A débattre 21/11/2010 à 11h20

Un bon vigile « ne réagit pas au quart de tour » aux provocations

Charles Knappek | Journaliste


Les clients du magasin Uniqlo, à Paris, le 6 octobre 2009 (Charles Platiau/Reuters).

« Fais très attention, sinon mes amis viendront te corriger ». Des menaces comme celle-ci, Abdou, vigile en banlieue parisienne, en encaisse tous les jours. Un chariot mal rangé, un client perturbateur, un incident de paiement... la tension monte très vite, et les vigiles de grandes surfaces sont en première ligne :

« On finit par s’habituer, ce n’est jamais drôle, et parfois ça peut déraper. »

Paul, camerounais de 37 ans, dont trois comme vigile, connait le métier. La supérette du XIVe arrondissement de Paris dans laquelle il officie est régulièrement visitée par « des bandes de jeunes » :

« Quinze fois, ils m’ont menacé de mort, mais je n’ai pas peur, je suis un homme. »

A plusieurs reprises, et avec quatre collègues, il a expulsé des « lascars » venus « foutre le bordel ». Presque la routine pour ce célibataire souriant installé en France depuis onze ans. Ses huit à dix heures de station debout quotidiennes lui rapportent 1 300 euros net par mois.

Paul et Abdou disent intervenir en moyenne cinq à six fois par jour pour constater un vol (la plupart du temps des produits « oubliés » dans les Caddies), et parfois maîtriser un client violent sans jamais, théoriquement, lui porter de coups.

Vigile est un métier à part entière, sanctionné depuis le 1er janvier 2008 par un certificat de qualification professionnelle (CQP). La détention de ce diplôme est obligatoire pour exercer la profession :

« Quand je maîtrise un voleur et que le magasin appelle la police, la première chose qu’ils font en arrivant, c’est vérifier que j’ai bien ma carte professionnelle », rigole Abdou.

« En leur absence, les magasins deviennent de vrais moulins »

« Nous ne pouvons pas embaucher un vigile s’il n’est pas titulaire d’un CQP », confirme Guy Aldeguer, ancien policier et directeur général de SAS, Société d’assistance spécialisée. L’entreprise a travaillé pour des grandes surfaces comme Leaderprice ou Franprix et assure aujourd’hui la sécurité des magasins Décathlon et de diverses boutiques de luxe.

Les vigiles sont ainsi formés pour adapter leur attitude à la fois aux violences verbales et aux violences physiques selon Guy Aldeguer.

« Quand on recrute un vigile, on s’assure qu’il a toutes les qualifications requises, une bonne forme physique, une présentation et un gabarit qui imposent le respect, mais surtout qu’il est équilibré.

Les vigiles sont sous pression permanente, fréquemment insultés, on ne prendra donc pas quelqu’un qui réagit au quart de tour à la première provocation. »

Est-ce bien suffisant pour assurer la sécurité des biens et des personnes dans un magasin ? « Ce qui est sûr, c’est que les vigiles sont indispensables », estime Marie, cadre de la grande distribution :

« En leur absence les magasins deviennent de vrais moulins, il est arrivé que des clients sortent avec un Caddie plein sans même qu’on s’en aperçoive. »

Mais si la profession est aujourd’hui florissante (le nombre total de vigiles en France est estimé à 160 000 personnes, contre 130 000 policiers), les chômeurs ne se bousculent pas pour y décrocher un poste.

« Dans les banlieues, un vigile noir passe beaucoup mieux »

Pénible, peu considéré et mal payé, le métier de vigile échoue ainsi largement aux couches défavorisées de la population. Vigile, un boulot de blacks ?

« L’essentiel de nos employés sont d’origine africaine ou maghrébine », reconnaît Kuamadio Foster, directeur d’exploitation de GSPP, société travaillant notamment pour Lidl, Ikéa et Castorama. « Mais avec la crise, nous avons de plus en plus de Français d’origine qui postulent chez nous. »

« Dans les banlieues, un vigile noir passe beaucoup mieux. C’est un motif de conflit en moins en cas de souci avec des clients qui auraient tôt fait d’accuser un vigile blanc de racisme », estime de son côté Guy Aldeguer.

Dans sa supérette du XIVe arrondissement de Paris, le Camerounais Paul, lui, n’y voit pas grande différence. Si les jeunes qui posent le plus de problèmes sont effectivement majoritairement noirs ou maghrébins, cela ne rend pas pour autant son travail plus facile :

« Je fais souvent la morale aux voyous que j’attrape, je leur dis qu’ils font honte aux gens de couleur. »

Vigile, un métier provisoire avant tout : selon Guy Aldeguer, le turn-over est de 50 % tous les ans.

