Décryptage 06/01/2011 à 13h39

Précaires énergétiques : quand se chauffer devient un luxe

Sylvain Malcorps | Journaliste


Un chauffage devant une fenêtre (AddyLaddy/Flickr).

« Pendant les fêtes, on est surtout restés dans la cuisine : on ne chauffait ainsi qu’une seule pièce. »

Un Noël à la campagne, sous la neige. Depuis quelques années, la maman de Laurence – une coiffeuse à la retraite – se chauffe beaucoup moins, à cause des prix sans cesse plus élevés du gaz.

« On restait près de la cheminée, avec nos gros pulls. Dans sa campagne en plein hiver, ce froid ambiant n’a fait que rendre l’atmosphère encore plus austère. »

Décembre 2010. Un des mois les plus froids jamais enregistré dans certains départements français. Ceux qui rognaient déjà sur les degrés par souci d’économie se sont retrouvés en ce début d’hiver contraints et forcés de supporter le froid pour ne pas voir leurs factures s’envoler.

Comme Ségolène qui, malgré une commande groupée de fioul à un prix négocié dans son hameau en pleine campagne, « râle quand on aère alors que les radiateurs fonctionnent » :

« J’ai toujours au moins une à deux polaires sur moi, malgré le fait que j’arrive à payer la livraison.

Si j’arrive encore à suivre, c’est pas le cas de potes de tous horizons qui rament pour payer le chauffage. Et quand ils arrivent à remplir la cuve, c’est la chaudière qui lâche. »

Et de fait, comme l’a étudié l’Insee, un ménage se chauffant au fioul – très courant à la campagne – dépense 28% de plus qu’un ménage identique se chauffant à l’électricité. Le chauffage au gaz occasionne, quant à lui, un surcoût de 5%.

Huit millions de Français en situation de précarité énergétique

Ne chauffer que certaines pièces, enfiler pulls et polaires pour ne pas augmenter ses dépenses de chauffage, ça vous concerne aussi ? Vous vous trouvez peut-être en situation de précarité énergétique.

Intégré dans la loi Grenelle II, ce concept britannique encore mal connu, y est pompeusement défini comme tel :

« Est en situation de précarité énergétique [...] une personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat. »

Heureusement, Marie Roisan, chargée des questions de précarité énergétique au Comité de liaison des Energies renouvelables (Cler), simplifie un peu les choses :

« On dit qu’un ménage est en situation de précarité énergétique lorsqu’il éprouve des difficultés à se pourvoir en énergies du fait de sa situation financière et/ou de la qualité de son habitat.

Si le chauffage reste le principal poste de dépenses, il ne faut pas oublier les coûts liés à l’éclairage, l’eau chaude sanitaire ou la consommation des appareils électroménagers.

En France, cette situation concerne près de huit millions de personnes. » (Voir le sujet vidéo de France 2 sur précarité énergétique)


Au moins 10% de ses revenus consacrés au chauffage

Pour faire partie de ces millions de ménages français en situation de précarité énergétique, il faut qu’au moins 10% de vos revenus soient consacrés à l’achat d’énergie pour chauffer correctement votre logement.

Et cette nuance a toute son importance, comme l’explique Sandrine Buresi, directrice de l’association Gefosat :

« Il existe deux grands profils de personnes victimes de cette précarité. D’un côté, il y a toutes celles et ceux qui s’endettent afin de chauffer correctement leur habitation, à une température normale.

Et puis, il y a ces personnes qui, pour ne pas faire grimper la facture, limitent leurs dépenses en fioul, gaz et électricité. Mais qui, si elles devaient se chauffer à une température normale, dépenseraient aussi 10% de leurs revenus en chauffage.

Même si on les repère difficilement, ceux qui se sous-chauffent sont très nombreux. »

Et cette tendance risque de ne pas faiblir, notamment au regard de l’évolution du prix des énergies en France. Comme le montre ce graphique du ministère du Développement durable, leur coût n’a cessé d’augmenter de manière exponentielle depuis dix ans.



Le graphique du ministère du Développement durable.

Qualité du logement et prix de l’énergie, les autres leviers

Dès lors, quelles sont les solutions apportées par les pouvoirs publics à ce problème répandu ? Didier Chérel, ingénieur et responsable des questions de précarité énergétique au sein de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), propose ce détail :

« Il faut tenter d’agir sur les trois causes de cette précarité : le montant des revenus, la qualité du logement et le prix de l’énergie. Actuellement, il existe :

  • les fonds de solidarité pour le logement (FSL), qui représentent un aide financière, évaluée par les travailleurs sociaux, pour combler les impayés d’énergie ;
  • les tarifs sociaux pour l’électricité (TPN, uniquement chez EDF) ou le gaz (TSS). Mais ils doivent être redemandés chaque année. Pour le fioul, hormis deux hivers ayant bénéficié d’une “prime à la cuve”, il n’existe rien ;
  • un fonds d’Aide à la rénovation thermique (Fart), actif depuis septembre 2010. Il s’adresse uniquement aux propriétaires occupants à faibles ressources, pas encore aux locataires. Ce fonds propose une aide à la rénovation des habitats afin de mieux les isoler. »

Ces aides ont donc leurs limites. Pendant longtemps, le gouvernement ne considérait pas comme prioritaire cette question de la précarité face à l’énergie. Mais pour Didier Chérel, les choses changent. Lentement.

