L'efficacité antiterroriste que nous envient les Etats-Unis
Selon les documents révélés par WikiLeaks, les diplomates américains admirent le système antiterroriste à la française. Explications.
La France serait-elle la championne de la lutte antiterroriste ? En tout cas, dans les télégrammes dévoilés par WikiLeaks, les diplomates américains se révèlent admiratifs des juges français qui leur livrent beaucoup d’informations sur le sujet. Logique, commentent Gilbert Thiel et Marc Trévidic, deux magistrats antiterroristes.
Bruguière et Ricard, deux habitués de l’ambassade des Etats-Unis
Hiver 2005. La guerre en Irak fait rage depuis deux ans, sans la France. A Paris, les deux juges antiterroristes chargés des enquêtes sur les filières jihadistes se rendent régulièrement à l’ambassade des Etats-Unis. Jean-Louis Bruguière, pionnier de la 14e section spécialisée, et son collègue Jean-François Ricard sont des familiers de la coopération franco-américaine en matière de « terro ».

Jean-Louis Bruguière, cérémonie d’ouverture du tribunal de grande instance de Paris en janvier 2006 (Charles Platiau/Reuters).
Le 27 janvier 2005, Bruguière s’exprime sans tabou devant les diplomates américains :
« Il cite l’Allemagne et les Pays-Bas comme deux pays dont le système judiciaire fait d’eux des partenaires difficiles, malgré leur volonté politique. Bruguière estime que les pays ayant une expérience directe du terrorisme, comme les Etats-Unis, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni, ont plus développé leurs capacités antiterroristes. »
Le magistrat expose aussi, en temps réel, son point de vue sur le procès de Djamel Beghal, un islamiste jugé à Paris avec cinq comparses pour un projet d’attentat contre l’ambassade américaine. Confiant sur l’issue du procès (Beghal sera condamné à la peine maximale de dix ans), Bruguière livre des détails précis sur les enquêtes en cours. Parmi les candidats aux filières irakiennes, il a repéré des candidats de 13 ans.
Jean-François Ricard se livre au même exercice le 9 mai 2005. Lui aussi estime que le procès Beghal valide l’efficacité du système français grâce auquel les juges antiterroristes jouissent du « bénéfice du doute » :
« Ricard dit que les preuves contre Djamel Beghal n’auraient pas suffi, normalement, à le faire condamner, mais ils y sont parvenus grâce à la réputation de la section antiterroriste. »
Comme Ricard, Bruguière ne cache pas à ses interlocuteurs son empathie pour la raison d’Etat. Ni ses convictions politiques. Dès 2006, Ricard indique que son collègue compte bien se présenter aux élections législatives de 2007 en Dordogne sous l’étiquette UMP. Un tremplin vers le ministère de la Justice, ajoutent les diplomates US qui n’ignorent rien des ambitions finalement déçues du « shérif ».
« Si la justice antiterroriste n’est pas assez efficace, on se passe d’elle »
Ces relations n’étonnent pas outre mesure les juges antiterroristes encore en activité, comme Marc Trévidic, qui a repris les dossiers de « JLB » :
« Les gens du FBI sont à l’ambassade en France. Nous les rencontrons. Quand on parle de secret de l’instruction, il faut se méfier : dans le cadre d’une demande d’entraide, il n’y a pas de secret. C’est très souvent le cas dans les dossiers de filières islamistes. »
Alors que les Américains observaient le système judiciaire français avec une certaine condescendance, ils s’y intéressent de près depuis le 11 Septembre :
« Les Américains sont assez admiratifs de l’association de malfaiteurs et du juge d’instruction. C’est un système souple qui peut être vu comme un avantage ou comme un risque, selon le point de vue. Dans beaucoup de pays, c’est plus difficile.
Pourquoi ont-ils fait Guantanamo ? Parce qu’avec leur système judiciaire, ils sont dans l’impossibilité de faire les choses efficacement en matière de lutte antiterroriste. C’est pour cela qu’ils ont fait des choses encore pires. Si la justice antiterroriste n’est pas assez efficace, on se passe d’elle. En Grande-Bretagne, c’est pareil. »
