Vos réactions 22/12/2010 à 17h42

Prières de rue : Libé cloue le bec aux laïcards (et à Serraf)



L’homme et le monstre en spaghettis volant, symbole du pastafarisme : parodie de la toile « La Création d’Adam » de Michelangelo

Je croyais que ça n’arriverait plus : il va falloir que je remercie Libé, et Joffrin par la même occasion (ce qui, pour le coup, ne m’était jamais arrivé).

Et pourquoi donc, vous demanderez-vous, cette idée aussi sotte que grenue ? Tout bêtement parce qu’après la vaticination de Serraf sur les prières de rue, en trois articles et un éditorial, Libé remet efficacement les choses en perspective (en accès payant) avec un très louable souci de pédagogie et un excellent travail de journalisme.

Hugues Serraf fâché contre Laurent Joffrin

Il a lu les mêmes articles, mais en arrive à la conclusion opposée : notre blogueur Hugues Serraf revient lui aussi sur le dossier publié par Libération, et regrette les attaques de son directeur dans l’édito : « A eux le point de vue du bon goût progressiste ; à moi la dérive lepéniste. »

Lire la note

_En premier lieu, ces articles relativisent l’ampleur de ce phénomène qu’est la prière de rue : elles ne concernent qu’une vingtaine d’endroits en France et pour des durée de l’ordre d’une heure. Pour ce qui est d’occupation et des heures-les-plus-noires-gnin-gnin-gnin, on repassera et on révisera ses cours d’histoire.

En deuxième lieu, on trouve dans ces articles toutes sortes d’informations très instructives. Par exemple, sur la superficie cultuelle moyenne disponible pour chaque musulman de France : avec un total de 300 000 mètres carrés pour une population estimée aux alentours de 6 millions de croyants, une division toute bête nous apprend que chaque croyant dispose ainsi de... 0,05 mètre carré pour remplir ses devoirs religieux.

Balayer l’argument de l’exiguïté des lieux de culte d’un revers de main comme le fait Serraf, ça devient tout de suite un petit peu plus léger. Des informations comme celle-là, les articles de Libé en sont remplis.

Les auteurs du dossier de Libération sont retournés à la loi

Un troisième motif de satisfaction que procure ce dossier, c’est que manifestement les auteurs sont retournés à la loi. La loi, ça n’a l’air de rien comme ça mais rappelons-le à toutes fins utiles, c’est le truc devant lequel tous les citoyens sont réputés être égaux et qui fait que nous vivons dans un état de droit. Bref, le genre de machin qui devrait plaire à un libéral, serait-il de gauche.

Et qu’est-ce qu’elle dit, la loi ? Celle de 1905 [ah, que voilà un lien qu’il est instructif, note de la claviste], dite de séparation des Eglises et de l’Etat, garantit la liberté de conscience et la liberté de culte (c’est l’article premier, et on ne saurait trop suggérer aux calotins antireligieux de s’en pénétrer avant de s’y référer).

Or, c’est sans aucun doute ballot, la liberté de culte comprend évidemment le libre choix par le fidèle d’une religion donnée du lieu de culte où il prétend procéder à ses rites. Si on rapporte cette liberté de culte aux 0,05 mètre carré disponibles par tête de musulman, ça vous a tout de suite une autre tête, n’est-ce pas ?

Mais la loi ne dit pas que ça, elle dit plein d’autres choses aussi. En revanche, coup de pas de chance, il y a au moins une chose qu’elle ne dit pas : elle ne dit pas qu’il est interdit de prier dans la rue. Ceux qui soutiennent mordicus le contraire sont priés de laisser le texte de loi auquel ils se réfèrent à la concierge, qui transmettra.

Or, en état de droit, ce qui n’est pas interdit est réputé être autorisé, ce devrait aussi figurer dans le b.a. ba du libéral, serait-il de gauche.

Etre un laïc, c’est aussi exiger qu’on puisse pratiquer sa religion

Et puis deux journalistes de Libé ont fait comme Serraf : ils sont allés sur place et ils ont posé des questions. Contrairement à ce qu’explique ce dernier dans sa réaction, je n’ai pas l’impression qu’ils aient vu la même chose. En toute honnêteté, je suis obligé de confesser que je ne sais pas qui, des deux journalistes de Libé ou de Serraf, s’est trompé de jour.

Reste qu’il semble bien que ces prières en pleine rue du XVIIIe arrondissement semblent ne pas émouvoir plus que de raison l’autochtone. Ben alors ?

Tout ça pour dire que je commence à en avoir un peu ras la couette de ces laïcards qui confondent laïcité et athéisme antireligieux. Ce n’est pas qu’à titre personnel j’aie une sympathie démesurée pour les religions : elles vendent un produit dont je ne suis pas client.

Pour autant, au nom de ma liberté de ne pas croire (sauf peut-être au pastafarisme : j’ai prévenu, je n’y résiste jamais !), j’exige que les croyants de n’importe quelle religion, même fondamentaliste, puisse pratiquer leur culte en toute liberté dans des conditions raisonnables de dignité à la condition expresse qu’elles (les religions) et ils (les croyants) respectent la loi républicaine.

Etre un partisan intransigeant de la laïcité, selon moi, c’est ça. Croire le contraire serait trahir la loi de 1905 qui, on l’oublie trop souvent, se voulait une loi de tolérance et certainement pas de guerre civile.

(Message personnel à Hugues Serraf : je n’ai pas de dent particulière contre vous, c’est juste que vous étiez le plus voyant.)

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  • lexcalvin
    lexcalvin
    vendeur de 747 à la sauvette
    • Posté à 03h29 le 23/12/2010
    • Internaute 120064
      vendeur de 747 à la sauvette

    Ça fait toujours plaisir de se faire insulter sur rue89 ...

    Vivement qu’on soit dans un pays où il est interdit de ne pas avoir de religion, comme ça thierry reboud n’aura plus le droit de s’exprimer, mais au fond c’est peut être ce qu’il désire ardemment.

    On vit une époque de crocodiles qui aiment les maroquiniers, finalement c’est vrai que les collabos sont partout, à gauche comme à droite :)

  • Lokiel
    Lokiel
    ex-étudiant
    • Posté à 03h29 le 23/12/2010
    • Internaute 129379
      ex-étudiant

    Posons d’abord les choses : sur le fond du problème, je vais plutôt dans votre sens, qui est celui qu’il y a effectivement énormément à faire pour que les musulmans puissent pratiquer leurs religions dans des conditions décentes et que c’est justement pour ça que ce genre de phénomène, somme toute marginal, a lieu.

