Polémique 08/01/2011 à 11h19

Hessel : après l'emballement, place aux sceptiques


Assouline, Ferry, Cyrulnik... : les critiques fusent contre son court essai « Indignez-vous ! », jugé faible et pétri de bons sentiments.


Montage de portraits de Stéphane Hessel (Audrey Cerdan/Rue89)

Trop d’indignation tue-t-elle l’indignation ? Après une phase d’engouement quasi-unanime pour le petit livre d’une trentaine de pages « Indignez vous ! » signé par Stéphane Hessel et vendu à 500 000 exemplaires, les critiques ont commencé à pleuvoir début 2011.

Notamment chez certains lecteurs de ce qu’Anne Fulda appelle dans sa chronique du Figaro « une espèce de nouveau Petit Livre rouge », agacés par le matraquage médiatique dont a fait l’objet l’ancien résistant et ambassadeur de 93 ans, connu pour ses prises de position pro-palestiniennes.

Certains encore ont été déçus par les sympathies « social-démocrates » d’Hessel dans l’entretien qu’il a accordé à Rue89 : il s’y montre bien moins insurgé que ne laisse penser le titre de son petit livre bien marketé à 3 euros.

Il vante les mérites de Martine Aubry, Pierre Mendès-France, Edgar Morin ou même DSK et prend ses distances avec l’extrême gauche et Mélenchon (même
si ce dernier a dit-il, « des côtés très sympathiques »).

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik : « Raisonner plutôt que s’indigner »

Ces piques, dans les conversations privées ou sur les réseaux sociaux, trouvent aussi leur écho médiatique. Ainsi, depuis début 2011, plusieurs personnalités ont pris l’engouement pour Stéphane Hessel à rebours.

Boris Cyrulnik s’est élevé assez tôt contre l’unanimisme de l’indignation, mot-phare des réveillons de 2010. Voici ce qu’il écrivait, le 31 décembre, en réponse au Monde qui lui demandait, comme à d’autres, de donner des motifs d’indignation :

« J’ai beaucoup de tendresse, d’admiration, pour Stéphane Hessel avec qui j’ai beaucoup de concordances de vue, mais je m’indigne qu’on nous demande de nous indigner parce que l’indignation est le premier temps de l’engagement aveugle. Il faut nous demander de raisonner et non de nous indigner. »

Le blogueur Pierre Assouline : « A-t-on le droit de ne pas s’indigner ? »

Le 4 janvier, Pierre Assouline s’interrogeait, sur son blog, au milieu d’un océan encore consensuel : « A-t-on le droit de ne pas s’indigner avec Hessel » ?

Comme tout le monde, Assouline relève chez ce vieux monsieur aussi digne, accueillant et humaniste « son sourire désarmant, son incroyable mémoire de la poésie, sa courtoisie d’un autre temps, sa gentillesse si rassurante ». Comme certains, il s’interroge toutefois sur l’emballement autour d’un texte « plein de bons sentiments » :

« Quand on pense que ceux qui l’achètent par dizaines pour l’offrir autour d’eux y voient un programme d’action, une philosophie morale, un bréviaire, on est consterné tant le contenu manque de contenu, ce qui ne lui est guère reproché en raison de son statut d’icône.

Mais la démonstration est si faible et la plume si incertaine que l’appel n’a pas la puissance d’un pamphlet. Qui pourrait décemment s’opposer à un texte dégoulinant de bons sentiments, aux grands principes, aux grands idéaux et aux grandes idées qui y son énoncées ? »

Dans le même billet, Pierre Assouline déplore une forme de nivellement éthique qui irriguerait cet écrit :

« Il nous appelle donc à l’indignation permanente en toutes circonstances et en tous lieux, même si cette manière de mettre ainsi sur une même ligne morale la situation des sans-papiers, la dérégulation du capitalisme et les crimes du totalitarisme national-socialiste devraient nous... indigner. »

Luc Ferry : « La vraie morale se moque de la morale »

