Votre portemonnaie au rayon x 04/01/2011 à 11h02

Alexia, comédienne inquiète et standardiste, 1 600 € par mois

David Perrotin | Etudiant en journalisme


Alexia (DR)

Pétillante, souriante mais inquiète, Alexia a accepté de détailler ses fins de mois pour, dit-elle, montrer « les avantages et les inconvénients » de la vie d’actrice. Les comédiens, on les jalouse plus qu’on ne les plaint, mais l’incertitude de ce métier les oblige souvent à mêler les petits jobs, les études et parfois les galères.

Alexia qui vient tout juste de fêter ses 29 ans, a toujours voulu faire du théâtre. Bac L en poche, elle décide de tenter l’aventure et de tout faire pour percer dans le milieu. Déterminée, elle a été obligée de se passer de l’aide des ses parents :

« Quand j’ai dit à mes parents que je voulais devenir comédienne, ils ne m’ont pas crue. Et après, ils ont refusé de m’aider. J’ai donc toujours payé moi-même mes cours, qui étaient assez chers, environ 360 euros par mois, en plus d’un loyer. Je suis rentrée dans la vie active dès 18 ans. »

À côté de ses cours et de ses représentations au théâtre, elle enchaîne les petits boulots et arrive malgré tout à boucler ses fins de mois. Alexia apprend le métier au Cours Simon en même temps qu’elle est serveuse. Puis elle finit sa formation au Sudden Théâtre. Elle admet avoir eu beaucoup de chance :

« Le Sudden théâtre sélectionne les meilleurs éléments à la fin du cursus, qui ont le privilège de jouer régulièrement une pièce devant 200 personnes et pendant un an. On n’est pas payés, mais en échange, on a une formation solide. »

« On est des dizaines de milliers sur Paris »

Plus tard, la comédienne en herbe rencontre son copain de l’époque et n’a pas besoin de payer de loyer : il est propriétaire. Elle se consacre presque exclusivement à son métier, joue dans différentes pièces (« Le Songe d’une nuit d’été », de Shakespeare, « Les Fourberies de Scapin » de Molière), films et courts-métrages.

« Cette période sans souci financier a duré quatre ans et comme je n’avais pas trop de charges, j’ai travaillé très peu, et j’ai pu profiter pleinement de mon temps pour jouer. »

En 2007, elle joue deux mois dans la série « Plus belle la vie », dont les cachets lui assurent un bon train de vie. Mais comme toutes les belles choses, ou « les situations confortables » préfère-t-elle rectifier, ont une fin, elle prépare doucement son avenir :

« Je m’inquiète pour plus tard, je sais que le métier de comédien c’est au jour le jour. On est des dizaines de milliers sur Paris à vouloir vivre de ce métier. Mais on sait tous que ce qu’il faut avoir, c’est davantage de la chance que du talent. »

Alexia a donc décidé de rejoindre les bancs de la fac l’année dernière et de se trouver un emploi à mi-temps. Elle veut s’assurer un métier « stable » pour plus tard :

« J’ai d’abord fait un an de psycho, mais cette année je rentre en socio. C’est l’ethnologie qui m’intéresse avant tout. La fac, c’est un soulagement : j’ai besoin d’apprendre et j’ai du temps. »

Revenus : 1 600 euros par mois

Salaire net et stable : 769,87 euros par mois

Elle ne perçoit ce petit salaire de standardiste que depuis cette année. Parce qu’elle paye un loyer et qu’elle a moins de tournages. Ses journées sont partagées entre ses cours à la fac ou ses castings le matin. Et son travail chez Marathon Média l’après-midi, de 14 heures à 19 heures.

