A la une 07/01/2011 à 18h23

« Embauche à vie » : Jacob se paie les fonctionnaires

François Krug | Journaliste Rue89

Le député UMP souhaite aménager leur statut. Oubliant que les contrats courts sont déjà courants dans les administrations.


Christian Jacob à l’Assemblée nationale (Charles Platiau/Reuters)

Après Manuel Valls et les 35 heures, Christian Jacob et la fonction publique : en s’interrogeant sur « la pertinence de l’embauche à vie des fonctionnaires », le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale se met à dos les syndicats et embarrasse son camp. Et il oublie de rappeler que, dans le public, l’emploi à vie n’est déjà plus une garantie pour tous.

« Il ne faut pas s’interdire d’en débattre »

Le statut des fonctionnaires, c’est un dossier que Christian Jacob connaît bien, puisqu’il avait été ministre de la Fonction publique de 2005 à 2007. Dans son interview au magazine Acteurs publics, publiée ce vendredi, il explique avoir abordé la question « de manière informelle avec les syndicats » :

« L’accueil avait été frais, mais il ne faut pas s’interdire d’en débattre. Comme il ne faut pas s’interdire, non plus, de réfléchir à la pertinence de l’embauche à vie des fonctionnaires.

Ne pourrait-on pas envisager, à l’avenir, des contrats d’objectifs sur cinq ou dix ans qui permettraient à des gens de passer du secteur privé au secteur public et vice versa ? Je sais que c’est compliqué pour les ministères régaliens [Intérieur, Justice, Affaires étrangères, Défense, Finances, ndlr], mais c’est peut-être possible, par exemple, dans l’équipement ou la recherche. On doit pouvoir poser ce débat sans crainte. »

« Peut-être possible », mais tout de même très sensible. Devant les protestations des syndicats de fonctionnaires, Christian Jacob a rapidement nuancé ses propos sur Europe 1 : ce n’est qu’une proposition, ça ne s’appliquerait qu’aux nouveaux recrutements, et ça concernerait surtout les cadres. (Voir la vidéo)

La fonction publique, pas juste de l’emploi « à vie »

En s’interrogeant sur « l’embauche à vie des fonctionnaires » et en proposant des « contrats d’objectifs » à durée limitée, Christian Jacob était assuré de s’offrir un joli buzz. Pourtant, sa proposition n’a rien de révolutionnaire : la fonction publique offre déjà des statuts plus souples -ou plus précaires, selon les points de vue- que le fameux emploi « à vie ».

Sur les 5,3 millions d’agents de la fonction publique, 872 600 travaillent pour l’Etat, les collectivités locales ou les hôpitaux sans être « titulaires », selon le dernier rapport annuel du ministère du Budget :

  • Ces agents « non titulaires » sont recrutés en CDD ou en CDI, et ne disposent pas de la garantie de l’emploi « à vie » offerte aux fonctionnaires « titulaires ».
  • Ils représentent désormais 16,5% des effectifs de la fonction publique (hors armée), contre 14,4% dix ans plus tôt.
  • C’est dans l’enseignement supérieur et dans la recherche, un des exemples choisis par Christian Jacob, que leur nombre a le plus augmenté : 3 000 « non titulaires » de plus dans les universités en un an, et 1 100 de plus au CNRS.

L’armée dispose elle aussi de ses propres versions du CDD, comme Christian Jacob l’a rappelé à Europe 1 pour nuancer ses propos initiaux. Exemples :

  • Un jeune n’ayant pas le bac peut signer un contrat d’Evat (« Engagé volontaire de l’armée de terre ») de trois ou cinq ans, renouvelable jusqu’à 25 ans, ou un contrat de VDAT (« Volontaire de l’armée de terre ») d’un an, renouvelable quatre fois.
  • Les Bac +3 ou +4 peut devenir « officiers sous contrat », d’une durée de cinq à huit ans et renouvelable pendant quinze ans pour les fonctions d’encadrement, et d’une durée de deux à cinq ans renouvelable pendant vingt ans pour les spécialistes techniques.

Trop risqué pour le gouvernement

La proposition de Christian Jacob serait donc purement pragmatique. Tout en restant floue sur l’essentiel : s’agirait-il d’introduire un nouveau mode de recrutement pour des contrats temporaires, ou de remplacer le recrutement sur concours, qui garantit l’emploi à vie ? Dans ce cas, ce serait effectivement la fin du statut actuel des fonctionnaires.

Cette polémique tombe mal pour Georges Tron, le ministre de la Fonction publique : mardi, il doit justement ouvrir des négociations sur le statut des agents « non titulaires ». Selon le document de travail envoyé aux syndicats, le gouvernement est prêt à mettre fin aux situations les plus précaires.

Plus discrètement, le gouvernement envisage de créer un nouveau type de contrat, plus souple encore que celui préconisé par Christian Jacob :

« Il est proposé de mettre en place un nouveau type de contrat articulé autour d’un objet déterminé et non plus d’une durée, sur le modèle des contrats de projet “à terme incertain” qui existent en droit du travail. »

Mais promis, le gouvernement ne partage pas les doutes de Christian Jacob sur « l’embauche à vie ». Interviewé sur Europe 1, Georges Tron l’assure :

« Le gouvernement et moi personnellement sommes attachés au statut de la fonction publique [...]. [L’emploi à vie] est une garantie du statut, une contrepartie par rapport à des obligations. » (Voir la vidéo)

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  • 22decembre
    22decembre
    Social-libéral... C'est pas (...)
    • Posté à 18h40 le 07/01/2011
    • Internaute 137595
      Social-libéral... C'est pas (...)