Gilbert Thiel à Paris, en janvier 2001 (Jacky Naelgelen/Reuters)/ Gilbert Thiel
« Je ne dirais pas d’exception, mais de spécialisation. Depuis l’origine en 1986, il a permis de lutter contre les séparatismes nationaux : corse, breton, basque. Puis il a servi contre le terrorisme révolutionnaire d’Action directe, le terrorisme international... etc. Finalement, il y a pire que ce système, même si toutes les critiques ne sont pas infondées.
- Lesquelles ?
- La politique des arrestations de masse en 1993-94, Chalabi... etc. Même Bruguière dit aujourd’hui que c’était une connerie. Cela n’a d’ailleurs pas été réitéré. »
Ne manifestant pas un « sarkozysme flamboyant », Thiel a depuis 2008 essuyé les effets d’une mise au placard anticipée. En 2009, seuls deux dossiers lui ont été confiés par le doyen des juges, Yves Janier.
Au cœur du processus, le poids des services de renseignements
Autre spécificité du « terro », l’influence exercée par les services de renseignements, pourvoyeurs d’enquêteurs pour ces juges, mais surtout d’informations... Jean-François Ricard l’explique crûment aux diplomates américains, en mars 2006, alors qu’il va rejoindre le cabinet de Michèle Alliot-Marie au ministère de la Défense, comme « conseiller informel » :
« Ricard explique que la particularité de juges expérimentés comme lui ou Bruguière est d’avoir accès à toute la production des services, même celle qui ne peut jamais être incluse dans une enquête judiciaire. Obtenir la confiance des services de renseignements est un lent processus, dit-il. Il précise qu’il lui a fallu cinq ans avant que les services ne lui donnent accès à l’ensemble de leurs données. Il est le seul, avec Bruguière, à avoir cette latitude. »
Autrement dit, les autres magistrats du pôle n’ont qu’à bien se tenir. Pourtant, Ricard -qui espérait succéder à Bruguière après son passage à la Défense- ne reviendra pas au pôle antiterroriste. Derrière cette bataille d’ego, on retrouve deux logiques antagonistes à l’œuvre :
- d’un côté, celle du judiciaire, qui a besoin d’informations traçables ayant une source bien identifiée ;
- de l’autre, celle du renseignement qui, au contraire, nécessite l’anonymat de la source pour en conserver la fiabilité.
Chargé de lourds dossiers, comme l’affaire Karachi ou celui des moines de Tibéhirine, Marc Trévidic en convient :
« Le système français repose sur la qualité des juges. En “ terro ”, il y a une pression forte de l’Etat et de la police. Quand il n’y a pas assez de charges sur un suspect, le juge doit résister à cette pression. Donc, tout dépend du juge. »
- Sur Rue89« Je suis un juge cow-boy qui s'intéresse aux Indiens »
- Sur owni.frLes télégrammes diplomatiques de WikiLeaks (Owni)
- Sur wikileaks.chListe des "sites miroirs" de WikiLeaks
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Chine : Ai Weiwei met en scène sa détention avec une bordée d’injures 

apiculteur, champion de vélo (...)
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Oui, évidement que les français savent s’y prendre en matière de lutte contre le terrorisme (nous sommes rodés depuis l’Algérie, et puis il y a la Corse).
N’empêche ce serait bien que Wikileaks soit démantelé. Cette organisation est mal intentionnée.
En effet, pourquoi ne diffusent-ils que des infos en provenance des pays occidentaux ? Parce que nos démocraties sont les régimes les plus transparents au monde.
Wikileaks serait utile s’il nous sortait des infos sur la Chine ou sur l’Iran. Mais il faut en avoir autrement plus dans le pantalon pour aller à la pêche aux infos dans les dictatures.
A croire qu’ils ne cherchent qu’une chose : l’affaiblissement de la démocratie.




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