Tribune 18/01/2011 à 13h29

Presse régionale : la menaçante porosité entre journalisme et com'

slablanquie | journaliste

Trois journalistes rédacteurs de presse quotidienne régionale poussent la porte de l’agence et entament une nouvelle journée de travail. Ils devront prendre en charge... trois pages pour le lendemain. Une situation particulière ? Non, rien que de l’ordinaire. Chacun s’occupe de deux, le plus souvent trois articles par jour. Reportage compris, sans compter les brèves à écrire ou le site internet à alimenter.

Qui peut penser qu’un tel rythme n’a aucune conséquence ? En voilà une : brouiller la frontière entre journalisme et communication. Parce qu’il y aura toujours une façon de remplir l’édition du lendemain : se laisser bercer par l’agenda, reflet des invitations lancées par les associations ou les institutions.

De retour d’une conférence de presse, écrire aussitôt est devenu un quasi réflexe, avant de repartir pour un autre rendez-vous. Le mal est fait. Une fois à l’ouvrage devant son ordinateur, les quelques précautions dans la formulation ne masquent guère la réalité : de nombreux articles ne sont qu’une reformulation d’un travail préparé par des professionnels de la communication.

Manquent des articles avec différentes opinions, des éléments de contexte en lien avec l’actualité et surtout de l’information à haute valeur ajoutée démocratique. Car il faut du temps pour éplucher un dossier, un compte-rendu d’activité, un rapport annuel de la chambre régionale des comptes, un budget du conseil général...

Un journaliste payé par une entreprise peut-il être journaliste ?

La machine arrière est possible : les bonnes volontés ne manquent pas dans les rédactions. Quel journaliste n’a pas entendu autour de la machine a café : « On doit faire un autre journal ! », « Il serait bon de prendre appui sur l’actualité pour faire un dossier... » « De donner la parole à certains qui ne l’ont jamais » ? La réponse passera par la décision d’étoffer les équipes.

Et de l’autre côté, celui de la communication, les digues commencent à sauter. Le monde de la communication a bien compris son intérêt à faire fi des différences entre les deux professions. L’intitulé de certains postes laissent rêveurs : « journalistes d’entreprise », « journalistes institutionnels. » Drôle d’oxymore.

Un journaliste payé par une institution ou une entreprise, dont la plupart des articles portent sur son action, dont les articles sont relus et validés par ses interlocuteurs et ou sa hiérarchie, peut-il être un journaliste ?

S’il n’y a plus de distinction entre un journaliste et un communicant, la facture sera toujours du côté de la presse. Avec une perte de crédibilité en bas à gauche. Faut-il affirmer une nouvelle fois que le cœur du métier entre journaliste et communicant n’est pas le même ? Informer pour l’un, valoriser pour l’autre. Deux fonctions respectables, mais différentes.

Aller plus loin
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  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 13h56 le 18/01/2011
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    oui, très bien, et alors, maintenant on va prendre un café ?

  • vdolot
    vdolot
    en sursis au pied des usines
    • Posté à 13h57 le 18/01/2011
    • Internaute 29592
      en sursis au pied des usines

    Exactement

    Chez moi (dans les Bouches du Rhône), les localiers finissent tous par être embauchés par les collectivités dans leurs services com.. Ou, le responsable des questions industrielles (chargés donc de couvrir la problématique des accidents, des contrôles...) est aussi payé par les services de l’Etat en charge du risque pour leur faire des sessions de formation à la « communication de crise » ! ! !

  • fdrebin
    fdrebin
    Dilettante doué
    • Posté à 14h10 le 18/01/2011
    • Internaute 78377
      Dilettante doué

    Mais bien sur, c’est toujours le vilain communicant qui vient corrompre le vertueux journaliste qui ne songe qu’à vivre de son noble travail...

    Petit exemple de ce que les choses sont plus compliquées : les journalistes qui font des « ménages » comme de vulgaires camelots, on les force peut-être ?

    • Vert de gris
      Vert de gris répond à fdrebin
      jeune retraité
      • Posté à 10h09 le 20/01/2011
      • Internaute 90690
        jeune retraité

      ben dans les torchons locaux ceux qui ne « communiquent » pas, on les vire !

      Notez bien que certains se font une douce violence de publier un article déjà écrit, avec de zoulies photos et plein de chiffres qui font sérieux !

  • philipp
    philipp
    « La voix de son maître »
    • Posté à 14h23 le 18/01/2011
    • Internaute 48057
      « La voix de son maître »

    Pujadas , Chazal, Ferrari , Pernault et les autres...

  • inspecteur crouton
    inspecteur crouton
    troll de tram
    • Posté à 16h01 le 18/01/2011
    • Internaute 118828
      troll de tram

    Qu’ y a t il de plus bête et déprimant qu’ un journal régional ?
    C’ est la négation absolue du journalisme, de l’ information et de l’ intelligence.

    Bon, sauf pour les résultats de concours de pétanque et les remises de médailles, bien sûr.

