Parler « rebeu » vs « groupe de tête » : ma lettre à Florent Pagny
Ce vendredi, le chanteur Florent Pagny s’est excusé, au micro de RTL, pour des propos tenus sur l’antenne de Chérie FM ce lundi 8 novembre :
« Je tiens à m’excuser si j’ai blessé, choqué, offensé des gens. Moi, raciste, c’est l’antipode de ce que je peux être. Je prie juste de m’excuser, je parle des fois un peu vite. Il y a des propos qui peuvent avoir d’autres conséquences. On ne maîtrise pas tout, je suis un homme ordinaire. »
Bader Lejmi, militant antiraciste et membre du collectif Les Indivisibles, lui adresse quand même ce coup de gueule.
Cher Florent,
Je n’ai jamais apprécié ta musique, je t’avoue ça tout de suite histoire qu’on soit au clair, que tu ne t’imagines pas qu’il s’agisse d’une lettre de fan déçu.
Ce lundi 8 novembre donc, lors de la matinale de Chérie FM, tu as déclaré :
« Il y a un moment, ton môme, il rentre à la maison et, tout à coup, il se met à parler “rebeu” [arabe, ndlr]. (Rires)
C’est pas possible, tu vas pas pouvoir nous parler ça-comme parce que verlan, encore, tout va bien, mais là il y a pas de raison [...].
Tu vas passer à autre chose et tu vas essayer plutôt de rattraper le groupe de tête plutôt que de... [à ce moment, l’animateur, Fédéric Ferrer, te souffle : “Traîner dans le groupe de queue” ] traîner parce que d’un seul coup, il y a aussi cette histoire de peur et d’ambiance un peu bizarre où, finalement, les mômes ils raccrochent des codes pour être sûrs de pas être emmerdés quoi... »
Pour que tu ne dises pas que l’on a sorti la citation de son contexte, je vais le donner. (Voir la vidéo)
Au début, tu expliquais qu’il fallait que ton fils vive à Miami pour « s’affirmer comme son père », et « être lui-même ». Etre lui-même et s’affirmer comme son père, c’est quoi au fait ? Tu en as donné une définition originale : faire du sport et ne plus parler « rebeu ».
Où irait la France si nous nous influencions les uns les autres ?
Le fils de Florent Pagny parlant « rebeu », quelle idée saugrenue ! Bah oui, un bon petit Français, blanc et de souche forcément, doit assumer sa supériorité ethno-raciale, sacrebleu ! Non, il ne s’agit pas de mépris de classe, puisque tu irais jusqu’à tolérer le parler verlan !
Il faut se rendre à l’évidence : il y a la culture du « groupe de tête » -nécessairement blanche et de souche-, et la culture des derniers de la classe, des cancres, des nuls, bref la culture « rebeu ». Il ne va quand même pas s’enrichir de la culture de ses petits camarades d’origine maghrébine !
Où irait la France si nous nous influencions les uns, les autres, sans complexe de supériorité et ce, dès l’enfance ? Comment tolérer un tel modèle de société où le racisme s’estomperait ? Tu as bien raison quand tu parles de passer à autre chose. Car enfin, comment ton fils pourrait faire carrière s’il ne commençait pas sa vie avec une idée simple : ce qui est blanc est supérieur, ce qui est « rebeu » est inférieur !
Mais le plus insupportable de tout ça, c’est d’imaginer le calvaire qu’a dû vivre ton fils pour être tombé si bas qu’il s’est senti forcé de parler « rebeu ».
C’est la seule explication plausible d’ailleurs car, comment imaginer qu’il se soit lié d’amitié avec ses camarades d’origine maghrébine ou de quartiers populaires ? Quartiers d’où la langue française s’appauvrit à cause des apports maghrébins, gitans ou subsahariens.
Heureusement que le préjugé raciste de la bande de rebeux violente et tyrannique est facilement mobilisable, sinon tu te serais retrouvé à court d’explications !
Florent Pagny, fais-tu partie du « groupe de tête » ?
En 2003, tu as chanté « Ma Liberté de Penser » où tu confondais la liberté d’expression et l’obligation de payer ses impôts (mais aussi à mon avis, celle de ne pas proférer de propos racistes).
En cours d’éducation civique, tu aurais eu zéro. Quand, en 2007, tu as sorti un album de reprise de Jacques Brel, sache qu’à l’école quand on copie sur le premier de la classe, ça s’appelle un plagiat, et on prend un zéro.
La même année, tu n’as pas vraiment chanté en bon français, puisque tu as sorti un album intitulé « C’est comme ça », qui était chanté en espagnol. En cours de français, tu aurais aussi pris un zéro pour hors-sujet !
Et pour ton fils, j’ai un scoop pour toi, son professeur d’arts plastiques se trouve avoir un nom « rebeu » ! Comment va-t-il faire pour rejoindre le « groupe de tête » si même le prof porte un nom rebeu ?
