Portrait 21/12/2010 à 16h14

FN : week-end lillois avec une « mini-Marine » de 20 ans

Nolwenn Le Blevennec | Journaliste Rue89

Idées, discours, ambition : la jeune frontiste Stéphanie Koca marche dans les pas de Marine Le Pen, « son mentor ». Rencontre.


Sa ressemblance avec Marine Le Pen saute aux yeux. Physiquement, d’abord. Elle est blonde, massive, avec une voix grave, presque rauque. Stéphanie Koca, 20 ans, est également la benjamine du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (Marine y a débuté sa carrière). Le reste du temps, elle fait des études de droit, comme son modèle.

Le surnom « Mini-Marine » n’est donc pas usurpé. D’ailleurs, Stéphanie Koca ne s’en offusque pas. Elle considère la vice-présidente du Front national comme « son mentor ». Sur les murs de sa chambre et de sa cuisine, des citations de Marine Le Pen sont épinglées, pour une bonne hygiène de vie (« La formule du succès en trois mots : du travail, du travail, du travail », 4 septembre 2010).

Comme la plupart des cadres du FNJ, jeunes et pro-Marine, Stéphanie Koca a également une pensée politique calquée sur celle de son idole. Elle débite des idées extrêmes avec un sourire entendu, comme si elles relevaient du bon sens. Samedi, devant un chocolat chaud, elle a accepté de raconter la militante qu’elle est devenue.

A 16 ans, première dose de Jean-Marie Le Pen

Stéphanie Koca est née en région parisienne en 1989. D’un père artiste peintre (« de l’abstrait ») qui fait des petits boulots et d’une mère archiviste, catholique pratiquante, qui a alors 45 ans.

Aujourd’hui, ses parents sont tous deux sympathisants FN et vivent à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Ils y sont parfois insultés par des immigrés, dit-elle.

Le père de Stéphanie, Frank, Américain d’origine tchèque, a immigré en France à 30 ans, pour faire des études d’art. Il n’est jamais reparti, parce qu’il a épousé Françoise. Et avec elle, la loi, la culture, les valeurs françaises. Seul son accent très marqué trahit ses origines.

C’est Frank qui a accompagné pour la première fois Stéphanie aux fêtes bleu-blanc-rouge du Bourget. A 16 ans, elle y prend sa première dose de Jean-Marie Le Pen : « Il était juste et bon », dit-elle. Imposant et autoritaire, aussi, comme son père. Elle prend immédiatement sa carte et commence à coller.

Au lycée, elle ne se cache pas. Mini-Marine ne s’est jamais sentie rejetée à cause de son engagement politique. Difficile à croire. Elle finit par se souvenir :

« En première, mon prof de maths m’avait reconnue sur une photo du magazine Choc. C’était entre les deux tours de 2007, au QG de Le Pen. Il l’a dit devant toute la classe. Le reste de l’année n’a pas été évident. »

Les partiels, après le congrès

L’année après son bac, Stéphanie Koca milite encore plus. Elle participe à la campagne des européennes et monte dans la caravane des plages qui va du Mont Saint-Michel à Calais. En décembre 2009, inimaginable : Marine Le Pen lui propose d’être quatrième de liste dans le Nord. Elle est élue conseillère régionale en mars 2010.

Cela fait partie de la stratégie du parti de mettre des jeunes sur les listes électorales, pour les adoucir. Mais, selon plusieurs cadres, Stéphanie transcende sa condition de gadget. « Elle a de l’avenir », dit Louis-Armand de Béjarry, cadre du Nord. « A l’époque, La Voix du Nord, Nordway, Le Monde et la télé ont parlé de moi », dit-elle, avec l’air d’aimer ça.

En plus d’être conseillère régionale, elle est secrétaire régional du FNJ dans le Nord-Pas-de-Calais et présidente du comité de soutien des jeunes pour Marine Le Pen. Le droit, cela passe après : « J’ai loupé ma première année à 1,5 point. Cette année, je retente ma chance par correspondance » (les partiels sont juste après le congrès du FN, mi-janvier).

Les idées extrêmes de Stéphanie

Mini-Marine passe plus de temps à potasser le programme de grande Marine et à l’expliquer aux militants qu’à réviser. Avec aisance, elle décline dans tous les domaines l’idée de préférence nationale. En économie, ça donne : « Je préfère aider une entreprise de Marcq-en-Baroeul qu’une entreprise chinoise installée en France. » Pourquoi ? « C’est logique. » Pourquoi c’est logique ? « Bah, c’est logique. »

Sur les questions sociales, Stéphanie est plutôt sur une ligne progressiste (critères frontistes). Elle est pour l’avortement, « mais pas trente fois dans une vie ». Les homos ? « Je ne suis pas contre tant qu’ils ne font pas de proxénétisme, euh... prosélytisme. » Puis : « Je suis pour tuer les détraqués sexuels récidivistes. »

Sinon, elle pense comme Marine Le Pen que les prières de rue sont une forme d’occupation et se demande au passage pourquoi les musulmans auraient le droit à des pauses plusieurs fois par jour pour prier, « alors que les autres travaillent ».

