Tchat 12/01/2011 à 14h55

Didier Super : « Des artistes se censurent pour sauver leur job »

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

Le chanteur provocateur était de passage à Rue89 pour répondre aux questions. En sortant (un peu) de son personnage.


Didier Super à la rédaction de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89)


L’affiche de la comédie musicale de Didier Super

C’est parti pour une heure de contre-pied avec Didier Super, artiste déjanté de passage à Paris pour sa comédie musicale « Et si Didier Super était la réincarnation du Christ ? ».

Comme le disait le riverain Nicozag dans l’appel à questions que nous avons publié, « Rue89 et Didier partagent le goût de la liberté de parole, à quelques degrés d’humour près... »

Certains nous souhaitent de parvenir à le faire sortir de son personnage de « gentil débile illuminé » et de savoir ce qu’Olivier Haudegond -son vrai nom- a à dire, sérieusement, sur l’actualité.

Première étape pour Didier Super à son arrivée à la rédaction : enfiler son sous-pull et ses lunettes « CMU » pour la séance photo. (Voir la vidéo)

Une fois les portraits dans la boite, place aux questions, les miennes puis celles des riverains.

On commence avec le procès d’Eric Zemmour, poursuivi par des associations de lutte contre le racisme...

C’est son boulot à lui de tenir ce genre de propos, ça comporte des risques, son job. Ce qu’il dit, c’est pas très très bien formulé. Les délinquants sont souvent des gosses de pauvres, c’est ça qu’il faut voir. Bon, c’est vrai qu’on leur donne pas les plus beaux appartements, mais ils les salissent.

Tu lis quoi comme journaux ?

A un moment, je lisais Marianne avec leurs titres accrocheurs, j’aimais bien, ils sont forts en présentation. Mais ils m’ont un peu cartonné dans un article parce que j’étais allé faire un film en Inde, en m’accusant d’avoir fait ça parce que mon album n’avait pas marché. Pourtant, c’était pas pour faire du buzz, mais par envie. On n’est pas obligés d’avoir de l’ambition pour faire ce métier.

Ça démarre bien, ta comédie musicale ?

Mon ambition c’est d’écrire des spectacles et de les jouer, j’en vis depuis dix ans. On a joué à guichets fermés comme ils disent, donc ça va.

Tu aurais aimé être davantage titillé par le public, qu’il y ait du répondant dans la salle ?

Dans le spectacle solo que je fais en parallèle, y a des gens qui se barrent en plein milieu... En fait, j’aime bien les petits moments de froid, quand je sens que certains se disent « là ça va trop loin ». Je sais pas expliquer intellectuellement pourquoi, mais c’est bien d’être sur le fil, pas totalement en sécurité. Sinon on s’emmerde.

Vu tes relations compliquées avec Universal [racontées dans la BD « La Vraie vie de Didier Super », ndlr], tu vas devoir monter ta propre maison de disques ?

Du jour au lendemain, Universal a racheté V2 et je me suis retrouvé dans le catalogue de Polydor. Je suis resté ouvert, mais on parle aussi peu d’artistique dans l’un que dans l’autre. Il n’y a pas forcément de différence entre un label indépendant et une grosse major dégueulasse qui pue, en fait.

J’ai fait un disque et six mois après, j’ai demandé à partir. Je l’ai fait par respect pour les musiciens avec qui je travaille, mais j’étais déjà intermittent du spectacle à ce moment-là, et j’avais pas besoin de ces gens-là pour monter sur scène.

J’ai pas l’intention de refaire un disque. Je les entendais qui jugeaient les artistes sur les albums produits, mais on s’en fout, un album, ça vaut pas plus qu’un T-shirt ou un porte-clés. Le boulot, c’est de jouer sur scène. C’est pas parce que je sors plus de disque que j’ai plus de chansons en réserve, je les réserve juste à la scène.

Mieux connaître Didier Super


Didier Super pendant son tchat à Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89)

Chieur Public. Vous êtes devenu le nouveau dandy du tout paris, le Alain Pacadis d’une génération ; même Lady Gaga trouve son inspiration dans la contemplation de votre sens de l’esthétique.

N’avez vous pas peur qu’on ne parle plus que de votre look avant-gardiste au détriment de vos chansons et de finir en couverture de FHM ?

Si on fait des tchats sur Rue89 c’est bien parce que les autres médias ont rien à foutre de ce que je suis... Je sais pas qui c’est Lady Gaga [son assistant, ndlr : « Elle est en train de nous griller sur Dailymotion pour le votre du meilleur clip de l’année.“]

C’est pas demain la veille que je serai infiltré ! Quand je vois que je viens de me faire dégommer par Les Inrocks et Marianne, que je suis potentiellement considéré comme antisémite, je pense qu’il y a de la marge avant que je devienne un infiltré. Je suis trop bien dans ma peau pour être antisémite.

Chieur public. Vous écoutez quoi sinon dans la vraie vie ?

(Pas très inspiré) Je suis allé voir ma cousine en Martinique, donc là j’écoute du zouk.

