Décryptage 02/01/2011 à 16h14

Ce qu'Internet a changé dans le travail (et la vie) des écrivains

Raphaëlle Leyris | Journaliste

Même Modiano ! Oui, même Patrick Modiano, collectionneur obsessionnel d’annuaires anciens, chasseur d’ombres d’un bottin poussiéreux à l’autre, a fini par se mettre à Internet.On s’en fiche ? Pas ses lecteurs : le Web a modifié l’imaginaire de l’écrivain. Ou disons, au minimum, la fin de son roman « L’Horizon », paru en mars. Révolution modianienne : les gens ne s’évanouissent plus dans la nature. Même s’ils ont changé de pays trente ans plus tôt, on peut les retrouver d’un coup de Google.

A 65 ans, Patrick Modiano est sans doute l’un de derniers écrivains français à avoir découvert Internet. Mais, comme la plupart de ses confrères, cet outil, même s’il se dit peu fan, a chamboulé son univers mental.

« Entre solennité de la lettre et bavardage anodin du téléphone »

Après des années de tâtonnement, ce sont moins les épiphénomènes de la Toile que ses constantes qui travaillent les écrivains. Internaute forcené – il a deux blogs, l’un historique et l’autre plus récent, répond dans la journée à la plupart des mails qu’il reçoit – l’écrivain et médecin Martin Winckler évoque le « ressort fictionnel » que constituent les échanges par tchats et les mails, qu’il a déjà utilisés dans « Histoires en l’air », « La Trilogie Twain » et « “Le Chœur des femmes”.

Son confrère trentenaire Arnaud Cathrine développe :

“ En tant que romancier, c’est la prise de parole qui m’intéresse. Et le mail induit une manière de s’adresser à l’autre, quelque part entre la solennité de la lettre et le bavardage anodin du téléphone qui bouleverse complètement les cases. C’est fascinant.

J’ai effleuré la question dans mon dernier roman, ‘Le Journal intime de Benjamin Lorca’, mais je vais pousser l’expérimentation plus loin. ”

Il aura fallu du temps aux écrivains pour saisir les subtilités du courriel et comprendre qu’il ne s’agissait pas que d’une lettre reçue plus vite. Résultat : on aura subi une décennie de mauvais romans épistolaires par mails avant de pouvoir en lire, enfin, un bon.

“Quand souffle le vent du nord” de Daniel Glattauer a remporté un succès mondial. Qui s’explique, au-delà de sa belle histoire d’amour virtuelle, par la façon dont Daniel Glattauer s’empare réellement du média.

Il prend en compte les différents types de langage et d’adresses qui lui sont propres (plus grand proximité, intimité plus immédiate, échanges courts ou longs en fonction des circonstances...), et, surtout, sa temporalité.

Même si on ne s’en rend pas forcément compte dans la kitschissime bande-annonce concoctée par son éditeur français. (Voir la vidéo)

“Avant, je passais un temps fou à la bibliothèque”

Si Internet s’installe dans l’univers mental des écrivains, il joue, chez beaucoup, un rôle à la fois plus prosaïque et fondamental. Son usage a révolutionné le travail de recherches, préalable à l’écriture. Et on ne parle pas seulement de Michel Houellebecq et de l’accusation de plagiat de Wikipédia portée contre lui . Il a répondu à la polémique.

Auteure de polars, Dominique Sylvain détaille les bouleversements induits dans son travail :

“ Lorsque j’ai commencé à écrire, en 1994, il fallait chercher les infos dans énormément d’endroits, interroger un nombre ahurissant de personnes. C’était coriace.

Maintenant, chaque fois que j’ai besoin de penser à un personnage, et de le visualiser dans son environnement, je vais sur Google Earth, et je me balade virtuellement dans le quartier. C’est d’autant plus nécessaire que je vis à Tokyo....

Pour un de mes romans, je devais me renseigner sur la Brigade fluviale de Paris. Impossible de parler à des policiers par la voie normale. Mais via un forum, je suis tombé sur un plongeur de la Fluviale en année sabbatique qui n’était pas soumis au devoir de réserve, et a pu m’expliquer, entre autres, comment on va repêcher un corps au fond de la Seine.

Ce n’est pas Internet contre les livres ou les rencontres : il y a un va-et-vient permanent. ”

Arnaud Cathrine poursuit :

“ Avant, disons jusqu’à il y a sept ans, je passais un temps fou à la bibliothèque de Beaubourg ou à la BNF. Maintenant, je n’y vais que très peu. En ce moment, j’écris un texte sur mes livres de chevet, parmi lesquels il y a les œuvres de la dramaturge britannique Sarah Kane.