    Ceci étant, vous allez un peu vite en besogne. D’abord, citer la loi de 1905 c’est bien, mais il faut la citer en intégralité. Si l’article premier dit bien que la République assure le libre exercice des cultes, il faut une petite explication de texte que tout juriste sait faire : s’agit il d’un droit de première génération (« droit de » , c’est à dire une liberté de faire quelque chose) ou de deuxième génération (« droit à » , c’est à dire l’obligation pour l’Etat d’aider à ce que ça se fasse) ? La formulation même « garantit le libre exercice des cultes » est un peu tendancieuse d’un point de vue juridique mais la présence du mot « libre exercice » comme point central de la phrase tendrait à pousser vers un « droit de » , c’est à dire que l’Etat ne doit pas aider les religions, juste s’assurer qu’il ne les empêche pas de s’exercer, volontairement ou non (et par « empêcher » il faut comprendre par une action directe) . L’article 2 confirme cela par cette formulation « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » qui est le coeur même du texte : ça confirme qu’il n’y a pas de « droit à la religion » car pour qu’il soit effectif, il faudrait subventionner ou reconnaître des cultes. En fait, ces deux articles mis bout à bout nous permettent de comprendre que l’Etat accorde aux religions une garantie fondamentale : il ne se mêlera pas de leurs affaires, ce qui passe par ne leur accorder aucune aide spécifique.

    Ensuite vous dites qu’aucun article de la loi de 1905 n’interdit les prières de rue. C’est vrai. Mais il existe d’autres textes juridiques , notamment ceux gérant l’occupation (même temporaire) du domaine public que constituent les voiries et la notion d’ordre public (désolé, pas vraiment le temps de chercher les textes ad hoc mais en l’occurrence c’est du domaine du archi balisé en droit) . En fait, il faut voir que vous ne pouvez pas « organiser » de manifestation publique dans la rue sans autorisation, surtout si vous gênez la circulation (ce qui représente là une atteinte au droit de circuler, un droit de première génération) : c’est pour ça par exemple que les commerces voulant s’étendre sur le trottoir doivent obtenir une autorisation, que les manifestations (y compris syndicales, et oui !) aussi, que... Pour des questions d’ordres politiques, ces autorisations sont rarement refusées (trop peur d’être accusés de censure) mais il y a quand même des obligations légales qui les accompagnent, notamment en terme de normes de sécurité. J’ai comme dans l’idée qu’une prière de rue ne les respecte pas vraiment, mais j’avoue ne pas être allé vérifier. Ceci étant, si l’autorisation administrative a été accordée, il n’y a effectivement à priori aucune raison de se plaindre, dans la mesure où elles sont à priori encadrées pour gêner le minimum possible et de manière sécurisée.

  • Whitney36
    Whitney36
    (en CDD depuis 5 ans)
    • Posté à 03h57 le 23/12/2010
    • Internaute 128626
      (en CDD depuis 5 ans)

    Lien

    Intéressant ...

  • blackbear-
    • Posté à 06h45 le 23/12/2010
    • Internaute 117716

    Voilà, bravo. Merci Messieurs Serraf, Reboud, Joffrin et vous tous, les islamistes ont réussit, grâce à vous, leur coup.
    On ne parlais plus de laicité, du moins on en débattait plus avec autant de passion, depuis des lustres.
    Il aura fallu quelques barbus pour semer un bordel pas possible et nous diviser sur un principe pourtant acquis depuis belle lurette.
    Et nous comme des cons on leur donne ce plaisir.
    Et puis ne soyons pas dupe, 6 à 7 millions de musulmans, pas même 10% de la population française, c’est quand même pas mal de papier à vendre, de taux d’écoute, de téléspectateurs potentiels, et ça peut influencer les annonceurs. Donc cette population il faut la carresser dans le sens du poil et traiter de raciste et de « phobe » tout bon républicain qui au nom de ses plus intimes convictions républicaine, se rebiffe. Joffrin a voulu en bon patron de presse responsable, garantir la survie économique de son canard et augmenter les tirages et les ventes. Son retournement de veste, je ne me l’explique que comme ça. Depuis quand la gauche cède devant une poignée de bigots ?
    Faut arrèter de confondre Tolérance avec Complaisance.

  • SuperLuther
    SuperLuther
    espion
    • Posté à 07h05 le 23/12/2010
    • Internaute 134524
      espion

    Il serait utile qu’un jour rue89 face un article qui explique la laïcité en France à travers chaque article de la Loi (si cela n’a pas été fait). Car manifestement le centenaire de la Loi de 1905 n’a pas suffisamment conduit à revoir ses fondements mais à seriner et colporter des slogans approximatifs complétement à côté de la plaque (avec toujours cette assurance bête que plus c’est répété et plus c’est vrai). Notamment cette sempiternelle distinction sphère publique et sphère privée qui n’a absolument aucune réalité ni juridique ni philosophique (le mot « privé » est absent du texte). Qu’on dise par exemple que les orientations sexuelles individuelles sont de la sphère privée peut à la rigueur avoir un peu de sens (quoiqu’on s’aperçoive vite que ça déborde largement dans les débats publiques), qu’on dise qu’une religion par définition « communautaire » puisse être reléguée dans la sphère privée et donc individuelle est tout simplement une bêtise (à titre indicatif la Loi de 1905 est une Loi sur les « ASSOCIATIONS cultuelles » construite sur le modèle de la 1901 sur les « associations culturelles »). Même un sot peu au fait de théorie des ensembles comprends qu’un groupe de personne (une association) ne peut pas être un individu et donc nécessite une reconnaissance spécifique. Ou alors il faut, comme dans certains états, interdire purement et simplement la (ou les) religion en question mais cela s’appelle la persécution ce qui n’est pas tout à fait la même démarche.
    Pourtant l’article 1 est quand même précis et facile à comprendre (à condition évidement de prendre le temps de lire au lieu de répéter des âneries).
    « ARTICLE PREMIER. - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public » => Outre le fait qu’il n’est absolument pas question de sphères, si on veut garder cette distinction publique/privée c’est plutôt l’inverse dont il est question à savoir que tout culte a une place dans la sphère publique mais ne saurait prétendre gouverner sur les consciences (sphère privée). Ce n’est pas exactement la même chose puisque c’est l’inverse : dans la logique des sphères c’est plutôt la privée qui est protégée (liberté de conscience).
    « ART. 2.- La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.“=> La république ne reconnait aucun culte (il n’y a pas de religion d’état) cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas de religion dans la république : il y a par exemple un ministre des cultes (surprise : c’est le ministre de l’intérieur) et le service des aumôneries qui justement garantie le libre exercice des cultes (et qui peut même être financer par elle).
    On peut estimer que c’est trop, on peut estimer que c’est pas assez, dans tout les cas c’est la Loi qui fonde les principes de la laïcité française. Le mieux pour ne pas colporter toujours les mêmes bêtises ignorantes et s’exciter contre la normalité c’est de lire le texte.

