A LA UNE 18/11/2010 à 19h43

Mort d'Abraham Serfaty, opposant historique d'Hassan II

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Abraham Serfaty est mort : le Maroc a perdu un pan de son histoire. Ancien militant marxiste-léniniste et opposant farouche au roi Hassan II, Marocain et juif antisioniste, Abraham Serfaty, dix-sept ans de prison, un temps dans la clandestinité et quelques années d’exil au compteur, est décédé jeudi à Marrakech, à l’âge de 84 ans.

Cet homme était un roc, qui en imposait à ses interlocuteurs, physiquement et mentalement. Une montagne de détermination et de conviction, que ni la prison, ni la torture, ni le temps n’ont réussi à ébranler. Il était l’un des survivants des « années de plomb marocaines », témoin engagé d’une époque noire dont les séquelles se font encore sentir au royaume chérifien.

Ingénieur de formation, ce natif de Casablanca est devenu militant communiste à l’âge de 18 ans, au Maroc comme au sein du PCF lors de ses années d’étude en France. Il a combattu activement en faveur de l’indépendance du Maroc, ce qui lui a valu la répression des autorités coloniales françaises.

Les années Ilal al-Amam (« En avant »)

Au moment de l’indépendance du Maroc, il s’engage dans la création des nouvelles institutions du royaume, alors dirigé par Mohamed V. Mais dans les années 70, après quelques années de règne de son successeur Hassan II, il rompt avec les communistes jugés « révisionnistes et trop accommodants, et s’engage à l’extrême gauche avec la fondation du groupe marxiste-léniniste Ilal-al-Amam (“En avant”).

Il se heurte de front au pouvoir implacable d’Hassan II, est arrêté et torturé une première fois en 1972, avant de plonger dans la clandestinité pour échapper à la chasse aux “gauchistes”. Il est de nouveau arrêté en 1974, pour ne sortir libre de prison que dix-sept années plus tard. Hassan II ne lui pardonna jamais son soutien aux indépendantistes du Front Polisario du Sahara occidental, annexé en 1975 par le Maroc.

Dans la revue marocaine Tel Quel, Mustapha Brahma, qui lui a succédé à la tête d’Ilal al-Amam avant de le retrouver en prison, témoigne :

“Je l’ai rencontré pour la première fois en 1985, après mon arrestation. Il était heureux de voir des jeunes assurer la continuité de son combat. C’était un colosse impressionnant par son physique, il avait de surcroît une aura pour nous, car il a préféré lutter pour la justice sociale, alors qu’il avait une grande carrière toute tracée dans l’administration.”

Il ajoute :

“En prison, Abraham Serfaty développait des conceptions nouvelles, comme lutter sur le plan légal pour arracher des libertés publiques. Il avait entre autres l’idée d’un journal pour faire passer le maximum d’idées possibles, sans mettre en équation la monarchie, afin d’éviter la censure.

Précurseur, il avait été le premier à discuter avec les détenus de la Chabiba Islamiya, qui le respectaient. Il ne voulait pas leur laisser l’apanage de la religion, contrer l’islam intégriste en insistant sur l’islam populaire et le soufisme. Il voulait que nous, marxistes, puissions commencer à défendre cet islam.”

A sa libération, il fut déchu de sa nationalité marocaine, et expulsé vers la France où il retrouva la femme qu’il avait épousée alors qu’il était en prison, Christine Daure-Serfaty, une ancienne coopérante au Maroc, militante inlassable de la cause des prisonniers politiques marocains.

Mohamed VI permet le retour

Il lui faudra attendre l’arrivée de Mohamed VI au pouvoir, la décrispation du pouvoir chérifien, pour qu’il soit réinstallé dans sa nationalité et autorisé à revenir au Maroc.

Ce retour montrera toutefois un homme déconnecté des réalités marocaines et d’une époque qui ne correspondait plus à sa vision. Un autre de ses anciens co-détenus, Abdelhamid Amine, raconte leurs retrouvailles dans Tel Quel :

“Il a pris la parole, évoquant Mohammed VI et la nouvelle ère qui s’ouvrait, selon lui. Il nous a affirmé croire que la monarchie et les forces du progrès pouvaient collaborer pour bâtir une démocratie au Maroc.

Il avait une analyse trop optimiste du nouveau règne, comptant beaucoup sur Mohammed VI. Il rêvait un peu à une expérience similaire à celle du roi Juan Carlos dans l’Espagne de l’après-Franco.

Beaucoup de gens, dont moi-même, sont restés interloqués devant ce discours. [...] Le jour de son retour d’exil a vraiment marqué une rupture entre les militants de l’extrême gauche et lui.”

Il se raconte ici, dans une interview à la télévision marocaine après son retour, dans une chaise roulante. (Voir la vidéo)

Un juif pour la Palestine


516PY7PBJRL._SX200_.jpg

Abraham Serfaty a beaucoup écrit, et l’un des sujets les plus sensibles est celui de la Palestine. Lui le juif marocain, issu d’une communauté qui a massivement émigré en Israël, a pris radicalement partie pour la cause palestinienne (il en parle dans la vidéo ci-dessus). L’un de ses camarades s’exclame dans Tel Quel :

“Un juif antisioniste, c’était quelque chose pour nous.”

Serfaty publie même un livre, “Ecrits de prison sur la Palestine”, dans lequel il écrit :

“ Le sionisme est avant tout une idéologie raciste. Elle est l’envers juif de l’hitlérisme.”

Sa disparition accompagne l’extinction d’une génération, qui est passée de la lutte anticoloniale au combat en faveur d’un “autre” Maroc, et qui s’est fracassée sur la répression implacable de Hassan II. Le Maroc a fait, depuis, du chemin, même si la ligne n’est pas toujours rectiligne.

