Un patron redressé pour avoir prêté de l'argent à ses salariés
Merci à notre riveraine Blanche qui nous signale par e-mail un article de l’Est Républicain et qui nous écrit :
« Un patron de PME est dans le collimateur de l’Urssaf pour avoir avancé de l’argent sans intérêt a certains de ses employés en difficultés. Bel exemple de solidarité mis à mal par des gratte-papiers qui font du zèle. Il serait bon que Rue89 en parle. »
Une fois l’article retrouvé, j’ai joint ce samedi Claude Goudron au téléphone pour qu’il nous raconte son histoire.
Ce patron a créé son entreprise en 1972. Située à Giromagny, dans le Territoire de Belfort, Ultralu fabrique des échafaudages en aluminium, emploie 23 personnes et réalise 3 millions d’euros de chiffre d’affaires.
« J’ai eu un contrôle en juillet, rien de spécial. Ils ont relevé que j’avais prêté de l’argent à certains salariés [via l’entreprise qu’il dirige, ndlr].
L’un de mes employés s’était fait expulser de son logement avec deux enfants en bas âge parce qu’il ne pouvait plus payer son loyer. Je lui ai avancé 3 000 euros, qu’il rembourse pendant trente mois à raison de 100 euros par mois. »
« Des prêts de 200 à 1 000 euros, pour quelques mois »
Pour l’inspecteur de l’Urssaf (l’organisme qui assure le recouvrement des cotisations de sécurité sociale), l’absence d’intérêt sur les prêts est un avantage bénéficiant au salarié et doit figurer dans l’assiette des cotisations.
Il calcule que les intérêts devraient se monter à 3 500 euros et réclame à l’entreprise 1 750 euros de cotisations supplémentaires.
Claude Goudron conteste le calcul :
« J’ai prêté en tout 10 000 euros, mais la plupart des prêts sont compris entre 200 et 1 000 euros et pour des durées de quelques mois.
Le taux d’intérêt légal a été appliqué par mois et non par an. Ça donne un résultat ahurissant, au-delà du taux d’usure qui est punissable par la loi. »
Pour le patron, payer quoi que ce soi à l’Urssaf serait « une façon d’admettre qu’ils ont raison » et il s’y refuse. Du coup, en octobre, il reçoit de l’Urssaf une mise en demeure assortie d’une majoration de 10%.
« Une grande partie des salariés sont des amis »
Si les salariés d’Ultralu ont besoin de se faire prêter de l’argent, on peut se demander si leurs salaires ne sont pas trop faibles. Claude Goudron s’en défend :
« On est dans la moyenne des salaires de la région. Une grande partie des salariés sont des amis. Ils savent que quand ils ont un problème, ma porte est ouverte et je les dépanne. On est une PME. On n’a pas besoin de lois sociales pour faire du social. »
Joint au téléphone par l’Est Républicain, le directeur de l’Urssaf Belfort-Montbéliard explique que « la procédure est respectée » et annonce que « la Commission des recours examinera ce dossier au cours du premier trimestre 2011 ».
Selon le site spécialisé en droit social RF Paye, le prêt au salarié est parfaitement légal. Et « les prêts sont en principe exonérés de cotisations s’ils sont stipulés remboursables en totalité ».
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Ce qui m’intéresserait vraiment beaucoup, c’est de savoir combien ce patron-là paye le travail du salarié à qui il a prêté de l’argent. parce que, comme ça sans autre précision, je serais assez tenté de dire que la décision de l’URSSAF ne me choque pas.
Au premier chef, parce que les fonds d’une entreprise n’ont pas à servir aux actions caritatives. Si ce patron veut faire un beau geste, qu’il le fasse sur ses propres deniers.
Mais surtout, parce que, dans un monde normal, un travailleur reçoit un salaire décent en échange de son travail. Ce salaire doit lui permettre, notamment, de se nourrir et de se loger. Le problème, c’est évidemment le discours patronal qui soutient que les salaires coûtent trop cher aux entreprises : pas étonnant, dans ces conditions, que les travailleurs se retrouvent à devoir recourir à des expédients. Et le prêt de son patron, ce n’est que ça, un expédient. Ce n’est pas une situation normale pour quelqu’un percevant un salaire normal en rapport avec le travail qu’il fournit.




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