Sur DailyMotion, je peux retrouver des extraits entiers de différentes mises en scène. C’est vertigineux.

Mais ça l’est aussi de se rendre compte qu’il y a des ‘ trous ’ sur Internet, ou que certains ouvrages sont introuvables même sur PriceMinister. Dans ces cas-là, je retourne à la bibliothèque... ”

“J’ai préféré me protéger, et protéger mon écriture”

Même si Internet les a amené à rester plus chez eux, l’outil a sorti les écrivains de leur proverbiale solitude. Quand Geneviève Brisac “ [se] sent seule au monde et pense que personne ne [la] lit ”, elle se rassure grâce aux échanges qu’elle a avec ses lecteurs (“ enfin, des lectrices à 80% ”) par mail ou via Facebook.

Dominique Sylvain, installée au Japon, se sert du site 813.fr pour rester en contact “ permanent ” avec la communauté des polardeux français. Elle trouve par ailleurs dans les échanges cybernétiques avec ses lecteurs “ une vraie source d’énergie ” :

“ Les rapports sont moins superficiels qu’on ne le dit, on va à l’essentiel. ”

Arnaud Cathrine se méfie de “ l’hystérisation des rapports ” que cette plus grande proximité auteur/lecteur apparente peut induire. Quand Emmanuelle Pagano, qui avait ouvert un blog, entre autres, parce qu’elle habitait dans un “ endroit très isolé ”, se réjouit qu’Internet soit “ un horizon de l’écriture par les liaisons, les connexions et les lectures. Il permet de lier, de lire et de relire”.

Cela dit, elle a fermé son blog, qu’elle concevait comme une “ fabrique d’écriture ” où elle exposait ses idées et documents de travail :

“ Certaines choses ont été mal interprétées, alors j’ai préféré me protéger, et protéger mon écriture. Sur Internet, il n’y a pas assez de distanciation, tout est pris au pied de la lettre. ”

Limite de l’exposition et du partage...

“ Internet relance des formes de littératures populaires”

A côté de ces auteurs “mainstream”, qui utilisent intensivement Internet mais continuent d’être publiés sur papier, il existe une branche de littérature d’avant-garde, qui ne peut exister sans le support du Web.

Professeur de littérature à Grenoble III, auteur de “Machines à écrire”, “Littérature et technologie du XIXe au XXIe siècle”, Isabelle Krzywkowski s’appuie sur l’exemple de “La Disparition du général Proust” de Jean-Pierre Balpe, texte proliférant, en constant développement, pour expliquer :

“ Internet est en train de relancer des formes de littératures populaires extraordinaires. Il y a une inventivité impressionnante qui est liée à l’évolution de l’outil. ”

Avec une conséquence :

“ Tout le monde peut se saisir de l’écriture. ”

Au temps pour les vieux réacs persuadés qu’Internet va tuer la littérature.

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  • alabergerie
    alabergerie
    http://alabergerie.wordpress. (...)
    • Posté à 16h53 le 02/01/2011
    • Internaute 81339
      http://alabergerie.wordpress. (...)

    Je ne sais plus comment on pouvait écrire sans Internet. Je cherche une référence, je cherche des avis, des sources que je veux recroiser avant de finir un paragraphe  : il me suffit de fouiller une heure, un jour, deux semaines. Je demande, dans une liste de discussion ou sur un forum, le pdf ou le scan d’un article paru dans telle revue obscure connue de seulement huit-cent spécialistes  ; on me l’envoie. Je le traduis, et ses informations me permettent de mieux écrire ma pensée, de mieux l’asseoir... Je suis moins naïf, moins péremptoire, je vais plus loin aussi...Une recherche qui jadis pouvait prendre des mois – à tel point que peut-être on ne s’y lançait pas – est maintenant possible avec si peu d’efforts qu’il faudrait être le dernier des imposteurs pour oser s’en passer, et se contenter d’affirmer.Internet, c’est la toute première merveille du monde. Les copier-coller de certains écrivaillons n’enlèvent rien à sa puissance magnifique. Et celle-ci, ô merveille, ne tient qu’à vous.Mais ce n’est pas tout ! Moi, écrivain obscur noyé dans la masse, j’ai aujourd’hui six relecteurs confirmés et sérieux, venus d’horizons différents, les uns vivant de ce côté-ci de l’Atlantique, les autres de ce côté-là. Ils me lisent et me disent  : «  attention, ici ça grippe, là on ne comprend pas... Développe, raccourcis, ne dilue pas tant, tu vas trop vite  !  »... On se renvoie les odt, les docs corrigés et recorrigés, version 8b, 8c, 9a, et peu à peu, l’histoire racontée devient inattaquable. Car c’est ça aussi, Internet  : ce que tu as écrit, tu peux le retoucher autant que tu veux  ! Si, dans huit mois, revenant sur un vieux texte, j’y découvre une niaiserie, une faute, une coquille, je corrige le texte et uploade la version propre. Aucun imprimé ne peux témoigner d’autant de soin apporté à un texte.