Enfin, selon elle, la Shoah a bien eu lieu, mais sans surprise : « Il y a plusieurs films sur le sujet, ces derniers mois. Il n’y a pas qu’eux qui ont souffert, il y a eu l’Algérie », dit-elle.

Un drapeau français au-dessus de son lit

Son chocolat chaud terminé, Stéphanie nous emmène faire quelques courses de Noël. Au Furet du Nord, elle achète pour sa mère le livre « Chers élus, ce qu’ils gagnent vraiment », de Vincent Quivy (par ailleurs blogueur sur Rue89). A la caisse, en feuilletant Marianne, elle tombe sur l’édito de Jacques Julliard consacré à Marine Le Pen :

« Il parle de la haine sociale du FN, c’est vraiment exagéré. »

En fin de journée, elle accepte de nous faire monter chez elle. Dans sa chambre, un immense drapeau français surplombe son lit. Cela fait un choc.

Dans sa bibliothèque, on trouve « La Vie de Maurras » d’Yves Chiron ou « Eric Zemmour, une supercherie française » de Mohamed Sifaoui, le Coran, le dernier livre de Florence Aubenas et le DVD du « Monde de Narnia ».

Sur son canapé, elle nous parle de ses amis. Stéphanie traîne avec des gens qui pensent comme elle : 80% de ses copains sont frontistes. Mini-Marine (« c’est la centième fois qu’on me pose la question ») dit qu’elle pourrait tomber amoureuse d’un Arabe ou d’un juif. « S’il y a un coup de foudre, s’il y a un coup de foudre », répète-t-elle comme pour s’en convaincre.

Pour le moment, c’est avec un membre du FNJ niçois qu’elle sort (une photo de lui avec Marine Le Pen lui sert de fond d’écran sur son ordinateur).

Dimanche à la salle des fêtes de Beaumont


Stéphanie Koca et Marine Le Pen le 19 décembre à Beaumont (Nolwenn Le Blevennec/Rue89).

Dimanche matin, Mini-Marine nous emmène au dernier meeting de campagne de Marine Le Pen pour la présidence interne. « C’est le grand jour. Elle a choisi un lieu symbolique pour clore sa campagne. » C’est son copain Kevin, assistant d’Eric Dillies, secrétaire de la fédération du Front national Nord-Flandre, qui nous conduit en voiture à la salle des fêtes de Beaumont.

Il a les cheveux relevés sur le devant, écoute radio Galaxie et fume beaucoup. Sinon il est accueillant, et vient d’arrêter sa capacité de droit, pour servir le parti. Dans la voiture, ils parlent ensemble des derniers ragots sur les cadres du FN : Johnny, Michel, Fanny, Sylvie et Lucienne.

Ils racontent qu’un organisateur, militant depuis des années, a l’habitude d’égayer les meetings en invitant des groupes de musique ringards. La dernière fois, il y avait un fakir qui avalait des couteaux en faisant des bruits bizarres : « C’était une catastrophe. J’espère que cette fois, ce sera mieux. »

En arrivant, Stéphanie installe deux tables pour vendre des T-shirts « Les gars de la Marine » et des exemplaires du livre de Marine Le Pen, « A contre flots ».

« Je lui souhaite le même parcours »

Marine Le Pen finit par arriver vers 13 heures, lui claque la bise, « Ça va Stéphanie ? ». Elle nous dit : « C’est une militante de terrain très dynamique. C’est rare à son âge. » Quand on lui cite les points communs entre elles, elle répond : « Oui, c’est vrai. Je lui souhaite le même parcours. »

Marine Le Pen restera à Beaumont moins d’une heure, à cause de la neige. Elle passe sur RTL à 18 heures, c’est un rendez-vous déterminant avant le congrès. De son côté, Mini-Marine, qui était invitée à assister à l’émission et attendait ça avec impatience, a préféré rester pour servir betteraves et terrines aux 300 invités et animer la tombola.

Comme les trains de 15 heures et 16 heures ont été annulés, elle n’a finalement pas pu se rendre à Paris avec son modèle. Pas grave, elles se retrouveront à Tours les 15 et 16 janvier, pour le congrès, cœurs à l’arrêt et doigts croisés.


Mis à jour le 21/12/10 à 16h35. Le congrès du FN aura lieu à Tours et non à Paris.

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  • evanligus
    evanligus
    Skullkid
    • Posté à 16h30 le 21/12/2010
    • Internaute 111964
      Skullkid

    Intéressant, j’espère qu’on aura le droit à un article sur une jeune extrémiste de gauche.
    L’article serait probablement moins populaire chez les riverains mais surement tout aussi drôle.

  • yabon
    yabon
    Klingon
    • Posté à 16h31 le 21/12/2010
    • Internaute 98602
      Klingon

    Encore un article sur les héritiers de Pétain ? Ma parole, même à Rue89 on sombre dans le défaitisme déclinophile ! ?

