Aujourd'hui la Chine 11/01/2011 à 11h14

Pourquoi les (très dures) mères chinoises sont les meilleures



Une mère joue avec son enfant, près de Pékin, le 16 novembre 2008 (Jason Lee/Reuters).


(De Pékin) Amy Chua, une Sino-Américaine professeur de droit à Yale, publie une tribune dans le Wall Street Journal pour vanter les mérites de l’éducation à la Chinoise, telle qu’elle l’a appliquée à ses propres enfants. Choc des cultures garanti.

C’est l’une des nouvelles blagues qui circule sur Twitter :

« Attention, les enfants, si vous n’êtes pas sages, j’appelle Amy Chua. »

Célébrité oblige, un nouveau hashtag [mot-clé, ndlr] a même été adopté, #amychua. Car la tribune publiée par Amy Chua dans le Wall Street Journal a provoqué une vague de réactions sur Internet.

Amy Chua, est professeur de droit à la prestigieuse université de Yale, et une Sino-Américaine mère de deux filles, Sophia et Louisa. Dans le Wall Street Journal, elle explique en quoi l’éducation prodiguée par les mères chinoises est largement supérieure à celle des mères occidentales. Et elle se pose en exemple de cette supériorité. Elle commence par une liste des choses que ces filles n’ont jamais été autorisées à faire :

  • « dormir chez une amie,
  • aller jouer chez une amie,
  • jouer dans la pièce de l’école,
  • regarder la télé,
  • jouer sur l’ordinateur,
  • avoir moins de 20/20,
  • ne pas être numéro 1 dans toutes les matières (à l’exception du théâtre ou du sport),
  • jouer d’un autre instrument que le violon ou le piano... »

Les bases sont posées, et la suite n’est pas moins effrayante.

Traiter son enfant de « gros lard », c’est lui rendre service

Etudes à l’appui, Mme Chua explique les différences entre l’éducation occidentale et la chinoise : les parents occidentaux sont trop indulgents avec leurs enfants, tandis que les parents chinois ne tolèrent pas l’échec. Sachant que le terme échec, pour Mme Chua, couvre un large sens : 18/20, c’est un échec...

« Des parents chinois peuvent agir d’une manière inimaginable, voire condamnable, aux yeux de parents occidentaux. »


Amy Chua, à Austin (Texas) en 2007 (Larry D. Moore/Wikimedia Commons).

Exemple : lors d’un dîner, Mme Chua raconte comment elle a traité sa fille de « pourriture » parce qu’elle lui avait manqué de respect. Emotion à table, incompréhension de la part des invités occidentaux. Et justification d’Amy Chua : sa mère la traitait aussi de pourriture, mais ça n’a fait que la rendre plus forte.

Continuant sur sa lancée, elle explique alors pourquoi les parents chinois rendent service à leurs enfants en les traitant, par exemple, de « gros lard » : loin de détruire leur estime de soi, cela leur permet d’affronter leurs problèmes. Et qu’on ne vienne pas parler de séquelles psychologiques, bien au contraire : les enfants éduqués à la chinoise sont largement plus solides, toujours selon Mme Chua.

L’une des explications fournies par Amy Chua sur ces différences fondamentales de méthode d’éducation : les parents chinois considèrent que leurs enfants leur doivent tout, et que toute leur vie doit être consacrée à rembourser cette dette qu’ils ont envers leurs parents, en leur obéissant et en les rendant fiers.

La tribune d’Amy Chua est-elle satirique ?

Cette tribune n’est pas passée inaperçue, et, si l’on en juge par l’abondance de commentaires, n’a laissé personne indifférent :

« Cette femme est une caricature. »

« Pour avoir grandi avec une mère chinoise qui ressemble à Amy Chua, je peux vous dire que cela laisse des séquelles émotionnelles. »

« Dieu merci, Amy Chua n’est pas ma mère. »

Les lecteurs du Wall Street Journal sont choqués par les propos de Mme Chua. Devant l’énormité de ceux-ci, certains internautes se posent même la question de savoir, si, finalement, l’article ne serait pas en fait satirique.