    • Indo
      Indo répond à alabergerie
      Etudiant
      • Posté à 04h26 le 03/01/2011
      • Internaute 138978
        Etudiant

      Internet, c’est sur, ça facilite grandement les recherches.

      Mais pour approfondir un sujet, les ressources dans le net restent limitées.

      Le travail et le devoir d’un rédacteur, qu’il travaille dans un domaine littéraire ou scientifique, est d’apporter un maximum de valeur ajoutée au net.

      Or si on se contente de pondre un article en googolisant son sujet... Bah, on ne fait que recycler, remâcher une information, elle même pas vraiment de première main.

      Ce n’est que mon avis à deux balles.

      Signé : Lien

      • Blue_tail_fly
        Blue_tail_fly répond à Indo
        Dans l'Air du Taon
        • Posté à 12h43 le 03/01/2011
        • Internaute 123618
          Dans l'Air du Taon

        Mon cher, votre « avis à deux balles » risque d’être vain, et je vois déjà qu’un « NAZE » vous a été collé. Qu’on soit « réac » ou « moderniste », un autosatisfait, ça reste un autosatisfait. (Je ne parle pas de vous, bien sûr).

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 16h48 le 02/01/2011
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Le plus important, c’est surtout ce qu’Internet a changé dans la vie des lecteurs non-écrivains..
    Qui après avoir lu des tonnes de bonnes et de surtout de mauvaises conneries s’amusent maintenant plutôt à en régurgiter et à en écrire : -)

  • vik75
    • Posté à 16h48 le 02/01/2011
    • Internaute 89761

    effet, j’aime assez cette proximité auteur/lecteur que le web peut procurer même si parfois elle n’est que marketing et ou ne sert à rien mais pas mal d’auteurs répondent à leurs lecteurs ( surtout dans les petites maisons d’éditions).je me rappelle au lycée avoir eux un échange de mail avec Michel onfray pour un TPE....
    Facebook est un bon moyen de discuter avec des auteurs...
    ceci dit, les débats/causeries dans les salon littéraires ( ex étonnants voyageurs à saint malo) sont toujours d’excellents moments avec de vrais échanges....

    Lien

    • Snolucera
      Snolucera répond à vik75
      traducteur de-en
      • Posté à 07h03 le 03/01/2011
      • Internaute 130663
        traducteur de-en

      Moi, je n’aime pas cette proximité auteur/lecteur. Comme lecteur je ne m’interesse pas tellement pour l’auteur. Et je n’ai pas envie de lui envoyer mes commentaires. En 2011 ma bonne résolution c’est d’éviter des communications personnelles et d’écrire presque exclusivement dans le domaine publique ... c’est la discussion publique qui m’interesse.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 17h14 le 02/01/2011
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Oui tout ça, c’est bien joli le fait que l’écrivain puisse se balader par Google Earth dans une ville qu’il ne connait pas, mais attention au danger de ne plus écrire que des romans hyper réels tous pareil , ce qui risque de devenir rapidement hyper chiantissime..

    Selon Baudrillard, le monde dans lequel nous vivons a été remplacé par une copie du monde, nous y recherchons des stimuli simulés et rien de plus. Baudrillard emprunte à Borges l’exemple d’une société dont les cartographes ont créé une carte si détaillée qu’elle couvre les choses même qu’elle a été conçue pour représenter. Quand l’empire décline, la carte se fond dans le paysage, et il ne reste ni la représentation ni le restant vrai, mais juste l’hyperréalité..

    Lien

    • zorbeck
      zorbeck répond à Numerosix
      • Posté à 15h21 le 03/01/2011
      • Internaute 9110

      Merci pour le lien, je dis ca en passant car le concept d’hyperréalité expliqué par des exemples que vous citez m’a permis de comprendre - aujourd’hui - pouquoi Baudrillard avait pu affirmer que la guerre du Golf n’avait pas eu lieu, et que j’ai probablement eu tort de ne plus lire une ligne de lui apres avoir pris cette énormité au sens strict, et interprété son affirmation comme un déni de réalité de sa part, à très bon marché (il y a quand meme eu au moins 100 000 morts bien réels, avant, apres, derrière, devant ou a coté des cameras).

      Comme quoi on a parfois tort d’évacuer trop vite, mais il faut bien trier..