  • Comanchero
    Comanchero répond à solènejazz
    Vendeur de Tapas
    • Posté à 16h40 le 21/12/2010
    • Internaute 32178
      Vendeur de Tapas

    Bien que je ne porte pas, comme beaucoup de riverains, le FN dans mon coeur, nous parlons ici d’un parti républicain, quoi que ses idées en soient nauséabondes.

    Ce n’est certainement pas en cachant des mouvances et en leur permettant de se poser en victime qu’on combat leurs idées, mais uniquement en leur fournissant la part de dialogue que tout parti politique est en droit d’avoir et en les confrontant publiquement à leurs contradictions et inepties.

    C’est justement par une trop grande couardise et peur de l’affrontement que nous avons permis à ce parti de devenir ce qu’il est aujourd’hui, et même si cela nous fait mal de le dire, qui a réussi à embobiner des millions de français, notamment en se posant victime d’un complot médiatique.

  • SIAP
    • Posté à 16h42 le 21/12/2010
    • Internaute 4405

    Bonsoir.

    Que les personnes de gauche, dont je suis, cessent de trépigner. Il faudra s’y faire, la société française se droitise vite.
    Les raisons sont multiples. Quelques-unes sont listées dans Le Monstre doux de Raffaele Simone.
    Mais il en est une sur laquelle nous devons réfléchir nous-mêmes, c’est notre incapacité à être efficace collectivement - c’est d’ailleurs un comble pour des femmes et hommes de gauche - et à définir ce que nous voulons.
    Nous avons les pires travers des libéraux que nous vilipendons à longueur de posts : individualisme et incurie.
    Il n’y a qu’à voir les réactions à la candidature du seul candidat du PS susceptible de nous épargner 10 ans de Sarkozie.
    Et si jamais la gauche l’emporte en 2012 il n’y aura aucune discipline, aucun intelligence de groupe, peu de progrès significatifs et nous reperdrons en 2017.
    Copé le sait très bien qui affiche déjà son rictus glaçant.
    Seule la droite a une « intelligence » de classe. Quant à nous, faute de réaction véritablement collective, nous sommes condamnés à disparaître.

  • medoche71
    medoche71
    Etudiant / Mcdonaldiste
    • Posté à 16h45 le 21/12/2010
    • Internaute 76763
      Etudiant / Mcdonaldiste

    J’ai beaucoup de mal a comprendre comment c’est possible d’avoir un père immigré et d’être au FN ?

  • Dissonance
    Dissonance
    met le doigt où ça fait mal.
    • Posté à 16h51 le 21/12/2010
    • Internaute 70089
      met le doigt où ça fait mal.

    « Aujourd’hui, ses parents sont tous deux sympathisants FN et vivent à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Ils y sont parfois insultés par des immigrés, dit-elle. »

    Il y a une ambigüité quant à la causalité des phénomènes décrits, ce que l’auteur de l’article aurait au moins pu souligner :

    Est-ce que la famille Koca est au fn parce qu’ils se font insulter, ou est-ce qu’ils se font insulter parce qu’ils sont au fn ?

    Parce qu’en définitive, ça fait une sacrée différence, et que c’est précisément sur ce genre d’ambigüités que le fn fait l’essentiel de son chiffre : En présentant le racisme ou la xénophobie comme des moyens de défense contre une agression préalable (qu’elle soit verbale ou physique), on leur confère une relative légitimité qui suffit largement à convaincre des gens au sens critique trop peu développé.

  • yabon
    yabon répond à ALLALA1-
    Klingon
    • Posté à 17h30 le 21/12/2010
    • Internaute 98602
      Klingon

    « Ca s’explique tres facilement : les enfants d’immigrés veulent etre plus français que les fils de français car leur grande peur est d’etre rejettés. »

    Exact. Et qui exacerbe la « peur est d’etre rejettés. » ? Je vous le donne en mille !

    Le syndrome de Stockholm en gros.

  • Hououji_Fuu
    Hououji_Fuu
    Racaille Syndicale (oh yeah ! )
    • Posté à 18h28 le 21/12/2010
    • Internaute 27115
      Racaille Syndicale (oh yeah ! )

    Sans vouloir critiquer gratuitement (le contenu de l’article correspond à son titre, donc pas de problème), personnellement ça ne me dérange pas de voir parler du FN. Par contre, je préférerais de TRES LOIN voir des articles de fond, des atricles d’analyse du programme, des questions soulevées, de la validité des réponses apportées par le FN, du débat politique...pas des portraits de militants ou de figures du FN. Pas besoin de ça.

    Par contre, il y a un besoin urgent d’analyse, de décodage, et de débat des questions soulevées par le FN.

  • Royka
    Royka
    Dissident
    • Posté à 21h28 le 21/12/2010
    • Internaute 13753
      Dissident

    « ses parents sont tous deux sympathisants FN » ... « Le père de Stéphanie, Frank, Américain d’origine tchèque, a immigré en France »

    J’ai beaucoup ri.