Pour l’instant, elle est ravie de ce découpage et de l’ambiance qu’il y a sur son lieu de travail, mais elle connaît ses priorités :

« Je peux facilement aménager mes horaires en fonction de mes études et de mes castings. Mais si j’ai un tournage, il est prioritaire sur tout le reste. »

Cachet des tournages : 860 euros en moyenne (très aléatoire)

Alexia précise que son salaire peut être beaucoup plus important :

« Je suis inscrite dans plusieurs agences qui me trouvent des castings pour de la publicité. Pour les téléfilms ou les films, mon agent m’envoyait les propositions. Mon salaire peut monter à 4 000 euros par mois, comme c’était le cas il y a quelques années. »

Quand Alexia tourne une publicité, elle perçoit un cachet de 1 000 euros en moyenne. Son agent touche 10% de sa rémunération de comédienne, mais seulement si elle tourne. Les droits à l’image peuvent varier entre 1 000 et 15 000 euros. Somme qu’elle a perçue une seule fois dans sa vie :

« L’an dernier, j’ai reçu 13 000 euros de droits d’image. C’était exceptionnel : j’ai tourné une publicité pour une bière qui a été souvent diffusée et dans plusieurs pays étrangers. J’ai pu rembourser quelques crédits et m’amuser un peu plus pendant un moment. »

C’est la petite particularité de ce métier. Alexia connaît la plupart du temps une vie banale et plutôt fragile financièrement. Mais parfois, elle gagne beaucoup, dort dans des beaux hôtels, mange dans de très bons restaurants. Petite faille : elle n’est pas très économe... en fait, pas du tout.

Allocations sociales et revenus « intermittent du spectacle » : 0 euro

« Je n’ai pas le droit à la CAF : j’ai trop gagné en 2008. C’est assez traître, il y a des mois où je ne gagne rien, j’accumule les crédits, et l’argent que je reçois de mes tournages me sert à rembourser ce que je peux. Le plus compliqué, c’est de gérer son argent tout en ne pouvant rien prévoir. »

Alexia, qui privilégie la télévision ou le cinéma, ne peut pas prétendre au statut d’intermittente du spectacle :

« Il faut percevoir 50 cachets environ en dix mois et demi pour pouvoir avoir ce statut, ce qui est presque impossible. Ceux qui font beaucoup de figurations ou de représentations théâtrales peuvent plus facilement obtenir ce statut. »

Dépenses fixes : 1 050 euros

Alexia a, pendant plusieurs années, été épargnée par les charges habituelles tel que le loyer. Mais cette année, elle réapprend à gérer son argent et à payer ses charges chaque mois.

Loyer : 580 euros par mois (toutes charges comprises)

« J’ai eu la chance de l’avoir très rapidement et avec peu de conditions grâce à une amie. »

Assurance habitation : 13,30 euros par mois

Transport : 60,40 euros

Alexia paye la carte Navigo zone 1-2 à Paris. Son employeur prend en charge la moitié de ses frais.

Mutuelle de santé : 63,84 euros

Elle est prélevée sur son salaire.

Téléphone portable : 65,90 euros

Elle n’a ni téléphone fixe, ni Internet, et plus de télévision. Dépenses inutiles selon elle :

« Je ne regarde pas la télé, j’ai Internet sur mon téléphone et au boulot, ce qui me suffit largement. Un abonnement à 40 euros par mois, ça me reviendrait trop cher, en plus. »

Crédit à rembourser : 87,46 euros

« J’ai dû emprunter 2 000 euros cette année. Je n’avais plus trop d’argent, et certains droits à l’image ne sont pas payés immédiatement. Je ne sais même pas à quel moment je finis de rembourser ce prêt, il faut que je regarde mon compte. »

Impôts : 177 euros

Prélèvements solidaires : 9 euros

Alexia donne 4 euros pour Action contre la faim et 5 euros pour Médecins sans frontières. Gênée par ces modestes dons, elle ajoute :

« Ça fait radin, je sais, mais c’est quand même mieux que rien. »

Dépenses variables : 670 euros

Elle me prévient d’emblée :

« C’est là que ça va se corser, car je suis un vrai panier percé, mais j’espère que grâce à vous je vais y voir plus clair et apprendre à gérer mon argent. »

Courses et alimentation : 200 euros par mois (environ)

« Dedans, il y a les courses et les restos. J’essaie de faire un peu attention. »

Animaux : 50 euros par mois

Ces dépenses servent à couvrir les besoins de son petit chien Chapka et de son chat Bambou.