Le lendemain, 5 janvier, Luc Ferry, philosophe et ancien ministre UMP, interpellait à son tour, et cette fois dans Le Figaro, l’ancien résistant, à qui il reproche la faiblesse d’un raisonnement placé sur le seul terrain de la morale :

« Cher Stéphane Hessel, dans un libelle qui rencontre un succès colossal,
vous nous invitez à l’indignation. Etes-vous bien certain de ne pas
vous tromper d’adresse ? La vraie morale, disait Pascal, se moque de la
morale. »

Pierre Marcelle : Hessel figé en « statue de Père Noël »

Pierre Marcelle, chroniqueur dans Libération, pointe également l’unanimisme des médias ce vendredi 7 décembre :

« Radios et télés se sont saisies de Stéphane Hessel pour le figer dans son statut et sa statue de père Noël des bonnes consciences, en Tirésias des plateaux. »

Après deux mois de buzz intensif, on peut être surpris à la lecture du petit ouvrage. On doit bien reconnaître cependant que l’auteur lui-même (qui ne touche d’ailleurs pas de droits d’auteur) n’est pas pour grand chose dans l’emballement des médias...

Lorsqu’on le rencontre, on constate du reste que Stéphane Hessel, lui-même, ne vante pas le caractère particulièrement subversif du petit livre.

Un lecteur qui achevait avec une certaine perplexité le deuxième volet de l’entretien de Stéphane Hessel sur Rue89 me faisait justement cette réflexion récemment :

« Hessel est impeccable, et plutôt dans son rôle. On ne peut pas vraiment lui reprocher ce qu’il dit ou qu’il ne dit pas, ou ce qu’il manquerait à “Indignez-vous !” Mais on peut s’inquiéter de ce que ce succès aussi soudain que désarçonnant peut dire d’une époque. En l’occurrence, le vide, non ? »

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  • jcgrellety
    • Posté à 11h31 le 08/01/2011
    • Internaute 775

    La « réponse » de Cyrulnik est digne d’une mauvaise dissertation de philosophie. Emotions (humaines) et « ’raison », bonne ou mauvaise, vont ensemble. S. Hessel n’appelle pas à s’indigner automatiquement et simplement, sans raison, mais précisément par et au nom d’une « raison », universaliste. Quant à Assouline, on comprend que pour ce type de bourgeois parisien, l’appel et le « rappel » héssélien constitue une pierre dans la chaussure, alors que face à tant de situations et de problèmes gravissimes, l’UNIQUE préoccupation de cette grande bourgeoisie parisienne est de savoir COMMENT continuer à gagner autant d’argent et si ce n’est plus. Rappeler que la France instrumentalise la « déclaration des Droits de l’Homme » alors que ceux-ci sont souvent bafoués en et par « la » France, c’est effectivement gênant pour certains. Leurs « réponses » ne sont pas au niveau. Quant à Ferry, je répète que la sienne est digne de la plus mauvaise dissertation de philosophie : argument d’autorité, comme disait Pascal... C’est certain que l’on ne dira jamais, comme disait Ferry, lui qui nous a abreuvé de leçons de « morale » depuis trente ans.

  • xoxo-
    xoxo- répond à jcgrellety
    libre penseur
    • Posté à 11h43 le 08/01/2011
    • Internaute 119008
      libre penseur

    Pour moi Cyrulnik a raison et j’ajouterais même que Hessel tombe dans le piège qu’il dénonce ..

    Hessel a raison l’argent n’est pas un but mais un moyen ...il en va de même pour l’indignation ce n’est pas un choix de société mais juste un moyen de commencer a changer des choses..
    En l’érigeant en modéle il se retrouve adulé par des nihilistes qui pourront sous l’étiquette d’indignation mettre tout et n’importe quoi..
    bientot on pourrait brûler des voitures juste par indignation
    Mais au final on amène rien de constructif pour remplacer ce quôn critique..