    Moi, ce que j’aimerais savoir, c’est en quoi travailler pour l’état doit-il être un boulot garanti à vie ?
    Pour certaines fonctions régaliennes (justice, armée...), j’imagine qu’il y a interêt : loyauté, intégrité, morale (et incorruptibilité) du fonctionnaire. Mais pour un enseignant ? Pour un technicien DDE ? Ces personnes travaillent pour l’état, mais n’ont pas un réel devoir moral vis-à-vis de la société ... Enfin, pas d’autre devoir que celui de faire son boulot bien et avec intelligence.

  • Erka
    • Posté à 18h48 le 07/01/2011
    • Internaute 5196

    Vin’diu, c’est du lourd.

    La recherche en exemple. Trop fort. Sur contrat d’« objectif » de 5 a 10 ans en plus. Royal.

    Et puis après, hop, a Danone faire des yaourts. Ou a L’Oreal faire une pommade aux phosphato-orgasmo-elements-mesdeux pour donner un beau salaire de complaisance a un jeune futur ministre UMP.

    Et voila, hop, un nouvel objectif rempli, on peut rempiler sereinement au CNRS pour 10 ans pour bosser sur la structure du facteur de remodelage de la chromatine RCC1 et les nucleosomes (article de Nature de cette semaine au hasard).

    C’est sur que ça va être très bénéfique a tout le monde, ce genre de stratégie. C’est quoi sa formation a Jacob ? Agriculteur... ben qu’il s’occupe de ce qu’il connaisse, il aura l’air sans doute moins ridicule.

    Du grand art. Je me demande pourquoi personne n’y a songe. D’un autre cote c’est pas con, la recherche académique se porterait beaucoup mieux si ses chercheurs travaillaient bien payes 10 ans dans le prive, puis bénévolement 10 ans dans le public, sur la base des économies.

  • karlitophone
    karlitophone
    plus en France et bien content
    • Posté à 18h52 le 07/01/2011
    • Internaute 36224
      plus en France et bien content

    « Et il oublie de rappeler que, dans le public, l’emploi à vie n’est déjà plus une garantie pour tous »

    ça implique que c’est une garantie pour certains. pour ces certains, je peux comprendre ces propos : pas de privilégiés.

  • Mathieu_D
    Mathieu_D
    Consultant
    • Posté à 18h56 le 07/01/2011
    • Internaute 88055
      Consultant

    ça ne me paraitrait pas aberrant que le contrat de travail standard d’un fonctionnaire soit un CDI personnellement.

    Le recrutement par concours a du sens tant il est facile pour un élu ou un directeur d’une administration quelconque de placer sa famille ou n’importe qui a un poste quelconque, poste rémunéré par les impôts et la dette, c’est à dire vous et vos enfants.
    (je préfèrerais que la dite personne n’ait pas le pouvoir de recruter, mais bon...)

    En revanche la gestion des carrières par l’administration française n’est pas vraiment faite dans le sens de l’intérêt général, donc l’emploi et le salaire indiciel a vie sont hautement discutable.

    Je dis ceci dans un esprit de performance économique de l’action de l’état, c’est à dire réaliser les missions régaliennes avec un maximum d’efficacité.

  • Alain Provist
    • Posté à 19h08 le 07/01/2011
    • Internaute 19517

    Une vieille ficelle de la communication politique : envoyer un hussard au front titiller l’opinion publique en tenant des propos extrêmes, attendre la réaction des médias et des électeurs puis faire semblant de reculer ou de se choquer. Entre-temps, l’idée aura fait son chemin dans les esprits comme une lézarde dans un mur. Et un jour, le coup de grâce tombe qui semble beaucoup plus modéré que l’argument initial alors qu’il est beaucoup plus osé que le consensus initial. Exemples récents : abandonner les 35h (suprême sophistication : employer un hussard de l’armée ennemie comme leurre « à l’insu de son plein gré »), supprimer l’emploi à vie.

    Lefebvre, Jacob, Estrosi... sont les fantassins, Copé, Sarkozy, Fillon, Bertrand conduisent les blindés.

  • mamielach
    mamielach
    retraité
    • Posté à 20h57 le 07/01/2011
    • Internaute 139800
      retraité

    si une majorité de jeunes veulent rentrer dans la fonction public,ce n’est pas sans raison.Si les salaires du public étaient si bas ,il faudrait etre couillon pour y rester. Les salaires du public sont plus élevés que le privé ( ce qui n’a pas toujours été le cas ’et en contre partie le travail était à vie mais n’a plus de raison d’ être ! !) . En plus de l’emploi à vie s’ajoutent moins d’années de travail pour la retraite ,calcul de la retraite sur les 6 derniers mois (un petit coup de pouce du chef de service sur le poste,6 mois avant la retraite et celle-ci est égale au salaire etc etc tout cela est de l’injustice par rapport au privé .Et comme l’argent manque pour payer les retraites du public on utilise l’argent économisé par le privé pour payer ses retraités.Lisez aussi le livre de Zoe Shepard Absolument de-bor-dée si son récit est outrancier il y a beaucoup de vrai dans son livre ! ! ! !