Crise politique en Belgique : la contre-attaque citoyenne

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Après 200 jours de négociations, les politiciens belges en sont toujours à se chamailler. Simple spectateur, le citoyen crie son ras-le-bol. Tout a commencé sur le Net, mais cela se terminera dans la rue.
Le Belge n’a pas la réputation d’être un révolutionnaire acharné, contrairement à son voisin français. Les manifestations qui se déroulent à Bruxelles sont plus souvent le résultat de la présence des institutions européennes (agriculteurs, syndicalistes européens) que d’un mécontentement des citoyens du pays qui les hébergent.
Pourtant, en quelques jours, le Belge s’est mobilisé.
Phase 1 : le déclencheur
Le 6 janvier, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Après plus de 200 jours de négociations, les partis politiques ont rejeté pour la deuxième fois la note du conciliateur royal, le socialiste flamand Johan Vande Lanotte et refusé de reprendre les discussions.
Le blocage semble total.
Phase 2 : le cri dans l’immensité du Web
Le soir même, une vidéo est postée par Kris Janssens, journaliste à la VRT (télévision publique flamande). Pour dire quoi ? Son ras-le-bol face à des politiciens qui prennent les citoyens en otages, qui, après 200 jours de négociations, osent dire qu’il faut réfléchir « à la meilleure façon d’entamer les choses »... (Voir la vidéo)
A la fin de son intervention, il déclare : « Il n’y a qu’une seule solution, descendre dans la rue. » Il ne croyait pas si bien dire.
Phase 3 : le relais des médias sociaux
Le mouvement se lance. La vidéo fait le tour du Web belge, aussi bien néerlandophone que francophone, grâce à son sous-titrage spontanée par des internautes.
Dans la foulée, le dimanche 9 janvier, un événement Facebook est crée : « No government, great country » (pas de gouvernement, mais un super pays). Puis un site internet expliquant les raisons et objectifs.
L’idée est simple : organiser une manifestation le 23 janvier à Bruxelles, politiquement neutre, pour délivrer un message aux politiciens de tous bords : « Nous voulons un gouvernement fédéral ! »
Les liens circulent et sont repris sur Facebook, mais aussi Twitter et de nombreux blogs dès le dimanche soir.
A l’origine de cette initiative, de jeunes belges, dont Simon Vandereecksen, en passe de devenir la figure de proue de ce mouvement citoyen spontané :
« Politiquement, nous sommes arrivés à un point de saturation, et personnellement, je refuse de baisser les bras. Et ce même si d’ordinaire, le Belge répond aux appels à manifester par “A quoi bon ?”
Dimanche soir, nous avions 180 personnes inscrites. Aujourd’hui, nous sommes rendus à 14 000. Cela montre que le mécontentement est général, que ce que font les politiciens, c’est du foutage de gueule. »
Phase 4 : naissance d’une galaxie
Et ils ne sont pas les seuls à penser cela. D’autres initiatives ou appels ont vu le jour. Comme Camping16. Son concept : si d’ici 100 jours, aucun gouvernement n’est formé, les partis et hommes politiques devront rendre les dotations qu’ils ont reçues de l’Etat depuis les élections.
« Ces gens ont été élus et sont payés pour faire un travail. S’ils ne le font pas, qu’ils nous remboursent », explique Geoffroy Hantson, un des initiateurs de ce site.
Pour montrer son adhésion au projet, l’internaute peut rejoindre un « sitting » virtuel devant le cabinet du Premier ministre. Déjà plus de 60 000 Belges « en veulent pour leur argent ».
Dans un registre plus humoristique, l’acteur Benoît Poelvoorde demande à ses compatriotes d’arrêter de se raser jusqu’à la formation d’un gouvernement. Les barbus risquent de se multiplier... (Voir la vidéo)
Et que serait la Belgique sans son humour ? Un autre site, LeRecordDuMonde, a été lancé le 12 janvier. Actuellement, c’est l’Irak qui détient le record du monde pour la formation d’un gouvernement, soit 289 jours. Déjà à 214 jours, les Belges ont donc bon espoir de le pulvériser... Mais attention, il existe un outsider : la Côte d’Ivoire.
