Témoignage 05/01/2011 à 11h14

Lettre ouverte d'une crevure néolibérale aux jeunes chômeurs



Cruella, personnage des « 101 Dalmatiens » de Disney.

Depuis le temps que je traîne sur la Rue, que je lis parfois pour me cultiver, parfois pour me faire du mal, ça me démangeait de poster un article (ou en tout cas d'essayer).

Le téléphone a sonné, et je me suis décidée. C'est un jeune. Un jeune sans emploi. Giuseppe a une petite vingtaine. Il a une licence Infocom, il sait bricoler du HTML et il est assis sur une montagne de stages. Il veut du travail. Mais pas de l'exécution : lui, il veut faire chef.

Il m'avait écrit voici un mois, j'avais ouvert puis zappé son mail : pas assez de trésorerie pour prendre une bouche de plus à nourrir, et un CV oubliable, dont je n'aimais pas le bleu en entête. J'aurais pu – et dû – prendre 25 secondes pour lui adresser une fin de non-recevoir pas trop rêche, mais je ne l'ai pas fait.

« Je me le fais, il finira sa journée un peu moins naïf »

Au bout de trois semaines, il appelle. Il veut un poste de chef de projet en CDI ou en CDD – autant dire l'Everest, encore que ça dépend des boîtes, on le verra sous peu. Je me dis :

« Pour une fois, celui-là n'appellera pas pour rien, je me le fais et il finira sa journée un peu moins naïf. »

Je lui explique qu'avec une licence Infocom, pas de spécialisation technique forte et si peu d'années au compteur, c'est mort pour trouver un poste de chef de projet web décent, à moins de frapper aux portes des pires lessiveuses de référencement cradingue ou de webmarketing douteux.

Giuseppe est crispé, déçu. Il me dit qu'on lui répète sans arrêt qu'il faut d'abord de l'expérience, qu'il a peur qu'en s'abaissant à des tâches d'exécution telles que webmaster – ce que je lui conseille afin de prendre de la bouteille – il ne s'éloigne de son but et ne se voit cantonné qu'à des rôles de sous-fifre minable.

Il préfère sortir la vaseline et signer un contrat pro bidon

Je lui demande s'il a un statut. Comprendre : s'il est autoentrepreneur ou affilié à l'Agessa [la Sécurité sociale des auteurs, ndlr]. Il me dit que non, qu'il ne veut pas en arriver là.

Je retrouve dans son discours quelque chose qui transpire souvent sur Rue89 : la peur maladive du grand méchant patron qui exploite l'autoentrepreneur, l'humilie, le rabaisse au rang de sous-homme, de non-salarié quoi.

Pourtant, Giuseppe est prêt à baisser son froc, et pas qu'un peu puisqu'il finit par me dire, penaud, qu'il accepterait aussi un contrat de professionnalisation.

Je lui réponds qu'il est déjà diplômé, et qu'à moins de viser une qualification précise, et donc un diplôme, le contrat pro n'est pas une fin en soi.

Je lui explique également qu'un chef de projet a souvent une double vocation opérationnelle et commerciale, et que pour cette raison, une boîte qui veut sérieusement recruter va proposer un salaire correct, voire des intéressements : on n'espère pas des prouesses de quelqu'un qu'on paye 700 euros par mois tout en lui faisant poser des « propales » de 10 000 euros – et si c'est le cas, on a tort.

Mais Giuseppe est persuadé que « ça pourrait aider ». Il n'en démordra pas, il préfère encore sortir la vaseline et signer un contrat pro bidon porté par la première école ou fac venue – mais qui précisera qu'il est chef de projet – que d'attaquer son problème d'emploi par un autre angle.

Je le malmène encore un peu, il finit par céder du terrain : il serait disposé à bosser un peu tout de suite plutôt que de chercher trois ans. La conversation se termine. Il ne le sait pas, mais je le rappellerai probablement : j'ai des trucs à déléguer, et il m'a l'air un peu motivé au fond, puisqu'il a appelé.