Tabac : 137,2 euros par mois

« Je pense souvent à arrêter, mais là c’est vrai qu’il faut que j’y parvienne. »

Vêtements : 66 euros par mois

« J’achète la plupart du temps pendant les soldes, et quand je tourne, je me permets quelques petites folies. »

Pass cinéma Gaumont : 20 euros par mois

Théâtre : 0 euro

« En général, je suis invitée, je ne paye presque jamais. »

Cours de piano : 100 euros par mois

Musique et livres : 30 euros par mois

« Je télécharge ou j’écoute la musique sur Deezer. Pour les films, on me les prête ou on me les offre. Souvent, j’achète deux fois par an 300 euros de livres, et ça me fait l’année. Puis je prête et j’emprunte, j’adore lire. »

Vacances : 41 euros par mois

« Pour Noël, je viens de partir mais j’ai dû me faire avancer le prix de mon voyage. Cet été, je veux partir en Inde, mais pour le moment je ne peux pas me payer le voyage. J’espère tourner un peu plus, sinon je trouverai un petit boulot. »

Epargne : 30 euros

« J’épargne 30 euros pour ma retraite chaque mois. J’ai peur de ne pas pouvoir assez cotiser, et puis vu le contexte actuel, il vaut mieux être prudent. »

A la fin de notre rendez-vous, les inquiétudes d’Alexia ne se sont pas dissipées, bien au contraire :

« En vous parlant, je me rends compte que je vais vite devenir pauvre avec le faible salaire que j’ai pour l’instant. Mais comme je l’ai toujours fait avant, je retrouverai un autre boulot, serveuse ou vendeuse si je n’ai pas assez de tournages.


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  • Achernar
    Achernar
    Etudiant
    • Posté à 11h38 le 04/01/2011
    • Internaute 119490
      Etudiant

    Histoire d’éviter d’avoir à faire des emprunts (pompe à fric) les mois difficiles, il faut « lisser » la courbe de ses revenus, c’est-à-dire qu’Alexia devrait se constituer une cagnotte où elle y déposerait l’intégralité de ce qu’elle gagne tous les mois.
    Ensuite elle s’accorde un « salaire » sur cette cagnotte, disons 1600€ par mois, ou ce qu’elle a gagné au total l’année précédente divisé par 12, et elle s’y tient.

    Après, cela demande une certaine discipline.

  • zaichonok
    zaichonok
    bobo bio
    • Posté à 11h48 le 04/01/2011
    • Internaute 61156
      bobo bio

    « Gênée par ces modestes dons »

    Mademoiselle, ces dons sont loins d’etre modeste comparés à votre « fortune », pensez à ceux qui gagnent infiniment trop et en veulent toujours plus, aggravant sans cesse un système dans lequel l’argent est accaparé.. à cause duquel ces dons sont nécessaires...et qui ne donneront jamais rien en tout état de cause

    soyez en plutôt fière.

  • Alain67200-
    Alain67200-
    Chômiste récurrent
    • Posté à 12h03 le 04/01/2011
    • Internaute 118763
      Chômiste récurrent

    En lisant les réactions moralisantes et machistes des lecteurs (elle est jolie, elle devrait se prostituer, ça lui rapporterait plus ! elle paye trop pour son téléphone ! elle a le tort de fumer, fumer c’est inutile ! et faire du piano, quelle idée : un pauvre n’a pas de besoins artistiques !), réactions si souvent abjectes dès lors qu’une personne dont les revenus et les dépenses analysées sont inférieures ou proches du revenu médian (ce que perçoit la moitié de la population - pour mémoire le revenu médian en France est d’environ 1 550 euros : Alexia est donc dans la tranche supérieure, celle des plus riches...) je comprends pourquoi Rue89 ne s’intéresse qu’à cette fraction de la population, et si possible à la fraction supérieure de la moitié d’au-dessus.

    Pas parce que ça ne correspond pas à son lectorat et qu’un petit bain de réalité lui ferait du chagrin (hormis le chic compassionnel des réactions sur chroniques à propos des SDF bien sûr, car le lecteur de Rue89 a aussi ses bons pauvres...), mais parce que les commentaires sont réellement écœurants dès qu’il s’agit de parler de la moitié ou plus de la population de ce pays...