  • 16267 visites
  • 79 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Mr.White
    • Posté à 23h39 le 18/11/2010
    • Internaute 21805

    Ma famille qui a elle aussi payé un lourd tribu des années de plomb, n’a jamais étais communiste. Elle était nationaliste, socialiste et profondément en faveur du Roi (du moins à l’époque de Mohamed V.) Mais tous le monde est d’accord pour dire que Serfaty fait parti des grands hommes du Maroc. Serfaty est devenu pragmatique.
    Il a finis par comprendre l’escroquerie des thèses trotskystes à la fin de sa vie. Il a également pris ses distances avec le Polisario, ça par contre ça n’est pas signalé dans l’article (j’ignore si c’est volontaire ou non.) Que Dieu est son âme.

    • KIKI21000
      KIKI21000 répond à Mr.White
      retraité
      • Posté à 16h10 le 19/11/2010
      • Internaute 53190
        retraité

      Les « marxistes léninistes » sont pro Mao, et je dirais même plus « mao-stal », le PC’ML’F éditait l’humanité rouge sur laquelle il y avait un bandeau avec une représentation de Marx, Engel, Lénine, Staline et Mao. quand à Front Rouge, c’était le journal de la branche pro albanaise, le PCRML tous deux pro stalinien (ils n’acceptaient pas la « déstalinisation » du pc de l’union soviétique.)
      Donc un mao n’a jamais pu adopter quelques thèses « trotskistes » (marxistes-révolutionnaires). Ceci aurait été une hérésie.

      Le fait est que c’était le plus vieux prisonnier politique après Mandela. effectivement c’était un grand révolutionnaire, même si à la fin il était fatigué. chapeau

       
      • Claude Lebrun
        • Posté à 13h00 le 20/11/2010
        • Internaute 17829

        Il va enfin pouvoir retrouver Madame Serfaty, son épouse bien aimée qu’il a rencontrée en 1938 aux Jeunesses communistes et
        dont le souvenir ne l’a jamais quitté :

      2 autres commentaires
    • lapokabrite
      lapokabrite répond à Mr.White
      nihiliste
      • Posté à 16h11 le 19/11/2010
      • Internaute 68460
        nihiliste

      a part les généraux au pouvoir a Alger tout le monde a pris ses distances avec le polisario

  • Makach
    Makach
    Walou
    • Posté à 10h28 le 19/11/2010
    • Internaute 65727
      Walou

    Oui.
    Silence épouvantable sur Edmond Amran El Maleh, lui qui avait connu, participé à la lutte pour l’Indépendance…

    « Le chœur mémorial : dans la ville vénérée de Fès des policiers français en armes réunissent les oulémas sous la menace torturent les récalcitrants la “beïa” policière pour introniser le nouveau sultan : ô sainteté des saintetés ! l’étoile du Dieu Policier monte au firmament.

    Des voix impersonnelles : Ce soir on torture à Casablanca à Alger Buenos Aires Santiago Moscou vous pouvez faire le tour du monde si le cœur vous en dit la “gégène” tourne comme la roue de l’histoire des sévices on vous dit il faut respecter la pudeur des mots le confort des bonnes consciences le chœur mémorial : “gloire hommage à l’inspecteur Flikissime Farcette qui le premier en ce pays arriéré et inculte introduisit les méthodes modernes scientifiques propres humaines de la torture” cris interruption “il a eu la main trop lourde”. A Paris on s’est émut à Paris on s’émeut toujours.

    Qu’importe le supplice de l’eau de l’électricité sur les testicules les coups de cravache mouillée sur la plante des pieds mouillés les supplices multiples sont une souffrance nécessaire que le très chrétien directeur de la Sûreté reconnaissait avec humilité comme le signe inévitable du progrès et de la civilisation. »

    Edmond Amran El Maleh
    Parcours immobile (1ère édition en 1980)

    Paix à leurs âmes.

  • AttentionAuvergnate
    AttentionAuvergnate
    Étudiante droits-de-l'hommiste
    • Posté à 20h19 le 18/11/2010
    • Internaute 129939
      Étudiante droits-de-l'hommiste

    Abraham Serfaty, un grand homme qui nous quitte... Quel courage d’avoir enduré ainsi la tyrannie des autorités coloniales, du roi Hassan II, les tortures, les emprisonnements arbitraires, et de n’avoir jamais baissé la tête. Soit dit en passant, un militant opposant à Hassan II qui a été torturé... ça me rappelle un certain Mehdi Ben Barka.
    R.I.P.

    • mesam
      mesam répond à AttentionAuvergnate
      Etudiant
      • Posté à 21h06 le 18/11/2010
      • Internaute 85700
        Etudiant

      L’affaire Ben Barka ne peut pas être limité au Maroc c’est bien plus complexe, il faut remettre dans le contexte de l’époque, guerre froide, Conférence tricontinentale qui devait se déroulé 3 mois après sa disparition (quelle coïncidence ...).

      De mon point de vu et de celui de beaucoup, les autorités américaines voir françaises avaient beaucoup plus de raison de le voir disparaitre que le Maroc.

      Sinon, respect à Monsieur Serfaty R.I.P, même si je ne suis pas sur la même longueur d’onde que lui sur certains sujets.

    • viva zebda
      viva zebda répond à AttentionAuvergnate
      Ni maître, ni croquettes
      • Posté à 22h51 le 18/11/2010
      • Internaute 25029
        Ni maître, ni croquettes

      Abraham Serfaty, ta disparition rappèle aux souvenirs le combat de quelque uns et unes de tes proches ....
      un rappel à la mémoire a tous ceux qui ont perdu la vie dans les différentes prisons et centres de torture marocains

      Saida Menebhi , Abdellatif Zeroual , Amine Tahani , ... , ... , ...

      La prison, c’est laid
      Tu la dessines, mon enfant
      Avec des traits noirs
      Des barreaux et des grilles
      Tu imagines que c’est un lieu sans lumière
      Qui fait peur aux petits
      Aussi pour l’indiquer
      Tu dis que c’est là-bas
      Et tu montres avec ton petit doigt
      Un point, un coin perdu
      Que tu ne vois pas
      Peut être la maîtresse t’a parlé
      De prison hideuse
      De maison de correctio
      Où l’on met les méchants
      Qui volent les enfants
      Dans ta petite tête
      S’est alors posé une question
      Comment et pourquoi
      Moi qui suis pleine d’amour pour toi
      Et tous les autres enfants
      Suis-je là-bas ?
      Parce que je veux que demain
      La prison ne soit plus là

      Saida Menebhi
      Lien

    • MrAnaon
      MrAnaon répond à AttentionAuvergnate
      étudiant
      • Posté à 21h46 le 19/11/2010
      • Internaute 129420
        étudiant

      N’oublions tout de même pas que, par la suite, la France l’a acueilli comme réfugié politique pendant plusieurs années.