    • Monsieur Lambda
      Monsieur Lambda répond à SuperLuther
      N'importe qui, n'importe quoi, (...)
      • Posté à 11h15 le 23/12/2010
      • Internaute 61535
        N'importe qui, n'importe quoi, (...)

      Cher monsieur,

      Je trouve votre commentaire extrêmement pertinent et je tiens à vous remercier d’avoir pris le temps de nous faire partager votre très stimulante réflexion (que je partage largement, vous l’aurez compris).

      J’abonde tout à fait dans votre sens pour espérer la publication d’un article qui remettrait les pendules à l’heure sur les enjeux réels de la notion de laïcité.

      Toutefois, si vous me permettez une remarque de forme, je crois qu’il aurait été préférable que vous aériez un peu votre texte de manière à le rendre plus lisible : je crains que la masse qu’il représente ne décourage les lecteurs, ce que je trouve réellement très dommage.

      Bien à vous.

      Marcel Lambda

      • SuperLuther
        SuperLuther répond à Monsieur Lambda
        espion
        • Posté à 15h47 le 23/12/2010
        • Internaute 134524
          espion

        Merci à vous.
        Je mettrais plus de retour à la ligne la prochaine fois, promis.

    • Lokiel
      Lokiel répond à SuperLuther
      ex-étudiant
      • Posté à 16h15 le 23/12/2010
      • Internaute 129379
        ex-étudiant

      En fait, la notion de protection de la sphère publique contre les religions est moins juridique qu’historique. Elle s’est imposée quand les prêtres catholiques ont commencé à faire campagne contre la République et s’est traduite, notamment, par la mise en place d’une école laïque de manière à leur retirer la possibilité d’endoctriner les jeunes. On n’a jamais pris la peine de la poser dans la loi (probablement car c’est trop dur à codifier) mais la coutume a en droit aussi une grande importance notamment en ce qu’elle éclaire les interprétations des juges.

      Il faut noter, d’ailleurs, que notre laïcité est singulièrement apaisée par rapport à ce qu’elle était il y a un siècle. Fût une époque, nos amis radicaux n’auraient pas été contre l’idée de pendre haut et court tous les religieux.

      • SuperLuther
        SuperLuther répond à Lokiel
        espion
        • Posté à 18h27 le 23/12/2010
        • Internaute 134524
          espion

        Je suis d’accord avec vous sur l’aspect historique. Je le suis également sur l’apaisement actuel (pourvu que ça dure !), comme je le suis sur les radicaux aussi rudes que leurs adversaires cléricaux.

        Ce que je voulais surtout pointer c’est l’absurdité de prétendre refouler le religieux dans la sphère privée au sens individuel du terme, parce que d’une part ce n’est pas possible (la religion n’est pas que individuelle mais elle est aussi collective et publique) et d’autre part ce n’est pas non plus ce que la Loi met en place.

        Il faut d’ailleurs savoir que la Loi protège l’exercice du culte (si quelqu’un voulait « s’amuser » à empêcher l’exercice d’un culte ou à le troubler il est passible de sérieuses poursuites).

        Il me semble surtout que la liberté de conscience est le grand socle de cette Loi et de ce qu’elle met en place et que c’est sous cet angle là qu’il faut juger et réagir.

         
        • Lokiel
          Lokiel répond à SuperLuther
          ex-étudiant
          • Posté à 21h18 le 23/12/2010
          • Internaute 129379
            ex-étudiant

          Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous sur ce point : comme je l’ai dit, la coutume a de l’importance, même en droit. Or l’une des nombreuses fictions juridiques et politiques sur lesquelles est fondée la République française est la séparation nette entre la sphère privée et publique, même pour des actions collectives. C’est notamment cette même fiction qui est la cause de la tradition journalistique consistant à dire « on ne se mêle pas de la vie privée des hommes politiques, sauf si l’impact sur la vie politique est évident et d’importance » (tradition que l’on a longtemps reproché à Sarkozy d’avoir ébréchée ) . C’est aussi la même conception qui s’oppose au corporatisme et notamment au lobbyisme. Enfin, c’est aussi ce qu’on voit à l’oeuvre dans le refus de considérer légalement les identités régionales.

          En fait, tout se passe comme si l’on considérait que dans ce que l’on nomme abusivement la « sphère publique » et plus particulièrement dans sa partie sacrosainte qu’est la « sphère politique » , on avait affaire à des individus « absolus » et non « relatifs » : des individus dont on présuppose qu’ils abandonnent tout positionnement individualiste, toute référence à la subjectivité, pour chercher une réponse objective.

          C’est pour cette raison, en fait, que l’on tient les religions à l’écart de la politique, de la même façon qu’on tient les syndicats à l’écart : on les soupçonne de, par leur nature même, tenter d’orienter la politique au détriment de « l’intérêt général » . Alors soyons clairs : c’est une fiction, pour être efficace la sphère politique ne peut pas entièrement s’en écarter (il y a d’excellents modèles sur le sujet en sciences politiques mais je suis un peu en flemme d’ouvrir mes cours) . Ceci dit, comme beaucoup de fictions politiques, il ne faut pas interpréter cette neutralité de la sphère publique comme une donnée mais comme un objectif (tout comme le sont, par exemple, l’égalité, la liberté, la fraternité, l’indivisibilité, la nation, d’unité et de neutralité de l’appareil administratif ... La liste est longue et grandit régulièrement. Selon un adage consacré « la nation ne se croise pas au coin de la rue » , on pourrait en dire de même de la laïcité) .

          Au fond, ce que cette conception défend, c’est une idée assez noble : celle d’un Etat neutre, cherchant à tout prix un intérêt général objectif (contrairement à un modèle anglosaxon où la notion d’intérêt général a plus un sens individuel et subjectif, si tant est qu’elle existe) .

