Entretien 29/11/2010 à 12h15

« Les régimes font grossir »... les bonnes affaires des « menteurs »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Une pomme sculptée et un couteau (Dannyford/Flickr).


« Traiter l’obésité et le surpoids » (éd. Odile Jacob).

Lire sous la plume de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses, ex-Afssa) que les régimes amaigrissants sont inefficaces, voire dangereux, voilà qui ravit les médecins réunis au sein du Gros, le Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids, partisans d’une approche globale du comportement alimentaire.

Entretien avec Jean-Philippe Zermati, auteur entre autres de « Traiter l’obésité et le surpoids » avec Gérard Apfeldorfer et Bernard Waysfeld.

Rue89 : Vous êtes nutritionniste et membre fondateur du Gros, dont la charte dit que « ses membres sont convaincus de l’inefficacité à moyen et long terme des méthodes moralisatrices et interdictrices ». Le rapport de l’Anses doit vous faire très plaisir...

Jean-Philippe Zermati : Cela fait quinze ans qu’on se bagarre contre les régimes amaigrissants, alors qu’il y ait enfin une prise de position des autorités indépendantes, c’est bien.


Ce que dit l’Anses [télécharger le rapport, ndlr] sur les risques des régimes Dukan et autres, est connu depuis longtemps. Mais il était nécessaire d’en faire l’expertise.

On est en train de se rendre compte que l’obésité augmente, malgré tous les efforts et notamment à cause des régimes ! 15% des adultes sont obèses et près d’un quart des Français déclarent avoir suivi un régime au cours de l’année...

Nous, on constate que plus on incite les gens à se mettre au régime, plus il y a de risques que les gens prennent du poids.

Pourquoi avez-vous mis tant de temps à être entendus ?

Les régimes font les bonnes affaires de beaucoup de gens : médecins amaigrisseurs, pharmaciens, industriels, éditeurs et même journalistes.

  • Dukan n’a pas poussé tout seul ;
  • Delabos a inventé un concept sans aucun fondement scientifique ;
  • la chrono-nutrition, c’est la presse qui l’a fabriquée...

Beaucoup de gens portent une responsabilité dans l’épidémie d’obésité. Les journalistes devraient aussi réfléchir à moraliser leurs pratiques.

La solution aux problèmes de poids, ce n’est pas les régimes. Si on les considère sur une durée suffisante, ils augmentent plus le risque de grossir que les chances de maigrir. Les résultats d’un régime s’évaluent au minimum sur trois ans, six mois, ce n’est pas assez.

En quoi votre approche est-elle différente ?

Nous formons les médecins ou diététiciens, pendant deux ans, au travail sur l’histoire des gens, les sensations alimentaires et sur les émotions, sur l’estime de soi aussi...

On ne peut pas lutter contre ceux qui proposent des résultats rapides -même s’ils ne sont pas durables. Leur avantage énorme est de faire maigrir vite et même beaucoup, mais débrouillez-vous tout seul si ça ne marche pas, il n’y a pas de « service après-vente ».

En France, nos méthodes n’ont pas encore été évaluées sur le long
terme. Maintenant qu’elles rentrent dans les hôpitaux, cela va changer,
mais doucement. En revanche, elles ont déjà été évaluées au Canada, les
résultats sont très prometteurs.

Si les régimes ne font pas maigrir, quelles sont les autres solutions ?

Les personnes en surpoids ne respectent plus leurs sensations de faim ou de satiété. Souvent, elles confondent la faim avec l’envie de manger ou ne détectent plus leur satiété. Elles mangent sous l’effet de la fatigue, de l’ennui, de l’anxiété...

Notre approche permet d’obtenir une réduction calorique en corrigeant les dérèglements du comportement alimentaire. Ainsi, les gens mangent moins mais ils n’ont pas fait de régime.

Vous dites donc que les régimes font grossir... ?

Oui, tous se valent. Au bout de trois ans, 95% des personnes ont tout repris et certaines davantage. Le corps médical doit être honnête et courageux et dire que certaines prises de poids seront irréversibles si elles entrainent une multiplication des cellules graisseuses. Il est irresponsable de mettre des millions de gens en restriction et particulièrement les enfants.

Vous accusez ces vendeurs de régime d’être des menteurs ?

Ce sont des menteurs quand ils promettent des résultats qui pourront se maintenir. Le résultat se maintient si vous maintenez le régime, ce qui est infaisable pour la majorité des gens.

Ce sont aussi des menteurs quand ils disent que les régimes sont sans danger. Si on soumettait les régimes aux mêmes tests que les médicaments pour en mesurer les avantages et les inconvénients, aucun régime ne pourrait être vendu. Les laboratoires seraient aussitôt assignés en justice.