  • momo la salade
    • Posté à 20h41 le 18/11/2010
    • Internaute 110276
      foutus

    paix a son ame , mais vous avez zineb dryef pour reprendre le pan de l’histoire du maroc

  • Rosalba
    • Posté à 20h53 le 18/11/2010
    • Internaute 17914

    Super article, j’aurais même aimé en apprendre davantage !

  • Horatio NELSON-
    Horatio NELSON-
    Amputé
    • Posté à 20h56 le 18/11/2010
    • Internaute 129726
      Amputé

    Respect.

    Sur certaines questions, Stéphane Hessel va se sentir un peu seul.

  • moh56
    • Posté à 21h45 le 18/11/2010
    • Internaute 31702

    il a fallu l’intelligence et la détermination d’un juif marocain pour nous apprendre (a nous les marocains d’origine arabe) ce que c’était le sionisme et comment le combattre.... ! que dieu ait son âme.................. !

    • Tristian
      Tristian répond à moh56
      moi-même
      • Posté à 23h10 le 18/11/2010
      • Internaute 121503
        moi-même

      Si j’ai bien lu l’article, Abraham Serfaty est à 100% un marocain d’origine arabe (qui est sa langue maternel).

      Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre.

      Mais, je peux me poser la même question : suis-je 100% helvète ?

      Je sais que du côté de ma grand-mère, ses parents étaient un mariage contre nature, entre une protestante de la noblesse du bord du lac de Neuchâtel et un évangéliste des vallées de la Chaux de Fonds. Est-ce que c’était des vrais helvètes ?

      Et le reste de ma famille, des paysans qui viennent des environs du lac Léman. Est-ce que c’est des vrais helvètes, ou ont-ils été bâtardisé par les invasions romaines, puis les autres invasions successives ?

      he he, l’identité, c’est un truc étrange.

      En vous disant d’origine arabe, vous voulez dire que vous descendez en ligne directe du prophète et des gens d’Arabie venu vivre au Maroc ?

      J’imagine que, comme Abraham Serfaty, l’arabe est votre langue maternel et que vous gardez des liens forts avec le Maroc, simplement ...

      Mais, c’est vrai, je ne peux pas exclure que votre arbre généalogique est bien plus claire que le mien, ainsi que votre origine.

      • KLcity
        KLcity répond à Tristian
        au calme
        • Posté à 00h10 le 19/11/2010
        • Internaute 131110
          au calme

        L’indentité marocaine est un peu plus complexe que cela.

        Serfaty fait parti des Juifs qui se sont installés (ou revenus) au Maroc suite à la Reconquista en 1492 de l’Andalousie comme de nombreux autres Arabes ou Amazigh (Berbères). En gros ceux que l’on appelait à l’époque « Les Maures ».

        Ils se sont installés en majorité à Tanger, Tetouan et Fès.

         
        • Tristian
          Tristian répond à KLcity
          moi-même
          • Posté à 10h24 le 19/11/2010
          • Internaute 121503
            moi-même

          J’essayais, justement, en parlant de ma famille, de montrer que l’identité, c’est toujours quelque chose de complexe. Même mon histoire, qui a l’air d’être d’une grande simplicité, présentent plus de questions que de réponses.

          Il me semble que j’ai, dans ma famille, aussi des victimes francaises du catholicisme, de l’époque de la révocation de l’édit de Nantes. Certains de ces protestants s’étaient installé à Neuchâtel.

          Mais cette histoire, même si elle n’est pas aussi vielle que la Reconquista, a disparu de l’identité de la plus part des descendants de ceux qui l’avait vécue. C’est devenu des neuchâtelois de souche, depuis le temps.

          C’est vrai qu’historiquement, la Reconquista et l’impérialisme espagnol, ont beaucoup marqué le Maroc. Certes pas autant que ma llajta Cochabamba, mais presque.

          Je ne connais pas les problèmes identitaires du Maroc, mais j’ai de la peine à croire que les réfugiés de la Reconquista se sentent encore différant des autres marocains, après 500ans.

          J’avais lu sur wikipedia, que M. Serfaty disait que l’arabe était sa langue maternel.

          Il me semble assez claire que son identité juive et marocaine inclue son identité arabe (et plus de toutes les autres identités qu’il a pu se forger, durant sa vie).

        • Ratfucker-
          Ratfucker- répond à KLcity
          • Posté à 13h58 le 19/11/2010
          • Internaute 88371

          Abraham Serfaty a été expulsé du Maroc en 1991 au motif qu’il était citoyen brésilien. Ce qui est contraire à la constitution marocaine, qui considère comme sujets du roi tous les natifs du Maroc : Marcel Cerdan, Just Fontaine, Michel Jobert, David Lévy, Eric Besson, Dominique de Villepin, ainsi que les millions d’émigrés en Belgique, France, Israël.

        2 autres commentaires
      • Hugues Serraf
        Hugues Serraf répond à Tristian
        Chroniqueur
        • Posté à 09h58 le 19/11/2010
        • Internaute 26641
          Chroniqueur

        D’autant plus que Serfaty est un mot hébreu qui veut dire « le Français ». Comme vous le dites, l’identité et la généalogie, c’est complexe.

      • Makach
        Makach répond à Tristian
        Walou
        • Posté à 12h07 le 19/11/2010
        • Internaute 65727
          Walou

        Il n’y a rien dans le post de « moh56 » qui laisse penser qu’il ait eu l’idée que Serfaty ne soit pas « marocain à 100 % ». Au contraire, même.

        D’où vous vient cette condescendante leçon « d’universalité » que vous lui infligez péniblement ? ?