          Quel lien avec l’affaire, dès lors ? En fait, c’est cette conception qui est sous jacente à la problématique. L’Etat se veut neutre, parce qu’il cherche l’intérêt de tous. Il a donc deux choix : aider tout le monde ou n’aider personne (dans les limites d’une problématique donnée, s’entend) . Le choix que la tradition politique française a faite a été de n’aider personne, de peur de soulever la problématique de la distinction entre équité et égalité (ou dit autrement, faut il donner autant à tous ou en fonction des besoins ? Comment évaluer les besoins en questions ?) , choix dont on perçoit aujourd’hui les limites. C’est pour cette même raison qu’il a longtemps tenté de limiter à la sphère privée les choix religieux (basiquement, parce qu’il considérait que la sphère publique est celle des citoyens et non des individus, c’est à dire celle de la neutralité et de l’objectif, d’où l’interdiction des signes religieux « ostensibles et ostentatoires » à l’école par exemple. De même parce que, selon la bonne vieille conception « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » , il faut s’assurer que l’exercice du culte n’empiète pas sur les droits d’autrui, comme par exemple celui de dormir sans être réveillé par un angélus) . C’est un choix, qui a les défauts de ses qualités : il garantit une certaine sérénité et évite (du moins limite, vu que notre droit a encore quelques beaux fleurons d’influence catholique) les accusations de partialité mais en même temps rend compliqué l’exercice de la liberté religieuse. Comme il l’a fait pour les partis politiques (à l’origine, les partis politiques, une invention francofrançaise, étaient considérés comme une corruption de la démocratie en ce qu’elle éloignait les hommes politiques de la recherche de l’intérêt général au profit d’affrontements partisans et de la logique de groupe, phénomène qui s’est accentué avec ce que l’on appelle le fait majoritaire sous la Vème République. On a longtemps écarté autant que possible les partis de la vie politique jusqu’à ce qu’on accepte qu’ils soient indispensables et qu’on mette en place des mécanismes leur permettant de fonctionner. On voit donc les mêmes ressorts à l’oeuvre : le désir d’un espace public neutre, objectif, individuel au sens où chaque citoyen s’y retrouve théoriquement seul, débarrassé de l’influence des groupes auxquels il adhère à titre privé) , il a dû s’adapter pour laisser aux religions une porte d’entrée sur l’espace publique : leur permettre d’organiser leurs grands rassemblements, de transmettre leurs valeurs, ... De même, il a dû admettre qu’il ne pouvait pas ne pas s’occuper un peu des affaires religieuses, ne serait ce que pour garantir l’ordre public (par exemple, interdire les proclamations religieuses antisémites ou assurer la sécurité lors des manifestations religieuses) .

          Donc tout ça pour dire quoi ? En un mot comme en cent, la laïcité ne saurait se limiter à la loi de 1905 : c’est un objectif et une pratique qui a irrigué toute la tradition politique française moderne et qui est elle même un dérivé un peu spécial de l’un des points fondateurs de cette tradition, la neutralité de l’espace public. La laïcité ne saurait être un absolu : une séparation totale des deux sphères est aussi ridicule qu’inenvisageable. Elle ne saurait non plus ne pas exister, au risque d’un système encore pire que celui que l’on a actuellement, dirigé par des intérêts particuliers et profondément inéquitable. La question est donc celle du niveau de la barre entre particularisme et (excusez le néologisme) objectivisme. L’équilibre qui avait été trouvé avant l’essor de l’Islam en France n’est à ce niveau plus valide : contrairement à d’autres arrivants (le bouddhisme, par exemple) l’Islam a de gros besoins en termes d’infrastructures pour pouvoir être pratiqué, besoins comparables aux autres religions du Livre qui elles, cependant, bénéficient de l’équilibre précédent et de ses aménagements institutionnalisés (financement déguisé de lieux de cultes, par exemple). Il est évident qu’il faut faire quelque chose, mais ça ne signifie pas jeter la laïcité aux orties, juste aménager certaines formes d’aides pour rétablir l’équilibre. En revanche, je ne vois pas de raisons particulières pour aménager les questions d’ordres publics et de respect de la liberté des autres, même s’il est possible qu’il y en ait et que ça m’échappe.

          • SuperLuther
            SuperLuther répond à Lokiel
            espion
            • Posté à 07h39 le 24/12/2010
            • Internaute 134524
              espion

            Je comprends mieux effectivement ce que vous appeliez « coutume » (je n’étais pas sur la même longueur d’onde), et je vous remercie pour cette description claire et instructive.

            Je reste néanmoins très mal à l’aise avec cette distinction privée/publique (et surtout avec l’usage grossier qui en est souvent fait) même si je comprends parfaitement la nécessité de neutralité de l’espace publique et que j’y adhère sans réserve.

            Si c’est une distinction qui pouvait être relativement claire et opérante dans les débuts de la république et jusqu’à une époque récente, j’ai l’impression que c’est beaucoup moins le cas : la tendance à la « privatisation » y est sans doute pour beaucoup.

            Du coup tout en respectant strictement les lois (pas de raison d’aménager les questions d’ordres publiques en effet), l’état a quand même intérêt à rétablir un équilibre avec l’Islam vis à vis des autres (catholicisme, protestantisme, judaïsme) et fonder avec lui un contrat social plutôt que justement laisser ses financements à l’opacité d’apports privés.

            • Lokiel
              Lokiel répond à SuperLuther
              ex-étudiant
              • Posté à 09h30 le 24/12/2010
              • Internaute 129379
                ex-étudiant

              En soi, la privatisation n’est pas vraiment un problème, vu que c’est plus proche du mécénat. Certes, les entreprises en retirent un bénéfice en terme d’image mais je vois mal les religieux adapter leurs discours à leurs intérêts (encore que ça pourrait être drôle « prions le grand maschamaoui et rappelons que jusqu’à la fin du mois mac donald fait un menu enfant à moitié prix ! » ) . Et de toute façon, quand bien même, ça n’est pas vraiment le problème de l’Etat mais des fidèles.

              Non, le vrai problème, en fait, est propre à l’Islam. Le manque d’infrastructures cultuelles musulmanes (du fait de leurs gros besoins en la matière et de leur relative nouveauté, du moins dans ces proportions et avec les mêmes droits que tout le monde, sur le territoire) pousse les musulmans, bien naturellement, à vouloir en construire. Pour ça, il faut des fonds. Ne pouvant en obtenir de l’Etat français ou des collectivités, ils se tournent vers des donateurs étrangers : grands mécènes internationaux, Etats arabes, ... Le problème est que ces généreux donateurs s’en servent comme levier politique pour faire passer leurs intérêts et idéologies et que ceux ci nous sont souvent bien peu favorables (sans quoi, ils n’auraient pas vraiment besoin de claquer du pognon dans ce qui est ni plus ni moins qu’une opération de lobbying) . C’est ainsi que, de fait, les intégristes ont bien plus de moyens financiers en back up que les modérés ET qu’ils servent de courroies de transmission à la politique étrangère d’autres Etats en France, Etats qui ne sont pas au dessus d’utiliser cette manne pour obtenir la nomination de tel ou tel imam et qui obtiennent ainsi un puissant levier d’influence sur l’une des plus grosses minorités françaises. Et c’est comme ça que l’on importe les conflits du moyen-orient (atchoum, Israël-Palestine, atchoum) dans nos banlieues.

              C’est en fait un élément classique des questions identitaires : le racisme des uns (ceux refusant la création de mosquées) provoque la radicalisation et l’instrumentalisation des autres (les musulmans, bien qu’il faille rappeler que les extrémistes restent largement minoritaires) ce qui en retour légitime à postériori les premiers qui peuvent se la jouer « on vous l’avait bien dit ! » .