    • padiran
      padiran répond à inspecteur crouton
      Chroniqueur Grolandais
      • Posté à 16h32 le 18/01/2011
      • Internaute 5159
        Chroniqueur Grolandais

      Il ne faut pas oublier la galette des rois des maisons de retraites, l’anniversaire de la ou du centenaire local(e) par le maire du village, la rubrique météo à côté des résultats du loto et de l’horoscope, la recette de la tarte aux poires, les avis de naissances et surtout la rubrique nécrologique. L’heure de gloire pour un quotidien régional c’est l’organisation d’une épreuve sportive de masse avec parution des résultats sur 2 voir 3 semaines car, nous les péquenauds, on aime bien voir notre nom figurer dans Le Journal même s’il est en page 25. Les journalistes d’investigation qui viennent roder chez nous, on aime pas trop, le dernier qu’on a vu il est en train de sécher.

      • Numerosix
        Numerosix répond à padiran
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 17h22 le 18/01/2011
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Tant que vous ne jetez pas les cadavres de vos enfants dans la Vologne, on vous fout relativement la paix en général , notez.
        Le fils du boucher qui s’emplâtre avec sa mobylette dans la Mercedes du notaire qui revenait plein de traces de fouet de chez sa maitresse la baronne, ça ne nous interesse pas tellement

         
        • padiran
          padiran répond à Numerosix
          Chroniqueur Grolandais
          • Posté à 18h23 le 18/01/2011
          • Internaute 5159
            Chroniqueur Grolandais

          « Le fils du boucher qui s’emplâtre avec sa mobylette dans la Mercedes du notaire qui revenait plein de traces de fouet de chez sa maitresse la baronne, ça ne nous interesse pas tellement »
          C’est notre quotidien tu veux rire.
          La vologne , les profanations de tombes avec les rites sataniques et les groupuscules nazis on vous les laisse, nous c’est le croustillant du notable pris la main dans la culotte de sa voisine qui nous intéresse

        1 autres commentaires
    • Numerosix
      Numerosix répond à inspecteur crouton
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 16h37 le 18/01/2011
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Il y a vingtaine d’années, les trois quotidiens nationaux « de qualité »
      ( Le Monde , le Figaro et Libération) on essayé d’éclairer les foules régionales engluées dans leur bouse en développant une édition ( et des rédactions locales) Rhones-Alpes Lyon, et en y mettant les moyens .
      Peine perdue. Ça s’est terminé en eau de boudin . La province est indécrottable et les petits seigneurs locaux n’ont pas admis qu’on puisse venir piétiner leurs plates bandes et mettre le nez dans leurs prébendes..

      • padiran
        padiran répond à Numerosix
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 16h46 le 18/01/2011
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        Il n’y a pas que les proprios de la PQR qui ne veulent pas d’éditions régionales de la presse parisienne, nous non plus les bouseux. Nos mœurs et nos coutumes ça nous regardent, on a pas besoin d’avoir des pointures pour nous dire comment qu’on est.

         
        • Numerosix
          Numerosix répond à padiran
          Prisonnier dans le village (...)
          • Posté à 16h58 le 18/01/2011
          • Internaute 14499
            Prisonnier dans le village (...)

          Nous les parisiens en vacances, on s’en fout, hein .
          On aime bien lire vos histoires de concours de boules et d’associations de dentellières, on trouve ça folklo..

          Plus sérieusement, vous n’êtes pas pires que les parisiens ( nous sommes devenus globalement aussi ploucs que vous) et valez heureusement mieux que votre presse minable, les régionaux.

          Sans compter que les tentatives d’implantation de la PQN sur Lyon on été faites en dépit du bon sens .

          • padiran
            padiran répond à Numerosix
            Chroniqueur Grolandais
            • Posté à 18h26 le 18/01/2011
            • Internaute 5159
              Chroniqueur Grolandais

            Je n’ai jamais lu Libé Lyon, mais s’il est aussi chiant que son grand frère est devenu, il est inutile que je perde mon temps.

          • tontonmayonnaise
            tontonmayonnaise répond à Numerosix
            pecheur de nouilles
            • Posté à 08h25 le 20/01/2011
            • Internaute 137754
              pecheur de nouilles

            Nous les ploucs on aime pas les parisiens c est drôle on se demande pourquoi. Si je vous qualifie de petomane intellectuel qui, passé porte d Italie à le sentiment d être un Colon en territoire sous développé, allez vous m aimez ?

            La presse régionale moi je l aime. Parce qu elle me parle de ce qui m interesse, sans jamais se prendre pour ce qu elle n est pas. Elle. Ahhh c est certain la noblesse journalistique qui vous est si chère n à pas toujours sa place dans mon indépendant...mais paris, centre du monde et haut lieu de l intelligenzia française m emmerde.

            Sur ce je vous quitte j ai rendez vous avec momo pour le premier tour du concours de boules.