La Belgique n’est pas le pays du surréalisme pour rien.
Phase 4 : l’emballement médiatique
La presse s’est aussitôt emparée de ce mouvement initié par les belgo-internautes citoyens. Tous les médias belges, des deux côtés de la frontière linguistique, relaient les projets. En particulier l’appel à manifester du 23.
Simon commente :
« Je n’arrête pas. Je passe d’un journal à une radio. Je n’imaginais pas cela. Je reçois environ 800 mails par jour auxquels j’essaie de répondre. Certains sont très touchants, de remerciements, mais aussi de personnes âgées qui s’excusent à l’avance de leur absence. »
Mais gérer cette pression reste difficile, car le mouvement se veut politiquement neutre. Pas question de tomber dans le piège du parti-pris. Pour Simon, cela va jusqu’à refuser des invitations télévisuelles :
« Nous avons été invités sur deux plateaux d’émissions politiques. Nous avons décidé de refuser, car en face, nous aurions été confrontés à des politiciens qui sont des professionnels et nos propos pourraient être utilisés. »
Phase 5 : structuration du mouvement
Lors de la mise en ligne de l’appel à manifester du 23 janvier, les autorisations publiques n’étaient pas délivrées. C’était quelque chose de spontané, plus proche de l’apéro Facebook que d’une mobilisation nationale.
Le succès recueilli a donc forcé ces citoyens franc-tireurs à s’organiser. Simon explique :
« Il y avait plusieurs projets de rassemblement. Nous avons tout réuni à la date du 23 janvier. Nous sommes maintenant un petit comité de 6 personnes.
Et nous venons d’obtenir les autorisations officielles de la ville de Bruxelles. Mais il reste encore plein de choses à faire dans les jours à venir : contacter des organisations étudiantes qui possèdent des services d’ordre, tenter de nouer un partenariat avec la SNCB [la SNCF belge, ndlr] pour que les gens de tous les pays puissent avoir des billets gratuits pour se rendre à Bruxelles, et bien d’autres choses. »
Phase 6 : faire durer l’élan
Flamands, Wallons, germanophones et Bruxellois tous ensembles ? « Oui, les mails, les connexions, les réactions viennent de tous les pays. »
Idem pour Geoffroy Handson :
« Quinze personnes ont participé au lancement de Camping16, venant de tout le pays. Le ras-le-bol est commun. La crise ne dure pas uniquement depuis sept mois. C’est depuis 2007... »
Reste que d’ici le 23, ou même avant, cet élan citoyen pourrait retomber. Ce que voudrait éviter à tout prix les organisateurs de la manifestation. Simon Vandereecksen explique :
« Il ne faut pas que les gens pensent qu’il suffit de cliquer sur “J’aime” sur Facebook ou de commenter un lien pour s’être engager. Non, il faut que les citoyens descendent dans la rue pour montrer que nous existons, que c’en est assez de leurs petites négociations via des notes tenues secrètes alors qu’en même temps, la situation économique se dégrade. »
Mais cela changera-t-il quelque chose ?
« Vu les effets des précédentes manifestations en Belgique, nous pouvons avoir des doutes. Mais j’espère... Même ceux qui veulent la fin de la Belgique devraient se joindre à nous, car négocier une scission nécessite un gouvernement. »

Illustrations : bandeau apparaissant sur le site de la manifestation du 23 janvier ; dessin de Baudry
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« des politiciens [remplacez par qui vous voulez : cheminots, contrôleurs aériens, enseignants, le moindre gréviste, pour faire simple] qui prennent les citoyens en otages »...
Quand donc les banques et autres multinationales du fric prendront-elles à leur tour en otages les citoyens ? Ah ? c’est déjà fait ? et pas en otage, mais en servitude complète ? Et personne pour protester contre celles-là ? Curieux !
Pour vivre heureux, vivez sans dieux ni maîtres...




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