Tout ça pour en venir à ça : jeune chômeur, jeune sans emploi, jeune diplômé, jeune ce-que-tu-veux, qu'est-ce qu'une pourriture néolibérale-capitaliste de quelques années ton aînée, qui jette tes e-mails à la corbeille et ignore tes appels quand tu cherches un job, peut bien t'apprendre sur la construction de ta trajectoire professionnelle ?

Eh bien, au moins ça.

1

Tu ne sais rien, et même si tu sais, doute un peu : ça pourrait te faire du bien

Il faut parfois modérer ses ardeurs et consentir à apprendre avant de commander.

Je lis des tas de témoignages de jeunes outrés par le peu de cas que font les employeurs de leurs diplômes, de leurs nombreux trophées. C'est vrai. On n'en a absolument rien à branler.

Seuls les responsables RH de grosses boîtes recrutent au diplôme et au diplôme uniquement, d'après une grille d'indice classement/salaire, et si tu avais le bon, jeune chômeur, tu ne serais pas en train de chercher.

Donc laisse tomber : hors Sup de co, ingé et métiers très spécialisés, le seul impact que peut avoir le diplôme sur l'employeur est celui de l'affect (« il a fait la même formation que moi ! »).

Contrairement à ce que les jeunes diplômés déçus aiment à se répéter, un patron cherche avant tout des compétences précises, pas du papier.

Application pratique au cas Giuseppe : si tu veux gérer une équipe de prod web, approfondis ta maîtrise technique et ta connaissance du circuit par les piges ; monte des sites toi-même, mets les mains dans le cambouis et dans le marché.

2

Surprends-nous et montre-nous qu'on a raison de ne pas jeter ton mail

La plupart des CV que nous, employeurs, recevons chaque jour n'ont aucun intérêt : plus ou moins bien présentés, souvent sans aucune structure ou intention de convaincre, jonchés de stages, pour la majeure partie dépourvus de quoi que ce soit qui ressemble à de l'initiative ou à du culot, trop souvent blindés de fautes d'orthographe et de grammaire épiques, et ils n'émanent pas d'élèves issus des plus prestigieuses filières (ceux-ci ne savent pas non plus écrire un CV, mais allez savoir pourquoi, on leur pardonne...).

Donc à première vue, jeune, tu es inutile. Ou pas. La preuve, c'est qu'on te confie des stages.

Soigne le CV et la lettre de motivation. Tente des approches de présentation inédites, remets en main propre, fais des « distrib » à la sortie des chambres de commerce et d'industrie. De toute façon, tu es déjà au chômage, donc occupe-toi ! Bannis les fautes d'orthographe. Relis ce que tu écris ou fais le relire, prends du recul, demande-toi si tu dois vraiment écrire « Je suis prêt à rejoindre immédiatement l'équipe managériale » avec ta L2 d'anglais.

Un conseil plus concret est celui du CV anglo-saxon : commence le CV par un court paragraphe bien accrocheur mais pas vantard, où tu résumes ton profil et tes atouts. Ça met en jambes le lecteur, et ça va trancher un peu avec les 200 CV à la française qu'il a vu défiler ce matin.

Et pitié, pas la peine de mettre ta photo si c'est une photo d'identité sous les néons façon « casier judiciaire d'Emile Louis » ou une photo de vacances foireuse. C'est pas forcément l'essentiel (perso, j'aime même pas trop les photos).

3

Mets le pied dans la porte et propose du concret

Là, je parle peut-être plus pour ma branche, celle du Web. Moi j'attendais de Giuseppe qu'il me dise :

« Bon, je sais faire des choses, est-ce que je peux pas déjà aider, participer à des projets, faire des trucs, puisque vous ne voulez pas me filer mon CDI ? »

Le CDD et le CDI, c'est très bien, mais en période de vaches maigres, montre-nous que tu en veux, que tu sais mettre le pied dans la porte, proposer du concret et t'accrocher. N'hésite pas à secouer un peu ton interlocuteur, à faire preuve de volontarisme. Le statut d'autoentrepreneur, c'est justement à ça que ça peut servir. Ça permet aussi de se vendre un peu plus à sa juste valeur, en faisant miroiter l'absence de charges et de contraintes à l'employeur.