Yores. Toi Didier, quels artistes t’ont donné envie de devenir cet humoriste bien particulier et formidablement merdeux que tu es ?

Des artistes de rue, Buratini, Arno (le mec qui fait L’Oiseau bleu, avec Spectralex), le Théatr’group, les 26 000 Couverts, Les Trois Points de suspension. C’est-à-dire des gens qui n’ont pas d’autre ambition que de transformer une plaque d’égout en scène de spectacle.

Ça me rappelle cette fois où M6 s’est pointé au Festival des arts de la rue d’Aurillac pour recruter des candidats à son émission ‘La France a un incroyable talent’. Tout le monde les a envoyés chier !

Rue89. Ce vrai public, tu le retrouves sur Internet, où tes clips cartonnent. Ce sont eux qui t’ont fait ?

Oui, mais attention aux feux de paille. Ça t’amène un public qui vient que parce qu’il t’a vu sur Internet comme s’il t’avait vu à la télé, il vient consommer de la vedette. Le vrai public, celui qui reste dans mes spectacles maintenant, il reste curieux, pas écouter la chanson qu’il a téléchargée.

Han. Dis-moi Didier Super, toi qui porte des sous-pulls trop petits et des grosses lunettes pour te donner un style, est-ce que c’est parce que ton papa et ta maman sont tous les deux médecins que tu t’habilles comme ça, comme un rebelle ?

(Il sourit et cherche une répartie) Si mes parents étaient médecins, j’aurais des beaux T-shirts à tête de mort, comme tes gosses.

Ludal. Es-tu marié, as-tu des enfants ? Si oui, les as-tu brûlés  ?

(Même réaction) Les enfants, ça se brûle pas, ça se congèle, pôv type.

RKO. D’où vient votre exécration de caniches ? Dois-je y voir, en creux, un traumatisme lié à votre grand-mère qui avait les cheveux aux reflets violacés et un canidé de ladite espèce de couleur pêche  ?

Non.

Didier Super, artiste engagé


Didier Super pendant son tchat à Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89)

Madtibo. Dider Super, est-ce que tu te vois mal vieillir, voire même devenir directeur de France Inter ?

(Il se marre) J’espère avoir assez de talent pour me passer de ce genre de job à la con.

Redroom. J’aimerais bien savoir si tu votes...

Hum hum.

Rue89. Et pour quoi faire ?

Comme tout le monde, pour éviter le pire, et après je suis déçu le jour des résultats.

Rue89. Tu penses aux résultats du FN dans le Nord, à Hénin-Beaumont par exemple ?

Oui, mais ça c’est Hénin-Beaumont. Après, tu sais ce qu’on dit, un électeur du FN, c’est un communiste qui se fait cambrioler une deuxième fois.

Nicozag. Est-ce que tu penses qu’au gouvernement ‘y en a des biens’ [référence à l’un de ses tubes, ndlr] ?

Y a des qui sont biens avec leurs enfants.

Nicozag. Est-ce tu penses qu’au Vatican, ‘y en a des biens’ ?

Même réponse.

Rue89. Plus sérieusement, tu n’as pas peur qu’avec le pouvoir actuel, les artistes trinquent ? Tu penses qu’ils auront les moyens de vivre demain ?

Il y en a des artistes, c’est déjà extra, vu les statuts de l’intermittence. Après, ce qui est inquiétant, c’est surtout des artistes qui s’autocensurent pour sauver leur job, par peur du gouvernement ou d’autres pouvoirs. Exemple : la maison de disque des Fatals Picards, Warner, leur a interdit un titre ‘Le jour de la mort de Johnny’, qui était un de leurs artistes, parce qu’ils avaient peur de représailles.

Les radios ont censuré ‘Chirac en prison’, y a que les Guignols de Canal+ qui ont osé le diffuser, avec un clip fait avec les marionnettes. Les artistes ont peur du gouvernement, tiennent plus à leur job qu’à ce qu’ils ont à véhiculer.

Des programmateurs de spectacle me disent qu’ils adorent, mais qu’ils peuvent pas me prendre parce qu’ils ont peur que le public comprenne pas. Le sous-texte, c’est qu’ils ont peur de faire des spectacles qui plaisent pas à la mairie qui les subventionne.

Depuis deux ans, je joue dans la salle pourrie, en face du centre culturel qui a peur de me programmer...

Didier Super, chanteur populaire


Didier Super pendant son tchat à Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89)

Numerosix, dans un commentaire aux premières réponses de Didier Super. Après Europe 1, Rue89, et bientôt RTL ou Canal+... N’est ce pas merveilleux de se sentir piégé ?

Les gens qui travaillent pour moi aimeraient bien que je sois davantage ‘piégé’ dans le système médiatique. (Son assistant intervient : ‘On met des vents aussi, par exemple aux Grosses têtes, à FIP, à Cauet, à Ruquier, à l’émission Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’ sur Canal+...”)

