L'edito 21/12/2010 à 23h00

« Un voleur de mobylette risque plus qu'un député fraudeur »

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Une mobylette garée contre un panneau « Stop » (Garuna bor-bor/Flickr).

Triste spectacle mardi à l’Assemblée nationale, où les élus du peuple ont décidé, comme l’a parfaitement résumé le député apparenté socialiste René Dosière, qu’« un voleur de mobylette risque désormais plus qu’un député fraudeur ! ».

Il faut dire que la coincidence était fâcheuse pour la majorité, entre l’adoption de la loi Loppsi2, un fourre-tout sécuritaire en droite ligne avec le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, et la valse-hésitation et le compromis indigne de l’UMP sur la peine encourue par les élus qui mentiraient sur leur déclaration de patrimoine.

La Loppsi, une nouvelle couche sécuritaire inutile

L’adoption de la Loppsi2 était attendue, et, comme le fait systématiquement Nicolas Sarkozy depuis des années, tant au ministère de l’intérieur qu’à l’Elysée, cette loi rajoute de la sévérité et de la complexité là où existent déjà de nombreuses lois qui ne parviennent parfois même pas à être mises en oeuvre.

Peu importe, l’heure est à l’affichage sécuritaire, et les élus UMP soumis à la surenchère du Front national pourront s’abriter derrière ce catalogue d’une centaine de mesures pour montrer qu’ils « en ont », pour reprendre l’expression de Dominique Paillé, le conseiller de l’Elysée, à propos de Nicolas Sarkozy et des retraites.

Au passage, ils auront autorisé l’identification d’une personne par ses empreintes génétiques, le développement de la vidéosurveillance, le renforcement des polices municipales, l’instauration de peines planchers en direction des auteurs de violences aggravées qui ne concernaient jusqu’ici que les multirécidivistes, ou encore le durcissement des sanctions en matière de délits routiers...

Et même le retour de la « double peine » pour les étrangers reconnus coupables de crimes, revenant sur un progrès réalisé par Nicolas Sarkozy alors qu’il était à l’intérieur, au risque de se retrouver en contradiction avec la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

La gauche et les associations se sont opposées à cette loi, et ont promis de revenir en arrière si la gauche remporte les élections de 2012.

Psychodrame à l’UMP

Mais ce vote déjà passablement controversé, qui doit encore être confirmé au Sénat, serait mieux passé si l’UMP n’avait vécu, en parallèle, un psychodrame aux allures de faute politique, le premier faux pas du nouveau tandem à la tête du parti majoritaire, le « patron » Jean-François Copé, malencontreusement en vacances à ... Cuba au moment du drame, et Christian Jacob, son successeur à la tête du groupe parlementaire, laissé seul à la manoeuvre.

Copé et Jacob ont en effet poussé un amendement visant à s’opposer à la création d’une incrimination pénale spécifique pour les députés faisant de fausses déclarations de patrimoine, une mesure pourtant consensuelle à droite comme à gauche.

A l’arrivée, devant le tollé, ils ont retiré leur amendement, mais, dans un indigne compromis, les députés ont adopté une disposition selon laquelle tout député qui aura omis « sciemment » de déclarer son patrimoine, ou en aura fourni une évaluation « mensongère », pourra être puni de 30 000 euros d’amende et, même de la privation de ses droits civiques, mais pas de la peine de prison prévue initialement dans le texte. Une concession faite à Christian Jacob.

Avec leur initiative, Copé et Jacob ont fait voler en éclat le consensus autour de cette question, y compris dans leur propre camp, puisque François Fillon, le premier ministre, dont on sait qu’il était favorable à l’incrimination, s’est courageusement abstenu de participer à la réunion du groupe parlementaire pour ne pas se mêler de la querelle.

