Mélange des genres entre le labo Servier et le cabinet Bertrand
Le laboratoire Servier, qui a commercialisé le Mediator, a financé des travaux de Christian Thuilliez, conseiller pour les affaires hospitalo-universitaires et la recherche au cabinet de Xavier Bertrand. Y a-t-il conflit d’intérêts ?
Pharmacologue spécialisé dans le cardiovasculaire, doyen de la faculté de médecine et de pharmacie de Rouen, Christian Thuilliez a entretenu des liens de différentes natures avec ce laboratoire :
- Il est « investigateur principal » de nombreux essais cliniques sur des molécules commercialisées par Servier, comme l’Ivabradine (entre autres essais cliniques sur d’autres molécules pour d’autres labos). A six reprises, il a touché une « rémunération personnelle », dit sa déclaration à l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Il n’est plus expert pour l’agence : celle-ci a fourni à Rue89 cette déclaration, en date du 16/05/2010.
- Il a présidé le jury du prix Servier de médecine translationnelle remis par la société française de pharmacologie et de thérapeutique (et doté de 3500 euros) ;
- Sa faculté, rattachée à l’Inserm, a travaillé avec l’Institut de recherches internationales de Servier, comme il est mentionné dans un article de la revue de l’association américaine du cœur, que Rue89 a consulté ;
- Un travail publié dans une revue américaine a fait l’objet d’une bourse de recherche de Servier.
Bertrand veut faire le ménage
Une personnalité hospitalo-universitaire comme il en existe beaucoup. Régulièrement, certains passent par les cabinets ministériels. Interrogé sur ce cas précis, le cabinet de Xavier Bertrand répond :
- « C’est son métier en tant que pharmacologue de réaliser des essais cliniques, forcément financés par les laboratoires. Si on interdit tous les professeurs d’université de cabinets ministériels, on se prive des compétences des meilleurs. »
- « En France, nous sommes dans un système de partenariats public-privé, les laboratoires font faire les essais cliniques et l’Afssaps décide si les médicaments méritent d’être mis sur le marché ou pas. »
Conscient que l’affaire du Mediator a entaché la réputation des experts, qu’ils soient dans le public ou le privé (les deux univers étant extrêmement poreux), Xavier Bertrand a décidé de faire le ménage.
Interrogé par le député socialiste Gérard Bapt mardi à l’Assemblée, le ministre de la Santé a proposé que tous les membres des cabinets ministériels, « qu’ils s’occupent du médicament ou pas », déclarent leurs éventuels conflits d’intérêts lorsqu’ils sont nommés. « Si on veut de la confiance, il faut de la clarté et de la transparence », a insisté le ministre.
Le député Gérard Bapt remarque surtout que ce cas est révélateur :
« C’est un écheveau de relations qui s’entremêlent : l’industrie infiltre tous les milieux, par exemple par la remise des prix et le financement des sociétés savantes. Ainsi Pierre Schiavi, de chez Servier est trésorier de la société française de pharmacologie. Avec la cardiologie, c’est la société savante la plus pénétrée par Servier. »
« S’il est à un poste de décision sur ce sujet, c’est gênant »
La revue Prescrire, seule publication médicale indépendante, conteste la notion de lien mineur :
« Un essai clinique est un lien, même si ce n’est pas lui en personne qui touche l’argent mais son labo, cela crée une dépendance pour faire tourner son labo. »
Philippe Foucras, médecin généraliste et fondateur du Forum pour une information médicale indépendante (Formindep) estime que Christian Thuilliez, vu sa biographie, « n’est pas quelqu’un qui aura une opinion critique sur les relations avec les labos. S’il est à un poste de décision sur ce sujet, c’est gênant ».
Il précise :
« Les liens sont susceptibles de devenir conflit le jour où ces gens sont amenés à prendre des décisions sur le sujet en question. Ce n’est pas aux personnes concernées de dire s’il y a conflit, mais aux usagers. »
Un problème d’indépendance
Prescrire pointe depuis des années le problème de la sous-traitance au privé des essais cliniques et réclame plus d’argent public pour la recherche, comme c’est le cas aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. La revue est, depuis l’affaire du Mediator, soudain beaucoup plus écoutée qu’avant.
L’animateur du Formindep s’interroge sur un nécessaire « changement de paradigme » :
« Regardons la réalité en face : ce sont les meilleurs, ces experts issus du système hospitalo-universitaire, qui ont autorisé le Mediator et n’ont pas vu qu’il y avait un problème, et ce sont les petits généralistes et les pharmaciens de rien du tout de Prescrire qui ont dénoncé ça.
Peut-être faut-il revoir la définition de “meilleurs” car le vrai critère du meilleur ce n’est pas seulement les diplômes et les titres, mais l’indépendance. »
- Sur Rue89Prescrire, la revue médicale qui dit « non, merci » aux labos
- Sur has-sante.fr"Le guide des déclarations d'intérêt" par la HAS
- Sur has-sante.frLes déclarations de conflits d'intérêt des membres de la HAS
- Sur afssaps.frLa page des conflits d'intérêt de l'Afssaps
- Sur formindep.org"Il y aura d'autres Mediator" sur le site du Formindep
- Sur rue89.comTous nos articles sur les conflits d'intérêts
- 15866 visites
- 47 réactions


























en couple
en couple
MEDIATOR, le conseil de l’ordre des médecins du var protège depuis 2009 un médecin qui faisait pendant des années, 2 ordonnances en même temps pour avoir double dose dans 2 pharmacies différentes.




Partager