Pourquoi ça marche 12/12/2010 à 18h57

Design : au secours, Philippe Starck est partout !

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Promis, Rue89 n’est pas anti-Starck par esprit de contradiction. Nous sommes juste un peu inquiets de voir la France se « starckiser ». Dans le dernier épisode, la star mondiale du design revisitait le Photomaton : toutes les innovations techniques de ladite cabine photo passent au second plan ; ce qui intéresse les journalistes, c’est la signature.

Cela fait plus de vingt-cinq ans qu’il inonde les médias et rêve d’envahir nos intérieurs, si ce n’est nos pensées. « J’aime ouvrir les portes du cerveau humain », dit-il en prologue à sa biographie. « Politique, rebelle, pragmatique, subversif », celui qui se veut tout cela à la fois a accédé à la célébrité en devenant le décorateur des Mitterrand à l’Elysée et en relookant le café Costes à Beaubourg. Subversif ?

Surtout mégalo assumé et redoutable homme d’affaires, Starck préfère qu’on l’appelle « créateur » que « designer » (pourquoi un mot anglais ?) et se décrivait dans une émission de télé comme un « vieux baba » dont l’ambition est de « faire du beau pour tout le monde ». Y est-il parvenu ? Jugez par vous-mêmes avec ce diaporama très sélectif. (Voir le diaporama)

Plein écran

Chargement en cours...

Le don d’ubiquité, oui, mais celui d’éternité ?

A la tête non d’une entreprise mais d’un « réseau » de gens qui travaillent pour sa personne, l’homme se contente de dessiner et s’associe toujours à des industriels à qui il laisse le soin de produire et de vendre. Quitte à être déçu comme avec Fluocaril, qui a vendu sa brosse à dents plus cher que prévu, ou dans le cas de son éolienne, qui coûtera finalement 7 500 euros.


« Le cas Philippe Starck ou de la construction de la notoriété » de Christine Bauer.

« Cet homme remplit en partie le cahier des charges de Dieu, il a le don d’ubiquité. Est-ce qu’il sera éternel ? Ça je ne sais pas... », lance Christine Bauer, auteure de « Le cas Philippe Starck ou de la construction de la notoriété ». Maître de conférence en sciences de l’information et de la communication, elle a écrit le seul livre d’analyse un peu critique du phénomène.

Quand je lui demande comment cet homme peut prôner la démocratisation du beau et travailler pour le luxe le plus extrême, s’il n’est pas le roi de l’opportunisme et de la mythomanie, elle m’arrête de suite :

« C’est une stratégie chinoise. Il est d’une efficacité redoutable, il sait être là où il faut au moment où il faut. Il a bien compris ce que dit Jean Baudrillard sur la société de consommation et a su transformer la valeur d’usage en valeur symbolique.

Peu importe que son presse-citron ne soit pas pratique, l’avoir dans sa cuisine signifie appartenir à une certaine intelligentsia. »

« Une éponge de notre époque »

Comment peut-il prophétiser la disparition de la chaise et laisser à la postérité un fauteuil Louis Ghost aux allures de trône à plus de 200 euros pièce ? Comment se dire écolo et dessiner moto, voitures et yachts pour milliardaires ? Comment se dire architecte quand on n’en a pas le diplôme ? Toutes ces contradictions assumées font là encore partie de la « stratégie chinoise ». Christine Bauer :

« Le vide entraîne le plein, il est tout et son contraire. Tel une éponge de notre époque, il absorbe les tendances, l’écologie un moment, puis les nanotechnologies, le baroque...

Ce n’est pas du machiavélisme, c’est comme cela qu’il crée sa propre légende. Et elle est réelle, dans le monde entier. »

► Mise à jour : un lecteur nous signale que la dernière Freebox a été dessinée par Starck. Décidément, il est partout.

  • 47498 visites
  • 81 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • A déménagé le 10 mai
    • Posté à 19h07 le 12/12/2010
    • Internaute 102287

    au secours, Philippe Starck est partout !

    marrant, il m’est déjà arrivé de penser la même chose... que ce soit de la cuisine à l’informatique, il est partout.

    Rien contre le bonhomme et ce qu’il fait, mais il faut en plus de ça aimer ce qu’il fait.

    Et puis c’est un peu comme ora-ito, ce qu’il faisait au début était sympa mais dans le temps un style s’impose et ça devient beaucoup moins bien et vieillit très mal en plus...

    Plus ces personnes avance, moins ça devient agréable au visuel et s’enlaidit avec le temps.

    Design fast food au final (en attendant de trouver un meilleur terme)

  • malpoli
    malpoli
    Homme de paille
    • Posté à 19h37 le 12/12/2010
    • Internaute 37834
      Homme de paille

    On a beau dire mais Starck et Ikea (un peu en baisse sur ce point ces dernières années) auront été les deux plus grands pourvoyeurs d’objets design grand public. Par ailleurs, j’aime bien son coté parfois délirant. Par exemple son immeuble surmonté d’un étron doré à Tokyo, il fallait l’oser. Il faut dire que le quartier dans lequel il a été construit est particulièrement moche (rocades, tours, no man’s land) : un clin d’oeil ?

