19/01/2011 à 19h57

Ben Ali, l'épine du PS et de l'Internationale socialiste

Julien Martin | Ex-Rue89

Un bref communiqué seulement :

« Une décision a été prise par le président en accord avec le secrétaire général, conformément aux statuts de l’Internationale socialiste, de faire cesser l’adhésion du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Tunisie.

Cette décision, dans des circonstances exceptionnelles, est conforme aux valeurs et principes qui définissent notre mouvement et à la position de l’Internationale sur les développements dans ce pays. »

L’Internationale socialiste vient enfin d’exclure le parti politique du président tunisien déchu Zine El-Abidine Ben Ali, sans un mot ni une explication supplémentaire. Une décision prise lundi et révélée mardi par Martin Schulz, le chef de file des socialistes au Parlement européen et ancien vice-président de l’IS.

L’élu allemand ne s’est pas non plus étendu, se bornant à déclarer, lors d’une conférence de presse au Parlement de Strasbourg, que le RCD « avait été expulsé de l’Internationale socialiste, dont il était membre » depuis une trentaine d’années. Une brièveté qui confine à la gêne.

Mais parmi les quelque 160 partis et organisations membres de l’IS, c’est le Parti socialiste français qui a été le plus interrogé sur le maintien jusqu’à lundi du parti de l’ex-ami Ben Ali : pourquoi a-t-il fallu attendre la fuite de l’autocrate pour oser l’écarter ?

« Le PS a demandé le départ du RCD »

Ferme comme à l’accoutumée, la première secrétaire Martine Aubry a rejeté toute responsabilité ce mercredi matin, au micro de France Inter :

« Le Parti socialiste français a demandé à plusieurs reprises, en 2008 et moi-même récemment, donc François Hollande l’avait fait et moi-même je l’avais fait, le départ du RCD qui, il faut le dire, ne venait plus à nos réunions mais était toujours membre. [...]

– Pourquoi ça ne s’est pas fait ? Qui était opposé à l’exclusion du RCD ?

– En tout cas, pas nous. D’autres partis, à l’évidence. [...] Nous ne sommes pas les seuls, comme vous le savez. » (Voir la vidéo)

L’ancien premier secrétaire du PS de 1997 à 2008 et ancien vice-président de l’IS de 1999 à 2009 n’a pas non plus omis de se dédouaner. François Hollande, ce même mercredi matin, sur France Info :

« Comme premier secrétaire, Lionel Jospin étant Premier ministre, j’ai rompu toute relation entre le Parti socialiste et le parti RCD de Ben Ali. J’ai demandé même qu’il soit mis de côté dans l’Internationale socialiste. Donc nous avons été d’une parfaite netteté dans les relations que le Parti socialiste pouvait avoir par rapport à Ben Ali, son parti, son régime. » (Voir la vidéo)

« Lorsque Jospin recevait à Matignon Ben Ali »

Une « parfaite netteté » ? C’est un peu vite oublier le « très beau discours de Lionel Jospin en octobre 1997 lorsqu’il recevait à Matignon le président Ben Ali » ou « le satisfecit donné au régime Ben Ali par Dominique Strauss-Kahn en octobre 2008 », comme s’est chargé de le rappeler François Fillon, mardi après-midi, à l’Assemblée nationale.

Le PS et ses deux derniers dirigeants ont beau jeu de revendiquer aujourd’hui des demandes d’exclusion qu’ils ont tues à l’époque. Des allégations très difficiles à vérifier, l’Internationale socialiste ne publiant pas de comptes-rendus précis de son activité.

Combien de demandes ? Quand ? Pourquoi ont-elles été refusées ? Par qui ? Pourquoi ne pas avoir publiquement protesté ? Autant de questions auxquelles Martine Aubry et François Hollande étaient trop « occupés » pour y répondre ce mercredi après-midi.