      Dans le genre, .Albert Borgmann m’a paru moins creux : Lien

  • madame rosa
    • Posté à 18h03 le 02/01/2011
    • Internaute 87849
      bof

    Internet ne change rien à l’écriture d’un roman elle-même. Il ne fait que faciliter les recherches documentaires -hélas, souvent malheureusement : l’auteur fourgue dans ses pages tout ce qu’il a appris sur les zoulous, la vie en Amazonie, les moeurs sous louis 15, le trafic de drogue au Mexique, comment on repêche un noyé etc...et ça aide les romanciers en panne d’imaginaire, mais personnellement ce foutoir régurgité me gonfle, nous sommes loin de la littrérature-En revanche, l’écriture demeure inchangée : un auteur qui « raconte » et internet n’est plus là que comme une sorte de secrétaire moderne qui ferait un boulot de secrétaire. Qu’est-ce que ce boulot de secrétaire avec internet ou pas a à voir avec l’écriture ?
    Certains romanciers devraient faire beaucoup moins de recherches et écrire beaucoup plus.

    • zorbeck
      zorbeck répond à madame rosa
      • Posté à 15h32 le 03/01/2011
      • Internaute 9110

      D’accord avec vous sur le fond.

      Mais ne vous y fiez pas trop quand meme : malgré Internet, le botulisme, pensée vertigineuse des sommets profonds digne des plus grands (qu’attend Sarko pour se convertir ?), est bien d’aujourd’hui.

      Serait-il condamné à disparaitre ?

      Je ne le crois pas. Il est éternel. Molliere s’en moquait déja.

  • Timrun
    Timrun
    de temps en temps
    • Posté à 18h23 le 02/01/2011
    • Internaute 137889
      de temps en temps

    Internet ne va pas tuer la littérature.
    Inciter ceux qui ne lisaient pas à lire sur un autre support avant d’aller vers les livres, peut-être.
    Et puis, quand on aime la littérature on continue à acheter des livres.

    On a dit aussi que le téléchargement de films serait préjudiciable au cinéma, mais pour les amateurs de ciné, rien ne saurait remplacer le grand écran et l’atmosphère d’une salle de cinéma, les entrées dans les salles ont été en augmentation en 2010, il me semble.

  • fidal
    fidal
    guide de tourisme
    • Posté à 19h30 le 02/01/2011
    • Internaute 50600
      guide de tourisme

    Patick de Witt Ablutions.
    André Malraux les chénes qu’on abat.
    Artéres soutèrraines Warren Ellis.
    Les assoifféés.Bernard Quiriny.

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 19h44 le 02/01/2011
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    Ce qu’Internet a changé dans le travail (et la vie) des écrivains

    peuvent écrire les mains dans les poches ?

    • Mon-Al
      Mon-Al répond à jmc06
      roturière : -)
      • Posté à 20h07 le 02/01/2011
      • Internaute 24219
        roturière : -)

      Avec les pieds, alors ?

      • jmc06
        jmc06 répond à Mon-Al
        chasseur de gorille
        • Posté à 08h20 le 03/01/2011
        • Internaute 75030
          chasseur de gorille

        non plus , cherche

         
        • Mon-Al
          Mon-Al répond à jmc06
          roturière : -)
          • Posté à 00h02 le 04/01/2011
          • Internaute 24219
            roturière : -)

          Nooon, pas avec ça ! ! ! !

          • jmc06
            jmc06 répond à Mon-Al
            chasseur de gorille
            • Posté à 10h53 le 04/01/2011
            • Internaute 75030
              chasseur de gorille

            mé non ,mé non

        2 autres commentaires
    • fidal
      fidal répond à jmc06
      guide de tourisme
      • Posté à 13h14 le 03/01/2011
      • Internaute 50600
        guide de tourisme

      Et le nez dans la coco ?

      • jmc06
        jmc06 répond à fidal
        chasseur de gorille
        • Posté à 10h52 le 04/01/2011
        • Internaute 75030
          chasseur de gorille

        ça s’peut qu’il leur faut l’aspiration d’un rail, pour trouver l’inspiration

  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 20h06 le 02/01/2011
    • Internaute 73621
      (...)

    Sur le travail de l’écrivain

    il est possible de lire d’excellentes choses.
    (je ne vais pas restreindre votre champ de recherche par un quelconque bibliographie, même sommaire évoquant quelques pistes)

    Cette petite vidéo
    en est l’exact contraire.

  • Le_navire
    • Posté à 20h14 le 02/01/2011
    • Internaute 10534

    « Tout le monde peut se saisir de l’écriture »

    Pitié !