         
        • Tristian
          Tristian répond à Makach
          moi-même
          • Posté à 13h57 le 19/11/2010
          • Internaute 121503
            moi-même

          Oui, effectivement, moh56 définit Serfaty comme 100% marocain.

          Mais, en se définissant comme d’origine arabe, moh56 semble sous-entends que Serfaty, comme juif, ne pouvait pas être arabe.

          Avec mon histoire personnel, je sais qu’il existe des oppositions irréductibles entre deux religions, comme, par exemple, entre un protestant et un évangéliste (mais, des fois, il y a des mariages mixtes).

          Il me semble que moh56 aurait du se définir comme musulman, pour se différencier (lui et les siens) du juif Serfaty.

          Je ne cherche pas à lui faire la morale, mais juste à noter ce que j’imagine être une petite erreur de sa part.

          • lapokabrite
            lapokabrite répond à Tristian
            nihiliste
            • Posté à 16h30 le 19/11/2010
            • Internaute 68460
              nihiliste

            être arabe ,c’est être arabophone

            moh 55 ne remet pas en cause « l’arabité » ou la « marocanité » de Serfaty mais que sa « judeité » ne l’a pas aveuglé sur le mensonge et l’injustice qu’est le sionisme (et ca,c’est pas donné a tout le monde )

            sinon pour vous donner une image de l’identité marocaine et de beaucoup d’autres ,c’est celle des poupées russes qui me semble la plus parlante

            • Tristian
              Tristian répond à lapokabrite
              moi-même
              • Posté à 18h21 le 19/11/2010
              • Internaute 121503
                moi-même

              Entièrement d’accord avec vous.

              Il reste que dans le commentaire de moh56, il dit qu’il est marocain d’origine arabe, et d’Abraham Serfaty, qu’il est un juif marocain.

              On oppose trop souvent « juif » et « arabe », ce qui est, à mon avis, très mauvais.

              Voila pourquoi j’aurais voulu que moh56, quand il dit : « nous les marocains d’origine arabe », qu’il dise explicitement qu’Abraham Serfaty faisait, lui aussi, partie du « nous ».

              J’avais cru comprendre qu’implicitement, il faisait une différance.

              • lapokabrite
                lapokabrite répond à Tristian
                nihiliste
                • Posté à 19h52 le 19/11/2010
                • Internaute 68460
                  nihiliste

                « il a fallu l’intelligence et la détermination d’un juif marocain pour nous apprendre (a nous les marocains d’origine arabe) ce que c’était le sionisme et comment le combattre.... ! que dieu ait son âme.. »

                implicitement,il met en doute l’intelligence et la détermination des marocains d’origine arabe a combattre le sionisme !

                le « que dieu est son âme » enlève toute ambiguité ,formule que l’on réserve a un proche ou a une personne pour qui on a du respect

          • Makach
            Makach répond à Tristian
            Walou
            • Posté à 17h19 le 19/11/2010
            • Internaute 65727
              Walou

            Bref, parce qu’il s’est défini comme ’Goy’ (marocain), vous lui êtes tombé dessus à bras raccourci…

            Pour ce qui est des mariages mixtes, vous devriez faire un petit tour au Maroc. En sortant un peu de l’hôtel, vous pourriez découvrir des choses qui vous étonneraient.

            Par ailleurs, ce que contredit le post de « Moh56 », c’est l’idéologie sioniste qui prétend que l’Etat d’Israel et sa politique ne feraient qu’un avec « l’identité juive » (considérée comme génétique).

            Allez donc voir les sites de la Règle du Jeu ou de Causeur. Eux, ils ont besoin de vos leçons. Un très grand besoin.

            • Tristian
              Tristian répond à Makach
              moi-même
              • Posté à 18h20 le 19/11/2010
              • Internaute 121503
                moi-même

              Est ce que j’aurais vraiment été très méchant ? C’était pas l’idée.

              Et il peut se définir comme il veut, ca ne me pose pas de problème.

              Quand je disais que les marriages mixtes étaient possible et que vous me dites d’aller faire un tour au Maroc, en quoi je pourrais être étonné ?

              Ce qui m’étonnerait, c’est qu’il n’y aurait presque pas de mariages mixtes. J’espère que c’est pas de cela que vous voulez me parler.

              L’identité juive et la volonté des sionistes, qu’ils soient fondamentalistes protestants eschatologiques, juifs, ou autres, de vouloir se l’approprier, oui, c’est vraiment très malsain.

              D’ailleurs, je pense qu’Abraham Serfaty pourrait bien avoir raison : « l’envers juif de l’hitlérisme ». J’espère de tout coeur, pour les juifs, que cette idéologie (le sionisme), arrive à échapper au destin cruel qui a été celui de l’hiltérisme.

              Malheureusement, Abraham Serfaty n’aura plus jamais la chance d’aller visiter une Palestine libre et indépendante, puis de rendre visite à ses amis vivant en Israël.

              J’aimerais être optimiste, comme l’était Abraham Serfaty, mais l’idéologie du choc des civilisations est en marche et je ne sais pas si elle peut encore être arrétée (avant un conflit majeur).

              • Makach
                Makach répond à Tristian
                Walou
                • Posté à 20h23 le 19/11/2010
                • Internaute 65727
                  Walou

                Méchant, non, mais condescendant, oui, un peu.

                Et je comprends bien que ce n’était pas forcément votre intention, mais je tenais à le relever : l’histoire des « identités », au Maroc, n’a pas la lourdeur des conflits… européens.

                On y trouve beaucoup de variantes de l’islam (même quelques chiites), beaucoup de variantes du judaïsme (qui hélas, mille fois hélas, disparaissent sous nos yeux), des versions innombrables de l’amazighité…

                Des mariages mixtes, il y en a et il y en a eu à la pelle. La ségrégation est chose absolument inconnue au Maroc. (Comme dans tout le monde dit « musulman ». Au moins avant la colonisation. Après, c’est vrai, ça se complique.)

                Une autre commentateur parle, juste au dessus, de poupées russes pour les « identités individuelles » au Maroc. C’est vrai qu’il y a quelque chose de l’oignon si l’on regarde à la loupe l’histoire de chacun.

