Tribune 06/12/2010 à 12h44

La moustache un poil taboue en France, pas chez les gays anglais

Serge Bouvet | Photographe


Le Grandiloquent moustache poésie club (Serge Bouvet).

Ce jeudi 2 décembre, j’assistais comme photographe au filage de la pièce « Le Grandiloquent moustache poésie club ». Spectacle poilant mêlant slam, poésie et finesse d’esprit à la hauteur de la moustache de ses protagonistes, Astien Bosche, Julien Pauriol et Mathurin Meslay... « Les mots sont fins quand la moustache est fine », disait Edmond Rostand dans « Cyrano de Bergerac ».

En les shootant, je me rappelais une causette avec un pote, promoteur des toutes nouvelles mode gay made in Great Britain, qui m’expliquait que de l’autre côté de La Manche, le regain de la moustache était plus qu’une impression, une révolution.

C’était le boom de la cire pour se façonner des moustaches guidons, qu’il me disait. Parfois même, sans craques, qu’on se croirait dans un film de Fassbinder ou dans les feuilletons des « Brigades du tigre » dans les pubs londoniens, j’te jure.

J’vous prédis que bientôt la moustache reviendra en force dans le paysage français, mes gaillards, et pas qu’un peu.

Eclipsée au XXe siècle

Moustache ou barbe, les Français ne l’ont plus vraiment à la bonne depuis le XIXe pour plusieurs raisons pas forcément rationnelles. Il fut un temps où les dandys exhibaient leur signature pileuse en bombant le torse.


Une moustache guidon (Moustaches of the nineteen century).

On irradiait avec un peu de fantaisie. On se cultivait une pose glorieuse, on s’pavanait en s’étirant la moustache. En société, le dandy essayait de briller aussi fort qu’un miroir de bordel.

C’était une manière de contrebalancer, peut-être, l’extravagance des chapeaux foutrement emplumés des élégantes.

Seulement voilà, on dit que la moustache s’est furieusement politisée au début du XXe. Contester avec une bonne grosse moustache parmi les syndicalistes, les anarchistes ou les révolutionnaires russes, ça en jetait ! La séduction change de cible : de la gonzesse, on passe à la foule passionnée.

La taille de la moustache ou de la barbe se fait plus agressive chez les leaders. En France, le gouvernement s’interrogera sur ces fantaisies pileuses. De 1836 à 1933, pas moins de quinze circulaires réglementeront le port de la moustache.

Walt Disney l’interdit (sauf pour Walt)

Dans les entreprises, cette chasse à la moustache sera surtout initiée aux Etats Unis, non pas à Salem, mais dans les studios Disney. Il fallait le savoir, il était formellement interdit de taffer la moustache sous le pif. Seul le big boss, Walt Disney, entretenait ce privilège.

Un peu comme Adolf Hitler. Avons-nous en mémoire des nazis moustachus ? Hum, pas facile, il y avait bien Ernst Röhm, fondateur des SA, mais Adolf Hitler l’a fait zigouiller (par Michel Hans Lippert, imberbe).

Notre général de Gaulle s’est incliné au diktat du rasoir. Sa moustache disparaît après la guerre. C’est un Président glabre qui dirigea la France.

Les années 70 reboosteront pendant dix ans la mode de la moustache. Une vaste révolte spontanée initiée par la jeunesse est dirigée contre la société traditionnelle, le capitalisme, le pouvoir gaulliste en place.

La longue crinière de la gent masculine, la moustache, ou la barbe hirsute illustreront avec lyrisme ces moments d’illusions révolutionnaires à vouloir transformer radicalement le monde.

Trente ans sans moustaches, ça suffit !

Depuis trente ans, aucune moustache en vue, ou presque. Il serait peut-être temps de changer un peu de gueule, non ? Sus aux faces de lavabos !

Et puis, pour moi qui suis photographe, ce serait du bonheur de fêter ce retour de tendance pileuse et libertaire.

Parce que, vous savez, moi, à voir tout ce beau monde imberbe, ça me fout les j’tons, j’ai l’impression de toujours photographier la même personne.

Photos : le Grandiloquent moustache poésie club (Serge Bouvet) ; une moustache guidon (Moustaches of the nineteen century).

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  • maxpower
    maxpower
    Opportuniste
    • Posté à 13h23 le 06/12/2010
    • Internaute 123187
      Opportuniste

    Article rigolo, qui me rappelle une petite anecdote que j’ai appris récemment.

    Savez vous pourquoi dans l’imagerie populaire on associe souvent le gendarme à un homme avec une moustache (pensez à Jean Michel Patoulatchi des inconnus) ?

    Tout simplement car celle-ci était jadis (jusqu’en 1933) obligatoire, et pour cette raison on voit souvent des gendarmes « qui ont de la bouteille » (oui oui je suis content de mon jeu de mot et je l’assume) l’arborer avec fierté mais aussi par nostalgie des temps ancien.

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 13h54 le 06/12/2010
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    J’ai repris du poil en même temps que ma bourse s’aplatissait du fait de la crise. Compte tenu des actions conjuguées du prix des lames de rasoir, de la baisse du pouvoir d’achat, de la flemme matinale persistante devant le miroir et des rires merveilleux de mes enfants qui poussent des hurlements quand quelle chose vient s’y coller dedans , je ne me rase plus .
    Par ailleurs , je recommande l’excellent disque des années 50-60 des quatre barbus réédité récemment.
    Donc que vivent les poils sous le nez , le menton et ailleurs pour tous les mammifères, mâles et femelles, nom d’un morpion !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h19 le 06/12/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Un conseil : sors de ton village perdu au milieu de... de je sais pas où, car même dans les villages reculés, il y a des poilus en quantité.

    Certes on ne porte plus les mêmes moustaches chelous qu’au début du siècle, mais on n’a plus les mêmes coupes de cheveux à la con que dans les années 80 et c’est une bonne chose.

    Mais aujourd’hui, la barbe est de rigueur, que ce soit le bouc, la barbe de trois jours ou cette coupe avec bouc et moustache dont je n’ai jamais réussi à trouver le nom.
    Je tourne la tête et mâte mes collègues, y’a sept mecs dont trois qui ne sont pas rasés (alors qu’on est Lundi : D), et trois taillent le poil long (à noter qu’on peut être barbu et être mal rasé), seuls deux types n’ont pas un poil en vue.

    Donc je confirme, le poil n’est pas mort. C’est surement un phénomène localisé au monde des photographes et autres gens de cette espèce.

    Certes la moustache seule reste rare, mais ça se comprend, soit ça ressemble à rien, soit ça demande de la patience et de l’entretien.
    Je m’y suis mis il y a un mois et j’ai vite constaté que c’est nettement moins simple à raser qu’un visage glabre, surtout si on veut garder un semblant de symétrie : D

  • tartopom124
    tartopom124
    entredeux
    • Posté à 15h14 le 06/12/2010
    • Internaute 122179
      entredeux

    Je m’apprêtais à dire tout le mal que je pense de la moustache quand j’ai réalisé une chose : l’homme que je viens de rencontrer et qui me plaît vraiment beaucoup en a une, de moustache. Pas épaisse, pas vindicative, elle est là, c’est tout, tellement évidente avec la forme de son visage qu’on ne la remarque pas.
    Donc, messieurs, si je puis me permettre un conseil : tendance ou pas, essayez de garder à l’esprit que la moustache, c’est comme la mini jupe : ça ne va pas à tout le monde !