A la une 26/11/2010 à 11h04

ONU : la peine de mort pour les homos n'est plus « injustifiée »

David Perrotin | Etudiant en journalisme

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté le 16 novembre un amendement visant à retirer la préférence sexuelle des motifs de condamnation des exécutions injustifiées, parmi lesquels elle figurait depuis 1999.

Cette référence, qui visait notamment à lutter contre les exécutions d’homosexuels, est désormais remplacée par « raisons discriminatoires de n’importe quel motif ».

L’Assemblée a voté cette modification lors d’un projet de résolution sur les exécutions extrajudiciaires (n’ayant aucun fondement juridique ou n’ayant pas fait l’objet d’un procès) des Etats. Tous les deux ans, les représentants des Etats se réunissent et redéfinissent les motifs des exécutions qu’ils jugent sommaires, arbitraires ou injustifiées.

L’amendement contesté a été déposé par le Maroc et le Mali au nom du groupe africain, du groupe arabe et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Au total, 79 pays l’ont approuvé (dont la Russie, seul pays européen), contre 70 qui y étaient opposés.

Cette résolution peut influencer les législations à venir

Cette résolution n’est pas contraignante, mais le travail de la commission des droits de l’homme est de faire progresser le droit des minorités. Ce faisant, elle doit être précise pour éviter les vides juridiques et les confusions. Cet amendement du Mali et du Maroc vise à entretenir la confusion sur un point qui était depuis 1999 bien précisé.

Pourquoi avoir retiré la seule préférence sexuelle des cas particuliers ? Pourtant, la résolution contient toujours des cas injustifiés très précis :

  • les enfants des rues
  • les minorités nationales, linguistiques, religieuses
  • les personnes défendant les droits de l’homme (comme les journalistes ou les avocats)
  • etc.

Interrogée par Rue89, Christine le Douaré, présidente du Centre LGTB Paris-Ile-de-France considère que c’est une régression majeure du droit international.

« L’intérêt de retenir le motif de l’orientation sexuelle, c’est que l’on condamnait explicitement les crimes homophobes. Désormais il sera de plus en plus difficile d’assurer la protection des minorités homosexuelles. »

Stéphane Crouzat, porte-parole de la mission permanente de la France aux Nations unies, déplore cette décision.

« Nous regrettons que l’Assemblée générale ait renoncé à confirmer ce motif, cette année. Alors que de nombreuses personnes continuent d’être victimes de meurtres et de violences en raison de leur orientation sexuelle. »

Même si cette résolution n’est pas contraignante pour les états-membres, elle peut influencer les législations à venir. Pour Mathilde Chevalier, membre de la commission LGBT d’Amnesty International :

« Le fait que le Mali soit également à l’origine de l’amendement est cependant étonnant. C’est un pays dans lequel on a noté peu de cas de pénalisation de l’homosexualité. »

Une dépénalisation universelle de l’homosexualité fragilisée

Ce « retour en arrière » intervient dans un contexte toujours aussi difficile pour les homosexuels. Plus de 70 pays, recensés dans cette carte de l’Ilga, pénalisent toujours l’homosexualité, et dix pratiquent la peine de mort pour des motifs sexuels.

Un projet de loi en Ouganda prévoit par exemple de lourdes peines de prison pour des condamnés homosexuels et la peine de mort pour les récidivistes. N’importe quel citoyen pourra également être condamné à trois ans de prison s’il n’a pas dénoncé une relation homosexuelle à la police dans les vingt-quatre heures.

Cette résolution, loin de faire progresser les droits des minorités, vient en plus contredire une déclaration de l’ONU majoritairement saluée. En 2008, 66 pays avaient appelé à la dépénalisation universelle de l’homosexualité.

► Mis à jour le 26/11/10 à 12h30. A la demande des riverains de Rue89, ajout du paragraphe qui précise en quoi cet amendement est un retour en arrière.

Mis à jour le 26/11/10 à 15 heures. Ajout des cas particuliers considérés comme des exécutions injustifiées.

Mis à jour le 26/11/10 à 17h05. Le mot « orientation » a été remplacé par « préférence » sexuelle.

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  • Sissi des bois
    • Posté à 14h00 le 26/11/2010
    • Internaute 53905
      ...

    Bonjour,

    Le texte cité au dessus ne semble pas concerner les peines de mort déclarées par les états mais sert à garantir le fait que lorsque l’un de ses citoyens se fait violenter ou assassiner les autorités vont enquêter plutôt que de classer l’affaire.
    L’aspect générique du nouveau texte c’est bien mais il ne faut pas oublier qu’en certaines matières des états vont rechigner. Et reconnaissons qu’un exemple précis (nous en avons dans l’article 2 de la DUDH) évite les chinoiseries juridiques.