                En fait, c’est un préjugé occidental (du XIXe siècle, notamment) qui voudrait mettre chacun dans une case, et une seule, étanche, fermée et inamovible. Évidemment, la colonisation et les partis politiques post-coloniaux, ont malheureusement répandu cette terrifiante façon de penser. Le Maroc en a été relativement préservé, malgré une regrettable poussée de fièvre dans les années ’60.

                Je reviens au point de départ de notre échange, cette phrase de « moh56 » : « il a fallu l’intelligence et la détermination d’un juif marocain pour nous apprendre (a nous les marocains d’origine arabe) ce que c’était le sionisme »
                S’il était Libanais, « moh56 », ce serait une façon pour lui de préserver la possibilité qu’ont beaucoup d’Arabes d’être chrétiens.
                Bon, il est vrai qu’au Maroc les chrétiens sont le plus souvent d’origine européenne ou subsaharienne. Mais tout de même.

                Moi, j’en déduirais plutôt juste que « moh56 » – qui n’est peut-être ni journaliste, ni politicien, donc pas habitué aux arcanes du politiquement correct – voulait simplement dire « non-juif » et que comme ce n’est (sans doute) pas un barbu avec des bondieuseries plein la bouche, il a préféré laisser de côté la religion musulmane…

                Vous, vous avez compris qu’il ne reconnaissait pas à Serfaty sa marocanité. Donc, je pourrais en déduire que c’est vous qui auriez tendance à croire qu’il n’y aurait de Marocains que d’origine arabe.

                Songez-y…

                • Tristian
                  Tristian répond à Makach
                  moi-même
                  • Posté à 22h21 le 19/11/2010
                  • Internaute 121503
                    moi-même

                  non, même condescendant, c’était pas mon idée.

                  Juste que le sujet des identités multiples m’intéresse.

                  Je n’ai pas besoin d’aller au Maroc, pour savoir ce qu’est une identité de poupées russes.

                  Entre mes héritages et les identités que j’ai voulu me développer, j’arrive à quelque chose qui ressemble assez à l’oignon ou aux poupées russes.

                  D’ailleurs, quand on m’a demandé de me définir, en toute bonne foi, j’ai seulement trouvé : « moi-même ».

                  Mais l’identité linguistique, il me semble que c’est quelque chose d’assez important. On partage tous, ici, la francophonie, qui devrait faire partie de notre identité. J’ai la chance d’avoir gagné l’identité « latino », grâce à ma femme et la possibilité que j’ai de vivre la moitié de l’année en Amérique du Sud. C’est surtout une langue et quelques coutumes, partagées de la terre de feu jusqu’au Mexique, et dans toute la diaspora.

                  J’imagine que la langue arabe doit aussi rapprocher les gens qui la parle couramment.

                  Les Marocains, il me semble, ont en commun cette identité linguistique qu’est l’arabe. Mais, bien sûre, mon idée n’est pas de les limiter à cette identité.

                  he he, sur « moh56 », vous devez sûrement avoir raison, il a du parler « d’origine arabe » pour décrire quelque chose de fantasmatique. Peut-être « non-juif », ou alors, autre chose.

                  C’est important, de connaître ses origines, même si, dans l’absolu, personne ne les connaît (moi le premier).

                  Après, il faut juste espérer que le phantasme de nos origines ne nous pousse pas à devenir monstrueux. Mais, pour dépasser en horreur ce qui est né en Europe, je crois qu’il y a encore de la marge (même si je sais que l’homme arrive toujours à se surpasser).

                  • Makach
                    Makach répond à Tristian
                    Walou
                    • Posté à 23h39 le 19/11/2010
                    • Internaute 65727
                      Walou

                    Ben, on pourrait encore compliquer le truc. Au Maroc, il y a quatre langues : l’arabe (registres religieux et officiel), le français (registre business et semi-officiel, bourgeois), la darija (dialecte incompréhensible au delà de l’est de l’Algérie ; registre populaire et/ou de l’intimité familiale), l’amazigh (comme la darija). Et encore, en fait, il y a plusieurs amazighs…

                    Et tous jonglent avec tout ça ! Poupée russe linguistique, aussi.

                    Après, il y a un lien très fort avec la cause palestinienne. Suivant les options des uns ou des autres, on entendra parler de communauté musulmane (au sens normal du terme) ou d’arabité, ou, ne l’oublions pas, de dénonciation « marxiste » d’une « entreprise impérialiste coloniale ».
                    Mais ce lien reste, en tout état de cause : même les non-musulmans (cf. Serfaty ou El Maleh), et/ou non arabophones, et/ou « de droite », s’y reconnaissent.

                    Bref, c’est quand même difficile de reprocher à « moh56 », clairement au fait de cela, qui n’a écrit que 3 lignes, de résumer tout le bazar et son sentiment de fraternité par « origine arabe ». D’autant que l’utilisation de « origine » en précaution marque bien qu’il ne nous fait pas dans un panarabisme bas du front, qui a existé, lui aussi.

                    Pour revenir aux langues : Edmond Amran El Maleh, autre célèbre Marocain juif, ex du PC marocain (qu’il a quitté en 58) et anti-sioniste déclaré, soulignait souvent que sa langue maternelle était la darija. Il disait même en utiliser quelque chose dans ses romans (francophones) pour « subvertir » la langue française.

                    • Tristian
                      Tristian répond à Makach
                      moi-même
                      • Posté à 10h06 le 20/11/2010
                      • Internaute 121503
                        moi-même

                      he he, je ne lui reproche rien, à « moh56 ». Sur le fantasme de ses origines, le petit moustachu, en Europe, dans l’horreur, avait fait très fort.

                      Je pensais, aussi, à un autre fantasme sur des origines, né en Europe, avant, qui pourrait être assez bien placé pour surpasser l’autre. J’espère ne pas avoir besoin d’être plus explicite pour que vous arriviez à suivre mon regard.

                      Et, aussi, joli, l’expression : « panarabisme bas de front ». Ca illustre assez bien ce que je voulais dire et ca me permet de dire clairement que je soutiens le panarabisme haut de front. Si « origine arabe », ca veut dire « sentiment de fraternité », alors, on peut dire que ca fait, aussi, partie d’une de mes multiples identités.