              La solution pour à la fois conserver la neutralité de l’espace publique et repousser cette radicalité est en fait assez simple en théorie, plus compliquée en pratique, car elle n’est pas légale mais d’ordre culturelle : il faudrait, si l’on vivait dans le monde des bisounours, que des mécènes français financent massivement la création de mosquées en France là où le besoin s’en fait sentir. Ainsi, les musulmans n’auront plus besoin d’avoir recours aux financements étrangers, l’Etat n’aura pas à mettre les mains dans le cambouis et ne verra pas sa neutralité remise en cause, les mécènes gagnent des bons points en termes d’images, on éventre le choc des civilisations et on le pend par les boyaux, on oblige le FN à se positionner clairement (« attendez, je comprends pas : ces mosquées sont construites légalement, sans argent public, sans influence étrangère et sans plus d’extrémistes que dans nos églises. Pourquoi vous n’en voulez pas, madame le Pen ? “ ) , ... Bref, tout le monde y gagne (sauf le FN, les islamistes et nos copains moyen-orientaux, mais hé, c’est la vie !) .

              • SuperLuther
                SuperLuther répond à Lokiel
                espion
                • Posté à 05h59 le 25/12/2010
                • Internaute 134524
                  espion

                Le Pen et sa clique trouveront d’autres prétextes malheureusement puisque leur vrai motivation ce n’est pas la laïcité mais la xénophobie.
                Mais le mécénat est certainement une piste en effet.

                • Lokiel
                  Lokiel répond à SuperLuther
                  ex-étudiant
                  • Posté à 06h42 le 25/12/2010
                  • Internaute 129379
                    ex-étudiant

                  Je ne dis pas que ça va les guérir (la philosophie comme la psychologie ont montré que l’extrémisme, notamment le racisme, sont des problèmes mentaux avec lesquels on ne peut raisonner. Voir l’excellent livre de Bronner par exemple, récemment sorti, sur la psychologie de l’extrémisme) . Ceci étant, ça leur retire un prétexte et empêche des phénomènes de cercles vicieux.

            • Lokiel
              Lokiel répond à SuperLuther
              ex-étudiant
              • Posté à 09h34 le 24/12/2010
              • Internaute 129379
                ex-étudiant

              edit : fausse manip, double post.

            • Lokiel
              Lokiel répond à SuperLuther
              ex-étudiant
              • Posté à 22h21 le 25/12/2010
              • Internaute 129379
                ex-étudiant

              A ce sujet, voici ce que dit le « lexique des termes juridiques » Dalloz (Dalloz est LA référence des juristes français, leurs dictionnaires, revues et livres sont souvent le premier réflexe d’un juriste cherchant quelque chose en France) , édition 2005, sur la coutume :

              « coutume [droit civil]

              Règle qui n’est pas édictée en forme de commandements par les pouvoirs publics, mais qui est issue d’un usage général et prolongé et de la croyance en l’existence d’une sanction à l’observation de cet usage. Elle constitue une source du droit, à condition de ne pas aller l’encontre d’une loi » .

              (J’ai mis ici la définition du droit civil, générale, plutôt que les définitions propres au droit international, au droit constitutionnel ou au droit du travail qui ne sont cependant pas très éloignées) .

              On voit, en fait, que la coutume est une source de la jurisprudence (puisqu’elle n’est pas écrite et que la jurisprudence est, par définition, le droit non écrit) et, je pense, plus particulièrement des principes (un type particulier de normes dégagées par la jurisprudence) . En fait, on pourrait à mon avis définir la coutume comme une « jurisprudence en devenir » .

              • SuperLuther
                SuperLuther répond à Lokiel
                espion
                • Posté à 09h15 le 26/12/2010
                • Internaute 134524
                  espion

                Merci pour la précision.
                Je pars en vacances (je boucle les valises) donc bonnes fêtes à vous.

        8 autres commentaires
    • Simplicius Simplicissimus
      • Posté à 10h55 le 24/12/2010
      • Internaute 84029

      Excellent commentaire, merci.

      EDIT : je viens de voir ce que vous a dit lambda et la réponse que vous lui avez mis, je suis d’accord avec lui. Ca sera mieux si vous faites plus de retour à la ligne et et aussi si vous passez une ligne entre les paragraphes.

    • Salaves
      Salaves répond à SuperLuther
      Métallo
      • Posté à 21h25 le 24/12/2010
      • Internaute 5988
        Métallo

      En somme vous réclamez la reconnaissance du communautarisme.
      Concept qui est contraire à notre République telle qu’elle s’est formée.
      Les pays qui sont organisés par communautés sont-ils le bon exemple ?
      Quant à votre commentaire de l’article 1 de la loi de 1905, vous en faites une interprétation qui n’est que personnelle.

      Perso, je suis d’accord pour revoir la loi de 1905,mais pas pour l’adoucir, plutôt pour la renforcer.
      Chacun son opinion.

      • SuperLuther
        SuperLuther répond à Salaves
        espion
        • Posté à 05h45 le 25/12/2010
        • Internaute 134524
          espion

        Je ne parle pas de reconnaissance du communautarisme. Si pour vous communauté (groupe) = communautarisme évidement y a de quoi être crispé.
        La renforcer (comment ?) risque justement de créer des tensions communautaristes.
        Chacun son opinion certes, mais tous dans le même bateau, ne l’oubliez jamais.

  • Thierry L
    Thierry L
    Observateur impliqué par des (...)
    • Posté à 07h52 le 23/12/2010
    • Internaute 78860
      Observateur impliqué par des (...)

    Et oui ; vu qu’il y en a qui se promènent en soutane dans la rue, pourquoi d’autres ne pourraient pas y prier ?
    Quant à la Laïcité, il faut faire attention ; entre de mauvaises mains un mauvais usage pourrait en être fait ...

    • Eva.Joly
      Eva.Joly répond à Thierry L
      Clone-Bendit
      • Posté à 11h00 le 23/12/2010
      • Internaute 126873
        Clone-Bendit

      Vous vous réveillez d’un long coma ? Dites-moi donc où vous trouvez des curés en soutane dans la rue ? Et quel rapport avec ceux dont on parle ici, c-à-d ceux qui prient dans la rue, aidés par les laïcs défendant et aidant le droit religieux mal-à-propos ?

      • Thierry L
        Thierry L répond à Eva.Joly
        Observateur impliqué par des (...)
        • Posté à 11h22 le 23/12/2010
        • Internaute 78860
          Observateur impliqué par des (...)

        Je ne sais pas qui est dans le coma, actuellement.
        Une personne en soutane dans la rue, oui j’en ai vu une dernièrement.
        Une autre en tenue de « bonne soeur », avec cornette, aussi (obsolète la tenue, il est vrai), cet été dans la même ville.
        Peut-être que dans un cas et/ou l’autre, ils s’agissait de « faux » religieux, qui sait ?
        Cela ne m’a pas empêcher de dormir et de manger.