    C’est le cri de l’éditeur, le soir au fond des rayonnages de manuscrits, même virtuels...

    Non. Tout le monde peut écrire sur un blog, sur Facebook ou là où ça lui chante, pourvu qu’il arrête de se dire que ça a forcément un quelconque intérêt pour quelqu’un d’autre que ses potes et ses groupies de comptoir.

    Zut, quoi, ça devient infernal, cette manie de vouloir que tout le monde se pense écrivain parce que hein ? C’est devenu si facile... Non, écrire n’est pas facile. Ecrire demande du talent, tout le monde n’en est pas pourvu, et ce n’est pas parce que de mauvais livres sortent pour de mauvaises raisons que cela signifie que n’importe qui peut se mettre à l’écriture.

    Et avec l’arrivée des e-books, ça va prendre des proportions monstrueuses qui me terrifient. J’ai déjà à peine le temps aujourd’hui de lire les manuscrits potentiellement publiables qu’on m’envoie, comme je ferai demain si ça continue comme ça ?

    • egide
      egide répond à Le_navire
      Littéral
      • Posté à 21h33 le 02/01/2011
      • Internaute 45067
        Littéral

      Pas de panique !

      Internet ne change pas grand chose au travail de l’éditeur qui recherche vraiment des auteurs singuliers.

      La numérisation, par contre, va permettre de traiter les textes bien plus rapidement, en automatisant une partie du travail lexical.

      Il faudra toujours un lecteur professionnel pour trier ce qui échappe aux divers filtres des pré-lecteurs. J’entends par là, ceux qui sont assez avisés de l’écriture littéraire en acte et qui lisent les brouillons des auteurs.

      Si quelques textes les remuent, ils peuvent toujours prévenir les professionnels de l’édition.

      Il n’y a qu’en France que les éditeurs se plaignent du manque d’auteurs de grande qualité, en regard bien entendu d’un passé révolu et qui, surtout, n’a pas existé.

      Claude Durand, en faisant sa révérence professionnelle, a repris haut et fort ce préjugé de la médiocrité supposée des auteurs contemporains.

      Non, Internet commence d’assouvir la soif inextinguible de ceux qui ne réussiront jamais à se faire éditer bien qu’ils n’écrivent pas si mal que ça.

      Ils s’auto-publient à moindre frais, ou bien se constituent un micro-lectorat.

      Toujours ça de moins que vous aurez à écarter.

      • Le_navire
        Le_navire répond à egide
        • Posté à 10h36 le 03/01/2011
        • Internaute 10534

        1) Je suis une des premières « passionaria » du numérique, je vous rassure donc, l’outil me va très bien. Pas ce qu’on en fait côté édition ces temps-ci, ceci dit (fichus DRM, saleté de politique du livre électronique à prix exorbitant, et zut aux plateformes à la noix. Mais c’est un autre débat)

        2) Vous résumez un peu vite le métier d’éditeur, le vrai, à celui d’un lecteur même professionnel. Et ne confondez pas beta-lecture et travail éditorial...

        3)Les deux seuls textes (dans mon domaine en tout cas) que j’ai vu passer du fan art à l’édition était des daubes grotesques, ça ne présage rien de bon...

        4) Je ne me plains pas du manque d’auteurs de grande qualité (quoi qu’à part peut être les Incultes et quelques autres, je les trouve plus souvent dans des littératures de genre dont on oublie qu’elles ont beaucoup pris en maturité et sont aussi devenues le vivier d’extraordinaires talents de plume) mais de l’assaut de manuscrits médiocres dont on abreuve les professionnels dont je suis.

        5) Quant à l’auto-publication et le micro-lectorat, je n’ai rien contre bien au contraire. A condition que les choses soient claires et c’est ça qui m’inquiète. Le mélange des genres. Il existe de plus en plus côté éditeurs, où des amateurs même s’il leur arrive d’être « éclairés » prétendent à être vus comme des professionnels à travers l’usage du net. Non, on est pas éditeur juste parce qu’on sait reconnaître la qualité d’un texte, et on est pas écrivain parce que votre grand-mère s’est régalée en lisant vos histoires...

    • Errance
      Errance répond à Le_navire
      écouteur d'histoires
      • Posté à 02h39 le 03/01/2011
      • Internaute 114729
        écouteur d'histoires

      Les moyens changent, votre métier change c’est tout.

      Mais il est possible qu’un jour ou l’autre le discriminant de l’éditeur disparaisse. Est-ce que c’est une mauvaise chose ? C’est à voir...

      Maintenant l’envie d’écrire, voir de manière générale celle de raconter ont toujours été, c’est pas internet qui changera quoi que cela à ce besoin.