    Or dans la psychologie de Cyrulnik,on utilise son indignation comme un carburant pour faire changer les choses ..

    En bref l’indignation c’est un trop plein de frustration mais sur le fond cela n’amene rien de constructif...

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 11h48 le 08/01/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Un bel étalage de ceux dont la profession est de s’indigner sur un plateau TV, et qui semblent refuser ce droit au pékin moyen.

    Hessel défend la dynamique du CNR, qui est le seul programme politique intégral que la république française ait connu. On peut l’approuver ou pas, mais faire à Hessel un procès en vacuité relève de l’amnésie.

    Et en particulier, plutôt que de s’écouter lui-même, Boris Cyrulnik ferait bien d’écouter Hessel lorsque celui-ci nous invite à « décrypter » :

  • rrrobotom
    rrrobotom répond à jcgrellety
    Sea lover
    • Posté à 11h52 le 08/01/2011
    • Internaute 70782
      Sea lover

    Luc Ferry dit qu’il n’est pas d’accord sur l’utilité de l’indignation mais déjà sur le plateau du G.J il s’est indigné à plusieurs reprises. Je crois qu’il n’est pas d’accord avec S. Hessel uniquement pour se faire remarquer mais pas par conviction. L’indignation est l’étincelle de la révolution et renforce la personnalité de l’individu. Parce que si c’est par conviction que Luc ferry n’est pas d’accord avec S. Hessel alors c’est grave pour lui et je dirais que sa philosophiel s’est BHLisé.

  • colere-de-breizh
    colere-de-breizh
    en devenir - citoyenne
    • Posté à 11h55 le 08/01/2011
    • Internaute 118530
      en devenir - citoyenne

    Je ressens un certain malaise à la lecture de cet article. Il est un peu facile de tirer à boulet rouge sur ce livre et sur son auteur, même si tout ouvrage/essai/livre doit pouvoir être critiqué (critique = art de juger les productions littéraires, les ouvrages d’art, etc...) mais là, c’est au delà de la simple critique.

    Les medias ont relayés jusqu’au rabâchage le « succès » de la vente du livre de Monsieur Hessel, sans vraiment parler du fond de cet écrit. Peut-être fallait-il un joli conte de Noël pour éclairer cette fin d’année plus que morose et occulter le reste... ? car je n’ai pas souvenir d’en avoir entendu parler ou d’en avoir vu la promo au moment de sa parution.

    Monsieur HESSEL exprime son point de vue, il ne se pose pas (je trouve) en donneur de leçon. J’ai lu ce livre plus comme un échange que j’aurai pu avoir avec mes grands-parents et leur regard d’anciens sur notre monde d’aujourd’hui que comme une parole d’évangile.

    Pourquoi un tel hallali ? Monsieur Hessel dérangerait-il certains intellectuels qui aimeraient bien vendre autant de livre que lui ? Après tout, Stéphane Hessel est un auteur qui a écrit bien d’autres livres avant celui-ci...

  • Gelone2010
    Gelone2010
    Sarkophobe
    • Posté à 11h57 le 08/01/2011
    • Internaute 99991
      Sarkophobe

    Cantona, Assange, Hessel...

    Notre époque, où tout va vite jusqu’à l’emballement, en est à user un Messie par semaine...

    Je pense qu’on peut aussi considérer cela d’un oeil rigolard.

  • adrienden
    adrienden
    En quête de sens
    • Posté à 11h57 le 08/01/2011
    • Internaute 136586
      En quête de sens

    J’ai l’impression que Stéphane Hessel dérange parcequ’il ose mettre dans un petit livre ce qu’il pense et ressent d’une situation globale (avec des exemples qui lui sont chers), et ce qu’il conseille aux gens.

    Mais finalement, quoi de plus honnête que de livrer sa pensée aux autres ?
    Ces critiques littéraires me font penser qu’au-delà de la critique elle-même, ils ne s’intéressent pas vraiment au fond des choses, et ne proposent rien en échange. Il n’y a pas d’échange, et c’est cela qui est bien dommage. « La critique est aisée, mais l’Art est difficile »...