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  • mistahgreg
    mistahgreg
    Formation
    • Posté à 13h36 le 21/11/2010
    • Internaute 133815
      Formation

    « On finit par s’habituer, ce n’est jamais drôle, et parfois ça peut déraper. »

    Ayant moi même effectuer ce type de travail a divers niveaux, c’est exactement cela et quel que soit l’endroit ou vous travaillez, c’est la même chose partout, la connerie n’a pas de couleur. (et j’ai bosser chez Air France, les commandant de bord qui savent pas passé leur carte dans une badgeuse et qui t’engueulent... lamentable)

    « Vigile est un métier à part entière, sanctionné depuis le 1er janvier 2008 par un certificat de qualification professionnelle (CQP) »
    Je ne parlerais pas de cela ici quand à cette pseudo professionnalisation est a la limite du ridicule (entre les soucis de préfectures qui « t’empêchent » (j’utilise des guillemets car la pref ne délivre pas de carte professionnelle d’ou l’impossibilité de bosser malgré les diplômes) de travailler....
    D’ailleurs vous trouverez sur le site Lien les informations relatives au décret de la professionnalisation... on viens de retrouver les ancien textes de la création de la loi 83-629 du 12 juillet 1983 c’est fun...

    « Quinze fois, ils m’ont menacé de mort, mais je n’ai pas peur, je suis un homme. »

    Il y a quelques années, un vigile pouvait touché jusqu’à 400 francs pour l’arrestations d’un voleur, il n’en est plus rien maintenant. Pourtant régulièrement visé par des insultes, aucune compensation morale ou pécuniaire n’est prévu a cet effet.

    « Dans les banlieues, un vigile noir passe beaucoup mieux »

    Ah bon ? .... l’expérience tend à prouvé le contraire, c’est sur qu’on évite les problèmes de « racismes » cité plus haut mais j’ai vu des blancs bien plus imposant et respecté que les black sans méchanceté... et ce dans tout les département d’île de France...
    En réalité cela n’a rien a voir, je ne suis aucunement raciste mais un black tu lui donne 280heures par mois, il les fait et il est CONTENT d’avoir du travail et il ne rechigne pas ! par contre les cul blanc c’est une autre histoire... c’est plus dans un soucis d’exploitation que les DRH de ces société préfèrent les black, rien à voir avec le fait que ça passe mieux dans 80% des cas. Le mec tu l’appelle a 4h du matin, il viens sans soucis, par contre le petit blanc tu l’appelle a 4h... ;)

    « Quand on recrute un vigile, on s’assure qu’il a toutes les qualifications requises, une bonne forme physique, une présentation et un gabarit qui imposent le respect, mais surtout qu’il est équilibré. »

    Cela dépend bien évidemment de l’endroit ou vous travaillez, un vigile en grande surface n’a pas le même profil qu’un vigile en immeuble de bureau. puis ça me fait doucement rigolé parce que ok en île de France les société de sécurité sont relativement professionnelle autant dans le sud, c’est clairement géré par la mafia, heure supplémentaire non payé (ou rémunéré en frais de déplacement), salaire pitoyable (en dessous des conventions collectives) et bien sur il faut faire plaisir a l’employeur en le « dépannant » tout le temps (maladie, les gens qui ne pointent pas au boulot, j’en passe) sous peine de ne plus avoir d’heures supplémentaires ou se faire envoyé sur un site dont on ne pourra géré la prestation et donc se faire viré...

    « Vigile, un métier provisoire avant tout : selon Guy Aldeguer, le turn-over est de 50 % tous les ans. »

    Oui le turn-over est extrême, ce travail demande énormément de patience et bien sûr de savoir géré la pression. Cependant pour pas mal de monde ce n’est pas un métier provisoire, on peux passé de la sûreté (vigile) a la sécurité incendie et découvrir énormément de choses ! ! il y a aussi les maîtres-chiens, les Agent de Sûreté aéroportuaire, et ensuite des postes d’agent de maîtrise, cadre supérieur ! (même si ceux ci ne représente que 10% a peine de la masse salariale totale a l’heure actuelle). Il est vrai aussi que le turn-over est aussi souvent causé dans ce secteur a cause de promesses non tenue mais bon je me suis déjà assez étalé comme ça :)