Un sou est un sou, et moi j'aimerais entendre au moins une fois un candidat ou une candidate me dire :

« Allez-vous faire voir avec les offres de stage, moi je veux bien la mission, je veux bien démarrer cette nuit s'il faut livrer à temps, mais je le fais pour mon compte et pas pour 300 euros par mois. »

Un employeur n'est pas naïf, il sait bien qu'un boulot mal payé est un boulot souvent mal fait et parfois pas fait du tout. Donne de la voix, cher jeune. Ose lâcher du lest sur le CDI que tu n'auras de toute façon pas, parce que des ronds, on n'en a pas. Enfonce un peu les portes. Bref, montre-nous que tu as compris comment on fonctionne, que tu as les pieds sur terre et que tu es prêt à jouer le jeu, mais pas à te mettre à poil non plus.

Accessoirement, avoir des rentrées d'argent, ça fait partie de ce qui donne la pêche : le gars qui cherche depuis deux ans, qui vit chez ses parents, qui est mort de faim et qui donne son sang pour aller au ciné, il ne nous fait pas envie en entretien. Celui qui semble assumer joyeusement sa « précarité » (le mot est lâché ! ) et se paye un iPhone, des restos ou des conneries avec ses rentrées irrégulières mais bien réelles, il arrive en entretien plus relax : il veut le boulot, mais il est pas là pour jouer sa vie.

4

Arrête de râler

Le temps aidant, la « génération précaire » est en fait en train de devenir la deuxième génération précaire. Donc, quand tu es en entretien face à un quasi trentenaire ou trentenaire et des brouettes, sache que dix ans plus tôt, il en a sué lui aussi pour faire son trou.

Du coup, la tactique de la pitié et de la génération sacrifiée ne marche pas trop – à dire vrai, ça nous gonfle essentiellement. Donc pas la peine de râler sur le marché du travail impitoyable ou le marché du logement qui ne ressemble plus à rien dans les grandes villes. Dis-toi plutôt que les autres y sont bien arrivés et que toi tu vas y arriver aussi. \o/

Maintenant, agite-toi et rentre-nous dedans, viens un peu nous chercher avec les dents au lieu de nous envoyer un mail neurasthénique ! : )

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  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 11h28 le 05/01/2011
    • Expert
      Chercheur

    C'est bien beau ces beaux discours, mais ca ne changera rien à l'arithmétique. S'il n'y a pas assez de boulot pour tous les jeunes, ce n'est pas en améliorant la qualité des CV qu'on trouvera du travail à tout le monde. La réalité c'est que la France se désindustrialise et que les services ne fourniront pas du travail à tout le monde.

    Donc, moi j'ai un conseil meilleur que celle qui a écrit l'article : jeune, tant qu'il en est encore temps, fuie à l'étranger et tu trouveras du boulot sans que les patrons te fassent des lecons sur ta facon de ne pas assumer joyeusement la précarité.

    Sinon, je connais des gens qui ont un diplome d'ingénieur + une thèse de doctorat et qui se retrouvent vendeurs à la FNAC ou consultants dans d'obscures boites informatiques (meme s'ils sont biologistes). Et en plus ils ont le culot de ne pas « assumer joyeusement leur précarité ». Quels salauds de gauchistes !

  • pachin
    pachin
    Etudiant
    • Posté à 11h31 le 05/01/2011
    • Internaute
      Etudiant

    Etant moi même jeune, il est assez instructif de voir dans quelle mentalité sont certains patrons. Je note quelques points comiques : vous pensez qu'un type mal payé fait mal son boulot. Haha. Chaque fois où l'envie m'a pris de travailler j'ai été payé comme une merde, ça ne m'a pas empêché de bien bosser. On pense pas qu'à la thune quand on bosse mon vieux. Vous stigmatisez aussi le jeune chômeur en prenant spécimen pommé, ça ferait une bonne pièce de théâtre mais je doute que ce soit votre but. Pour finir quelque chose ressort avec force de votre article, il semble que pour vous tous les jeunes qui cherchent un emploi sont lobotomisé par le discours qu'on leur sert depuis 20 ans : les diplômes c'est l'argent, l'argent c'est la vie, et ça vous déplaît. Mais je me demande sur quels critères vous recrutez vos gars quand vous avez besoin de quelqu'un vu qu'il semble que ce ne soit pas non plus au physique ?