                      Je me sens, en raison de la proximité, plus attaché au rêve de Simon Bolivar. Le panarabisme et la Palestine, pour moi, c’est loin. Mais, il y a comme certaines similitudes, dans leur histoire et leur destin tragique.

                      Pour tous les frères palestiniens qui vivent au Chili et pour Abraham Serfaty, qui devait sûrement la connaître et surtout, pour le plaisir, je me permets un lien musical :

                      Lien

                      • Makach
                        Makach répond à Tristian
                        Walou
                        • Posté à 13h14 le 20/11/2010
                        • Internaute 65727
                          Walou

                        Encore une fois, ce qui m’a paru condescendant, c’est précisément votre soupçon à l’endroit de « moh56 ». Si, au moins, vous aviez simplement posé une question, pour éclaircir vos doutes.

                        Le « fantasme des origines », façon « politique ethnique », ça ne prend pas vraiment, et ça n’a jamais vraiment pris au Maroc. (Pas faute à certains d’avoir essayé, pourtant.)
                        Lien
                        Il y a des Marocains fiers de leurs origines (diverses), mais aucun ne songe ni n’a jamais songé à en faire une politique.
                        Seule votre ignorance du pays et du vécu des Marocains, qui se savent tous des « poupées russes », vous donne une vague excuse.

                        Pour finir, comme ce n’est pas en ligne, cette citation un peu longue (pardon), mais qui en vaut la peine.
                        [« Josua » et « Aïssa » sont deux noms du même narrateur ; le second étant son nom de clandestinité dans la lutte anti-coloniale]

                        « Voix dans ce parc Murdoch près du lycée Lyautey à Casablanca, ce parc où entre deux cours les oranges achetées à un marchand ambulant avaient le goût de la liberté “je conçois à la rigueur que tu sois communiste, je suis moi-même gaulliste de gauche et j’ai un certain respect pour les communistes. Mais tu es juif tu ne peux être du côté des Arabes de ces nationalistes fanatiques qui ne rêvent que de nous jeter à la mer. Demain ils vous feront la peau !” Pierre Grisnez, allongé sur une chaise longue, il habitait pas loin du parc, parlait avec le poids d’un homme parvenu au sommet de sa carrière de financier, avec la bonne conscience de gauche. Josua écoutait mal à l’aise prêt à se mettre en colère se retenant s’accrochant à quelques phrases vagues il était soudain rejeté loin en arrière les Grisnez étaient les premiers amis français de la famille les seuls profondément sincères on ne sait quel hasard les avait jetés dans cette petite ville de Safi lui le père était architecte contrairement à d’autres il n’avait pas réussi à faire le moindre sou un rêveur peut-être la mère d’origine russe apportait une note originale dans cette famille dont on parlait beaucoup à voix basse pas pour en dire du mal mais parce que beaucoup de choses différentes se passaient chez eux autrement que dans la famille juive de Josua des divorces des filles assez libres à voix basse pour que les enfants n’entendent pas, ils étaient la porte de l’Occident une porte qui s’ouvrait sans bruit laissant passer des petites choses des petits cailloux blancs sur un itinéraire secret : la mode des robes de chiffons un peu fous venus de Paris, le bridge la table de jeu recouverte de feutre vert leur doit sa naissance, des manières d’être et de vivre, parler de modèle c’est trop dire plutôt une séduction très discrète ils étaient un peu bohèmes sincèrement amis sans esprit d’arrogance sans pouvoir, sans situation à vous jeter à la figure, amis intimes bien sûr quand ils venaient rendre visite on leur ouvrait le salon, mais cela ne les éloignait pas pour autant. Ils avaient une maison en Normandie entre Le Havre et Rouen, en pleine campagne à quelques pas de la Seine c’est là que Josua fit grâce à eux quelques découvertes essentielles : un saucisson dont la saveur s’est perdue à jamais et cette chose extraordinaire le camembert la révélation d’un monde nouveau, c’est là aussi que lui Josua apprit pour les avoir accompagnés comment les petits Français se promènent dans les bois pour cueillir des noisettes le long du fleuve, les petits Français Pierre Serge les enfants de la famille il y avait aussi des filles comme Antoinette dont le charme alangui faisait vibrer à chacune de ses visites la rue des Menuisiers. Rejeté très loin en arrière la colère gagnait Josua : une amitié pas réellement personnelle mais celle de deux familles s’effondrait comme si elle n’avait été qu’une illusion une fascination trompeuse “Reste juif puisque après tout tu n’es qu’un juif” l’imposture allait le faire exploser le mensonge radical au-delà des bonnes intentions “tu ne peux pas être juif ce Marocain juif, tu ne peux être que français ; un Juif camouflé un Juif honteux mais reconnaissant à l’égard de la nation protectrice” imposture, imposture des mots la face lézardée craquelée du discours tombe en poussière bouts de chiffons jaunis brûlés par le temps le soleil et la pluie vœux anonymes accrochés aux arbres du vide ils ne vous conduiront jamais au cœur du sanctuaire.