N’y a-t-il pas un problème avec le Programme national nutrition santé (PNNS) qui pousse insidieusement les gens à se mettre au régime ?

Si. Le PNNS ne nous écoute pas et est désormais en contradiction avec l’Anses. Cette agence publique a changé récemment ses positions sur les lipides, disant que 30% des Français ne mangeaient pas assez gras.

Mais elle n’ose pas dire clairement que le PNNS se trompe en disant à 100% des Français de manger moins gras !

Vous pensez donc que le PNNS va rester tout puissant ?

Ils ne sont pas prêts d’admettre qu’ils se sont trompés. Le rapport de l’Anses ne déclenchera pas dès demain la révolution, il va inciter doucement des gens à changer leurs pratiques, mais il ne faut pas oublier que les régimes font vivre un monde fou !

La médecine a-t-elle des solutions pour les gens qui veulent maigrir ?

Il faut remédicaliser ce problème et le sortir de son coté cosmétique. Nous sommes loin d’être impuissants face au surpoids. Mais nous sommes aussi loin d’être tout puissants.

Pour progresser, nous avons un besoin urgent de professionnels formés et nous aurons aussi besoin de médicaments efficaces. Pour le moment, les recherches sont très décevantes. Et les tentatives assez catastrophiques avec les coupe-faim, isoméride, sibutral et autres...

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  • Caniveau89
    • Posté à 12h51 le 29/11/2010
    • Internaute 26147

    A propos du travail de l’ANSES :

    - Dire que la plupart des régimes sont inefficaces est assez facile, qui n’a pas échoué lui-même ou l’un de ses proches ?

    - Dire que les régimes sont dangereux laisse dubitatif, car il s’agit d’amalgames intellectuels et non de preuves scientifiques.
    Si l’on vous explique schématiquement par exemple que tel régime est trop pauvre en calcium, et, sachant qu’une carence calcique peut entraîner une ostéoporose, ce régime entraîne l’ostéoporose... C’est un peu léger, il faudrait des études cliniques pour confirmer. Tout simplement parce que les régimes sont l’affaire de quelques semaines ou mois, alors qu’une ostéoporose nécessite des années de carence profonde... Aujourd’hui, l’on pratique le « médecine fondée sur les preuves » (evidence based medicine) et non les schémas intellectuels qui s’avèrent très souvent... faux.

    L’approche de l’Anses, n’est pas inintéressante, elle est insuffisante !

  • Veum
    Veum
    doctorant
    • Posté à 14h13 le 29/11/2010
    • Internaute 23064
      doctorant

    La phrase la plus sensée que j’ai entendue sur ce sujet qui est ressorti ces derniers jours : « le régime (au sens de méthode permettant la perte de poids) doit être adapté à chacun ». Ce qui semble être la démarche du GROS, mais la dénonciation globale des régimes me gène. Si on parle de rééducation alimentaire, si on apprend tout simplement à manger autrement, il peut y avoir privation au début, le temps de s’habituer à une alimentation différente, même si le changement est progressif. Et puis en parlant estime de soi, je suis persuadé qu’une perte de poids rapide au début permet ensuite d’avoir la motivation pour faire des changements plus profond et pour viser, au delà de la réduction des calories, l’équilibre alimentaire.
    D’ailleurs la meilleure politique publique contre l’obésité : des cours de cuisine.

  • FredDB
    FredDB
    Dilettante
    • Posté à 14h51 le 29/11/2010
    • Internaute 93954
      Dilettante

    Toutes les personnes que je connais et qui ont suivi à plusieurs reprises des régimes dits amaigrissants, selon telle ou telle méthode « certifiée » efficace, n’ont jamais résisté bien longtemps avant de reprendre leurs mauvaises habitudes alimentaires, avec pour conséquence un net accroissement de leur poids initial après chaque arrêt de régime, à croire que leur corps prenait sa revanche !
    Le remède pire que le mal ?
    Ces personnes sont désormais découragées et subissent leur sort avec des problèmes cardio-vasculaires, respiratoires, articulaires... des problèmes relationnels aussi car elles ont honte de leur apparence et d’avoir failli à l’engagement qu’elles avaient affirmé prendre.
    Abusées comme beaucoup par des vendeurs de rêves, il eût été plus judicieux qu’elles se fient à la raison naturelle : ne manger que ce qui est parfaitement digeste et équilibré, frais, varié, sans gras animal sauf celui des poissons (éviter le thon car il est pollué par les métaux lourds et en voie de disparition), plus de sauces lourdes et surtout ne plus toucher aux plats cuisinés industriellement ni à la charcuterie sous toutes ses formes, privilégier le pain complet ou aux céréales à la place du pain blanc, plus de pâtisseries ni de viennoiseries.
    Les écarts à cette ligne de conduite sont possibles et sans conséquence si très exceptionnels.
    Simple, n’est-il pas ?