         
        • Eva.Joly
          Eva.Joly répond à Thierry L
          Clone-Bendit
          • Posté à 12h34 le 23/12/2010
          • Internaute 126873
            Clone-Bendit

          Ou de drag-queens ou d’enterrement de vie de jeune fille /garçon.

          De là à en faire une généralité ou un lieu commun pour étayer vos propos...

          • Lokiel
            Lokiel répond à Eva.Joly
            ex-étudiant
            • Posté à 21h22 le 23/12/2010
            • Internaute 129379
              ex-étudiant

            Ce n’est pas beaucoup plus marginal que le port de la burka (quelques centaines d’individus en France) et pourtant on a bien fait une loi sur cette dernière... De plus l’article cite des chiffres sur la pratique de la prière dans la rue qui démontrent que ce n’est ni une « généralité » ni un « lieu commun » , donc pourquoi monter l’un en épingle et pas l’autre ?

            • Eva.Joly
              Eva.Joly répond à Lokiel
              Clone-Bendit
              • Posté à 10h37 le 24/12/2010
              • Internaute 126873
                Clone-Bendit

              Le but politique du port des habits de drag-queensn’ étant pas foncièrement avéré, je préfère une loi sur la burka qu’une relative aux plumes dans le derche.

              • Lokiel
                Lokiel répond à Eva.Joly
                ex-étudiant
                • Posté à 10h51 le 24/12/2010
                • Internaute 129379
                  ex-étudiant

                Et le but politique des habits monacaux portés en pleine rue, par exemple ? Aucune interdiction n’est fait aux religieux de s’habiller normalement hors de leurs fonctions...

                • Eva.Joly
                  Eva.Joly répond à Lokiel
                  Clone-Bendit
                  • Posté à 11h35 le 24/12/2010
                  • Internaute 126873
                    Clone-Bendit

                  Vous faites tourner en rond cette discussion, non ?

                  • Lokiel
                    Lokiel répond à Eva.Joly
                    ex-étudiant
                    • Posté à 12h03 le 24/12/2010
                    • Internaute 129379
                      ex-étudiant

                    Vous évitez une question vous mettant face à vos contradictions, non ?

                    • Eva.Joly
                      Eva.Joly répond à Lokiel
                      Clone-Bendit
                      • Posté à 17h52 le 24/12/2010
                      • Internaute 126873
                        Clone-Bendit

                      Ah bon ! laquelle ?

                      Je vous dit que les curés en soutane que vous voyez dans la rue sont des drag-queens il y a 3 ou 4 contributions et vous me les ressortez ici en me disant que c’est une contradiction... Mais non, je pensais vraiment ce que j’écrivais.

        7 autres commentaires
  • A déménagé le 16-01-2012
    • Posté à 08h28 le 23/12/2010
    • Internaute 30191
      non connue

    Quand il y a des gdes messes cathodiques et catholiques,pour honorer un gd de la République (laïque .... !), qui s’offusque des écrans installés dehors pour que tous ceux qui n’ont pu entrer dans le lieu puissent en profiter ? (idem pour les matchs de foot, autre religion).Bcp de bruit pour rien...

  • mon petit doigt
    • Posté à 08h40 le 23/12/2010
    • Internaute 64887
      sans

    La religion ne devrait pas poser de problèmes s’il y a problèmes c’est parce que à un moment donné il y a eu manquement,incompréhension,toute religion a pour principe de développer les qualités de chaque individu et qui sont mis à la disposition des autres donc ça déborde forcément dans le domaine public,vous ne pouvez pas empécher quelqu’un d’être généreux par exemple.Aucune religion ne peut se targuer d’être meilleurs que d’autre si il y a volonté de domination et d’imposition ça n’ira pas,une religion doit être proposée à chaque individu au sein des familles.L’homme se doit de s’instruire et se mettre à la portée des moins instruits et c’est comme cela que l’humanité progressera.

  • SamuelT
    SamuelT
    Annimateur en CDL, militant (...)
    • Posté à 08h49 le 23/12/2010
    • Internaute 59079
      Annimateur en CDL, militant (...)

    Chère Thierry,

    J’aimerais répondre point par point à ton argumentaire.

    Premier argument que tu avances : le phénomène des prières de rues n’est pas un phénomène de masse, pas de quoi donc fouetter un chat.

    La question n’est évidemment pas celle du nombre mais celle du principe, c’est la question du principe qui est soumise au débat ne serait-ce que parce que si le phénomène tendait à se massifier - ce qui est le cas -, ton argument sauterait aussi tôt.

    Deuxième argument : suivant le présent calcul ( 300 000 / 6 000 000 = 0,05 ) il n’y aurait pas assez de lieu de culte puisque chaque musulman dispose de seulement 0,05 m2 pour prier... Je passe sur la méthode ( rigoureusement scientifique ... ) qui t’amène à ce genre de conclusions idiotes à partir du moment où dans les 6 000 000 de français de confessions musulmane, tous ne pratiquent évidemment pas il faut même dire que c’est une minorité et qu’au sein de cette minorité tous ne font pas toutes les prières du vendredi ... Ce qui augmente donc considérablement le métrage à disposition !

    Mais le problème, encore une fois ce n’est pas le métrage et oui l’argument du nombre de lieux cultes peut être balayé ( et même si il nous en plait, d’un revers de main ) car à partir du moment où ce n’est pas à la République de financer des lieux de cultes, ce n’est pas non plus à elle de se préoccuper de savoir si il y en assez ou pas. C’est aux fidèles de répondre à cette question car même si on admettais qu’il n’y en avait pas assez, j’aimerais bien savoir ce que tu propose en alternative ? A part le statut-quo ou une alternative non conforme à la loi - ou en tous cas à son esprit - je ne vois pas...

    Le troisième argument c’est : en un la loi de 1905 garantie la liberté de culte [ oui c’est vrai, mais ne pas pouvoir prier dans la rue, n’a rien à voir avec le fait de pas pouvoir exercer son culte ], en deux cette liberté de culte c’est aussi pouvoir choisir son lieu de culte [ tout à fait, mais la rue n’en est pas un ], et en trois que cette loi n’interdit pas en soit de prier dans la rue [ c’est vrai, elle renvoi cette question au bon vouloir des maires, le débat reste donc pleinement ouvert ....].