Amy Chua, elle, compte bien surfer sur cette nouvelle notoriété : elle est désormais l’invitée de nombreux talk-shows à la télévision américaine. Une nouvelle opportunité pour faire la promotion de sa méthode éducative de l’extrême. Et, au passage, celle de son nouveau livre sur la question...

Photos : une mère joue avec son enfant, près de Pékin, le 16 novembre 2008 (Jason Lee/Reuters) ; Amy Chua, à Austin (Texas) en 2007 (Larry D. Moore/Wikimedia Commons).

En partenariat avec Aujourd’hui la Chine


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  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 11h18 le 11/01/2011
    • Internaute 73621
      (...)

    C’est son choua.

  • vinz13
    vinz13
    moine thélonieux
    • Posté à 14h34 le 11/01/2011
    • Internaute 37135
      moine thélonieux

    Moi j’ai eu une éducation que j’estime être plutôt libérale
    Cependant, sans émettre des interdits aussi radicaux que ceux de madame Chua, il m’était vivement déconseillé de

    * regarder la télé, sauf entre 16H30 et 17H30 avec quelques exceptions si en prime-time passait un film ou une émission que mes parents jugeaient intéressante (Ou quand j’arrivais a les convaincre de l’intérêt d’un programme). Interdiction absolue de regarder la télé tant que mes parents n’était pas levés, même (et surtout) pendant les vacances. Toutes ces restrictions sur l’usage du petit écran ont été levé une fois entré au lycée, sans que je passe plus de temps devant pour autant. Je n’ai jamais eu de télé dans ma chambre, et de façon générale la télé c’était toujours en famille, et on discutait toujours avant et après des programmes que l’on choisissait de regarder.

    * Jouer sur l’ordinateur et aux jeux vidéo de manière générale. Je dois avouer que je n’ai pas été très scrupuleux sur ce point, et avec le recul je pense avoir eu raison. C’est le seul point où avec le recul, j’ai trouvé mes parents réacs.

    * D’avoir moins de 15/20 à l’école. Là encore je n’ai pas été toujours très obéissant (surtout en seconde-première, sans avoir non plus des résultats catastrophiques), et de toute manière, je pense que pour eux c’était plus une sorte de repère, pour s’assurer que je sois toujours suffisamment concentré sur ma scolarité.

    * De n’être pas parmi les cinq premiers de ma classe (y compris en sport). Objectif presque toujours tenu. Mon père m’a dit un jour que ce n’était pas pour le classement et la compétition, mais pour que je m’intéresse à ce que faisaient les bons élèves. Je lui ai dit que c’était un renversement dialectique de mauvaise foi pour soulager sa conscience gauchiste. Ensuite je l’ai vu bouder pour la première fois.

    * J’ai pris des leçon de piano de 7 à 15 ans. J’en joue toujours et je ne conçoit pas de jouer d’un autre instrument. Cela dit, si à 7 ans j’avais dit à mes parents que je voulais jouer du saxophone, ils auraient répondu « Yallah ». Pratiquer un instrument de musique était par contre une obligation.

    * Pas de chichis en ce qui concerne jouer et même dormir chez des copains. A condition de faire sérieusement mes devoirs et d’aller jouer dehors plutôt que rester enfermer à l’intérieur pour regarder la télé et jouer aux jeux vidéo (promesse pas toujours tenu, mais j’étais quand même plutôt foot que playstation), j’avais même le droit de rester dormir en semaine chez certains copains que je connaissais depuis la maternelle, et dont les parents avaient la totale confiance des miens.

    Je vous raconte tout ça non pas pour comparer qualitativement l’éducation que j’ai reçue à celle que prodigue madame Chua à ses filles (je laisse les débats sans fin sur le meilleur ceci le meilleur cela à ce qui n’ont que ça dans leur vie pour exister), mais simplement pour que vous remarquiez que tout au long de mon récit, il a été question de mes parents.
    Et pas simplement de ma mère.

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