  • evariste.lyon
    evariste.lyon répond à Alain67200-
    Antidoxeur
    • Posté à 13h00 le 04/01/2011
    • Internaute 64561
      Antidoxeur

    Même réaction qu’Alain pour le machisme et le moralisme : si les lecteurs pouvaient réfréner leurs petits fantasmes de paternalistes libidineux (certes certains lecteurs ne cumulent pas les deux adjectifs), ça serait super, merci pour elle.

  • AnSo
    AnSo
    (audiovisuel)
    • Posté à 13h05 le 04/01/2011
    • Internaute 28773
      (audiovisuel)

    Eh bien, que de commentaires machistes, c’est incroyable !

    Alexia, vous avez le mérite de persévérer, et ce qui devrait ressortir de votre témoignage, c’est que le régime d’intermittent du spectacle est de plus en plus difficile à garder, et ne permet pas aux artistes de vivre de leur art.
    Le fait d’avoir un autre travail à côté pour vivre est le cas d’énormément de comédiens, artistes du spectacle vivant, etc...
    C’était une particularité de la France, à l’origine dédiée à la richesse de la création culturelle, mais c’est en train de mourir d’année en année, à chaque négociation excluant plus de monde.

    Personnellement j’aurais juste un conseil à vous donner, en tant qu’intermittente moi-même :
    avoir de l’avance, ça passe par mieux gérer les rentrées d’argent occasionnelles pour avoir de quoi tenir quand votre employeur mets 2 mois à vous payer, ou pour les mois difficiles.

    Bon courage et bonne route !

  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 13h52 le 04/01/2011
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    Et bien moi qui a passé une partie de ma vie de l’autre coté de la caméra.....je n’ai qu’un truc a dire....fonce, tu as l’air d’aimer ce que tu fais, fonce.....y’aura des périodes très difficiles, et puis il y en aura d’autres qui te feront oublier toutes les journées passées a attendre que le telephone sonne.....et a angoisser sur un tas de conneries.....mais si tu aimes ce métier, oublie les ronds.....ça viendra tout seul ça....

    Merde !

    EDIT......tout le monde te tape dessus pour 130 malheureux euros .....les clopes, c’est super important au cinoche......les effets de fumée, pas un seul directeur photo ne voudrait s’en passer...c’est génial pour la lumière ! !

  • le vicomte
    le vicomte
    Journaliste culturel (...)
    • Posté à 15h57 le 04/01/2011
    • Journaliste 138937
      Journaliste culturel (...)

    Je comprends tout à fait la situation d’Alexia, étant moi-même animateur-radio plus présentateur sur le service public, tout cela en étant très très précaire.
    Certains mois, les revenus sont très hauts et nous amènent à devenir hautement imposables alors que nous cumulons les crédits à côté et la pression monte lorsqu’on apprend que les CDD vont s’arrêter, ce qui n’empêchera pas les créanciers publics et privés de se manifester...
    Courage à elle, aux autres (et à moi, hé hé)...La situation peut probablement s’empirer.

  • Brit_student
    Brit_student
    Étudiant
    • Posté à 23h17 le 04/01/2011
    • Internaute 136745
      Étudiant

    Alexia rien à dire. Moi dont les parents m’assurent les études et un logement à l’étranger, je trouve cela courageux d’etre « partie à l’aventure » pour faire le métier qui vous plait, métier qui souvent peut mener à l’impasse.

    De plus, à en lire vos dépenses on voit que vous arrivez à additionner vos hobbies artistiques avec une certaine débrouillardise du fait du cumul de vos petits jobs, rien à dire chapeau bas. À coté, moi qui suis un véritable panier perçé et qui n’ait à me soucier de rien, je dois dire que vous m’en bouchez un coin.

    Enfin, pour les trop nombreux commentaires machistes et/ou moralistes, n’y pretez pas attention, ce sont juste des gens frustrés qui n’ont pas eu le cran de prendre leur envol et etre eux-memes les maitres de leur destinée, ne leur en voulez pas je suis sur qu’ils en souffrent plus que vous.