    Le quatrième argument qui consiste à dire que les journalistes de libés ont « enquêté » et que d’après leur enquête les voisins ne sont pas gênés et donc que boaf, boaf, c’est bon quoi ... N’est vraiment pas sérieux. Premièrement « l’enquête » de libé n’est absolument pas un instrument de mesure objective du ressentis et de l’avis des voisins et quand bien même il le serait, je crois que jusqu’à preuve du contraire le quartier de la rue mytha, n’est pas un état autonome et donc dans le présent débat mon avis de non-riverain compte autan que l’avis du riverain, puisqu’il s’agit d’un débat sur la façon dont on organise notre vire-ensemble, un débat éminemment politique et pas simplement d’un débat sur l’impacte d’un manifestation hebdomadaire sur l’organisation de la vie du quartier. Sinon n’étant toi même pas riverain tu n’aurait aucune légitimité à écrire sur ce sujet....

    • PIT LE CHIEN
      PIT LE CHIEN répond à SamuelT
      Wouaooouh!
      • Posté à 10h22 le 23/12/2010
      • Internaute 25924
        Wouaooouh!

      Il vaut mieux connaitre une situation pour pouvoir la commenter avec pertinence. L’article de Libération me semble tout à fait juste.
      .La (petite) rue Myrha à Paris, fermée à la circulation avec autorisation de la Préfecture UNE FOIS PAR SEMAINE chaque vendredi pendant (horreur !) UNE HEURE ne gêne que les véhicules de guerre - 4x4, hummers...- des marchands de fringues , lesquels, c’est affreux doivent faire un léger détour.

      Quant aux piétons, ils peuvent passer. Personnellement, fréquentant ce quartier, je ne le fais pas par respect pour ces personnes qui, elles, sont gênées de devoir prier dans ces conditions, attendant toujours leur lieu de Culte qui tarde à venir et ce,
      malgré les déclarations du Maire de Paris « vrai laïc tolérant vis-à-vis des religions » (sic) qui revendique son choix à à contribuer à résoudre l’inégalité indigne faite aux musulmans à Paris en faisant avancer les travaux de la nouvelle Mosquée.

      Il faudrait être sot pour ne pas comprendre que ce débat opportuniste émanant des seuls xénophobes et racistes de notre pays vient à point relayer le discours et les méthodes sécuritaires de votre Président pour favoriser sa ré-élection.

  • Jerome_B
    • Posté à 08h57 le 23/12/2010
    • Expert 81512

    En mon sens, le problème est double :
    1. en tant que pur athée, je ne trouve pas acceptable que des gens utilisent l’espace public pour des manifestations religieuses
    2. Le « phénomène » est un épiphénomène parisiano-parisien qui concerne 10 rues en France et que l’extrême droite est en train d’instrumentaliser à des fins électorales.

    Tout cela, comme toujours avec l’extrême droite, relève du fantasme pour faire peur, car la peur est le terreau de leur électorat ..... ça me fait penser à mon oncle, électeur FN, qui me racontait, il y a quelques années que tous les arabes (les « gris » comme il dit) recevaient des frigos et de la nourriture gratuitement de la part de la municipalité juste parce qu’ils étaient arabes ...... le fantasme à l’état pur ..... et aujourd’hui, il me raconte que des arabes font des rituels où ils brulent le drapeau français etc ....... bref, toujours la fantasme, la peur etc ......

    Pour répondre à ces mouvements irrationnels, je crois qu’il faut être clair et sûrs de soi :
    1. Les « prières de rue » ne sont ni un phénomène de société ni un danger pour qui que ce soit, ce sont des épiphénomènes, des faits divers.
    2. On doit faire appliquer la loi et trouver les meilleures solutions pour que ça ne se reproduise plus et on n’en parlera plus.

    Arrêtons d’alimenter les fantasmes de l’extrême droite et soyons clairs sur les situations et leurs solutions ........

  • domaris
    domaris
    chef de projets
    • Posté à 09h28 le 23/12/2010
    • Internaute 131389
      chef de projets

    Oui, oui, oui, il faut que chacun puisse pratiquer sa religion dignement, dans de bonnes conditions. Si les musulmans ont si peu d’espace, alors il y a un problème, c’est évident.
    Perso, je ne comprenais pas ce problème de prière dans les rues car je n’en ai jamais vu. Encore un phénomène mineur qu’on généralise !
    Mais bon, ça me semble quand même être du bon sens de ne pas pratiquer sa religion dans la rue, quand même. Nos convictions (religieuses ou autres d’ailleurs) nous sont propres et les déballer comme ça sous le nez de tous me semble... limite indécent. Les opinions religieuses me semblent être quelque chose d’intime et si l’on veut tous pouvoir cohabiter ensemble dans la diversité, je ne crois pas judicieux de se montrer comme ça. encore une fois le « et si tout le monde faisait pareil ? » peut s’appliquer. On sait tous que ce serait du grand n’importe quoi et que ça attiserait les tensions.
    Ensuite, je ne connais pas les raisons exactes qui ont poussé ces personnes à prier dans la rue. Peut-être était-ce pour pousser un coup de gueule contre le fait qu’il n’y a pas assez de mosquée, à la manière d’une manifestation. Ça me semble la raison la plus logique et dans ce cas-là je les comprends grandement. Après tout, quand on n’est pas d’accord avec quelque chose, on aime manifester en France et c’est notre moyen de vouloir faire avancer les choses.

  • thylkerisis
    thylkerisis
    Graphiste
    • Posté à 09h32 le 23/12/2010
    • Internaute 110318
      Graphiste

    Libé à écrit pas mal de conneries aussi ^^
    Un coup il offrent une tribune à Roudinesco pour descendre Assange et wikileaks, la semaine d’après ils hébergent Wikileaks...

    Ne pas oublier que dans ce n° ils parlent aussi des chrétiens d’Iraq... Qui eux ont d’autres soucis que de savoir s’ils peuvent ou non prier dans la rue.

  • Epaulardon
    Epaulardon
    Informatique
    • Posté à 10h38 le 23/12/2010
    • Internaute 68535
      Informatique

    C’est tout le paradoxe du laïc :
    Défendre le droit à la liberté de culte de personnes qui lui ôterait ce même droit s’ils étaient majoritaires.

    Il suffit d’ouvrir n’importe quel livre d’histoire pour s’en rendre compte, chrétiens ou musulmans.

    • Foster
      Foster répond à Epaulardon
       ?
      • Posté à 12h18 le 23/12/2010
      • Internaute 69593
         ?

      Et je dirais même que c’est tout le paradoxe du gauchiste de bon ton de défendre les libertés de personnes qui (pour un certain nombre d’entre elles) tendraient à ôter les libertés autres que celles du culte.

  • Eva.Joly
    Eva.Joly
    Clone-Bendit
    • Posté à 10h53 le 23/12/2010
    • Internaute 126873
      Clone-Bendit

    C’est assez piquant de lire Libération reprendre (pour lui tirer les oreilles), un confrère de gauche.

    Pour le reste, les calculs d’apothycaire appliqués aux catholiques montreraient qu’ils feraient mieux de prier à la maison au vu du nombre d’églises qui sont dé-sanctifiées.... le nombre de musulmans non pratiquants étant passé sous silence avec un soucis de la mesure égal en tout point avec le ’nombre’ de musulmans en France (environ 6 Mo...)...