      Certains ont du talent, certains ont de la volonté, certains simplement du courage, cela de tout temps ont cherché a être écouté par oral ou écrit.

      Internet est juste un moyen, voir peut-être parfois une aide.

      • Le_navire
        Le_navire répond à Errance
        • Posté à 10h40 le 03/01/2011
        • Internaute 10534

        Bien sûr que le métier change ! Et heureusement, d’ailleurs !

        Quant à trouver bon que l’éditeur disparaisse... Demandez aux auteurs que vous admirez comment ils conçoivent leur rapport avec leur éditeur. Je ne parle pas de la partie commerciale du métier, dont personnellement, je me débarrasserais bien volontiers, ni de celle qui consiste à gérer la fabrication de l’objet, mais bien du travail sur le texte, du regard qu’on peut apporter à l’auteur sur son travail, et qui est le vrai corps du métier...

         
        • Errance
          Errance répond à Le_navire
          écouteur d'histoires
          • Posté à 12h12 le 03/01/2011
          • Internaute 114729
            écouteur d'histoires

          Je suis tout à fait d’accord avec vous, je n’ai pas dit que c’était bon.

          • Le_navire
            Le_navire répond à Errance
            • Posté à 14h55 le 03/01/2011
            • Internaute 10534

            OTAN pour moi, alors... ^^

            • Errance
              Errance répond à Le_navire
              écouteur d'histoires
              • Posté à 15h05 le 03/01/2011
              • Internaute 114729
                écouteur d'histoires

              cette perte de discrimination qu’apporterai la disparition des éditeurs est probablement le principal problème d’internet aujourd’hui.

        • egide
          egide répond à Le_navire
          Littéral
          • Posté à 16h09 le 03/01/2011
          • Internaute 45067
            Littéral

          mais bien du travail sur le texte, du regard qu’on peut apporter à l’auteur sur son travail, et qui est le vrai corps du métier...

          Je crois qu’il y a là une certaine confusion, seul des auteurs peuvent avoir un avis sur les textes d’autres auteurs.

          Les éditeurs employaient, et certains emploient encore des auteurs pour faire cette lecture critique du texte.

          Affirmer que ce serait l’essentiel du travail de l’éditeur me parait bien illusoire. Sauf dans le cas d’une commande, et encore ...

          L’éditeur a sa place dans la chaine du livre et bientôt des ouvrages numériques comme relais entre le lectorat et les auteurs.
          C’est l’éditeur qui oriente les auteurs vers la publication non pas en corrigeant les textes mais en faisant en sorte que le produit réalisé trouve un lectorat qui rentabilise l’investissement industriel qui caractérise la mise sur le marché culturel d’une œuvre.

          • Le_navire
            Le_navire répond à egide
            • Posté à 18h06 le 03/01/2011
            • Internaute 10534

            Pardon ?

            Alors je ne sais pas avec quels éditeurs vous travaillez (ou si vous confondez éditeur et directeur de collection, qui font le boulot d’éditeur pour des collections définies et sont souvent en effet des écrivains, mais pas toujours) mais changez-en.

            • egide
              egide répond à Le_navire
              Littéral
              • Posté à 18h57 le 03/01/2011
              • Internaute 45067
                Littéral

              L’écriture littéraire n’a pas besoin de l’éditeur.
              La publication d’un ouvrage littéraire, oui.

              C’est cette relation entre l’auteur et l’éditeur, avant la publication, si elle a lieu, qui est devenu très difficile à établir.

              L’absence de mouvement culturel ou artistique ne favorise pas ces rencontres, et la crise profonde de la presse, qui menace les encarts spécialisés, ne rend plus compte des activités de création.
              Tout au plus, l’actualité éditoriale fait l’objet de recensions selon les canons de la communication commerciale.

              Des auteurs débutants (pas forcément des jeunes auteurs) ont sans doute besoin qu’un éditeur les appuie dans leur démarche créative, c’est ainsi que je comprend votre démarche.

              Peut-être ces auteurs devraient-ils lire beaucoup plus.

              S’il est vrai que des auteurs peuvent se passer d’éditeur du moins pendant la phase de création du texte lui-même, aucun ne peut faire l’impasse sur les œuvres des prédécesseurs.

              À moins qu’il ne s’agisse de contribuer à une énième version d’une histoire dont on renouvelle au gout du jour la narration (ce qui est déjà un sacré boulot).

            • egide
              egide répond à Le_navire
              Littéral
              • Posté à 19h02 le 03/01/2011
              • Internaute 45067
                Littéral

              Si on devait déranger les éditeurs chaque fois qu’on écrit quelque chose, vous nous foutriez à la porte avec nos tapuscrits !