    P.S. Je vous enverrais la note du resto, vous avez de la chance que j'ai changé de portable récemment.

  • Françaisehélas
    • Posté à 11h40 le 05/01/2011

    Pour avoir ce genre de discours face à un futur employeur, il faut un chômeur avec de la confiance, en lui, et en vous.

    Hors, un chômeur n'a pas souvent de confiance en lui, parce que son statut implique de faire carpette à Pôle emploi pour avoir un rendez vous, une révision de son dossier, et autres, et que les structures de soutien sont inexistantes.
    Hors, un chômeur n'a certainement pas confiance en vous, et surtout s'il a effectué cinq stages ou on lui a fait miroiter cinq fois un CDD de un mois qu'il n'a même pas eu.

    Oui, il faut comprendre aussi quelque chose, vous les entrepreneurs, les RH et DRH, les travailleurs : un chômeur, un précaire, un CDDiste, il les a entendu vingt fois, vos discours de gniaque, de « soyez-battant ». Pour sa faire jeter aussi bien lorsqu'il était une chiffe que lorsqu'il était battant. Autant pour la crédibilité du discours.
    Trouver la force de jouer devant un employeur une énième fois la même comédie, c'est digne du cours Florent.
    Au final avec le temps, oui, il n'y a une seule phrase que vous souhaitez prononcer : « je vous emmerd**** ». Celle qu'ils vous ont sortis tant de fois.

    C'est simple, hein, les beaux discours, quand on est pas concerné ? Je les vomis, vos discours, c'est toujours les mêmes. « Sois actif. » « Sois efficace ». « Sois gagnant, bouge toi. “ ‘Pourquoi tu te plains, t'as tout pour être heureux. Pourquoi tu veux pas ce boulot, tous les travails sont intérressants. Tu te laisse aller.’
    Et c'est toujours ceux qui ont un travail qui te les sortent. Faites chier.

  • Hougo
    Hougo
    webmaster
    • Posté à 11h42 le 05/01/2011
    • Internaute
      webmaster

    Le cas de ce Giuseppe est incroyable : j'ai le même âge et j'ai suivi une formation similaire, et je trouve du boulot en claquant des doigts ! Il me suffit de mettre mon CV sur Monster ou Keljob, et on m'appelle tous les jours pour me proposer des CDI en tant qu'intégrateur web ou webmaster !
    C'est une grosse erreur de sa part de demander un poste de chef de projet dès sa sortie d'études. Il faut évidemment un peu d'expérience avant de pouvoir exercer ce métier, et quand on connaît un peu de HTML, il est très facile de trouver du travail, et bien payé avec ça !

    Cette peur de se « griller » est très commune chez les jeunes de notre âge : on croit que la nature de notre premier vrai job nous ferme toutes les portes, qu'elle va déterminer notre carrière. C'est idiot !

  • G-Y.M
    • Posté à 11h44 le 05/01/2011

    On peut revenir sur la forme mais sur le fond c'est hélas vrai.
    Je constate que poussés par leurs écoles ou l'envie de monter vite et sans efforts, beaucoup trop de jeunes diplômes ne voit pas qu'il existe un gouffre entre leurs aspirations professionnelles et la vie réelle en entreprise. Le résultat, c'est qu'au lieu de passer pour des jeunes diplômés ambitieux, ils passent pour des charlots qui rêvent en plein jour.
    L'autre syndrome que j'ai observé, c'est le syndrome du mercenaire : celui à qui tu donnes une chance mais qui te laisse tomber quand tu as besoin de lui car il va avoir quelques euros de plus dans la boite d'en face.

    Mon conseil aux jeunes diplômés c'est qu'une carrière c'est long, de plus en plus longs (67 ans, la retraite, vu qu'on commence vraiment à bosser qu'à 25..) et que ça s'apparente plus à un marathon qu'à un 100m. Les efforts payent toujours mais souvent longtemps après...