« Il faut poser la question à Ségolène Royal »

Secrétaire national du PS en charge des Relations internationales, Jean-Christophe Cambadélis s’est lui contenté d’affirmer, le 7 janvier sur Mediapart :

« L’Internationale socialiste, c’est le conseil de sécurité de l’ONU multiplié par 160, et il faut l’unanimité pour prendre une décision. Mais il faut poser la question à Ségolène Royal, qui siège au bureau... »

Vice-présidente de l’IS depuis 2009, à la suite de François Hollande, la présidente de la région Poitou-Charentes n’a pas non plus répondu aux sollicitations de Rue89 sur le sujet.

La candidate aux primaires socialistes était pourtant concernée au premier chef. Les statuts de l’IS (qui contredisent au passage Jean-Christophe Cambadélis) précisent que si « les décisions concernant l’expulsion de partis et d’organisations ne peuvent être prises que par le congrès, par une majorité des deux tiers des parties votantes », « le président peut, en accord avec le secrétaire général et, s’il y a lieu, après avoir consulté un ou plusieurs vice-présidents, prendre des décisions politiques de son propre chef ».

« On n’a jamais cessé d’alerter le RCD »

L’exclusion du RCD « entre bien dans le champ de ces décisions politiques extraordinaires », a confirmé à Rue89 une source au siège de l’IS, à Londres. Mais impossible de savoir pourquoi cela n’a pas été décidé plus tôt :

« Ça, je ne peux pas vous le dire, il faudrait contacter le secrétaire général, mais il est en déplacement. »

Preuve que le sujet est au moins aussi délicat pour l’Internationale socialiste, ledit secrétaire général, le Chilien Luis Ayala, nous a toutefois contacté une heure plus tard, depuis la Biélorussie, pour se justifier longuement. Pourquoi prendre cette décision maintenant et pas avant ?

« Dès les années 80, pour contribuer au développement du socialisme dans les payes arabes, il a fallu accepter des partis qui ne présentaient pas toutes les garanties démocratiques comme vous l’entendez en France. On a toujours eu beaucoup de doutes sur le RCD ; c’est d’ailleurs pour cela qu’on a fait adhérer en même temps le parti d’opposition FDTL (Forum démocratique pour le travail et les libertés).

Ces dernières années, on n’a jamais cessé d’alerter le RCD. Jusqu’à cette crise en décembre. On lui a demandé expressément de répondre aux demandes de la rue, d’arrêter les violences et de changer les choses. Mais on n’a eu aucune réponse. On a donc décidé de se séparer de ce parti, sans attendre un congrès.

Si on a été coupables de quelque chose, ça a été de ne jamais avoir voulu perdre foi en l’amélioration du RCD. On essayait d’être toujours en contact avec eux pour dénoncer les atteintes aux libertés, même si on a jamais jamais donné le moindre rôle au RCD, même le plus petit, au sein de l’Internationale. »

« La politique n’est pas faite de formalités »

Cette politique a-t-elle été menée en désaccord avec la position socialiste française ? Sans confirmer l’existence de demandes d’exclusion formelles de la part du PS, Luis Ayala explique que les Français étaient de plus en plus pressants :

« La politique n’est pas faite de formalités, vous savez. Mais depuis plusieurs années, le PS était très actif et très critique à l’égard de la Tunisie, notamment sur le thème de la liberté de la presse. Il avait d’ailleurs refusé toute relation bilatérale avec le RCD. Et cette dernière année, il demandait de façon très claire l’exclusion du RCD. Personne n’était contre, mais ce fut un long processus, comme je vous l’expliquais. »

Un processus qu’il a néanmoins fallu faire aboutir à la hâte. En témoigne la réponse du secrétaire quand on l’interroge sur les socialistes consultés au préalable :

« Cette décision a été prise avec le soutien de 100% des socialistes de l’Internationale. En tout cas, personne n’est venu nous la reprocher... »

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  • inspecteur crouton
    inspecteur crouton
    troll de tram
    • Posté à 20h20 le 19/01/2011
    • Internaute 118828
      troll de tram

    On dirait bien que sur ce sujet, personne ne peut donner de leçon à personne.
    Ni la gauche à la droite, et réciproquement, ni les media à la classe politique, ce dont ils ne se privent pourtant pas.
    C’ est comme si le départ de Ben Ali avait brutalement décillé les yeux de tout un chacun.
    C’ est bien la 1ère fois que je vois ma gardienne tunisienne aussi joyeuse, en tout cas. C’ est aussi la 1ère fois qu’ on en parle.