    Je ne suis pas d’accord avec Boris Cyrulnik. S’indigner c’est justement voir qu’il y a des choses qui nous heurtent, et décider de ne plus les subir c’est être acteur d’un changement, qui passe d’abord par la réflexion. Où est l’aveuglement dans tout ça ?

    Quant à Pierre Assouline qui semble voir dans l’impératif du titre d’Hessel une obligation morale... Pense-t-il que le ton de la publicité lui interdise aussi de ne pas succomber aux marchandises proposées ? Et il semble ne pas avoir compris le message de fond : s’indigner quand cela est nécessaire pour soi. Pas comme vérité absolue. Que croit-il ? Qu’Hessel monte une secte des indignés ? ? ?

    Même si le style de « Indignez-vous ! » est assez chaotique, peut-être que c’est cela qui dérange les critiques au fond : difficile de s’indigner contre un texte plein d’empathie envers les autres.

    Et je ne le trouve pas vide du tout. Il faut croire qu’en dehors des « propositions concrètes », cheval de bataille des journalistes face aux hommes politiques, point de salut.
    Avant d’agir, les idées doivent naître, Pas l’inverse.

  • A déménagé le 31-1
    • Posté à 12h08 le 08/01/2011
    • Internaute 115310

    évidemment que c’est pas le libelle qui va rester dans les annales de la décennie, le succès l’a dépassé lui-même, comme vous le rappelez, c’est qu’une adresse à l’apathie ambiante, un coup de canne dans le mou du consensus, point, pas de quoi s’agacer, si des gens relèvent leur nez du smartphone dix minutes c’est p’tet pas si mal ! Minuscule point d’ancrage pour commencer à raisonner un peu...

    Le rafraîchissant de l’affaire, qui remue un peu, c’est que ça nous vienne d’un aussi vieux monsieur : à cet âge-là on est souvent davantage occupé à bouffer les pissenlits par la racine, ou avec seulement 20/30 ans de moins, habitué à voter pour ses charentaises...

    Ferry, qui vit de la philo, en sait quelque chose qui n’a pas attendu d’être mi-centenaire pour se ranger derrière le pouvoir et l’indignation de ceux qui ont déjà tout...

  • Foster
    Foster
     ?
    • Posté à 12h11 le 08/01/2011
    • Internaute 69593
       ?

    Stéphane Hessel aurait pu publier seulement une carte postale avec le titre de son livre et je l’aurais acheté pour 3 euros.

    Oui, le texte paraît faible, voire confus. Mais peu importe. Il a quand même atteint son but en montrant qu’on est indignés.

  • A déménagé le 10-11-2011
    • Posté à 12h27 le 08/01/2011
    • Internaute 124772
      -

    Quant a Monsieur Hessel attablé a son déjeuner, il fit tremper son biscuit dans son café et le dégusta avec le sourire des vieilles gens ,amusé devant l’indignation soulevée par son petit livre ....

  • Mme Berthe
    Mme Berthe
    grmbl
    • Posté à 12h33 le 08/01/2011
    • Internaute 113627
      grmbl

    La conclusion de l’article semble, elle, raisonnable.

    L’époque est en effet bien folle, qui s’emballe et s’enflamme sur un bouquin parce que le personnage est vendeur, et que c’est Noël il faut bien se mettre du « buzz » sous la dent, sans même que ledit personnage ait insisté pour ça.

    L’époque est tout autant déglinguée, quand des « moralistes » (ne leur en déplaise), tapent sur le même « buzz » en lui reprochant ce à quoi il n’a jamais prétendu, à savoir l’exhaustivité d’une conception éthique, voire morale, du monde.

    Si le bouquin de Hessel contient réellement tout ça en creux, alors c’est à peu de choses près un chef-d’œuvre...