  • pegaze
    pegaze
    ingé
    • Posté à 11h47 le 05/01/2011
    • Internaute
      ingé

    vous êtes un peu dure avec vous-même en parlant de crevure néolibérale je trouve, votre démarche est essentiellement une démarche d'aide. et puis vouloir devenir chef de suite effectivement ça ne se fait qu'à coup de diplôme ronflant ou alors de nuits blanches à monter sa propre activité. et le coup de ne pas vouloir se rabaisser aux tâches techniques pour au moins comprendre le boulot est le cancer des économies de marché, et notamment de la france, où l'on considère que de toutes façons la seule issue possible est de devenir chef. je dis ça parce que je fais tout ce que je peux pour ne pas le devenir et continuer à faire quelque chopse de ma vie plutôt que de parler toute la journée lors de réunions insipides et stériles : )

  • EdkOb
    EdkOb
    la France d'après...
    • Posté à 11h47 le 05/01/2011
    • Internaute
      la France d'après...

    [...]
    Donc à première vue, jeune, tu es inutile. Ou pas
    [...]

    [...]
    Celui qui semble assumer joyeusement sa « précarité » (le mot est lâché ! )
    [...]

    [...]
    Le statut d'autoentrepreneur, c'est justement à ça que ça peut servir. Ça permet aussi de se vendre un peu plus à sa juste valeur, en faisant miroiter l'absence de charges et de contraintes à l'employeur.
    [...]

    Et encore, ce ne sont que quelques extraits, d'un texte soigneusement préparé, qui nous dit exactement ce que doivent être les « jeunes » aujourd'hui :
    - à la fois créatifs, inventifs, morts de faim d'arriver, joyeusement précaires, autoentrepreneurs et surtout, surtout, reconnaissants des bons conseils délivrés par quelqu'un qui est arrivé, lui (ou elle).

    Ainsi va le monde.

  • Rouzz
    Rouzz
    Développeur informatique
    • Posté à 11h48 le 05/01/2011
    • Internaute
      Développeur informatique

    Bonjour,
    Pour un jeune comme moi c'est intéressant de lire un article comme celui-ci.

    Mais je vous contredirai sur certains points.

    Je suis passé par un contrat de professionnalisation (non pas par dépit, mais car la formation de Chef de projet informatique passait par ce genre de contrat) et cela a très bien fonctionné. L'entreprise ma gardé et je suis en CDI depuis 4mois maintenant.
    A mon avis, l'alternance reste le meilleur moyen de faire pour avoir son contrat (la chance aussi, mais c'est une autre histoire).

    Mais en effet, il ne faut pas s'imaginer chef d'équipe à la sortie des études, sauf dans une très petite entreprise qui n'a personne de qualifié et qui cherche quelqu'un coûte que coûte. Mais il ne faut pas oublier qu'avec suffisamment d'ambition, l'ascension dans une entreprise est tout à fait faisable.

    En tout cas merci d'avoir partager ce point de vu de patron, c'est toujours bon à savoir : )

  • Akaa
    Akaa répond à G-Y.M
    • Posté à 11h49 le 05/01/2011

    Vous avez sans doute raison sur les ambitions un peu démesurées de certains jeunes, mais dans le même temps, comment leur reprocher de se comporter en mercenaires, quand on leur explique qu'il faut « se vendre » (rah je déteste cette expression, je suis pas un savon…), qu'il faut être ambitieux, etc. De plus, quand on a été traité comme de la merde une fois ou deux, on reste méfiant même face à ceux qui nous donnent sincèrement une chance, dans la mesure où « je te laisse une chance » est une phrase prononcée par à peu près tout employeur face à un jeune. J'avoue que c'est bien dommage, mais l'article ci-dessus ne tend pas à renforcer ma confiance dans le patronat…

  • Appleseed
    Appleseed
    Thésard
    • Posté à 11h52 le 05/01/2011
    • Internaute
      Thésard

    Merci pour l'éclat de rire !

    Sinon pour montrer « qu'on en a », avons nous le droit de déballer le paquetage sur votre bureau en entretient ? , ça c'est de la surprise ! du grandiloquent ! de l'initiative !