                        Jamais ils ne dévoileront la main qui les a noués pour dire un désir marquer une présence implorer une clémence une réponse du saint enterré là celle du destin. De sa fenêtre Aïssa victorieux de lui-même, quel était le sens de ce défi jeté à lui même par lui-même, regardait le fqih surveiller ses moutons il écoutait sans chercher à savoir si ces voix d’enfants psalmodiant le Coran rythmaient sa vie ou leur mémoire ancestrale tout à l’heure d’un moment à l’autre la porte pouvait s’ouvrir des flics surgir pour l’arrêter “votre fils travaille contre la France” comme ils l’avaient dit à sa mère un fourgon cellulaire stopper dans la rue pour arrêter aussi le fqih ou ces hommes occupés à construire une maison ces flics sont français ils seront demain marocains Aïssa regardait ces hommes ce chantier ce cube à deux étages qui sortait de terre à toute allure, pareil aux autres, l’uniformité d’un paysage actuel, à venir, juxtaposé sur l’autre celui du fqih de ses moutons, du M’sid résonnant de voix d’enfants il regardait ces hommes à l’heure de la pause à midi assis là à même le sol autour d’un tajine qu’on aura apporté recouvert d’un linge, un tajine de légumes et de viande peu ou presque pas juste de quoi faire passer le pain “Douaz” pendant ce temps sur un foyer aménagé entre deux pierres l’eau bout, le verre de thé à la menthe apportera un peu de détente, la conversation est très gaie entre ces hommes il y en a toujours un qui a beaucoup à dire le talent l’art de la plaisanterie dans cette langue drue encore paysanne traversée de mots d’expressions parfois empruntés au français la langue ouvrière casablancaise Aïssa aurait pu leur parler se joindre au cercle partager ce pain ce verre de thé comme il l’avait fait tant de fois un peu partout au port par exemple avec les dockers “Hadack Yahoudi” Touzani le chef de la manutention le responsable de cette terrible exploitation le disait aux uns et aux autres le faisait dire partout pour stopper l’action des syndicats et du parti “c’est un Juif” ça ne prenait pas la ligne de partage passait ailleurs jamais il n’a eu à s’en défendre à s’en cacher à chercher des explications ça ne prenait pas et jamais encore une fois jamais il ne s’est senti exclu ni même gêné à l’idée à la crainte que cela pouvait surgir jeter le trouble plus tard, beaucoup plus tard dans un temps sans mesure dans la faille de deux univers engloutis ou seulement ensevelis dans la blancheur d’un linceul plus tard dans l’éternité de l’instant de ce cimetière marin d’Azaïla devant cette mort familière accueillante dans la pierre rugueuse et l’herbe l’angoisse d’une absence lui serrait le cœur comme s’il s’était absenté de lui-même comme si solitaire égaré dans un désert errant à la recherche de traces recouvertes par les sables il ne savait plus quel écho pouvait répondre à sa voix “On raconte qu’en ce temps-là musulmans et juifs partageaient la même vie dans cette petite ville exemplaire” mais c’est déjà le récit le regard voilé de la nostalgie la tentation du passé, la fâcheuse habitude de croire que les clartés incertaines du crépuscule annoncent la nuit. »

                        Edmond Amran El Maleh, Parcours immobile.
                        Éditions Maspéro, 1980, réédité par André Dimanche, 2001 ; p. 230 à 232 de la seconde édition.

                        • Tristian
                          Tristian répond à Makach
                          moi-même
                          • Posté à 21h51 le 20/11/2010
                          • Internaute 121503
                            moi-même

                          J’avais posé la question, à « moh56 », pour éclaircir mes doutes. Et je ne lui en veut pas de ne pas m’avoir répondu.

                          C’est assez drôle, je m’identifie volontiers à la personne de votre récit et à cette problématique.

                          Je suis 100% un bon arien (en France on dirait souchien, je crois) et, à côté des indigènes des vallées et des hauts plateaux de Bolivie, on voit tout de suite que je ne suis pas « originaire » du coin.

                          Quand quelqu’un parle du « gringo », je sais qu’il parle de moi ou de quelqu’un de passage qui doit avoir le même type « racial » que moi.

                          Il y a, actuellement, en Bolivie, une lutte acharnée contre le néocolonialisme, avec de nombreux indigènes (en particulier Aymara et Quechua), qui deviennent fières de leurs origines et qui perdent tranquillement leur complexe d’infériorité. C’est des gens fabuleux, qui sont, aussi, conscient de la diversité de leurs origines.

                          Plusieurs fois, comme dans votre histoire, c’est les gens des « classes moyennes » (ceux qui gagnaient des miettes grâce au néocolonialisme), qui essayent de me discréditer, en parlant de la couleur de ma peau, juste parce qu’ils n’aiment pas mes positions anticolonialistes.

                          Mais, à l’identique de ce que vous me décrivez du Maroc, ca ne prend pas. Ils essayent, pourtant, de radicaliser, en particulier des jeunes Aymaras, avec un racisme anti-blanc. J’en ai rencontrer un, une fois, lors d’un de mes passages dans le très populaire El Alto. Mais j’imagine volontiers que si il avait essayé de m’agresser, au moins cinquante personnes seraient intervenu pour prendre ma défense

        12 autres commentaires
  • brami286
    brami286
    AIPL
    • Posté à 21h50 le 18/11/2010
    • Internaute 61382
      AIPL

    Merci Pierre Haski pour cet article dédié à ce grand homme qui a beaucoup sacrifié pour ses idées .
    Un insoumis qui appartient à une espèce en voie de disparition.
    Qu’il repose en paix.

  • Ptit Louis
    Ptit Louis
    Ni dieu, ni maître
    • Posté à 22h25 le 18/11/2010
    • Internaute 123012
      Ni dieu, ni maître

    Un grand homme vient de nous quitter.

    Et pas un mot du Sarko-Palais....

  • vivmandrin
    vivmandrin
    chomiste cassé trop vieux mais (...)
    • Posté à 22h46 le 18/11/2010
    • Internaute 131491
      chomiste cassé trop vieux mais (...)

    Est il mort après avoir vu les bombardements sur Laayoune ? Une page d’histoire impressionnante, je découvre avec respect un grand homme,pardonnez mon ignorance

    • Senpai
      Senpai répond à vivmandrin
      Informaticien développeur
      • Posté à 23h57 le 18/11/2010
      • Internaute 110000
        Informaticien développeur

      Les bombardements sur Laayoune ?

      Il faut arrêter de regarder les films Hollywoodiens... ca fait retourner le cerveau...

      Pourquoi pas les charniers pendant que tu y est...

      • KLcity
        KLcity répond à Senpai
        au calme
        • Posté à 00h16 le 19/11/2010
        • Internaute 131110
          au calme

        Ah lalalala bombardement sur Laayoune, rien que ça... :)
        La désinformation fait des ravages.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 23h43 le 18/11/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Et on ne peut pas dire que la France ait beaucoup aidé les opposants à Hassan II, du moins sur le plan diplomatique.
    Il est des amis médiocres qui vous coutent en privation d’amis de qualité.

