« Body Worlds » : des cadavres à vendre sur un site web allemand

Gunther von Hagens pose devant l’une de ses œuvres « plastinées » à Londres, le 23 juin 2009 (Nigel Roddis/Reuters).
Après les expositions de cadavres, leur commerce. L’anatomiste allemand Gunther von Hagens, inventeur de la plastination des corps, vient de franchir un cap en se lançant dans la vente en ligne de dépouilles... à des prix extravagants.
Mondialement connu pour ses expositions « Body Worlds », l’intriguant millionnaire a établi un vrai business model et inspiré nombre de producteurs. Tel Pascal Bernardin, producteur de spectacles qui avait monté l’an dernier l’expo « Our Body » à Paris, frappée d’interdiction au nom d’une atteinte à la dignité humaine.
Depuis, l’affaire est allée, en France, jusqu’en cassation. La juridiction suprême, dans un arrêt rendu le 16 septembre, a estimé, notamment, que « le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort » et qu’il doit rester hors commerce. (Télécharger l’arrêt)
Le doute sur la provenance des corps avait mobilisé des associations de défense des droits de l’homme, qui soupçonnaient un trafic de corps de condamnés à mort venus de Chine.
La plastination consiste à remplacer les différents liquides organiques du corps humain par de la silicone afin de préserver des tissus biologiques, ce qui permet d’exposer des cadavres comme s’ils étaient vivants, et dans toutes les positions -deux corps en train de s’accoupler avait ainsi été récemment exposés.
Un stock de 12 000 cadavres
Cette fois, les corps mis en vente sur le site Plastination products « proviennent de notre programme de donation », affirme Peter Kiefer, porte-parole de l’Institut de plastination de Heidelberg, interrogé par Rue89 :
« Comme pour les expositions “Body Worlds”, à ne pas confondre avec celles qui essaient de nous copier [dont “Our body”, ndlr], tous les corps mis en vente ont fait l’objet d’une libre donation.
Nous avons actuellement 12 000 cadavres enregistrés dans notre programme, ils viennent de partout dans le monde et ont accepté, avant leur mort, d’être ensuite plastinés. Tout cela est légal, bien sûr. »
Le formulaire de client « qualifié » de l’Institut de plastination de Heidelberg. 
« [Les potentiels clients] doivent le prouver par un document officiel portant le tampon de l’institution pour laquelle ils travaillent, enseignent ou font de la recherche. » (Télécharger le formulaire)
Le porte-parole précise que les gens qui ont donné leur corps à l’Institut de plastination de Heidelberg -ils seraient seize en France- « ont été le plus souvent fascinés par les expositions “Body Worlds” et peuvent aussi vouloir économiser le prix élevé des funérailles » (sic).
L’avocat Richard Sédillot, qui avait porté l’exposition « Our Body » devant la justice, s’interroge : comment réagir à cette initiative ?
« Heureusement, la France est protégée d’un tel commerce de cadavres, ce site ne pourrait voir le jour chez nous.
Le problème avec le commerce en ligne est qu’il est mondial. Des Français qui achèteraient ces produits risqueraient la confiscation car la commercialisation du corps humain est interdite.
Mais si la loi réprime l’importation de tissus humains à fins thérapeutiques, rien n’est dit sur l’importation à des fins mercantiles. Il faudrait peut-être de nouveaux articles dans le code pénal. »
« On pensait que l’Allemagne en avait fini avec ses vieux démons »
Gunther von Hagens repousse toujours plus loin les frontières de l’imaginable. François Rastier, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), rappelle que « von Hagens justifie son commerce tantôt par l’intérêt scientifique (il est nul), tantôt par la qualité “artistique’” de ses débris humains ».
L’arrêt de la Cour de cassation marque à son avis « un progrès dans la conception des droits de l’homme, car il s’étend au respect des dépouilles mortelles -hors de toute considération religieuse et en s’appuyant sur le code civil.
“Les personnes décédées ne sont ni de la viande ni du plastique, et le trafic de cadavres relève du trafic d’êtres humains.”
En Allemagne, l’Eglise catholique a demandé aux politiques d’interdire ce commerce mais l’affaire n’a pas bouleversé outre mesure. Le philosophe Pierre Le Coz, vice-président du Comité consultatif national d’éthique, analyse cette démarche comme une “escalade du choc, une caricature de l’époque” :
“Ce qui me trouble, sur le plan philosophique, c’est que la dernière fois qu’on a utilisé les corps de gens pour faire de l’argent, c’était dans les camps de concentration.
Les nazis récupéraient des dents en or, des cheveux, etc. sur les dépouilles mortelles, pour faire de l’argent.
On pensait que l’Allemagne en avait fini avec ses vieux démons mais le fait qu’elle ne sanctionne pas von Hagens... J’aurais aimé une contestation d’ampleur, des mesures juridiques fortes.
L’Allemagne est le pays des plus grands génies de l’histoire de la philosophie et de l’art musical ; que cette grande nation puisse tomber aussi bas, cela m’attriste et me choque.
D’une façon plus générale, l’évolution du régime démocratique est inquiétante. Manifestement, on ne va pas vers le raffinement du jugement ; on ramène l’homme à son instinct animal.”
- Sur Rue89D'où viennent les corps humains de l'exposition « Our body » ?
- Sur Rue89L'exposition de cadavres « Our Body » interdite par la justice
- Sur plastination-products.comLe site Plastination Products de vente de cadavres
- Sur wikipedia.orgLa plastination sur Wikipedia
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Artiste frustré
Artiste frustré
J’ai beaucoup de mal avec cette conception du corps qui tend à le glorifier, le rends inviolable. Fondamentalement, un corps, n’est qu’un corps, et au delà de ca, rien de plus que de la chaire. La personne qui « habitait » le dit corps, n’est plus, son corps ne lui sert plus, ne représente plus rien pour ses proches sinon la signification que ceux-ci veulent lui donner (Oh oui, adulons les cadavres). Bref un corps n’est rien, arrêtons de nous offusquer de ce que certains veulent en faire.
Plutôt que de se concentrer et donner des leçons sur la dignité humaine après la mort, on ferait mieux de faire en sorte que celle-ci existe avant, et là c’est loin d’être gagné.
J’éructe ces dogmes bien pensants.




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