Les Inrocks.com 25/11/2010 à 16h57

Sur YouTube, des policiers vident leur sac en vidéos

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Camille Polloni | LesInrocks.com

« Ça fait vingt ans que tout le monde nous vomit dessus. » Ce gardien de la paix fait partie de l’équipe de FPC Production à l’origine d’une série de vidéos sur les conditions de travail de la police nationale. Appelons-le Claude.

Il accepte d’expliquer le projet aux Inrocks mais tient à rester anonyme, par peur des représailles de sa hiérarchie. Il ne serait pas le premier, compte tenu d’une application de plus en plus stricte du « devoir de réserve » :

« Aujourd’hui, plus personne ne peut parler à la presse. On risque notre carrière, c’est-à-dire notre vie.

La hiérarchie marche à la prime, en fonction des objectifs : elle nous fixe les tâches à accomplir en fonction du résultat qu’on lui demande. Parfois, j’ai l’impression d’être une pute à commissaires. »

Les deux premières vidéos postées samedi et dimanche ne sont pas tendres avec la politique actuelle de sécurité. Elles veulent « briser le silence ».

Pour les réaliser, des policiers se sont associés à des professionnels de l’image. Montage chiadé, gyrophares, musique angoissante comme dans les documentaires de TF1, tout y est. Sauf qu’on ne filme pas des cages d’escaliers remplies de dealers, mais des flics assis dans des commissariats.

En dehors des syndicats

Filmés de dos, la voix bidouillée, ils racontent leurs coups de déprime, la pression politique. Comme Robert K., gardien de la paix, dans le premier épisode, sur les gardes à vue :

« Je suis même pas sûr qu’à la SPA ils oseraient mettre un chien dans nos cellules ! Et nous on est obligés de mettre des gens. » (Voir la vidéo)

L’épisode dure six minutes. Le deuxième, « Les suicides dans la police », dix. Il fait intervenir la soeur d’un policier qui s’est donné la mort avec son arme de service et une femme gardienne de la paix qui s’est retrouvée en hôpital psychiatrique après une période sombre.

On y croise également Jean-Jacques Urvoas, chargé des questions de sécurité au Parti socialiste. (Voir la vidéo)


Contacté par téléphone, Uruvoas explique avoir accepté de participer au projet « après avoir obtenu l’assurance qu’il ne s’agissait pas d’une initiative syndicale masquée ».

Très puissants dans la police, avec un taux d’adhésion de 85%, les syndicats auraient pu organiser un petit buzz.

Il semble que ce ne soit pas le cas. Les vidéos pourraient être la mise en bouche d’un documentaire, dans la veine de « Commissariat », sorti en salles le 10 novembre.

Compte YouTube suspendu

Petite frayeur pour l’équipe FPC : lundi 22 novembre au soir, leur compte YouTube a été clôturé pendant quelques heures, avant de fonctionner normalement à nouveau. YouTube a refusé de préciser aux Inrocks s’il s’agissait d’une demande extérieure.

Pour Jean-Jacques Urvoas, les policiers participant au projet « jouent avec le feu : le devoir de réserve n’existe pas dans la loi mais il est très constant dans la jurisprudence ». Souvent en contact avec policiers et gendarmes, il soutient « une démarche salvatrice » et risque un diagnostic :

« Sarkozy a réussi à faire détester la police dans la population. Il a voulu s’en servir comme d’un relais pour gagner les élections et les sacrifie sur l’autel de l’austérité budgétaire.

Ce que vit la police nationale relève de la déception amoureuse. “Il nous a faits cocus.” Les gendarmes se disent qu’il ne les comprend pas et qu’ils vont finir par disparaître. »

Claude dénonce les conditions matérielles d’exercice :

« Dans certains commissariats, il n’y a pas de vestiaires, il faut se changer en slip devant les gardés à vue. Dans d’autres, les casiers soutiennent le plafond. Les remontées de chiottes dans les salles de repos font que des colombins flottent sous notre nez. Cette puanteur, on la vit au quotidien. On ne demande pas à être aimés, simplement respectés. »

Sauf intervention hiérarchique, les vidéos de FPC devraient continuer à susciter le débat. Ce mardi, le troisième épisode a été mis en ligne. (Voir la vidéo)

 ? Post scriptum le 26/11/10 à 12h30. Ces vidéos servent la promotion d’un livre écrit par un ancien flic. Marc Louboutin, ancien inspecteur de police devenu écrivain, a bien joué le coup. « C’était pas méchant », s’amuse-t-il au téléphone. Pas méchant, mais habile : ses vidéos de policiers anonymes, témoignant sur les difficultés de leur métier, ont donné lieu à de nombreux articles.

Ces témoignages sont réels. Pourtant, ils ne sont pas dénués d’arrières-pensées : le 9 décembre paraît une enquête de Marc Louboutin, « Flic, c’est pas du cinoche », aux éditions du Moment. L’auteur y compare les fictions policières à la réalité. Le groupe « FPC production » a été monté autour de lui pour faire buzzer la sortie du livre, comme le dévoile la dernière vidéo du collectif. C.P./Les Inrocks

En partenariat avec LesInrocks.com

 ? Mis à jour 25/11/10 10 heures. L’épilogue est ici, et annonce la sortie d’un livre, « Flic, c’est pas du cinoche », par Marc Loboutin, producteur de la série.

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  • jacobe
    jacobe
    chercheur
    • Posté à 17h42 le 25/11/2010
    • Expert 55431
      chercheur

    Je comprends parfaitement le malaise d’une profession malmenée (parfois par nous même). Ce qui me choque par ailleurs c’est que les principaux intéressés eux même soient contraints de prendre la caméra pour se faire voir et entendre. Où sont donc les journalistes d’investigation qui normalement auraient du débusquer un tel sujet d’actualité depuis bien longtemps.

  • vodk4rn4k
    vodk4rn4k répond à enfumage
    alter communautariste
    • Posté à 17h54 le 25/11/2010
    • Internaute 129305
      alter communautariste

    Okay certains jouent les malins lors des cérémonies officielles, mais...
    -quid du harcèlement au quotidien dans la rue ou les transports ?
    -quid du rôle de la police dans les manifs, qui casse des vitrines en civil pour ensuite casser du manifestant via les crs ou la gendarmerie mobile ?

    Malgré leur humanité, pour certains même leur humanisme, je crains que le corporatisme, l’endoctrinement envers la hiérarchie, la frustration accumulée en raison du rejet de l’institution par le majorité de la populace n’empêchent les individus (gendarmes ou policiers) de se placer du « bon coté » des barricades lorsque cela sera nécessaire.