  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 15h03 le 29/11/2010
    • Internaute 97292
      1ère version

    On peut aussi s’intéresser au problème de l’obésité par un autre point de vue.

    Si le surpoids et l’obésité augmentent dans toutes les classes sociales, ils ne suivent pas le même rythme. La hiérarchie sociale est déterminante. Les femmes cadres sont 4 fois moins touchées par l’obésité (4%) que les ouvrières (16%).

    Les catégories aisées intègrent plus facilement les normes de minceur et de santé. Pratiquent des activités physiques et adoptent plus facilement une alimentation équilibrée.

    Les classes moyennes, souvent en contact par leur activité professionnelle ou autre sociabilisation, avec les membres de la classe aisée, sont également très intégrées aux normes et font preuves d’une bonne volonté envers ses normes, à la mesure de leurs espoirs d’ascension sociale.

    Les classes populaires, qui n’ont pas espoir d’une ascension sociale élevée, joue hors jeu et adoptent une position critique vis à vis de ces normes, qui sont alors perçues comme des formes de domination qu’elles subissent.

    Les catégories des pauvres et précaires sont trop préoccupées par le simple fait de se nourrir pour se positionner réellement par rapport à des normes. Leur principal souci est d’éviter le gâchis.

    Aussi, d’après une étude de l’INSEE, en 2003, 15 % des individus sans diplôme sont obèses, contre 5 % des diplômés du supérieur. L’écart a doublé entre 1981 et 2003, avec une accélération depuis les années 90. Cette évolution concerne aussi bien les jeunes que les plus âgés.

    Alors que les régimes alimentaires n’intéressent que les catégories sociales les plus élevées, qui en réalité, sont les moins touchées par l’obésité, on oublie que ce problème de santé publique et surtout une affaire de pauvreté. Lutter contre la pauvreté, c’est aussi lutter contre l’obésité.

  • BobCat
    BobCat répond à vaugoubert
    observateur
    • Posté à 15h14 le 29/11/2010
    • Internaute 71310
      observateur

    Bonjour les injonctions paradoxales de notre société

    Chaque lobby veut avancer son pion, et comme il y a en France pratiquement plus de personnes qui écrivent des livres que de lecteurs pour les lire (à ne pas prendre au pied de la lettre svp), chacun veut faire acheter son « livre ou sa méthode ».

    L’interviewé ici, Jean-Philippe Zermati, n’y échappe pas. Il est auteur entre autres de « Traiter l’obésité et le surpoids » avec Gérard Apfeldorfer et Bernard Waysfeld et nhésite pas à torpiller ce qui se fait, à tort ou à raison d’ailleurs.

    Je me suis intéressé à ce que racontait et montrait un nutritioniste
    sur Fr2 concernant LA méthode pour predre du poids. J’ai manifesté mon désir de perdre quelques kilog sur son site internet, et surprise, ce n’est pas un agent du service publique qui donne des conseils « gratuits », non il faut débourse une somme conséquente pour béneficier d’un suivi personalisé soit disant.

    Et comme je n’ai pas donné suite, (cela fait deux ans) il n’arrête pas de me tarabuster par mail (spam) à tel point que j’ai dû bloquer son adresse. C’est un nutritioniste qui a utilisé le service public pour se faire de la pub ; j’ignore si ceux qui l’ont si souvent « invité “ perçoivent une ristourne sur son chiffre d’affaire !

    j’augmente mes doses de légumes et diminue celles de féculents . . .et hop . . . C’est un régime, mais pas un truc de taré.

    Merci d’apporter votre témoignage !

    Aux dernières grandes vacances, mon frère et ma belle soeur qui sont médecins, m’ont convaincu du risque de ‘diabète gras , en cas de surpoids ; Ils m’ont expliqué les idées générales et quelques exemples pratiques, pour éviter cette pathologie.

    Depuis le 04 juillet 2010, je pratique plus d’activité physiques, un régime volontaire mais raisonné, sans privation d’aucune substance, une surveillance régulière sans obbsession du poids, une écoute plus attentive de mon corps et de mon estomac, et à ce jour, donc au bout de cinq mois à quelques jours près, j’ai petit à petit, sans souffrance, perdu 8,5 kg.

