A la Une 27/01/2011 à 08h24

Tunisie : une plainte pour torture contre un ancien ministre de Ben Ali

Tribune des droits humains"
Carole Vann | Infosud/Tribune des droits humains

(De Genève) Un réfugié tunisien en Suisse se rend à Tunis pour déposer une plainte pénale pour torture contre l’ancien ministre de l’Intérieur, Abdallah Kellal. Il s’agit de la première procédure en justice contre un ex-haut responsable du régime déchu du président Ben Ali.

Il est apparu sur la première image annonçant la chute de la maison Ben Ali. Sur tous les écrans du monde, il se tenait, en tant que président du Sénat, à droite de l’ancien premier ministre Mohammed Ghannouchi quand ce dernier a annoncé le départ du dictateur le 14 ? janvier. Un petit homme à l’aspect austère derrière ses lunettes que tous les Tunisiens surnomment « le boucher ».

Le week-end dernier, Abdallah Kellal [parfois épelé Kallel, ndlr] a été assigné à résidence sous la pression populaire. Il va faire cette semaine l’objet d’une plainte judiciaire pour torture et lésions corporelles graves commises alors qu’il était ministre de l’Intérieur entre 1991 et 1995.

Il s’agira de la première procédure pénale lancée, depuis la fin du régime Ben Ali, contre l’un des plus hauts responsables de l’appareil sécuritaire tunisien. Elle sera déposée par Abdennacer Naït-Liman, victime directe et réfugié en Suisse depuis 1995. Celui-ci s’est envolé mercredi de Genève vers Tunis où l’attendent ses avocats. Il explique :

« Kellal est le concepteur et la figure de proue de la répression sanguinaire menée contre le mouvement Ennahda [islamiste, ndlr] depuis le début des années 1990. Il a institutionnalisé la torture dans le pays, avec Ali Seriati, le responsable de la sécurité présidentielle. Plus de 35 ? 000 prisonniers ont subi des sévices barbares durant ces années dans les sous-sols du Ministère de l’intérieur à Tunis. Près d’une centaine en sont morts. »

Supplice du « rôti »

Abdennacer Naït-Liman a lui-même séjourné en 1992 dans ces geôles souterraines. Accusé d’être en lien avec des « mouvements terroristes », il a été extradé d’Italie vers la Tunisie où il sera « interrogé » sans répit pendant quarante jours. Il se souvient :

« Ils m’ont conduit de l’aéroport au Ministère de l’intérieur. Là, ils m’ont amené à la “salle d’opération‘. Il y avait des traces de sang partout, des cheveux et des bouts de peaux étaient collés sur les murs. Ils m’ont déshabillé.

Comme je résistais, ils m’ont laissé mon caleçon, puis ils m’ont mis dans la position du rôti. Les jambes sont coincées entre les bras attachés, on passe un bâton sous les genoux et on le pose entre deux tables.

Puis on vous torture avec des câbles électriques, des battes de baseball et d’autres châtiments dont je n’arrive pas à parler. ’

Mandat d’arrêt contre Kellal

En 2001, alors qu’il a trouvé l’asile en Suisse, l’ancien prisonnier dépose une plainte à Genève contre ce même Kellal, de passage pour une hospitalisation.

‘ C’est un Tunisien, employé à l’Hôpital cantonal de Genève, qui nous a avertis. Kallel se trouvait au 9e étage, réservé aux VIP, sous une autre identité et avec un faux passeport diplomatique. Il n’était plus ministre alors. Nous avons travaillé d’arrache-pied avec Eric Sottas de l’OMCT [Organisation mondiale contre la torture] et Me François Membrez [vice-président de TRIAL] pour préparer un dossier que nous avons déposé le 14 février au bureau du procureur général Bernard Bertossa. ’

Le même jour, un mandat d’arrêt était lancé contre Kellal. Mais celui-ci avait pris la fuite en pleine nuit, avec l’aide de l’ambassade de Tunisie.