  • Malzieux
    • Posté à 11h54 le 05/01/2011

    L'idéal de l'auto-entrepreneur !
    Mais pourquoi donc tous ces jeunes ne sont pas auto-entrepreneurs ? C'est si simple, plus de charges, plus de responsabilités pour l'employeur, le pied.
    Il ne reste que des gens prêt à bosser pour un radis, à la limite esclave, pouvant se faire virer dans l'heure et sans aucune protection. La PME n'aime pas la protection de ses salariés. Je ne sais pas si c'est la posture d'une crevure néolibérale, c'est surtout le discours d'un escroc qui ne cherche qu'à profiter du système pour écraser davantage le plus faible.

    Je suggère au Giuseppe de ne pas insister et d'aller voir ailleurs, et laisser ce patron se démerder à se trouver lui-même des compétences pour faire son boulot.

  • Maud
    Maud
    Graphiste
    • Posté à 11h55 le 05/01/2011
    • Internaute
      Graphiste

    Merci pour ce « témoignage ».

    Il faut bien avouer qu'on est très peu préparés à « se vendre » sur le milieu du travail (en tout cas pas dans la formation que j'ai faite) et que c'est aussi une question de caractère et de culot. Et bien sur de relations.
    Les stages pôle emploi ne m'ont non plus jamais aidée à rédiger un bon CV ou une lettre de motivation adaptée à mon domaine (vive les trucs généralistes à 2 balles ! ).
    Personnellement « j'en suis arrivée à » me mettre à auto entrepreneur.
    ...Et j'ai commencé en me faisant magnifiquement exploiter pendant quelques mois par une boite qui m'avait promis un CDI après quelques mois en AE qui devaient faire office de « période d'essai ». Du coup tu acceptes comme une truffe d'être payé une misère (hé oui le statut d'AE ça signifie aussi pas de minimum légal, tu es sensé fixer tes tarifs sauf que la boite en face te fait comprendre que si tu veux pas bosser à leur tarif, y'en a 10 qui attendent derrière.). Quand j'y repense je réalise que j'ai été magnifiquement naïve, mais tout ça m'aura au moins servi de leçon.
    Maintenant je m'en sors mieux, en ayant un statut officiel, j'ai pu accumuler un peu de cette fameuse expérience qu'il faut absolument avoir. Par contre vu que je n'ai rien de vraiment stable, si je veux louer quelque chose j'oublie tout de suite des agences et les particuliers frileux.

    Par contre
    « Donc à première vue, jeune, tu es inutile. Ou pas. La preuve, c'est qu'on te confie des stages. “
    J'aimerai qu'on m'explique pourquoi les employeurs s'obstinent à considérer que les stages ne compte absolument pas comme une expérience.
    Selon les conditions dans lequel celui ci se passe et sa durée (et la compétence du stagiaire aussi bien sur), il peut être une expérience professionnelle à part entière (mais payée pas cher).
    Tous les stages ne sont pas composés d'un programme ‘cafés / photocopies’, loin de là.

  • Oister
    • Posté à 11h58 le 05/01/2011

    Je trouve cet article très bon.
    Il manque cependant un point que je permettrais d'ajouter ici.

    5. Le jeune, si tu en as plein le cul des patrons qui t'expliquent comment réussir à te faire embaucher dans des boites qui galèrent et n'ont pas un rouble pour te payer, je cite « Ose lâcher du lest sur le CDI que tu n'auras de toute façon pas, parce que des ronds, on n'en a pas. » tu peux toujours émigrer au canada. Là bas les français qui se croisent (et ils sont de plus en plus nombreux) se tapent sur la panse en repensant à leur vie d'avant. Celle avec les boulots de merde, les politiques de merde, les contrôles de police dans la rue.
    Le Canada c'est pareil qu'en France. Si tu te pointes pas avec un air arrogant et trois diplômes agrafés sur le cul, un CV façon cromagnon en exigeant un poste de Pdg des forêts ou de chef du monde, que tu bosses dur (tu feras parfois tout à fait autre chose que ce que tu avais prévu, mais c'est la vie et c'est ça qui est excitant) tu te feras un réseau, des amis et petit à petit si tu as un objectif que tu ne perds pas de vue, tu vas l'atteindre.
    En gros c'est comme en France, sauf que c'est 15 fois la France (Domtom compris) et que les entreprises ont du pognon. Et là bas quand il tombe 1 mètre de neige, les bus sont à l'heure....
    Tu vois le jeune, dans la vie, quand on a deux pieds dans le merde, il faut pas se plaindre de l'odeur. Fait un pas de côté.