              Et vous avez raison.

        7 autres commentaires
  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 21h26 le 02/01/2011
    • Internaute 45067
      Littéral

    C’est un bel article sur l’extrême solitude de l’auteur littéraire en France.

    L’édition française ne va pas très bien et l’édition littéraire est asséchée par les caractéristiques actuelles du droit des contrats d’auteur, si neuves en l’occurrence puisqu’on les a mises en place en 1997.

    Ainsi, en moins de quinze ans, la nuisance des nouvelles règles a fait son effet  :
    Il est devenu presque impossible de financer les efforts de création.

    Les contenus du Web qui paraissent si riches sont très difficiles à exploiter tant la recherche y est absconse et la variété en documentation française savante tellement pauvre, à moins de s’acquitter de sommes pas banales afin d’acheter, article par article, les informations précises nécessaires à l’élaboration des sous textes.

    Après les dernières avant-gardes littéraires et artistiques qui se sont dissoutes dans les années 60 et 70 du siècle précédent, et la rapide individualisation des créateurs qui caractérise nos dernières décennies, il n’y a plus de milieu littéraire ou artistique, justes des coteries dignes des activités mondaines de Mme Verdurin.

    Il fallait bien s’attendre à cette isolation de l’auteur, à sa mort sociale et symbolique.
    Il en est ainsi depuis bien plus longtemps que ça en Amérique et en Europe du Nord.

    Cependant, contrairement à ce qui se passe en France, les universités et les industries du divertissement permettent aux auteurs littéraires de financer leurs propres recherches.

    Ici, nous croyons au père Noël, qu’il suffit d’envoyer un tapuscrit laborieusement transcris sur Word à partir des feuillets manuscrits écrit et raturés, réécrits pendant des mois dans la plus grande misère intellectuelle.

    Pour le moment, malgré la numérisation (laquelle ?), Emmaüs est la bibliothèque la plus abordable pour l’écrivain.

  • geneviève421
    geneviève421
    medecin
    • Posté à 21h34 le 02/01/2011
    • Internaute 121096
      medecin

    Je me demande ce que baudelaire aurait pu écrire s’il avait connu internet

    • A déménagé le 3 janvier_
      A déménagé le 3 janvier_ répond à geneviève421
      Psychothérapeute
      • Posté à 23h23 le 02/01/2011
      • Internaute 138017
        Psychothérapeute

      Baudelaire et les autres ?
      Moi j’aime bien le crissement des plumes d’oie, je trouve cela très chic.

    • Hulk
      Hulk répond à geneviève421
      Gros con de droite
      • Posté à 02h59 le 03/01/2011
      • Internaute 108405
        Gros con de droite

      Il aurait écrit des méchancetés sur les Belges qui sont incapables de bien utiliser internet.

      • leo s
        leo s répond à Hulk
        (...)
        • Posté à 13h17 le 03/01/2011
        • Internaute 73621
          (...)

        Charles aurait aussi pu faire des « copié-collé »
        à foison

        genre
        Hulk
        Gros con de droite
        Hulk
        Gros con de droite
        Hulk
        Gros con de droite

        Plaisante je
        année bonne & santé itou
        sincèrement

    • Blue_tail_fly
      Blue_tail_fly répond à geneviève421
      Dans l'Air du Taon
      • Posté à 10h38 le 03/01/2011
      • Internaute 123618
        Dans l'Air du Taon

      Internet ne diffuse pas encore les parfums de la nature ... Même devant un grand écran, on ne peut pas avoir la même impression que par une nuit claire sous la voûte céleste.

  • Belartvita
    Belartvita
    e-galerie d'art
    • Posté à 22h24 le 02/01/2011
    • Internaute 136485
      e-galerie d'art

    Internet nous simplifie la vie de façon incroyable. Internet s’est par exemple avéré un fabuleux outil d’information lorsque j’ai créé Belartvita, une galerie d’art en ligne Lien. Tout est devenu simple avec le web : communiquer avec des prestataires, consulter les biographies de certains grands artistes disparus, réaliser des études de marché, découvrir des artistes, prendre des contacts commerciaux, transmettre de l’information. Bien entendu, cette mine hyper facilitante n’exclut pas d’approfondir ses recherches, dans les bibliothèques, auprès d’experts ou dans les ateliers d’artistes mais quel gain de temps !
    Dans le cas de la création de la galerie d’art Belartvita, Internet a notamment permis d’accélérer les prise de contact avec les artistes grâce à la multiplicité des sources d’information : les sites multiples, les différents types de sources (écrit, photo, vidéo). Internet offre une vision à la fois globale et détaillée qui permet, parfois, de dénicher des perles ou d’établir des contacts improbables. Internet permet aussi que les artistes et les amateurs d’art débusquent Belartvita ! Et ça..je dois avouer que c’est vraiment une très bonne fonctionnalité !