    Il n y a qu’ Alliot Marie qui n’ a pas encore compris, peut être.

  • tout-est-déjà-pris
    tout-est-déjà-pris
    un individu
    • Posté à 21h00 le 19/01/2011
    • Internaute 98174
      un individu

    La lâcheté jusqu’au bout : même pas le courage d’assumer leurs positions et de maintenir le RCD à l’Internationale Socialiste (l’Lien, pour moi, c’est autre chose, et ça avait plus de gueule). Quand on sait que son actuel président est le premier ministre grec et ce qu’il fait subir aux grecs, on se dit que ça n’aurai pas changé grand chose à leur image (dont d’ailleurs tout le monde se contre fout).

    Ils ne valent pas mieux que MAM qui pour se défendre face aux débutés PS (qui ont beau jeu de l’attaquer une fois qu’il est tombé...) leur dit (enfin, nous dit), en somme « ben oui, mais on pouvais pas prévoir qu’il allait tomber ». Il est vrai que s’il n’était pas parti, personne n’aurai moufté.

    C’est ça quand on n’a d’autres ambitions que se maintenir, on ne sait faire autre chose que miser sur le gagnant. Triste réalité d’un ordre établi agonisant...

  • Nepigo
    Nepigo répond à Dadourunrun-
    robot-singe - blog.nepigo.net
    • Posté à 21h20 le 19/01/2011
    • Internaute 16957
      robot-singe - blog.nepigo.net

    Il faudrait en effet signaler aux instances dirigeantes de l’IS que son membre ivoirien, le Front Populaire Ivoirien, parti de Laurent Gbagbo, ne sent plus très bon depuis une bonne dizaine d’années et que l’odeur de décomposition s’est beaucoup accrue ces dernières semaines !

  • Calife Hourchon-
    Calife Hourchon-
    penseur reconnu dans son village
    • Posté à 21h24 le 19/01/2011
    • Internaute 75861
      penseur reconnu dans son village

    M. Ben Ali et son RCD ne posaient de problèmes à personne tant qu’ils tenaient le haut du pavé en Tunisie, et en profitaient pour oppresser l’opposant.

    Maintenant qu’ils ont été renversés, c’est à qui découvrira combien ils étaient tyranniques et combien il faut s’en désolidariser.

    Il reste bien des tyrans dans le monde : ne serait-ce pas plus crédible de les dénoncer maintenant plutôt que d’attendre qu’il n’y ait que des avantages à le faire une fois qu’ils seront mort ou renversés ?

  • fdrebin
    fdrebin
    Dilettante doué
    • Posté à 09h38 le 20/01/2011
    • Internaute 78377
      Dilettante doué

    Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les organisations internationales et fédérations de partis politiques ne peuvent perdurer que sur la base de compromis parfois douloureux.

    Des exemples de grand écart entre les principes et la réalité, on peut en trouver des tonnes comme, par exemple, la présence de la Russie au sein du Conseil de l’Europe alors que cette organisation a pour but premier « de créer sur tout le continent européen un espace démocratique et juridique commun, en veillant au respect de valeurs fondamentales : les droits de l’homme, la démocratie et la prééminence du droit. »

    Reste que, paradoxalement, il vaut mieux que des Etats ou des partis bordeline - ou carrément hors des clous - soient inclus au sein de ces organisations ou fédérations afin de conserver un minimum d’influence sur eux. Si, par exemple, on vire l’Iran de l’ONU, qu’est-ce que ça changera à part se donner bonne conscience ? Et puis, si on commence comme ça, qui dit que ce n’est pas la France qui se ferait mettre à la porte de quelques organisations internationales ?

    Dernière chose, les leçons de morale de la droite, ça va cinq minutes. Personne ne peut leur demander comment il vivent le fait que le Premier ministre hongrois, qui musèle la presse de son pays, est toujours vice-président du Parti Populaire Européen, la fédération européenne des partis de droite ?

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