    Si c’est pour les condamnations alors c’est plus grave. En effet, le fait de citer l’homosexualité explicitement protège de ces conséquences. Le fait de ne pas être écrit noir sur blanc ne protège que des jugements qui s’appuieront directement sur une discrimination et pas d’un jugement par la bande.
    Si dans un pays la sodomie est déclaré être un crime par exemple, et si cette interdiction s’applique à tout citoyen sans autre considération il demeure la possibilité de condamner un individu sans discrimination aucune de la même manière que l’on condamne un meurtre quels que soient ses motifs, même religieux.

    J’y vois là une faiblesse juridique que ne manqueront pas d’exploiter certains états pour conserver leurs pratiques vis à vis des homosexuels.
    Auparavant c’était au pays qui condamnait d’avoir à justifier le fait qu’il ne condamnait pas en raison d’une discrimination sexuelle lorsque le crime était plus ou moins lié, désormais c’est aux instances juridiques de l’ONU qu’il revient d’aller regarder et de démontrer que le procès est douteux.

  • JC__Moreau
    • Posté à 15h13 le 26/11/2010
    • Internaute 20834

    De nombreux riverains estiment que la disparition, dans la résolution contre les exécutions extra-judiciaires, d’une référence explicite à la « discrimination notamment fondée sur les préférences sexuelles » n’est pas forcément synonyme de régression. D’une façon générale, ce point de vue semble reposer sur l’idée que « trop de lois tue la loi », et qu’il vaut donc mieux consacrer un principe général condamnant toutes les discriminations plutôt que de dresser un inventaire qui risquerait d’omettre certaines d’entre elles. Bref, une réaction de bon sens si l’on se place d’un point de vue strictement juridique.

    Mais, et c’est là que le bât blesse, la résolution dont il est question n’est pas une règle de droit au sens strict ; il s’agit d’une déclaration d’intention politique qui emprunte au registre du juridique sans avoir la valeur. À défaut d’être contraignant, ce type de résolution fait donc souvent suivre l’affirmation d’un principe fondamental de certaines précisions quant à son champ d’application, ce qui est généralement une manière de désigner les catégories de personnes plus exposées que d’autres à la discrimination. À titre d’exemple, lors de cette séance où la référence à la « préférence sexuelle » a été supprimée, la même Commission a adopté sans vote un projet de résolution « relatif à l’élimination de la discrimination à l’encontre des personnes touchées par la lèpre et des membres de leur famille ».

    C’est pourquoi on ne peut sérieusement croire que c’est uniquement par souci d’efficacité juridique que l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) s’est opposée au maintien de la mention des discriminations « notamment fondées sur les préférences sexuelles ». Premièrement, les justifications de la représentante de l’OCI font d’ailleurs clairement apparaître que l’argument juridique sert de prétexte à une prise de position morale, de même qu’elles démontrent que l’OCI n’hésite pas à faire passer la protection du droit à la vie des homosexuels après la défense des valeurs familiales traditionnelles :

    « La représentante du Maroc, au nom de l’Organisation de la Conférence islamique, a réaffirmé que tous les droits de l’homme étaient indivisibles et se renforçaient mutuellement. Elle a déploré les atteintes aux droits de l’homme, où qu’ils soient, et reconnu les droits contenus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle s’est dite troublée par les tentatives visant à se concentrer sur des droits individuels spécifiques et a réaffirmé que la notion d’orientation sexuelle ne devrait pas figurer dans ce texte.
    La communauté internationale devrait, selon elle, éviter une interprétation sélective de certains droits de l’homme. Cette situation pourrait entraîner un précédent dangereux. L’OCI continuera de protéger la notion de famille en tant que noyau fondamental de la société. » [1]

    Dans le contexte du vote d’une résolution « contre les exécutions extra-judiciaires, sommaires ou arbitraires », rappelons que « l’interprétation sélective de certains droits de l’homme » dénoncée par l’OCI vise uniquement à faire respecter le droit à la vie des homosexuels, et non à imposer aux Etats-membres une obligation de leur reconnaître certains droits familiaux : il ne s’agit donc absolument pas comme le prétend la représentante marocaine de « se concentrer sur des droits individuels spécifiques ». La référence à la protection de la notion de famille est donc d’autant plus déplacée qu’elle suggère que le fait de reconnaître explicitement le droit à l’existence des homosexuels est en soi un danger pour la société.

    Enfin pour se convaincre du caractère totalement artificiel de l’argumentaire juridique de l’OCI, il suffit de rappeler que c’est sous la pression de cette dernière que fut imposée la référence expresse à la critique de l’Islam dans la résolution onusienne de mars 2009 visant à lutter contre la diffamation des religions [2].

    Dans le discours de l’OCI, « l’indivisibilité » des droits de l’homme est donc à géométrie variable : un principe absolu même lorsqu’il est question de protéger des individus menacés de mort à raison de leur orientation sexuelle ; et une règle facultative lorsqu’il s’agit de protéger la religion musulmane de la critique.

    *
    *

    [1] Lien
    [2] Lien

  • Camille
    Camille
    Mauvais genre
    • Posté à 20h00 le 26/11/2010
    • Internaute 48427
      Mauvais genre

    Merci David pour cet article difficile