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 13h29 le 08/01/2011
    • Internaute 65892
      espère malgré tout

    J’ai eu la même réaction en lisant cet essai.
    Je l’ai lu parce que ça m’intriguait, mais j’ai été très déçue. Cela m’a paru être un ramassis de poncifs, de choses très convenues mais qui n’allaient pas au-delà du constat.
    Il ne fait qu’appeler sa nostalgie d’une certaine façon de vivre les choses, or il oublie que le monde évolue. Certes, il est important de ne pas perdre l’essentiel de vue, à savoir la défense de certaines valeurs, mais ces valeurs ne peuvent être défendues éternellement de cette manière, en gros tel que ça se pratiquait dans l’après-guerre. Finalement, tel qu’il l’a écrit, son essai passe pour l’écrit d’un pur réac incapable d’envisager une évolution positives des choses d’une autre manière que celle qu’il a connue. C’est le livre d’un homme âgé, point barre.

  • Susanna
    Susanna répond à Mme Berthe
    Individu
    • Posté à 14h04 le 08/01/2011
    • Internaute 10099
      Individu

    Il y a quelques années qu’Hessel apparaissait dans les médias.
    Un personnage s’est construit, plutôt rassurant me semble-t-il et qui semble avoir profité de la tribune offerte par sa position...

    Aujourd’hui, ce qui use sans doute, c’est cette sensation d’omniprésence... Sensation momentanée, puisqu’il y a 15 jours à peine qu’on commence à en parler comme d’un phénomène de société...
    « L’indignation » est donc à présent partout, on est sommé d’avoir un avis et l’on voit se dessiner le camp de ceux qui sont pour et celui de ceux à qui l’on ne la fait pas. On sait qui est où et ce que les uns vont inévitablement dire des autres (très vite, il sera question de « bien-pensance » ; la suite est déjà écrite. Voilà le niveau).

    Tout ceci est très prévisible et en dit plus sur ceux qui s’agitent que sur un vieil homme qui a jugé bon de dire certaines choses à un moment où elles devaient sans doute être dites. Je suis même à peu près sûre qu’il envisage lui-même très bien les limite de cet appel.
    Et on s’agite autour, pour exister.

  • Richard Wright
    Richard Wright
    Professeur ag.(ret.) PHd
    • Posté à 18h16 le 09/01/2011
    • Expert 139919
      Professeur ag.(ret.) PHd

    Ceux qui descendent Stéphane Hessel font partie d’une génération, avec son histoire, sa culture, sa société…et sa perte (ou son refus)d’indignation.

    Il se trouve que je le connais et que, si je l’apprécie et l’approuve, c’est que, moins âgé (ou plus jeune) de vingt ans que lui, j’appartiens à une génération qui est née avant la guerre, qui a vécu bien des épreuves, qui s’est pourtant constitué une expérience et qui s’est colletée avec la réalité autant qu’avec la vérité.

    Aujourd’hui, de beaux esprits en veulent à Stéphane Hessel : connaissent-ils son parcours professionnel et politique ? Savent-ils réfléchir à ce qu’ont représenté pour lui aussi la résistance et la déportation ?

    Ont-ils lu la déclaration universelle des droits de l’homme, à laquelle il a collaboré ? Sont-ils jaloux d’un succès qui, de toute façon, ne l’intéresse pas ?

    N’avaient-ils pas pensé à s’indigner, à se révolter, à agir, eux qui, au fond, restent héritiers desdites trente glorieuses, fruit empoisonné, arnaque, vol même (par la classe dirigeante et la bourgeoisie) ?

    Qu’ont-ils à reprocher à Stéphane Hessel qui ait quelque rapport avec le programme du CNR ? De tout ce qui caractérise le régime actuel, n’y-a-t-il vraiment rien qui leur cause la nausée, le rejet et même la révolte ?

    On s’indigne avant d’agir et parce qu’on veut agir : ceux qui le descendent très maladroitement, sinon stupidement, entretiennent-ils en eux des raisons de ne pas s’indigner ?