« La France ne s’est jamais préoccupée des risques sanitaires auxquels sont confrontés les gens qui se sous-chauffent.

En Angleterre par contre, différentes études ont montré un niveau de mortalité hivernale non négligeable au sein de ces populations. Des décès souvent liés à l’asthme, à des maladies pulmonaires et cardiovasculaires.

Il est temps de faire quelque chose. »

« N’hésitez pas à mettre un bonnet »

En attendant, pour ne pas monter le thermostat, chacun y va de son conseil. Le site Radins.com n’est d’ailleurs pas en reste. Extraits choisis :

« Pensez à fermer les volets dès que la nuit commence à tomber, ne les ouvrez même pas pour les pièces que vous n’utilisez pas [...]. »

« Lorsque vous aérez, coupez le chauffage et aérez d’un coup en ouvrant les fenêtres en grand pendant deux ou trois minutes, plutôt que de laisser entrebâillé pendant un quart d’heure. »

« Coupez le chauffage dans les pièces inutilisées. »

« Pensez à adapter vos vêtements [...] n’hésitez pas à mettre un bonnet sur la tête et à utiliser des gants, surtout les matins lorsque la maison est encore froide de la nuit. »

« Préparez-vous un thermos de thé chaud que vous buvez peu à peu. Ça réchauffe tellement bien que parfois je suis obligé d’enlever mon pull tellement j’ai chaud. »

Photo : un chauffage devant une fenêtre (AddyLaddy/Flickr).

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  • A déménagé le 18-1
    • Posté à 14h06 le 06/01/2011
    • Internaute 116615
      bc

    Ils en existent aussi qui ne se chauffent plus du tout.
    Dans mon trou ou il ne fait pas trop froid par rapport au nord et a l’est, sur un peu plus de 300 foyers, 4 n’ont plus d’électricité. C’est à dire, qu’après leur avoir accordé des étalements de leurs dettes, puis leur avoir fait bénéficié des tarifs prévus, puis de les avoir limité à 1kw, le syndicat d’électricité a coupé le jus. Leur situation est telle, que l’aide sociale ne peut même plus les aider à rétablir une stabilité financière, et certains travaillent.
    Un point de chauffage au bois est souvent leur seule ressource, le bois on arrive toujours à en grapiller du pas trop cher ou du gratuit, mais si tout le monde s’y met, ces gens là n’en trouveront plus.
    Vos conseils, beaucoup les appliquent déjà, et pas que les fauchés, mais le prix du gaz et du fuel étouffe tout le monde.
    Les aides sont intéressantes (quand on a les moyens d’investir...,) mais la hausse des prix de l’énergie vont me bouffer mon petit pécule.

  • Kissoon
    Kissoon
    Futur chômeur ...
    • Posté à 14h49 le 06/01/2011
    • Internaute 71000
      Futur chômeur ...

    Je suis au chômage, célibataire, avec la garde alternée de ma fille de 9 ans. Ma facture EDF est devenu un très gros problème.

    Sans emploi, ou cumulant les petits boulots, je n’ai trouvé à louer que des appartements mal isolés et/ou très anciens. Il fait froid, et se chauffer un minimum est une question de santé, surtout la semaine sur deux où j’ai mon enfant.
    J’ai beau faire un maximum d’efforts, et me restreindre sur tous les à-côtés, de plus en plus ma facture énergétique plombe mon budget.

    J’ai été coupé de courant déjà 3 fois en 1 an 1/2, dont une fois mémorable le 23 décembre 2009 au soir, avec remise du courant le 27 décembre...
    Heureusement qu’on m’aide pour régler mes factures, mes coupures ne durent jamais longtemps. Mais à bientôt 40 ans j’ai honte de me faire aider, et mes parents ne sont pas immortels.

    Une Sécu de l’énergie, comme suggérée par un riverain, serait une très bonne idée, car je suis loin d’être le seul à galérer, je le sais (des amis sont dans le même cas que moi, et ne se chauffent pas du tout. résultat : leur fils enchaîne rhume sur rhume).

    Pour moi, avec le logement et le chômage, c’est l’une des 3 principales raisons de la montée de l’inégalité et la précarité dans notre pays.