‘ Je ne suis pas le seul à vouloir porter plainte, mais dans la confusion actuelle, beaucoup de Tunisiens exilés n’ont pas encore les papiers nécessaires pour rentrer au pays. Moi je suis naturalisé suisse, c’est pour cela que je peux partir si vite : nous craignons qu’il ne s’échappe à nouveau. ’

Publié initialement sur
Tribune des droits humains
  • 5003 visites
  • 6 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • affreuxjojo
    • Posté à 08h58 le 27/01/2011
    • Internaute 29421

    La pratique de la torture était courantes sous Ben Ali. Les défenseurs des droits de l’homme en parlaient et chacun pouvait en être informé.
    Notre gouvernement était donc au courant.
    Dans ces conditions :
    Pourquoi affichait-il à chaque instant sa sympathie pour le régime Ben-Ali ?
    Pourquoi le gouvernement aidait-il des entreprises privées Françaises dans leur implantation en Tunisie ?
    Pourquoi proposait-il son aide en matière de maintien de l’ordre à un gouvernement tortionnaire ?

    Cela nous amène à nous poser des questions sur l’attachement réel de nos gouvernants aux principes démocratiques.
    Dans la mesure ou ils pensent que le commerce et la sécurité priment sur tout, nos gouvernants, ne seraient -ils pas tentés, ici-même, et si l’occasion s’en présentait, de mettre entre paranthèse les principes démocratiques ?
    Je crains fort de connaitre la réponse.

  • bsokio
    bsokio
    Ingénieur
    • Posté à 09h02 le 27/01/2011
    • Internaute 140681
      Ingénieur

    un grand bravo pour cette initiative, il fallait du courage. Il ne faut rien lâcher, car ils doivent payer pour leurs crimes.

    Je suis de tout cœur avec vous et j’espère que justice sera rendu !

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 09h14 le 27/01/2011
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    La désinvolture du gouvernement français à l’égard de cette Tunisie là, n’en est que plus coupable !

  • emmanuel24
    • Posté à 10h02 le 27/01/2011
    • Internaute 39678

    Ces criminels bénéficient toujours de la complicité de nos gouvernants, dans le cas de la Tunisie, la main-d’oeuvre sous-payée à bien engraissé ceux-là meme qui délocalisent de France.Ces braves forces vives de la nation affectionnent la dictature, ce qui leur permet de nous faire peur,(cf,« Le chomage et son cortege de misère », l’islamisme »), de nous mettre en concurrence avec des modèles esclavagistes qu’ils contribuent à mettre en place, à rendre fréquentables.
    Des sous-sols ou le premier cercle des contributeurs UMP s’est réuni avec leur président, et ceux moins chaleureux de kellal, il y a des liens de cause à effets.

  • chica
    chica
    citoyenne du monde
    • Posté à 19h02 le 27/01/2011
    • Internaute 140369
      citoyenne du monde

    horrible
    combien de morts au total en comptant ceux de la Révolution Tunisienne et ceux tout au long de la présidence de ben ali ..... chiffre noir !
    ce témoignage démontre encore plus le réel courage du peuple tunisien de s’être soulevé ainsi dans un système aussi ficelé !
    que justice soit rendue ! !

  • alberte
    alberte
    Sage-femme retraitée
    • Posté à 20h32 le 27/01/2011
    • Internaute 60250
      Sage-femme retraitée

    je ne pensais pas que la torture pouvait se pratiquer de cette façon atroce dans la tunisie de ben - Ali mais ce qui m’ indigne plus que tout c’ est la complaisance de nos gouvernants. Ils ne devaient pas être dupes. Mais encore une fois le mensonge et le déni sera l’ explication.
    Ils ont du prendre leurs leçons auprès d’ anciens tortionnaiures du FN pendant la guerre d’ Algérie, j’ espère que tout le monde a compris, mais bien sûr ceci n’ et qu’ un « détail » ! ! !