Je refuse pas pour faire le rebelle, mais parce que j’ai pas envie d’avoir dans la salle un public qui est là parce qu’il m’a vu à la télé. Des petits médias à la con comme vous, ça va, c’est important pour prévenir les gens qu’il y a un spectacle.

Anon_fr. Y a-t-il des cascades, des seins nus et des animaux dans le spectacle ?

Tu verras bien. Sauf si tu viens pas.

Shaman de l’amour. A quand une tournée avec Coluche ?

(Sourire.) Faut que j’en parle à la réincarnation de son producteur...

Senninha. Penses-tu que quoi que tu dises, ton personnage te dépasse et te garantit une certaine popularité sur le Net. En concert, tu dis d’ailleurs : “De tout’façon, quoi que je dise, tu vas crier ‘Ouaiiiis !’

Oui, mais faut quand même dire des trucs malins de temps en temps, pour rester crédible.

Firmin. Didier Super, ils sont sympas, en vrai, Rue89 ?

Je vais pas te dire le contraire puisqu’ils sont là...

Il est sympa en vrai, Stéphane Bern ?

Il m’a juste fait la gueule le temps d’une chanson au Fou du Roi, je l’ai vu ni avant ni après.

Ils sont sympa en vrai, les Fatals picards ?

Ils changent tellement de musiciens que je connais pas les nouveaux.

Kanari. Est-ce que tu peux me filer des places pour le Bataclan ? Ce serait cool, merci.

Tu m’envoies ton bulletin du premier trimestre sur ma boite e-mail, et on verra.

En bonus, Didier Super nous a chanté ‘La gauche et la droite’. (voir la vidéo)

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  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h47 le 12/01/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Après, tu sais ce qu’on dit, un électeur du FN, c’est un communiste qui se fait cambrioler une deuxième fois.
    Oh putain, elle est excellente celle là : D

    Et les chansons de Didier Super, c’est comme les curés pédophiles, y’en a des biens : D
    J’avais halluciné avec cette phrase sur les curés pédophiles, y’a quatre ans (enfin je crois), des types pétaient carrément un plomb sur les forums après avoir entendu ça, des insultes bien violentes contre Didier Super et surtout la preuve d’un total manque d’humour.

  • globuls
    globuls
    mieux vaut en rire que de s'en (...)
    • Posté à 20h07 le 12/01/2011
    • Internaute 62702
      mieux vaut en rire que de s'en (...)

    bon bah le nombre de croix sur la guitare augmente c’est bon signe !

    juste un souvenir mémorable au passage, lors d’un concert à Montivillier (76) en plein milieu d’un we de merde ( 12h de GAV pour conduite en état d’ébriété avérée et le lendemain contrôle de gendarmerie au volant de ma voiture malgré une suspension administrative du permis... et pour cause...) j’étais donc assis à côté d’une mamie avec un bon 70 ans au compteur (pendant le concert pas dans la voiture je précise...) , abonnée de la salle ou le maire avait programmé l’ami Didier, et elle prenait tout au premier degré et elle se bannanait (genre au moment où il est questions des arabes qui nous piquent not’ boulot et nos femmes et tout ça...) là ou d’autres biens pensant se sont offusqués du haut de leur bienveillance.

    autre très bon souvenir, place de la république, concert (gratuit) de soutient aux immigrés clandestins emprisonnés à Vincennes (en 2009 ? ...), Didier arrive sur scène devant un publique on ne peut plus métissé (une fois n’est pas coutume sur paris...) et là il pose la question qui tue : « bon je voudrais savoir, c’est un concert pour ou contre le racisme ? bah vu vos gueules ça doit être contre » j’ai trouvé ça énorme ! (en même temps je suis blanc...) et la il y a eu autant de sifflets que d’applaudissements. formidable non( ?)

    c’est là la force du second degré, parfois tu te mares plus de la réaction de certaine personnes du public que des propos du comique lui même (désolé pour le terme comique mais bon chanteur ça serai un poil exagéré non ? allé, va pour artiste...).
    Et toutes les représentations de Didier où j’ai eu la chance d’être spectateur ont provoquées là même sensation, l’humour doit rester sans limite, sans quoi on ne peut nous non plus dire tout ce qui nous passe par le tête... choquez à la machine à café, dites de la merde à tout va, ceux qui vous connaisse vous comprendrons et ceux qui vous connaissent pas... soit il vous prendrons pour un malade, soit il reviendrons vers vous pour vous demandez ce que vous faites ce soir.

    en tout cas merci Didier super pour ta dose de connerie.

  • gounzor
    gounzor
    en lutte
    • Posté à 21h56 le 12/01/2011
    • Internaute 129458
      en lutte

    je l’aime Didier, je l’aime depuis des années, j’adore quand il est mauvais client de la télé, quand ils fait pas le jeu qu’on lui demande de jouer, quand il dit des trucs horribles et vrais.
    C’est un antihéros, mais c’est un héros pourtant, sauf que lui son super pouvoir c’est d’en avoir rien a foutre des faux semblants, des artifices, des choses pas importantes que tout le monde rend importantes.
    Longue vie à Didier !

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