A débattre 22/12/2010 à 19h45

Hôpital : « Je suis surpris quand un patient ne m'insulte pas »

Judith Duportail | Journaliste


Dans les hôpitaux parisiens, rien que pour l’année 2010, les agressions physiques ont augmenté de 26% selon l’AP-HP (Assistance publique-hôpitaux de Paris). Le manque d’effectif, les temps d’attente toujours plus longs et la fatigue de l’ensemble du personnel créent un climat favorable aux altercations, notamment aux urgences.

Samedi 18 décembre au soir, les urgences de l’hôpital Mondor à Créteil sont chargées. La neige a causé accidents et blessures. Vers 22 heures, un patient pète les plombs : il met le feu à un chariot de soins avec son briquet. Il est rapidement maîtrisé, la police étant déjà sur les lieux. L’homme, à bout de nerfs, attendait qu’on le prenne en charge depuis plusieurs heures.

Les « craquages » des patients se multiplient dans les hôpitaux publics de région parisienne selon l’AP-HP. 69 soignants ont été victimes de coups et blessures en 2009 en région parisienne. A la mi-2010, il y en avait déjà 87.

Sur toute la France, l’Observatoire national de la violence en milieu hospitalier (ONVH) comptait plus de 3 000 atteintes aux biens et aux personnes dans les hôpitaux en 2009, dont 80% envers le personnel. Un chiffre en constante progression depuis 2006.

Les insultes, une routine ?

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cette hausse de la violence à l’hôpital : la crise -et la plus grande dureté des rapports sociaux qu’elle entraîne- mais aussi, plus prosaïquement, les réductions d’effectifs dans les établissements, qui allongent les temps d’attente et réduisent la qualité de l’accueil.

« Quand je passe une journée sans me faire insulter par les patients, je suis surpris. Je me suis déjà fait menacer avec un couteau, étrangler, j’ai pris des coups de poing sur la tête », lâche Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Il poursuit :

« Je suis intervenu sur un arrêt cardiaque lundi soir avec le Samu. La première chose qu’a faite la famille, c’est de nous hurler dessus et de mettre des coups de pied aux pompiers. Ils trouvaient qu’on avait mis trop de temps à venir, ils paniquaient complètement. Ils m’ont dit que j’irais en enfer ou qu’ils allaient me buter, je ne me souviens plus. »

Les services d’urgences sont les plus concernés par la violence. Stress, douleur, attente forment un cocktail explosif. Le professeur Christophe Prudhomme, médecin urgentiste membre de l’Amuf, estime que le manque de personnel y est également pour beaucoup :

« Les conditions d’accueil aux urgences sont scandaleuses. Les patients attendent des heures. Je comprends qu’ils s’énervent ! Nous n’avons pas assez de personnel pour les prendre en charge dignement. »

Pour Marie-Christine Fararik, représentante de Sud-santé à l’AP-HP, la difficulté d’accès à l’information est source d’angoisse pour les patients :

« Dès qu’on parvient à expliquer pourquoi il doit attendre à un patient, pourquoi il passe après un autre cas qui est beaucoup plus grave, les relations sont apaisées. Mais les infirmières n’ont parfois pas même le temps d’expliquer ça. Et à l’hôpital Béclère, il n’y jamais assez de chaises pour les patients, ils doivent s’asseoir par terre, vous imaginez ! Ça les énerve. »

Le sous-effectif pousserait à bout le personnel présent. Il serait alors moins apte à prendre en charge les patients, comme en témoigne Mathieu (le prénom a été modifié), ambulancier :

« J’habite loin de mon lieu de travail. Du coup, j’essaie au maximum de regrouper mes heures, il m’arrive de faire des journées de plus de onze heures. C’est vrai que je suis à cran et beaucoup plus irritable. Ça ne doit pas aider un patient déjà énervé... »

Des vigiles aux urgences

Pour canaliser cette violence, l’AP-HP a embauché des vigiles chargés de faire régner l’ordre dans les services d’urgence. « Franchement, les infirmières avaient la trouille, la nuit, avant l’arrivée des vigiles », confie Marie-Christine Fararik.

L’AP-HP assure avoir monté un groupe de travail pour réfléchir aux solutions à apporter en amont. Le personnel d’accueil bénéficie aussi de formations « patients agressifs », comme le raconte Sidonie (le prénom à été modifié), secrétaire administrative aux urgences à l’hôpital Pitié-Salpétrière à Paris :

« Quand un patient s’énerve, nous insulte ou quoi que ce soit, on m’a appris à répondre par la douceur. J’ai eu une formation spéciale. Plus il crie, plus je parle doucement. Il se sent un peu bête comme ça. Les patients veulent tout tout de suite. Et quand on ne peut pas répondre à leur demande, ils s’insurgent : “Je veux parler à la direction !” »

Patrick Pelloux, médecin urgentiste président de l’Amuf, rappelle que l’agressivité est aussi un symptôme :