  • myosotis_lys
    myosotis_lys répond à brankom
    Maman chat au foyer
    • Posté à 12h05 le 05/01/2011
    • Internaute
      Maman chat au foyer

    Lamentable, article très vache. Etant étudiante, je bombarde aussi les entreprises avec mes CV, bac+5. C'est facile de rire de ça quand on a un boulot, mais ça l'est moins quand on est de l'autre côté.

    Et en quoi généraliser le statut d'autoentrepreneur serait un progrès ?

  • halmarita
    • Posté à 12h07 le 05/01/2011

    Je comprends bien tout ce que vous dîtes et je pense même que cela peut m'être utile.

    Je voudrais juste répondre en tant que Giuseppe potentiel (Giusepette même). Il m'arrive aussi, et même très souvent, d'envoyer des cv. Je ne suis pas chômeuse mais je m'ennuie pronfondément dans mon travail. (mal payé qui plus est).

    1) D'accord, les diplômes ne font pas tout. Ils ne font même pas grand chose. Mais comprenez qu'on se plaigne, et qu'on ait pu y croire...
    J'ai un parcours de première de la classe : mention au bac puis sciences po (paris) et même deux ans apprentissage.
    Visiblement, ça ne suffit pas.. On m'a pourtant répété de « faire de études pour avoir un bon avenir ». J'ai fait des études et alors ? ?

    2 et 3 : Ok mais en plus d'être jeune, sur diplômé, d'avoir fait 35 stages sous payés on nous demande en plus d'être original, réactif, de parler des langues exceptionnelles, d'envoyer une peinture pour montrer mes capacités artistiques, de proposer pour chaque entreprise des projets spécifiques dans ma lettre de motivation... et tout ça pour chaque candidature .. Pardon de trouver que c'est un peu trop.

    4 : La vie n'a jamais été facile pour personne. Mais je pense que ce que nous vivons aujourd'hui (les - de 25 ans) est particulièrement difficile. La génération d'avant était peut-être sacrifiée aussi . Mais un peu moins je crois. Les chambres de bonne à 600 euros, le déclassement par rapport aux parents pourtant moins diplômés (etc...), il me semble qu'on le subit davantage.

  • gounzor
    gounzor
    en lutte
    • Posté à 12h12 le 05/01/2011
    • Internaute
      en lutte

    Je ne vois pas ou vous démontrez que vous êtes néolibéraliste, si vous êtes « vraiment » néolibéraliste « aujourd'hui » vous êtes certes un crétin très naif, mais bon... Vous n'êtes pas le seul.

    Donc, je travaille moi même dans le web et la vidéos, je suis freelance depuis 5/6 ans. Et je l'ai été dès ma sortie de l'école.
    Je vit correctement sans plus, mais je travaille pas trop, car je courre pas après la thune et j'ai suffisamment de talent pour trouver des missions alimentaires rapidement quand j'en ai besoin.

    Et des monsieur/madame grosse testicules/gros ovaires, patron de petites agences, j'en ai croisé vraiment beaucoup, des bons patrons de petites boites (qui ne serpillent pas des freelance en négociant les tarifs comme des crevards quitte à avoir un mauvais travail, ou qui ne naviguent pas au sein des SSII toutes pourries), j'en ai croisé très peu par contre.

    Mais pour moi vous oubliez plusieurs choses, d'abord tout le monde n'a pas la culture, et les épaules pour être auto entrepreneur ou freelance, il y a beaucoup plus de gens qui préféreront être salarié par ... culture.
    Des gens à qui la paperasse fait peur aussi, et qui ont du mal à s'en sortir même avec le peu de papiers que demande ces statuts.
    Se lancer en freelance ça demande aussi plusieurs choses : un capital de départ pour vivre un certain temps (toucher son chômage quand on a des rentrées de revenus, même si on en a le droit, c'est la mission mensuelle avec les assedics, qui font tout pour nous virer), et pouvoir/savoir communiquer sur son travail, « et stratégifier » cette communication, pas facile pour tous au début.