    Ce que Libé ne dit pas (ni personne d’autre d’ailleurs), c’est qu’un musulman turc n’ira jamais prier dans une mosquée saoudienne, ni surtout iranienne (et le saoudien non plus...). Ils ne peuvent pas se voir en peinture, question religion (AhAhAh ! ! !)

    Alors le remplissage des mosquées par les croyants à la sauce Libé, c’est tout autant grotesque et déplacé que les vingt lieux où on prie dans la rue.

    • Foster
      Foster répond à Eva.Joly
       ?
      • Posté à 12h22 le 23/12/2010
      • Internaute 69593
         ?

      C’est vrai qu’il y a conflit entre musulmans d’obédiences différentes.

      Autre chose que personne ne dit, c’est qu’il y a parmi les musulmans des anti-libertaires auprès desquels Marine Le Pen est une gentille modérée.

  • WhiteWarrior-
    • Posté à 11h10 le 23/12/2010
    • Internaute 129329

    Libé ferait mieux de clouer le bec aux islamistes (oui , mais çà, ce serait plus risqué, y compris sans doute pour l’intégrité physique des journalistes). Alors on fait dans la facilité, et on hurle avec les loups, çà ne mange pas de pain. La loi de 1905 en son temps a bien servi pour casser du catho (à l’époque des Inventaires dze sinistre mémoire et du « petit père Combes », qui lui en effet fut un laïcard de la pire espèce), mais elle ne saurait bien sûr être appliquée avec la même rigueur à la RATP (Religion d’Amour, de Tolérance et de Paix) qui est celle, dans l’inconscient collectif de l’extrême gauche et d’une partie de la gauche françaises, des nouveaux « damnés de la terre »....

  • monty
    monty
    en liberté
    • Posté à 11h16 le 23/12/2010
    • Internaute 124724
      en liberté

    C’est pas les lieux de culte qui manque en France, des églises il y en a partout, héritage de de nos ancêtres.

    juifs, chrétiens et musulmans vénèrent le même dieux (C’est le gar qui a créé la vie sur terre). pourquoi ne pratiqueraient-ils pas leurs rites religieux dans un lieux commun à des horaires différents ?

    Messieurs et mesdames les utilisateurs de ces lieux de culte, un peu de charité religieuse ne vous oblige t-il pas à partager avec vos semblables ? la situation de ces prieurs de rues ne vous émeut-elle pas ?

    N’y a t-il pas aux abords de la rue Myrha une église qui pourrai leur servir pour prier ?

    Bon revenons sur terre et en France. Les chrétiens ou les juifs sont-il prés à mettre à disposition leur lieux de culte à des musulmans pour prier le même dieux avec des mots différents ?
    Et ces mêmes musulmans sont-il prêt à aller prier dans des lieux de culte qui ne porte pas le nom de mosquée ?

    J’ai pas la réponse car je ne fais pas parti de monde des religions.
    Mais vous les pratiquants de la RELIGION (toutes mouvances confondues) si vous lisez ce forum de Rue 89, avez vous la réponse ?

  • gladiateur thrace
    gladiateur thrace
    prothesiste dentaire
    • Posté à 11h25 le 23/12/2010
    • Internaute 55071
      prothesiste dentaire

    MA CONTRIB. :
    Lien

  • gladiateur thrace
    gladiateur thrace
    prothesiste dentaire
    • Posté à 11h25 le 23/12/2010
    • Internaute 55071
      prothesiste dentaire

    OU BIEN :
    Lien

  • Gilgamesh157
    Gilgamesh157
    Raleur professionnel
    • Posté à 11h56 le 23/12/2010
    • Internaute 26876
      Raleur professionnel

    Qu« ils pratiquent bien la religion qu’ils veulent les religieux, sérieux j’en ai rien à battre, par contre qu’ils aillent pas nous casser les machins.
    Pas de financement public pour les religieux que ça soit pour un monument, une école ou une émission télé sur le service public (oui la messe sur France 2 par exemple tôtalement illogique).
    Et je mets au même rang toutes les religions quelle qu’elles soient...
    Je trouve le titre très provocateur comment voulez vous qu’un type nous cloue le bec sans avoir moyen de répondre qu’il vienne sur le net le joffrin après on verra s’il cloue le bec des laïcards.

  • mister_funky
    mister_funky
    Lebenskuenstler - vous savez ce (...)
    • Posté à 12h13 le 23/12/2010
    • Internaute 109664
      Lebenskuenstler - vous savez ce (...)

    Sarraf est un blogueur pénible - à mon humble goût - et c’est juste chose quand il se fait remettre en place. Ce n’est pas la première fois qu’il patauge sur des terrains glissants. C’est certes courageux mais chez lui, cela se traduit hélas souvent par une bonne glissade.
    Il a - toujours à mon humble avis - des arguments de comptoir et un raisonnement qui donne plus envie de froncer les sourcils, hausser les épaules ou expirer/soupirer un grand coup que de mettre en route ses neurones.
    Remettons à leurs places respectives les logorrhées de fin de soirée parisienne et le travail de blogueur.Je ne suis pas toujours d’accord avec Joffrin mais il fait son boulot, et généralement plutôt bien.
    Bon, voilà, je me suis lâché ... et ça ne m’excite même pas !
    D.

  • dobedub
    dobedub
    etudiant
    • Posté à 12h18 le 23/12/2010
    • Internaute 130359
      etudiant

    Premièrement, c’est absurde de diviser la surface des mosquées disponible par le nombre de musulmans français, car comme vous le savez très bien, nombreux sont ceux qui ne vont pas à la mosquée ! Imaginez qu’on divise le nombre de français qui se disent cathos par la surface totale des églises, alors que 99% de ceux qui se disent cathos n’y mettent jamais les pieds !
    Mais il y a évidemment un problème, si la mosquée est pleine et bien il faut en construire d’autres là où elles sont pleines...et personnellement, je ne vois pas pourquoi la France devrait laisser des gens prier dans la rue, qu’ils soient bouddhistes cathos, shinto, musulmans, juifs ou autres ! Ils ont choisi d’être religieux, et bien ce choix ne doit pas s’imposer aux autres, c’est pourquoi il est urgent de répondre à ces masses religieuses en leur construisant de nouveaux lieux de culte

  • depassage102
    depassage102
    mieux !
    • Posté à 12h31 le 23/12/2010
    • Internaute 58299
      mieux !

    ...l’Islam est une superstition, comme toutes les autres religions, qu’ils arrêtent de faire chier en territoire LAÏC.

    Le monde est vaste, à Rome on fait comme les Romains, libre aux barbus de toutes obédiences de trouver société à leur calotte.

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