« Un jour, on a eu un patient extrêmement violent aux urgences, il voulait cracher et taper sur tout le monde. Nous avons appelé la police. Bien plus tard, nous avons compris qu’il avait un hématome au cerveau, ce qui peut engendrer des délires violents. Pareil avec un autre patient en hypoglycémie, ce qui rend très agressif. Notre habitude à la violence nous fait louper des diagnostics. »

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  • monOpinion-
    monOpinion- répond à Yvon le Zébulon
    Coon & Friends
    • Posté à 20h13 le 22/12/2010
    • Internaute 22434
      Coon & Friends

    Vous semblez peut être oublier que la plupart des patient sont des personnes agées, qui parfois ont des pathologies comme Alzheimer. Ces patients là mordent, insultent, et crachent sur leurs propres enfants, alors pourquoi voudriez vous qu’ils s’y prennent autrement avec des infirmiers stressés ?

  • sevinilud
    sevinilud
    GAULOIS
    • Posté à 20h53 le 22/12/2010
    • Internaute 27066
      GAULOIS

    j’ai eu à faire aux urgences d’un hôpital important. je suis resté sagement assis en attendant mon tour pendant 3h00, mais peu importe, ce n’était pas vital. par contre, bizarrement je n’ai pas trouvé le temps long parce que le spectacle était permanent, hallucinant. j’ai vu des internes dans un état de stress incroyable, j’ai pensé que ces pauvres personnes n’iraient pas jusqu’à 65 ans, ils deviendraient très vite leur propre client. mais que faire sinon renforcer les équipes notamment au tri préalable des patients et....créer une brigade canine pour calmer les esprits.

  • baba264
    baba264
    Analyste
    • Posté à 20h58 le 22/12/2010
    • Internaute 92323
      Analyste

    Que dire si ce n’est que cet article tire un triste constat... Malheureusement, la seule solution crédible à ce problème n’est pas tant l’embauche de vigiles mais plutôt celle de personnels soignants et de personnels d’accueil qui malheureusement n’aura probablement pas lieu.

    Je suis en général le premier à condamner toute forme de violence et à prôner le calme et le dialogue, mais il faut bien reconnaitre que le contexte d’une salle d’urgence est très particulier.

    On est généralement amené à attendre plusieurs heures dans des conditions d’attentes qui seraient déplorables pour un patient en bonne santé et qui sont intolérables pour quelqu’un qui souvent souffre de façon aigüe.
    Or si une chose peu pousser les gens à bout c’est bien la douleur physique combinée à la fatigue morale.
    Si on ajoute au paysage un personnel soignant qui a bon fond mais qui est souvent tellement fatigué qu’il traite les patient avec autant de considération que du bétail, on comprend que la situation a plus souvent qu’ailleurs l’occasion de dégénérer.

  • Grosse_deprime
    Grosse_deprime
    infirmiere
    • Posté à 22h39 le 22/12/2010
    • Internaute 137843
      infirmiere

    Etant infirmière, je viens de m’inscrire pour participer à la ’conversation’. J’ai lu pas mal de commentaires disant que la violence est le résultat d’un comportement inadéquat de la part du personnel des urgences. Dans l’absolu, c’est possible.

    Mais ce qu’il faut savoir, c’est que les gestionnaires des hopitaux demandent aujourd’hui à leur personnel médical et paramédical une mission impossible : prodiguer des soins de qualité, à tout le monde, mais avec moins d’effectifs et parfois aussi moins de matériel. De l’autre coté, les citoyens attendent cette qualité comme un dû, au motif qu’ils cotisent et qu’ils sont malades, ce que je comprends. S’ajoute effectivement la douleur et le stress, qui est même parfois plus important chez la famille que chez le patient lui même. (les cas les plus délicats sont souvent ceux impliquant des bébés / jeunes enfants).

    Vous, l’infirmier, l’aide soignant, l’interne, vous êtes au milieu et en première ligne. Et malgré toute votre bonne volonté, vous n’en faites jamais assez au regard de ce que l’on attend de vous, mais aussi des théories de soins idéales que l’on vous a enseignées en formation, et qui sont inappliquables sur le terrain.

    Vous n’avez pas le temps de réaliser une tache (exemple : réaliser un électrocardiogramme, donner un antalgique) que la liste s’est déja allongée de plusieurs autres. Le téléphone sonne toutes les 2 minutes, et vous devez répondre. On vous interpelle sur le chemin pour des questions, des nouvelles, et vous devez répondre aussi, ca fait partie du boulot, même si vous êtes encore plus en retard, et risquez de vous désorganiser et commettre des erreurs.

    Vous arpentez les couloirs en long, large et travers, jonglez physiquement et mentalement, tel un garçon de café sur une terrasse bondée l’été, sauf qu’il ne s’agit pas de sodas avec ou sans glaçons... Nous avons à peine le temps de délivrer les médicaments prescrits, effectuer les actes techniques (prises de sang, cathéters, sondes, etc) et remplir la paperasse médico légale. Alors l’écoute et le soutien psychologique passe au second plan.