    En fait vous semblez chercher ceux qui vous « ressembleront » dans cette culture de l'entrepreneur, mais cette culture là est encore plus rare chez ceux qui sortent de stage, d'écoles ou ils ont été lessivés par le système de l'entreprise.
    Vous faites vraiment peu de cas de ce type qui est prêt a des solutions précaires mais contractuelle, et je trouve ça détestable, c'est comme si vous lui disiez « t'es pas comme moi, t'es une merde vu que tu te défroques au moindre coup de pression, mais bon dans ce monde de merdes tu feras peut être quand même l'affaire », et humainement c'est minable et arrogant...
    Professionellement, si je vous sentai comme ça, ou que vous l'étiez avec moi, vous seriez « blacklisté » de mes contacts professionnels, et j'en parlerai à tous mon réseau quand on parlerai de clients, et ces autres freelances hésiteraient beaucoup avant d'accepter une de vos missions, voir refuseraient...
    Bref ce genre d'attitude est mal perçue par beaucoup d'entre nous, et nous les freelances, qui sommes aussi des précaires, on a pas besoin de clients de merde non plus au contraire.
    Car ce genre d'attitude montre qu'en cas de problème, c'est pas sûr que vous ayez les épaules et la dignité pour rester réglo.

    Et enfin la généralisation des statuts de freelance, cache bien une précarisation déguisée du travail, que vous le vouliez ou non, il y a des gens qui en profitent, qui déguisent les salariés, qui les paient peu, et qui en plus n'ont pas à s'acquitter de charges patronales.

    Généraliser et proposer cette solution à n'importe qui qui débute, c'est juste irresponsable, pour nous les freelances qui sommes chers et qualifiés, pour eux les débutants qui sont bradés et peu qualifiés : ça précarise tout le monde, et au final ça ne profitera ni aux petites structures, ni aux grandes structures, car le problème de ce statut c'est bien son encadrement très limité...

    Dans mon métier les mauvais disparaissent, vivotent ou deviennent salariés.
    Les bons freelances perdurent, et montent un jour leur entreprise, mais dans tous les cas pour rester un bon, le meilleur avantage c'est d'avoir un réseau de professionnels qui nous aideront et nous soutiendront, et entre nous les freelances, ce qui compte en premier c'est d'être professionnel, réglos et humainement fiables. C'est la règle tacite. Et elle est valable avec les mauvais clients aussi.

  • -Géo-
    -Géo-
    Tb
    • Posté à 12h16 le 05/01/2011
    • Internaute
      Tb

    Je vais réagir sur le point le moins important (je pressens de toute façon pas mal de commentaires pour cet article*) mais c'était le truc qui me gonflait le plus lorsque je parlais à des recruteurs.

    Vous n'aimez pas les photos sur un CV et vous trouvez un certain charme aux CV originaux ? C'est bien gentil mais « nous », les chercheurs d'emploi (ça fais pas longtemps que j'ai trouvé un boulot stable), on ne le sait pas. Et votre collègue de la boite concurrente, il jette direct les CV sans photo parce qu'il veut avoir un premier aperçu de la gueule du mec/fille et il déteste tout ce qui vient des anglo-saxons parce qu'il veut protéger la culture française.

    Lorsque j'ai envoyé mon CV à une dizaine de connaissances quand j'ai commencé à chercher du boulot, j'ai reçu une dizaine de conseils différents et contradictoires. Donc bon...

    Du coup, le seul conseil que je donnerai au jeune chômeur sur la présentation de ton CV c'est qu'il doit représenter votre personnalité, elle apparaitra de toute façon lors de l'entretient. De toute façon la présentation de votre CV ne conviendra pas à plusieurs destinataires.

    Pour les recruteurs, merci de lire le CV au lieu de s'arrêter à la présentation. Et répondez, même si c'est mal présentée et bourrée de fautes d'orthographe, la seule chose qui nous intéresse dans la réponse c'est le oui/non, ça nous permet de passer à autre chose.

    * haha, j'ai commencé à écrire il y avait 6 réponses, je poste et il y en a 92 .