    Lien

  • DISASTROUS
    DISASTROUS
    artiste assez maladroit
    • Posté à 19h40 le 12/12/2010
    • Internaute 89589
      artiste assez maladroit

    La stratégie de Starck ressemble à celle des bombes à absorbtion d’oxygène ; ces engins terrifiants qui brûlent rapidement une quantité extraordinaire d’air, laissant les murs debout mais tuant alentour tout être vivant et qui respire. Combien de bons, voire d’excellents designers et dont le talent aurait pu apporter une diversité roborative dans un paysage esthétique qui ne demandait que celà, se sont fait proprement laminer par ce genre de fléau, dont je ne nie pas le talent, d’ailleurs. Nul n’a réussi à mettre en oeuvre (ou n’a désiré) une telle frénésie d’occuper le terrain médiatique, développé un ego aussi abnorme que sournois, capable de s’auto décréter tout et son contraire, selon les circonstances et sans souci de quoi ou de qui que ce soit, y compris des grands maîtres et de leur travail largement pillé. Ayant fort bien connu l’individu, j’en garde un souvenir auquel la définition de Talleyrand collerait à merveille : une merde dans un bas de soie.

  • PLAF
    PLAF
    E-citoyen
    • Posté à 21h00 le 12/12/2010
    • Internaute 31112
      E-citoyen

    Ca me fait aussi penser à Ora-Ito, qu’on trouvé désormais chez Monceau Fleurs et Conforama... Je suis toujours un peu mal à l’aise avec ces collaborations parfois un peu mal choisies et surtout, qui donnent finalement des produits mal réalisés.

  • mezneth
    mezneth répond à Manapany
    Onomatopée antropomorphe
    • Posté à 02h18 le 13/12/2010
    • Internaute 70709
      Onomatopée antropomorphe

    Mais ce ne sont pas ces deux monsieur qui ont fait la magnifique école des arts décos à Paris où les vitres laissent passer la lumière de l’intérieur vers l’extérieur, pour le plus beau plaisir des passants (ou pas) et pas l’inverse.
    A tel point que les étudiants se sont mis à percer les fenêtres pour bénéficier un tant soit peut de la lumière du jour.

    Rappelons le tout de même...

  • simply_human
    simply_human
    photographe
    • Posté à 09h33 le 13/12/2010
    • Internaute 136729
      photographe

    Ne confondons pas décoration et design.... Starck décore avec des lignes tellement tributaires du temps présent... et si vite démodées. On ne peut le comparer aux Eames, Jacobsen, Kjaerholm, ... qui tentent - d’une ligne simple, d’un trait - à créer des objets qui se résument à leur fonction et dont l’esthétisme vient de cette « ligne claire ».

    Il est intéressant de noter que les objets qui se résument le plus à leur « valeur d’usage » ont la plus grande « valeur ajoutée » ; -)

  • Yago
    • Posté à 19h47 le 13/12/2010
    • Internaute 30043

    La plus belle réussite de Starck, c’est Starck (c).

    Vous avez raison il est devenu un mythe au sens de Baudrillard.

    Le problème c’est qu’aucun de ses objets n’a atteint cette dimension à l’usage.
    Il est le concurrent des Nike Air Max et de Hello Kitty et même parfois de l’Unicef. Bigre !

    L’homme est certainement plus intéressant que sa production, ce qui j’imagine est le cas de beaucoup d’artistes contemporains.
    Je le vois plus épicurien que révolutionnaire.

    Je rêve d’un Starck qui œuvrerait dans l’industrie dans l’anonymat.

  • vivmandrin
    vivmandrin
    chomiste cassé trop vieux mais (...)
    • Posté à 21h49 le 13/12/2010
    • Internaute 131491
      chomiste cassé trop vieux mais (...)

    Ne jugeons pas du travail éclairé d’un homme qui a eu le talent d’être plus de son temps que les autres. Maintenant ,il va de soi, que l’on est un peu dans le monde des branchés parisiens et autres esthètes, mais franchement quand je vois ce que les architectes merdiques ont fait du littoral français en 40 ans, on a beau jeu de se rabattre sur le Luc Besson du design ! Je me rappelle d’un passage à Laguiole où Starck, par passion, et « stratégie“si vous voulez, s’est épris de ce vieux couteau que j’aimais aussi. Ces modèles étaient souvent splendides ! Le seul problème c’est d’être considéré comme un pilier de la gauche caviar, mais je crois que tout cela n’est que délires journalistiques et affectifs et que finalement faut bien dire que y a des gens doués ! J’aimerais voir une multitude d’éoliennes variées comme les siennes fleurirent de partout pour lutter contre le monopole de ces éoliennes invasives même si j’en suis partisan Continues Philippe à faire du beau et même si je mange, Rmiste, souvent avec des Laguiole dotés d’ une fausse abeille au cul, venu de Chine à 5 euros.les 10,, ce type avait la grâce, sobre, sensuel et épuré, Tout cela parait peut être un peu glacial mais c’était l’ambiance alors ! En 70, certains imaginaient plutôt l’an 2000 comme ‘retour vers le futur 3’ que comme l’immonde continuité de ces sinistres années Gauliennes, mélange de résistance pétainiste, bérêts et militaires passés du mauvais côté de la force, du gris, du noir, du maussade et comme disait Coluche,‘les décorations et médailles de guerre on les trouve pour 1 balles aux puces à Saint Ouen ! Il fallait passer à autre chose mais Louis XI (Ker Mittérand) ne décida pas d’emmener le petit peuple avec les caviareux et champagneux, trop près des cieux. Pas de vrai partage, alors on va se fâcher contre ceux qui ont été choisi.. Bref beaucoup d’encre pour rien, le design on aime ou pas.Pour preuve, devant tout ce petit peuple, vous étalez au même prix, un produit Stark design et un vilain vieux prod trad, je parie que c’est le Starck qui partira, de par le choix du gout non plus du prix. Cout de chapiau à l’AS !