    Je suis à 2 kg de mon poids de pleine forme, j’espère y arriver d’ici deux mois au plus, et je ne ressens pas d’envie de manger comme auparavant, ni de souffrance ou de faim. Et pourtant je n’ai pas été l’objet d’un suivi personalisé de la part d’un nutritioniste qui a pignon sur rue ! (ou qui a portail sur le web).

  • Lictor
    Lictor répond à Francois Toulouse
    informaticien
    • Posté à 15h47 le 29/11/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    Euh, non, en fait ces médecins ne prescrivent pas de régimes et surtout pas de réduction calorique ! Ils ne prescrivent pas non plus de listes d’aliments à éviter ou à privilégier. Au contraire, une partie du boulot est précisément de réapprendre à remanger des frites, du chocolat, des pizzas... Y compris en ne mangeant que ça à certains repas.

    La restriction calorique dont parle Zermati n’est pas prescrite mais « libérée » en fait.
    Le corps d’un gros a *envie* d’être en restriction calorique. Son cerveau reçoit des signaux de restriction calorique, qui font partie des mécanismes naturels de régulation. Par exemple, les tissus adipeux vont secréter une hormone (leptine) pour signaler qu’ils sont pleins et que ça n’est plus la peine d’en rajouter.
    La restriction calorique est donc naturelle : quand on a trop mangé pendant longtemps, le taux de leptine augmente et l’appétit diminue. Et inversement si on est en sous-poids (ghreline).

    De même qu’un anorexique a appris a ignorer la faim, un obèse a appris à ignorer la satiété. Il a donc appris à ignorer la restriction calorique naturelle que son corps tente de lui imposer pour le ramener à son poids génétique.
    Du coup, si on le rééduque à percevoir ses sensations, il y a effectivement une restriction calorique qui se met en place. Mais il ne s’agit pas d’un régime - elle n’est pas prescrite. Il ne s’agit pas d’une privation - elle n’occasionne pas de faim, précisément parce qu’elle fonctionne par une apparition précoce de la satiété. Il n’y a pas non plus de privation - parce que les appétences évoluent et guident vers des aliments moins denses.

    PS : Concernant Zermati, vu le parcours du combattant pour réussir à obtenir un créneau, je doute qu’il ait besoin d’attirer plus de clientèle...

  • Lictor
    Lictor répond à Veum
    informaticien
    • Posté à 15h56 le 29/11/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    Je précise parce que ce n’est pas clair dans l’article.

    Quand Zermati parle de rééducation, il ne s’agit surtout pas d’apprendre à manger selon une norme scientifique, morale ou sanitaire ! Il s’agit au contraire d’apprendre à manger en étant pleinement et uniquement centré sur son intériorité : selon ses attirances alimentaires du moment, selon son appétit.

    La rééducation peut donc donc conduire la personne à réapprendre à apprécier un repas chez MacDo, à remanger du chocolat, à ne plus culpabiliser en consommant une pizza... Elle peut éventuellement conduire à manger des légumes ou des fruits, pas parce que c’est bien, mais parce qu’on peut aussi avoir envie de ça.

    Sauf cas vraiment complexe, il n’y a donc pas de privations au début, mais au contraire un travail de déconstruction des privations induites par les régimes antérieurs.

  • Autruchette
    Autruchette
    Dieu est mort !
    • Posté à 17h08 le 29/11/2010
    • Internaute 134171
      Dieu est mort !

    Je n’ai aucune pitié pour mes consoeurs adeptes de la privation, des régimes draconiens et des pilules miracles pour arriver à perdre 3 malheureux kilos avant l’été, ou parce que leur partenaire louche un peu trop souvent à leur goût sur les tailles mannequins.
    Je n’ai non plus aucune pitié pour les personnes bouffant n’importe quoi, sous prétexte qu’elles n’ont pas le sou ou pas le temps.
    Combien de fois faudra-t-il leur répéter qu’il revient moins cher et qu’il est meilleur pour l’équilibre d’acheter ses légumes et de cuisiner soi-même ses petits plats ?
    Ce n’est pas ni en vous serrant la ceinture, ni en consommant régulièrement les cochonneries sous cellophane ou en conserve, bourrées de sel et de je ne sais quoi que vous parviendrez à quelque chose.
    Concernant les personnes ayant de l’embonpoint pour toute autre raison, en dehors de leurs dire d’en parler à leur médecin, je ne vois rien d’autre de valable, et surtout pas de les aiguiller vers un régime ou des pilules miracles.. On ne joue pas avec la santé d’autrui et un régime, c’est comme une brosse à dent : c’est personnel !
    Quant à celles et ceux qui préconisent d’éliminer ceci ou cela du régime alimentaire, je leurs répondrais que l’Homo Sapiens est omnivore.