    • mixture fait maison
      • Posté à 12h24 le 19/11/2010
      • Internaute 91546

      Surtout un Juif antisioniste d’extrème gauche, la France n’aidera jamais ce genre de personnage ! Ni le Hammas d’ailleurs... Aucun dirigeant n’a intérêt à la paix et à la justice sociale, aux droits de l’Homme etc.

      LES INSOUMIS SONT IMMORTELS !

  • Julien Marot
    • Posté à 00h14 le 19/11/2010
    • Internaute 18193

    Je me souviens ce soir de ce congrès du centenaire de la LDH à la Villette en 1998, où tous, emportés par l’émotion, avons vu monter sur scène ces rescapés de la Résistance et des camps avec Raymond et Lucie Aubrac, accompagnés de ceux qui s’étaient exilés en fuyant les dictatures...des descendants de tous les Dreyfus, Zola, Seznec, Thiennot, Ben Barka, Basch…, des journalistes, syndicalistes, avocats qui avaient été bafoués ou enfermés et martyrisés dans les geôles…et tout à coup apparut Abraham Serfati sortant de la prison marocaine de Kénitra après 17 ans d’enfermement...Il traversa la salle avec ses béguilles pour rejoindre les autres dans un silence impressionnant avant que n’éclate une ovation dont j’entends encore l’écho aujourd’hui...Merci Monsieur Serfati d’avoir été ce que vous fûtes....

    • Ratfucker-
      • Posté à 14h49 le 19/11/2010
      • Internaute 88371

      Un stalinien orthodoxe comme porte drapeau des luttes pour la liberté ? Cela laisse perplexe.

      • Julien Marot
        • Posté à 15h01 le 19/11/2010
        • Internaute 18193

        Seriez-vous donc malheureux de ne pas avoir été enfermé pendant 17 années pour vos idées ?

         
        • Ratfucker-
          • Posté à 15h10 le 19/11/2010
          • Internaute 88371

          S’il avait voulu exprimer ses idées staliniennes sans risquer la prison, rien ne l’empêchait d’aller se répandre en France ou en Israël.
          Ses camarades communistes arabes, dans le contexte actuel, voient avec déprime les Islamistes endoctriner et manipuler leurs enfants pour en faire des bigots fanatiques, et obliger leur femme et leurs filles à se voiler.

        1 autres commentaires
      • malatrie
        malatrie répond à Ratfucker-
        Distraite
        • Posté à 17h12 le 19/11/2010
        • Internaute 26407
          Distraite

        ça prouve juste que vous n’avez rien compris.

         
        • Ratfucker-
          Ratfucker- répond à malatrie
          • Posté à 17h59 le 19/11/2010
          • Internaute 88371

          Merci de votre explication aussi complète qu’intelligente.

          • Senpai
            Senpai répond à Ratfucker-
            Informaticien développeur
            • Posté à 00h38 le 20/11/2010
            • Internaute 110000
              Informaticien développeur

            Bien sûr, votre pseudo montre que vous etes quelqu’un de très intelligent...

        2 autres commentaires
  • Complex
    Complex
    Galerien
    • Posté à 09h44 le 19/11/2010
    • Internaute 125108
      Galerien

    Encore une disparition qui me fait dire que la génération actuelle est une génération batarde de l’histoire.
    Les uns, comme Mr Serfaty, avaient des idéaux et une vision (qu’on partage ou pas) pour leur pays, le Maroc, et luttaient pour des causes. Qu’avons-nous aujourd’hui, élevés au Corn Flakes, à la Playstation, génération où les ingénieurs s’engagent dans la finance de marché et où les élites maghrébines, très souvent, ne maîtrisent même plus la langue arabe et souhaitent vivre à New York ou Londres ?

    Je souhaite quand même rendre hommage à un Monsieur qui n’a jamais parlé des sévices et tortures qu’il a subi, lui qui a toujours préféré dénoncer les malheurs des autres, et jamais le sien.

  • A.T.swey
    • Posté à 10h44 le 19/11/2010
    • Internaute 112034
      *

    Même lorsque l’on ne partage pas complètement ses idées, on ne peut que regretter la disparition d’un Homme qui s’est battu toute sa vie pour les faire partager .

    Et ses paroles lors d’un interwiev :

    « J’irai d’abord en Palestine lorsqu’il y aura un Etat, puis je passerai voir des amis juifs qui se trouvent en Israël »

    Reposez, enfin, en paix Monsieur Serfaty

  • Anthropia
    • Posté à 14h19 le 19/11/2010
    • Internaute 17441

    Souvenir d’Abraham à sa sortie de prison avec son épouse Christine, dans une petite librairie du XIème.

    Le regard heureux d’un homme libéré d’une prison cachée, restée sans nom durant des années.

    Souvenir de l’épouse, qui sillonnait le Maroc à la recherche de son mari et de sa prison. Puis découverte de la prison cachée. Puis libération.

    Quel destin. Je m’incline.

    Lien

  • thomas steak
    thomas steak
    viande rouge
    • Posté à 10h46 le 19/11/2010
    • Internaute 31024
      viande rouge

    Etudiant à l’époque, militant à l’Unef, j’ai eu l’occasion de le rencontrer... C’était la première fois (et jusqu’à présent la seule) que j’avais en face de moi quelqu’un qui a connu la torture. Je me rappelle avoir été très marqué par la sérénité et la lucidité avec lesquelle s il nous a parlé de cette épreuve, de son combat , de son pays qui commençait se transformer à vue d’oeil. On était alors quelques mois avant la disparition d’H2. Finalement, et c’est la seule occasion de se réjouir, il aura survécu un temps à son bourreau...

    Je suis bien sûr très surpris et attristé en apprenant cette nouvelle, j’ai une pensée pour lui et tous mes camarades marocains pour qui il était plus qu’un modèle.
    Aujourd’hui que le Maroc se « modernise », devient une maison de retraite pour vieux chnoques néocolonialistes et la proie de crétins intégristes, je veux penser à tous ces militants démocrates, laïcs et progressistes qui continuent d’y croire. Bon courage à eux.

  • Aller à la page
  • 1
  • 2