  • arsinoe
    arsinoe répond à bjone
    • Posté à 15h19 le 06/01/2011
    • Internaute 101831

    Ce n’est pas nouveau. Etudiante (il y a une quinzaine d’années), vivant dans un deux pièces ancien, mal isolé et mal chauffé avec de vieux convecteurs, je n’arrivais pas à payer mes factures d’électricité et avais recours à pas mal de subterfuges pour éviter d’avoir trop froid chez moi. Pourtant je ne vivais pas « mal » et ma famille n’était pas en difficulté. Seulement c’était trop cher : 1000 francs pour un mois d’hiver, c’était tout simplement impossible avec un budget d’étudiante. Alors maintenant...

  • Françaisehélas
    • Posté à 15h36 le 06/01/2011
    • Internaute 28448

    En fait, s’il faut (enfin, il faut... façon de parler) discuter de mon cas, je ne chauffe pas du tout. Oui.
    A relativiser, évidemment : c’est plus un choix qu’une obligation dûe à de faibles revenus. Enfin, nécessité fait loi, et je ne sais pas bien quelle tête nous ferions s’il fallait rallumer les radiateurs...
    De plus, nous sommes en appartement, dans un immeuble récent, exposé plein sud. La température descend rarement en dessous de 18.

    Tout de même, si nous devions changer d’appartement, trouver la même configuration serait essentielle pour nous.
    Ne pas chauffer du tout nous fait faire des économies très importantes, surtout pour la région.
    Et je ne suis pas prête à rogner sur un autre poste de dépense, qui ne sont ni nombreux ni élevés, pour voir mon argent durement gagné partir dans une résistance à peine plus efficiente qu’un grille-pain.

    J’aime l’idée d’être en positif à la fin du mois.
    Sommes nous précaires énergétiques ? Selon vos critères, oui. Malgré tout, j’ai découvert qu’on vit très bien sans chauffage, et que dans cette configuration nous n’en avons nul besoin.
    Vous oubliez quand même qu’il y a encore cinquante ans, on ne chauffait que la cuisine dans les campagnes, et personne n’aurait eu l’idée saugrenue de chauffer les chambres.

    Pour moi, regrouper sous le même terme quelqu’un qui s’est endetté pour chauffer, et quelqu’un qui se chauffe moins, pour ne pas s’endetter, n’est pas correct : la précarité arrivera beaucoup plus vite dans un cas que dans l’autre.
    Pour moi, un « précaire énergétique », c’est celui qui a voulu chauffer jusqu’à dépasser ses moyens de paiement, pas les autres. Maintenant, il n’est pas normal que quelqu’un voulant se chauffer ne puisse pas, mais c’est un produit comme un autre et nous sommes dans une économie de marché, n’est-ce pas ?
    En quoi le fait que certaines personnes n’aient pas d’argent est-il une nouveauté ? Franchement !

  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 17h05 le 06/01/2011
    • Internaute 93115
      dans sa forêt

    Moi, je ne me suis jamais autant gelé dans un appart que en Provence (Vaucluse) où, pourtant, à cette époque, nous avions une situation financière pas extraordinaire mais correcte. Dans cette région, les maisons sont souvent sous équipées du point isolation (fenêtres à simple vitrage par exemple), beaucoup de maisons sont mal exposées et qui plus est, situées dans des ruelles sombres et mal éclairées et quand le mistral souffle en hiver, avec des radiateurs électriques bas de gamme, c’est la gelade garantie ce qui fait que j’avais envie d’aller en montagne dans une maison en bois toute douillette... Mon voeux est (presque) exaucé car je vis depuis un an dans une ancienne école située dans un hameau à 1200 mètres d’altitude. l’année dernière, on a eu de la neige non stop de début janvier à mi février et pourtant, je ne me suis jamais sentie aussi bien dans une maison. Nous avons un petit poèle à fuel (réglé au minimum) qui suffit pour chauffer la maison toute entière si l’on excepte la salle de bain qu’on chauffe avec un radiateur électrique pour se doucher.
    Au premier étage, dans les chambres, il ne fait parfois pas plus de 12° mais j’estime, personnellement que c’est suffisant, la température du séjour-cuisine oscillant entre 18 et 20° suivant le temps qu’il fait dehors.
    Par contre, le problème, c’est que le prix du fuel a quasiment doublé depuis huit ans que j’utilise ce mode de chauffage mais auparavant, avec le chauffage électrique, j’avais l’impression de me ruiner aussi tout en me gelant !

    j’aurais envie de conseiller aux gens précaires comme moi de bien vérifier l’orientation, l’éclairage et l’isolation du logement en cas de déménagement, je sais que ce n’est pas toujours facile car le choix en matière de logement est restreint mais quand on arrive à trouver un logement comme le mien très lumineux et isolé, sans que le loyer soit exorbitant, ça change vraiment la vie. Je suis néanmoins scandalisée par les logements qu’on propose aux gens qui sont parfois des vrais bouges dignes du XIXème siècle et quand j’entend à la radio des messages de prévention concernant l’intoxication au monoxyde de carbone, je rigole doucement, bien des accidents seraient évités si les gens disposaient d’un moyen de chauffage digne de ce nom !

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