’utiliser comme un téléphone, avec un jeu de questions-réponses. Il faut simplement se diriger vers un autre usage. »

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  • Damieng
    Damieng
    Informaticien éthique
    • Posté à 21h04 le 10/02/2011
    • Internaute 67239
      Informaticien éthique

    Réseau social ? Chez Atos Origin ? Du social ? Ah ah !

    Blague à part, le mail est comme la réunion, l’ordinateur, le téléphone portable, le couteau de cuisine, et autres : un très bon outil qui devient nul si l’être humain s’en sert mal. Alors si les employés s’échangent dix milles mails de blagues par jour c’est que leur boulot est devenu nul ; si des gens font des reply de reply de reply... n’importe comment ; si ils envoient des fichiers attachés de 20 Mo ; si ils laissent tout le monde en copie systématiquement... c’est qu’ils ne savent pas utiliser l’outil... Arrêtons d’inventer n’importe quoi alors qu’il suffirait de corriger l’usage de ce qui existe. Avec un peu d’éducation tout est possible ; on est même choqué d’entendre une personne gueuler dans son portable dans le train, il y a 10 ans c’était monnaie courante.

  • Scith
    • Posté à 21h06 le 10/02/2011
    • Internaute 40425

    Il est évident que le mauvais usage des mails est à combattre. Il m’est moi-même déjà arrivé de devoir passer 4 heures de suite à lire et répondre à des mails.

    Un trop plein de mails est le signe d’un évident manque d’efficacité dans le système d’information de l’entreprise (ou d’une mauvaise formation des utilisateurs aux outils).

    Exemples : multiplication des pièces jointes, mails d’invitation à des rendez-vous, tchat par mail, travail collaboratif par mail, ...
    Toutes ces choses-là au moins peuvent et doivent être réalisées grâce au SI.

    Alors oui les réseaux sociaux peuvent être en partie une solution, mais il y en a aussi bien d’autres.

  • Sanrensei
    Sanrensei
    Curieux
    • Posté à 09h48 le 11/02/2011
    • Internaute 143594
      Curieux

    J’ai un peu l’impression qu’ils essaient de résoudre un problème (les emails envahissants), par un problème encore plus gros (les réseaux sociaux encore plus envahissants et encore plus chronophages). D’ailleurs comme le remarque un autre riverain, l’apparition de Facebook a bien soulagé ma boite mail auparavant surchargée de chaines et Powerpoints volumineux en tout genre. Merci :) !

  • Amazone
    • Posté à 10h05 le 11/02/2011
    • Internaute 29473

    et pour le bavardage il existe plein de petits outils de messagerie instantanée. Nous on utilise sametime.

  • Lictor
    Lictor
    informaticien
    • Posté à 11h02 le 11/02/2011
    • Internaute 68450
      informaticien

    Ensuite, ce qu’on écrit est tracé et stocké.

    Ce qui est une bonne chose ! Pour avoir repris un projet un cours de route, l’email et les échanges bilatéraux sont une catastrophe : impossible de savoir où l’on en est, ce qui a été décidé...

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 12h32 le 11/02/2011
    • 49273
      Petit agité

    Chez Alcatel-Lucent, l’utilisation du « réseau social » est encore tout à fait marginale et on reçoit toujours entre 300 et 800 emails par jour (sans déconner). C’est une véritable plaie, rien de mieux qu’un bon vieux coup de fil.

  • Lictor
    Lictor répond à Keldan
    informaticien
    • Posté à 14h35 le 11/02/2011
    • Internaute 68450
      informaticien

    Ben, Facebook, c’est un peu le mot marketing pour désigner le projet. Ça a été probablement choisi pour vendre l’idée aux dirigeants qui ne font probablement pas la différence entre un clavier et une unité centrale. Quand on veut faire passer un progrès technique en entreprise, il faut parfois traduire l’idée en concepts compréhensibles pour le management...

    Parce que bon, pour le fond, l’idée est très bonne. L’email devrait servir pour l’exceptionnel !
    Tout ce qui est bug, évolution, tâches devraient passer par un système de tracking - comme bugzilla, redmine ou jira. En plus, les deux premiers sont gratuits et jira, qui est excellent, n’est pas cher.
    Tout ce qui est prise de rendez-vous devrait passer par des agendas collaboratifs, qui sont des outils bien plus adaptés.
    Tout ce qui est discussion construite sur un sujet devrait passer par un forum interne quand c’est informel ou par des commentaires de tâches dans l’outil de tracking.
    Tout ce qui est connaissance devrait passer par un wiki interne.

    Et tout ce qui est réellement urgent se fait en allant voir les gens, en téléphonant ou en utilisant une messagerie instantanée.

    Au final, l’email ne devrait servir que pour les contacts commerciaux, les circulaires internes et les voeux de fin d’année... Donc, des choses peu urgentes. C’est à dire ce pour quoi il est fait...