Polémique 14/01/2011 à 19h42

Mélange des genres entre le labo Servier et le cabinet Bertrand

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Le laboratoire Servier, qui a commercialisé le Mediator, a financé des travaux de Christian Thuilliez, conseiller pour les affaires hospitalo-universitaires et la recherche au cabinet de Xavier Bertrand. Y a-t-il conflit d’intérêts ?

Pharmacologue spécialisé dans le cardiovasculaire, doyen de la faculté de médecine et de pharmacie de Rouen, Christian Thuilliez a entretenu des liens de différentes natures avec ce laboratoire :

  • Il est « investigateur principal » de nombreux essais cliniques sur des molécules commercialisées par Servier, comme l’Ivabradine (entre autres essais cliniques sur d’autres molécules pour d’autres labos). A six reprises, il a touché une « rémunération personnelle », dit sa déclaration à l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Il n’est plus expert pour l’agence : celle-ci a fourni à Rue89 cette déclaration, en date du 16/05/2010.
  • Sa faculté, rattachée à l’Inserm, a travaillé avec l’Institut de recherches internationales de Servier, comme il est mentionné dans un article de la revue de l’association américaine du cœur, que Rue89 a consulté ;

Bertrand veut faire le ménage

Une personnalité hospitalo-universitaire comme il en existe beaucoup. Régulièrement, certains passent par les cabinets ministériels. Interrogé sur ce cas précis, le cabinet de Xavier Bertrand répond :

  • « C’est son métier en tant que pharmacologue de réaliser des essais cliniques, forcément financés par les laboratoires. Si on interdit tous les professeurs d’université de cabinets ministériels, on se prive des compétences des meilleurs. »
  • « En France, nous sommes dans un système de partenariats public-privé, les laboratoires font faire les essais cliniques et l’Afssaps décide si les médicaments méritent d’être mis sur le marché ou pas. »

Conscient que l’affaire du Mediator a entaché la réputation des experts, qu’ils soient dans le public ou le privé (les deux univers étant extrêmement poreux), Xavier Bertrand a décidé de faire le ménage.

Interrogé par le député socialiste Gérard Bapt mardi à l’Assemblée, le ministre de la Santé a proposé que tous les membres des cabinets ministériels, « qu’ils s’occupent du médicament ou pas », déclarent leurs éventuels conflits d’intérêts lorsqu’ils sont nommés. « Si on veut de la confiance, il faut de la clarté et de la transparence », a insisté le ministre.

Le député Gérard Bapt remarque surtout que ce cas est révélateur :

« C’est un écheveau de relations qui s’entremêlent : l’industrie infiltre tous les milieux, par exemple par la remise des prix et le financement des sociétés savantes. Ainsi Pierre Schiavi, de chez Servier est trésorier de la société française de pharmacologie. Avec la cardiologie, c’est la société savante la plus pénétrée par Servier. »

« S’il est à un poste de décision sur ce sujet, c’est gênant »

La revue Prescrire, seule publication médicale indépendante, conteste la notion de lien mineur :

« Un essai clinique est un lien, même si ce n’est pas lui en personne qui touche l’argent mais son labo, cela crée une dépendance pour faire tourner son labo. »

Philippe Foucras, médecin généraliste et fondateur du Forum pour une information médicale indépendante (Formindep) estime que Christian Thuilliez, vu sa biographie, « n’est pas quelqu’un qui aura une opinion critique sur les relations avec les labos. S’il est à un poste de décision sur ce sujet, c’est gênant ».

Il précise :

« Les liens sont susceptibles de devenir conflit le jour où ces gens sont amenés à prendre des décisions sur le sujet en question. Ce n’est pas aux personnes concernées de dire s’il y a conflit, mais aux usagers. »

Un problème d’indépendance

Prescrire pointe depuis des années le problème de la sous-traitance au privé des essais cliniques et réclame plus d’argent public pour la recherche, comme c’est le cas aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. La revue est, depuis l’affaire du Mediator, soudain beaucoup plus écoutée qu’avant.

L’animateur du Formindep s’interroge sur un nécessaire « changement de paradigme » :

« Regardons la réalité en face : ce sont les meilleurs, ces experts issus du système hospitalo-universitaire, qui ont autorisé le Mediator et n’ont pas vu qu’il y avait un problème, et ce sont les petits généralistes et les pharmaciens de rien du tout de Prescrire qui ont dénoncé ça.

Peut-être faut-il revoir la définition de “meilleurs” car le vrai critère du meilleur ce n’est pas seulement les diplômes et les titres, mais l’indépendance. »

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  • calouche
    calouche
    en couple
    • Posté à 21h15 le 14/01/2011
    • Internaute 131870
      en couple

    MEDIATOR, le conseil de l’ordre des médecins du var protège depuis 2009 un médecin qui faisait pendant des années, 2 ordonnances en même temps pour avoir double dose dans 2 pharmacies différentes.

  • affreuxjojo
    • Posté à 21h23 le 14/01/2011
    • Internaute 29421

    Et Dutreil qui après avoir été , comme ministre, à l’origine d’une loi qui a fait gagner beaucoup à LVMH et qui se retrouve directeur aux Etats-Unis de ce groupe ?
    Et Clément ministre de la justice dans le gouvernement qui a privatisé les autoroutes a qui est aujourd’hui avocat du groupe Vinci gros bénéficiaire de ses privatisations ?
    Et Chirac qui des années après avoir décidé la vente de la CNM a un clan libanais loge aujourd’hui dans un luxueux immeuble de ce même clan ?
    Et Breton dirigeant Orange (ex France Telecom), puis ministre, puis dirigeant aujourd’hui une entreprise du même secteur bénéficiant de commandes de l’état ?
    Et les tables rondes au ministère de la santé au moment de la grippe H1N1 farcies d’experts appointés par les labos ?
    Et Balladur premier ministre essayant de toute force de faire passer une autoroute jusqu’au tunnel du Mont-Blanc dont il était actionnaire ?
    Et Bolloré invitant d’une fameuse croisière et dont les journaux reçoivent aujourd’hui les mirifiques commandes pour les campagnes de propagande de l’état ?
    Et Perol pilotant pour l’état la fusion de deux banques dont il devient illico le président ?
    Et les experts de l’Afssa tous salariés ou en lien étroits avec les fabricants de pesticides ?

    Bon, entre fatigue et envie de gerber, j’arrête là... Il y en aurait des pages.

  • xavier-xavier
    xavier-xavier
    muntagnolu
    • Posté à 22h08 le 14/01/2011
    • Internaute 23086
      muntagnolu

    Parmi les acteurs de la stratégie de lobbying des grands groupes pharmaceutiques, il y a aussi.... des journalistes spécialisés santé.

    Pour eux aussi, il peut y avoir des conflits d’intérêts (divers liens avec les labos : cumul de fonctions, « ménages », voyages de presse)
    De manière analogue à ce qui se passe pour les experts, l’industrie pharmaceutique juge d’ailleurs les journalistes indépendants non compétents.

    A lire et voir Lien.

  • emiboot
    emiboot
    No Homs land
    • Posté à 23h29 le 14/01/2011
    • Internaute 81944
      No Homs land

    « Peut-être faut-il revoir la définition de “meilleurs” car le vrai critère du meilleur ce n’est pas seulement les diplômes et les titres, mais l’indépendance. »
    Et un brin d’éthique ne ferait pas de mal...

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