    Ce n’est pas qu’on ne veut pas, c’est une question de gestion des priorités et d’équité entre tous les patients que nous avons à gérer simultanément.

    Ce scénario, c’est tous les jours ou presque qu’il se répète, si bien que même le soignant le plus dévoué et empathique devient fatigué, irritable, et commence à manquer de recul sur les situations qu’il rencontre. D’où la difficulté à gérer psychologiquement les situations explosives. C’est humain. Venez faire un stage d’observation ne serait ce qu’une semaine et vous comprendrez.

    La durée moyenne d’exercice d’un infirmier en milieu hospitalier est de 7 ans. Si l’on continue dans cette voie, il sera de plus en plus difficile de trouver des gens acceptant toutes les contraintes du métier (pénibilité physique, psychique, travail de nuit, week end, fetes) pour continuer à soigner, secteur public et privé confondus.

    Ce jour là, les gestionnaires commenceront à se poser des questions. Mais ce sera trop tard, et les dégats pour la société irréversibles.

  • I.P
    I.P répond à arg
    Flat4
    • Posté à 01h18 le 23/12/2010
    • Internaute 25391
      Flat4


    autre chose : les directeurs d’hopitaux adorent ce merdier aux urgences : beaucoup de passages , en majorité de la traumatologie mineure donc pas d’hospitalisation : c’est tout benef ! ça fait du chiffre , les administratifs adorent ( nous , 50 000 passages par an aux urgences ! ouaiis ! !)

    Pour être passé deux fois aux urgences en 2009 (en accompagnant) et une fois en 2010 (sur un brancard avec les pin-pons) je n’ai pas du tout eu cette impression.
    Ok c’est en province, peut être que la situation est largement différente de Paris, mais il n’y avait ni bordel, ni traumatologie mineure dans ce que j’ai pu voir.
    Du coup je me suis même senti gêné de monopoliser un espace privatif pendant toute l’après-midi -les ambulanciers avaient tout arrangé sur place avant de démarrer- alors que j’aurai très bien pu attendre sur mon brancard dans le couloir et laisser la place à des gens peut-être plus mal en point.

  • MamaPacha
    • Posté à 02h18 le 23/12/2010
    • Internaute 109998

    allez, treve des confiseurs

  • HabitantDuMonde
    HabitantDuMonde
    Plus de télé depuis 19 ans.
    • Posté à 09h38 le 23/12/2010
    • Internaute 116611
      Plus de télé depuis 19 ans.

    J’ai travaillé dans une dizaine de services à l’AP-HP en tant que contractuel, de la crèche à la chambre mortuaire, et j’ai jamais vu un service où l’on manquait de personnel. Bien au contraire !
    Je rêve qu’un jour les journalistes pensent un peu par eux-même au lieu de se laisser simplement prendre par la main par un ou une infirmière cgtiste pour une visite guidée.

    Mais bon c’est vrai qu’en France il n’y a « que » 30% de personnel en plus dans l’hôpital public qu’en Allemagne par rapport au nombre d’habitants.

  • Stylite
    Stylite
    Medecin
    • Posté à 13h02 le 23/12/2010
    • Internaute 95903
      Medecin

    Bonjour à tous,
    Interne de chirurgie faisant plus de 100 heures de garde par mois j’ ai souhaité réagir :
    - service d’ urgences ? : quelle proportion de patients relèvent de l’ urgence ? Mon expérience m’ incite à répondre : peu. Exemple d’ « urgences » habituelles en pédiatrie : otite, angine, gastroentérite sans aucune complication et jamais examinées par le médecin traitant ; en gériatrie : placement par des maisons de retraite pour altération de l’ état général, évoluant depuis plusieurs, jours voire semaine ; ivresse sur la voie publique, recueil de SDF par les pompiers... La liste est trop longue et trop détaillée. Ces patients sont bien malades mais doivent ils être pris en charge dans un service de médecine spécialisée ?
    - Alors pourquoi viennent- t il aux urgences ? Les médecins de ville consultent sur rendez vous avec horaire de bureau, pas de service de garde en ville. Docteur Queen femme médecin que tu viens chercher le dimanche pour la gastro de ton gosse tu la trouveras pas dans son cabinet mais aux urgences. Qui deviennent l’ unique présence médicale la nuit ou les jours fériés.
    - Enfin la médecine moderne demande toujours plus d’ examens complémentaires, parfois demandés aux urgences par le médecin traitant, car le delai d’ attente en ville est trop long.
    Petite ouverture pour susciter le débat : si les médecins (généralistes et spécialistes confondus) de ville avaient la même disponibilité que les urgences leur crédit serait considrablement augmenté ; respectés cela légitimerait leurs demandes d’ augmentation d’ honoraires. A vouloir faire une médecine des 35 heures en oubliant la part qui relève du sacerdoce on devient de simples prestataires de service. Et traité comme tels. Ce commentaire ne concerne pas le personnel paramédical bien sur.