    • Eden
      Eden répond à Belartvita
      Allosexuel polyglotte
      • Posté à 04h41 le 03/01/2011
      • Internaute 14568
        Allosexuel polyglotte

      ChèrE Belartvitae-galerie d’art (joli pseudo !)

      Quelle idée subtile que ce discret infomercial habilement déguisé en commentaire thématique sur un site d’information !

      Votre maîtrise du média Internet m’estomaque...

  • yabon
    yabon
    Klingon
    • Posté à 22h48 le 02/01/2011
    • Internaute 98602
      Klingon

    « Ce qu’Internet a changé dans le travail (et la vie) des écrivains »

    Le clavier, depuis que j’ai viré ma secrétaire dactylo. Il est plus sale.

    • yabon
      yabon répond à yabon
      Klingon
      • Posté à 10h43 le 03/01/2011
      • Internaute 98602
        Klingon

      Merci de me nazer, j’ai confondu avec ma machine à écrire.

  • Refuznik
    Refuznik
    dev
    • Posté à 22h53 le 02/01/2011
    • Internaute 57684
      dev

    le seul truc que je retiens c’est la notien de temporalité ; non pas que l’article de Raphaëlle soit nulle mais par contre on frise le ridicule sur les termes employés Internet à la place du web ou encore l’utilisation du terme « échanges cybernétiques ».

    Bref elle aurait pu tout aussi bien écrire un article sur les auteurs ayant découvert l’utilisation du traitement de texte qui a changé vraiment notre façon d’écrire.

    Note : Quant à Geneviève Brisac, bah désolé mais un blog n’est pas une communauté et il faut faire avec et savoir gérer le tout.

    Aux pauvres éditeurs qui doivent recevoir plus de manuscrits qu’avant mais ça c’est depuis plus de 15 ans.

    • yabon
      yabon répond à Refuznik
      Klingon
      • Posté à 10h08 le 03/01/2011
      • Internaute 98602
        Klingon

      « non pas que l’article de Raphaëlle soit nulle »

      Entre l’article et Raphaëlle, il faut choisir l’accord.

  • Hulk
    Hulk
    Gros con de droite
    • Posté à 02h11 le 03/01/2011
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    Que ça soit sur internet, sur papier ou ailleurs, ça restera surtout 95% de merde vite pissée vite consommée et encore plus vite oubliée.

    Il y a une telle production indigente déjà que je ne vois pas comment on peut se féliciter qu’internet fasse gagner du temps pour écrire. Du temps économisé pour quoi ? Pour augmenter le rendement de la production des daubes ? Trois livres nuls pour le prix d’un ?

    • Errance
      Errance répond à Hulk
      écouteur d'histoires
      • Posté à 02h28 le 03/01/2011
      • Internaute 114729
        écouteur d'histoires

      Temps économisé pour se consacrer à l’écriture et l’histoire ou son sujet par exemple.

      Bon dans mon cas même sur internet j’suis une véritable buse pour les recherches documentaires, mais c’est un autre pb.

      • Hulk
        Hulk répond à Errance
        Gros con de droite
        • Posté à 02h52 le 03/01/2011
        • Internaute 108405
          Gros con de droite

        Oui, c’est bien ce que je dis. Et 95% de la production étant sans intérêt, ça libère du temps pour produire davantage de saloperies, c’est tout. Des saloperies bien réalistes, bien documentées, mais des saloperies quand même.

         
        • Errance
          Errance répond à Hulk
          écouteur d'histoires
          • Posté à 03h02 le 03/01/2011
          • Internaute 114729
            écouteur d'histoires

          ça a été vrai de tout temps je crois, ce qui a changé c’est le nombre de lettrés.

          J’suis en train de lire « la fortune des Rouquon », la description des « lettrés » y est justement assez jubilatoire et proche de ce que tu décris là.

          J’écris, j’aime écrire, maintenant ma prose est-elle une saloperie c’est possible. Je n’ai même pas pris de risque d’affronter un éditeur.

          • Chele
            Chele répond à Errance
            • Posté à 11h17 le 03/01/2011
            • Internaute 15104

            Pourquoi dis-tu : La Fortune des Rou« qu“on ?

            • Errance
              Errance répond à Chele
              écouteur d'histoires
              • Posté à 12h17 le 03/01/2011
              • Internaute 114729
                écouteur d'histoires

              je sens une campagne anti-roux là....

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