        3 autres commentaires
      • simatanteenavait
        simatanteenavait répond à Numerosix
        ancien observateur
        • Posté à 17h10 le 18/01/2011
        • Internaute 133945
          ancien observateur

        ... les trois quotidiens nationaux « de qualité »... il y a une vingtaine d’année. C’est loin....

         
        • Numerosix
          Numerosix répond à simatanteenavait
          Prisonnier dans le village (...)
          • Posté à 17h14 le 18/01/2011
          • Internaute 14499
            Prisonnier dans le village (...)

          Je suis bien d’accord . Ils ont juste gardé la terminologie..

        1 autres commentaires
    • simatanteenavait
      simatanteenavait répond à inspecteur crouton
      ancien observateur
      • Posté à 17h07 le 18/01/2011
      • Internaute 133945
        ancien observateur

      Et quoi de plus intelligent, de plus enthousiasmant qu’un journal national, ou une édition de 20 h du JT...

      Et si les résultats de concours ( pétanque ou autres) et les remises de médailles avaient leur public ? C’est peut-être en ne les traitant plus ( ou moins qu’avant ) que la PQR perd des lecteurs ?

      • inspecteur crouton
        inspecteur crouton répond à simatanteenavait
        troll de tram
        • Posté à 18h31 le 18/01/2011
        • Internaute 118828
          troll de tram

        Il semble inéluctable que tout le monde, national ou régional, perde des lecteurs.

        Faut bien que Rue89 les pique à quelqu’ un...

  • Molly Hatchet
    Molly Hatchet
    d'an emgann ! d'an emgann !
    • Posté à 16h27 le 18/01/2011
    • Internaute 125979
      d'an emgann ! d'an emgann !

    Le parisianisme nombriliste dans toute sa splendeur !

  • simatanteenavait
    simatanteenavait
    ancien observateur
    • Posté à 17h02 le 18/01/2011
    • Internaute 133945
      ancien observateur

    Bravo ! slablanquie découvre (ou redécouvre), à la fois l’eau chaude, le café au lait et la machine à vapeur ! C’est vrai, c’est tout neuf « la porosité entre journalisme et communication » ! Mais pourquoi avoir ciblé la PQR ? C’est bien connu, il n’y a que dans la presse régionale que les journalistes se débattent avec le problème... Dans les médias nationaux, rien de tout cela. Pas de pub planquée au détour d’une image, pas de « ménages » plus près de la com’ que de l’info, rien de rien ! La différence, c’est que beaucoup de journalistes de province ( je n’en suis pas, je fais justement dans la presse nationale...) se « débattent » en effet avec ces rapprochements dangereux, alors qu’à Paris, d’autres plongent dedans avec délectation... Quant à illustrer ce propos ( règlement de comptes personnel ?) en citant le fameux « agenda » de la « locale », slablanquie devrait nous dire quelles « associations » ( de pêcheurs, d’anciens combattants, d« anciens élèves, de collectionneurs de vieilles automobiles ?) sont assez riches pour se payer une agence de com’ . Elles sont plutôt obligées de pleurer une petite photo-légende pour rendre compte de leur dernier WE de ballade en vieilles voitures, ou un peu de place pour faire paraître la dernière belle prise du champion local de lancé. Restent les institutionnels... sauf que citer en tout premier de ceux-ci, la chambre régionale des comptes, laisse douter de la “culture professionnelle” du ( de la ) signataire de cette “tribune”. S’il est en effet une institution ( régionale et nationale) capable de faire bouger les lignes, ce sont bien les chambres des comptes, qui dénoncent régulièrement un beau petit foutoir financier... Quant aux autres ( Conseils départementaux, régionaux, et autres ), ont-ils vraiment besoin de passer par les reporters de base pour diffuser leurs messages ? Il est tellement plus simple d’appeler le patron de la rédaction et/ou du journal. L’auteur(e) de ce poulet aurait été plus inspiré(e) de travailler sur l’information que nous ont livrée ces jours-ci nos confrères des Dernières Nouvelles d’Alsace, dénonçant la confusion info/com qui semble régner au sein des publications appartenant désormais au Crédit Mutuel. Nos confrères de la PQR ne sont sans doute pas exempts de toute critique, comme ceux de la presse nationale. Il n’empêche, beaucoup d’entre eux font très bien leur boulot, avec les moyens qui leur sont donnés. Slablanquie aurait mieux fait d’aller voir ailleurs en expliquant, par exemple que, dans les écoles de journalisme, dans les centres de formation continue, et dans les rédactions qui reprennent, parfois, la formation des jeunes journalistes fraîchement débarqués, on leur apprend d’abord à
     » fabriquer du contenu « . Pour faire simple, à remplir les blancs qui restent dans les pages, après que la régie publicitaire et des petites annonces ait annoncé, AVANT toute préoccupation rédactionnelle et journalistique, de combien de pages elle aura besoin pour le lendemain. Ajoutons à cela que, comme dans l’ensemble de la presse écrite, l’imagination est de moins en moins au pouvoir au sein des hiérarchies, et là, nous pourrons commencer à débattre des maux qui rongent la presse écrite, régionale et nationale.