Mais il fallait entendre l’ancien patron de l’UMP, Xavier Bertrand, récemment poussé hors de la présidence de l’UMP par Jean-François Copé, juger cette initiative « incompréhensible », tout comme les élus du Nouveau Centre qui l’ont jugée « inadmissible ». Le patron des députés NC François Sauvadet, a vu le piège en s’exclamant :

« Je ne comprends pas que l’on adresse aujourd’hui ce signal à l’opinion publique ! »

Et c’est à René Dosière qu’est revenu le meilleur résumé de la journée peu glorieuse de l’Assemblée dominée par l’UMP :

« Le signal envoyé, le jour du vote de la loi sur la sécurité (Loppsi 2), c’est qu’un voleur de mobylette risque plus qu’un député fraudeur ! »

La « République exemplaire » de Nicolas Sarkozy en aura pris un coup de plus ce mardi, avec une majorité qui ne sait plus où donner de la tête, affolée par la (re)montée du Front national et donnant dans la surenchère sécuritaire, tout en alimentant le « tous pourris » cher au FN et repris en choeur par Marine Le Pen, en minimisant le risque pour les élus menteurs.

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    consultant dans les Landes
    • Posté à 09h58 le 22/12/2010
    • Internaute 31087
      consultant dans les Landes

    La Fontaine
    Livre Premie
    fable 1
    Les Animaux malades de la peſte.

    Un mal qui répand la terreur,
    Mal que le Ciel en ſa fureur
    Inventa pour punir les crimes de la terre,
    La Peſte (puis qu’il faut l’appeller par ſon nom)
    Capable d’enrichir en un jour l’Acheron,
    Faiſoit aux animaux la guerre.
    Ils ne mouroient pas tous, mais tous eſtoient frappez.
    On n’en voyoit point d’occupez
    A chercher le ſoûtien d’une mourante vie ;
    Nul mets n’excitoit leur envie.
    Ni Loups ni Renards n’épioient
    La douce & l’innocente proye.
    Les Tourterelles ſe fuyoient :
    Plus d’amour, partant plus de joye.
    Le Lion tint conſeil, & dit ; Mes chers amis,
    Je crois que le Ciel a permis
    Pour nos pechez cette infortune ;
    Que le plus coupable de nous
    Se ſacrifie aux traits du celeſte courroux,
    Peut-eſtre il obtiendra la gueriſon commune.
    L’hiſtoire nous apprend qu’en de tels accidens
    On fait de pareils dévoûmens :
    Ne nous flatons donc point, voyons ſans indulgence
    L’état de notre conſcience.
    Pour moy, ſatisfaiſant mes appetits gloutons
    J’ay devoré force moutons ;
    Que m’avoient-ils fait ? Nulle offenſe :
    Meſme il m’eſt arrivé quelquefois de manger
    Le Berger.
    Je me dévoûray donc, s’il le faut ; mais je penſe
    Qu’il eſt bon que chacun ſ’accuſe ainſi que moy :
    Car on doit ſouhaiter ſelon toute juſtice
    Que le plus coupable periſſe.
    Sire, dit le Renard, vous eſtes trop bon Roy ;
    Vos ſcrupules font voir trop de delicateſſe ;
    Et bien, manger moutons, canaille, ſotte eſpece,
    Eſt-ce un peché ? Non non : vous leur fiſtes Seigneur
    En les croquant beaucoup d’honneur.
    Et quant au Berger l’on peut dire
    Qu’il eſtoit digne de tous maux,
    Eſtant de ces gens-là qui ſur les animaux
    Se font un chimerique empire.
    Ainſi dit le Renard, & flateurs d’applaudir.
    On n’oſa trop approfondir.
    Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puiſſances,
    Les moins pardonnables offenſes.
    Tous les gens querelleurs, juſqu’aux ſimples maſtins,
    Au dire de chacun eſtoient de petits ſaints.
    L’Aſne vint à ſon tour & dit : J’ay ſouvenance
    Qu’en un pré de Moines paſſant,
    La faim, l’occaſion, l’herbe tendre, & je penſe
    Quelque diable auſſi me pouſſant,
    Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
    Je n’en avois nul droit, puis qu’il faut parler net.
    A ces mots on cria haro ſur le baudet.
    Un Loup quelque peu clerc prouva par ſa harangue
    Qu’il faloit dévoüer ce maudit animal,
    Ce pelé, ce galeux, d’où venoit tout leur mal.
    Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
    Manger l’herbe d’autruy ! quel crime abominable !
    Rien que la mort n’eſtoit capable
    D’expier ſon forfait : on le luy fit bien voir.
    Selon que vous ſerez puiſſant ou miſerable,
    Les jugemens de Cour vous rendront blanc ou noir.