Mise à pied pour l’animateur, bonnet d’âne pour le chanteur
Mais ce qui m’a le plus scié c’est quand même l’intervention de Frédéric Ferrer pour te donner du grain à moudre dans ton délire raciste. Un vrai duo délinquant ! Je pense qu’il va falloir sérieusement songer à vous exclure quelque temps de la classe publique et médiatique avant que votre comportement ne fasse tâche d’huile !
Une mise à pied immédiate de Frédéric Ferrer me semble être le minimum, avant son passage en conseil de discipline puis son exclusion.
Quant à toi, Florent, j’ose espérer que les adultes des médias et de la culture te feront porter le chapeau d’âne à chacune de tes apparitions. A défaut de quoi, ce serait un signal envoyé à tous tes petits camarades que ta pitrerie raciste est quelque chose de parfaitement convenable.
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Sur Rue89Le Cran condamne le « dérapage » « raciste » de Florent Pagny - Sur Rue89Je m'appelle Karim Miské, je suis Français comme Audrey Pulvar
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Auteur(e) de l'article activiste
activiste
Le nombre des commentaires de la souchosphère (que je n’appelerais pas fachosphère car elle dépasse largement les fascistes pour contaminer jusqu’à la gauche, en particulier celle qui tient à la vraie France du bon vieux temps qui n’a jamais existé ailleurs que dans la propagande national-colonialiste...) sur cet article m’a fait halluciné !
A mon sens c’est la preuve de la nécessité qu’il y ait bien plus d’articles de ce genre, car il ne fait qu’exprimer le sentiment et la pensée de tous ceux héritiers de l’immigration post-coloniale, des quartiers et tous ceux qui s’en sentent solidaire. Leur réaction outrée prouve bien que cette parole a jusque là été relativement tu et qu’aujourd’hui il est nécessaire qu’elle émerge enfin. Un peu comme les réactions anti-écologistes des années 70 et 80 florissantes à gauche comme à droite chez tous les tenants du productivisme, qui font bigrement réac de nos jours...
Je tiens cependant à apporter quelques informations par rapport à cet article.
Rebeu n’est pas à mettre en guillemet si blanc et de souche ne sont pas entre guillemets. Rebeu ne signifie pas Arabe, pas plus que Blanc ne signifie Français... Rebeu est un terme inventé et employé par les jeunes des quartiers (de région parisienne et du nord surtout) eux-mêmes pour appeler les Arabes-français autrement qu’en employant le paternaliste « beur » honnie de toute une génération et de celles à venir...
Florent Pagny ne s’est pas excusé d’avoir dit ce qu’il a dit, mais simplement que ce qu’il a dit ait pu blessé. Ce qu’il aurait aimé c’est qu’on soit assez habitué au racisme pour laisser passer comme nombreux de nos concitoyens ont pris la fâcheuse habitude. Ils se le permettent d’ailleurs assez souvent dans la vie quotidienne. Mais là, à la télé, vous avouerez ça le fait moins...
De plus, il a essayé de se rattraper en expliquant que c’est le langage de cité (imitation ridicule rappelant vaguement les mauvais téléfilms avec des jeunes « beurs » des quartiers des années 80). Or il avait bien expliqué dans sa première citation que ce n’est pas le verlan qu’il visait ! C’est bien l’emploi de mots arabes dans la langue française qui le dérange... Elle est en effet le signe d’une appartenance sociale plutôt basse de fait puisque ceux qui l’emploient ont une condition sociale inférieure dans ce pays. Mais en quoi l’infériorité sociale réelle nécessite de la justifier ? Comme si celà devait durer perpétuellement. N’est-il pas imaginable, au lieu de chercher à se distinguer le plus possible de ces classes dangereuses, de leur rendre leur dignité ? Ne lui était-il pas possible d’apprendre à son fils à maîtriser les codes du français bourgeois blanc pour trouver plus aisément du travail sans dénigrer le parler populaire des quartiers ? Car j’ai pu lire ici et là que ce qu’il dit, « nous » le pensions tout bas, et que personne d’entre « nous » n’accepterait que ses enfants parlent de la sorte. A mon sens, ce que ça révèle, c’est surtout que ces catégories de « tout le monde » ou « nous » dans « tout le monde le pense tout bas » ou « nous faisons pareil » révèle juste une chose : l’identité fdesouche semble avoir contaminé bien nombre de mes concitoyens... Il est urgent de se désintoxiquer et de vraiment écouter comme nous parlons tous au quotidien ! Qui, si ce n’est une noblesse d’Etat, maîtrise réellement les codes sociaux de langage qui permettront à ses enfants d’accéder aux classes supérieures ? Pourquoi un tel effort pour se distinguer des plus dominés que soit quand nous mêmes ne sommes pas bien élevés dans la hiérarchie sociale ?
amicalement,
bader




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