Entretien 07/01/2011 à 15h16

Delarue mis en examen : retour sur un sevrage très médiatique

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Jean-Luc Delarue a été mis en examen pour « usage et détention de stupéfiants » par une juge d’instruction de Nanterre. Une décision attendue selon son avocat, qui précise que l’animateur poursuit sa désintoxication. En novembre, il avait annoncé une tournée en camping-car et le lancement d’une fondation.


Jean-Luc Delarue lors d’une conférence de presse de France Télévisions le 3 septembre 2010 (Gonzalo Fuentes/Reuters).

(De nos archives) Jean-Luc Delarue, tout juste rentré d’un mois de cure de désintoxication dans une clinique suisse, a donné cette semaine une interview « exclusive » à TVMag. Création d’une fondation, Tour de France des MJC en camping-car... L’animateur sera-t-il le nouveau porte-drapeau de la lutte contre la cocaïne ? Décryptage de ce plan anti-coke avec l’addictologue Michel Reynaud.

Reportage-photo léché, confidences intimes, projets de télé... Le fondateur de Reservoir Prod, remplacé par l’animatrice Sophie Davant dans son émission « Toute une histoire », a soigné son retour médiatique -exprimant « [son] souhait de créer une émission de deuxième partie de soirée ».

Nous avons demandé au professeur Reynaud, chef du département psychiatrie de l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif et auteur de nombreux livres sur l’addiction, de commenter le programme anti-addiction de Delarue. Il prévient d’entrée de jeu :

« J’ai comme habitude de partir avec un a priori positif pour les malades, penser qu’ils peuvent s’en sortir, j’ai toujours eu de bonnes surprises, même dans les cas les plus désespérés. »

« Des objectifs qui motivent autant que la drogue »

TVMag : « Détendu et enjoué, [Jean-Luc Delarue] répond sans détour à toutes nos questions. Dans la douleur parfois. Avec sincérité toujours. »

Rue89 : « Sincérité », vraiment ?

Michel Reynaud : Je vois surtout quelqu’un qui se redonne des valeurs, et on sait que pour sortir de l’addiction, il faut se trouver de nouveaux objectifs qui motivent autant que la drogue.

On sait que la drogue est le détournement, au profit du produit, des voies de gestion du plaisir, de la motivation, et des émotions. Les drogues viennent se mettre à la place des neuromédiateurs naturels, opèrent un détournement de cap pour nous permettre d’être en paix avec nous-mêmes.

Jean-Luc Delarue s’est redonné des motivations fortes : son fils, l’amour, l’envie de faire partager son expérience, et sous la protection du groupe d’entraide rencontré lors de la cure. Il dit qu’il a retrouvé du plaisir et du bien-être dans son corps, c’est essentiel.

« Les six premiers mois sont les plus difficiles »

Delarue : « J’ai un parrain que je peux appeler vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept ! C’est très important. Il faut prendre l’habitude d’appeler, même quand ça va bien.

Et puis je vais revenir un jour par mois à la clinique pendant au moins un an. Ce programme s’inscrit dans la post-cure. »

Quelle est la vraie durée de la « post-cure » ?

Ne pas se retrouver seul, être dans une structure, tout cela est positif. Après, il y a tout le mauvais génie de ces troubles, et les six premiers mois sont les plus difficiles. Une fois ce cap passé, le cerveau est mieux adapté et les rechutes, moins graves.

Dans ces groupes, on apprend à gérer la rechute, qui fait partie de la maladie addictive, et qui est généralement entraînée par les mêmes causes :

  • le stress professionnel ou émotionnel (il en aura de nouveau) ;
  • les tentations du produit si on a l’occasion de le recroiser (il en trouvera partout) ;
  • le fait de revivre des situations où on consommait (il apprendra à faire avec).

« Il est dans une période où il faut être optimiste »

« Le mois que j’ai passé en cure a été une renaissance pour moi. C’est un tournant dans ma vie et je n’aurais jamais pu revenir comme avant. [...]

J’ai aujourd’hui le souhait de créer une émission de deuxième partie de soirée. Mais, par expérience, je sais que je dois prendre mon temps pour être sûr de moi avant de la proposer.

Pour l’heure, c’est d’abord à mon rétablissement que je dois penser. »

N’est-ce pas trop tôt, au sortir d’une cure de désintoxication, pour annoncer un projet professionnel ?

Il est dans une période où il faut être optimiste. Mieux vaut être prudent, il se prend à témoin comme quand on annonce qu’on va arrêter de fumer.

Dans son cas, il est tellement public qu’il a intérêt à en faire une force, à utiliser sa publicité pour le protéger, même s’il n’est pas plus protégé qu’un autre malade. Il ne faut pas se griser des premières semaines de sevrage.

« Certains profils génétiques sont plus à risques »

« J’ai découvert avec surprise que la dépendance est une maladie primaire. Elle fait partie de l’inné, non de l’acquis. Les dépendants naissent même avec une sensibilité cinq à sept fois supérieure à la moyenne ! ...

[Il réfléchit, très ému.] J’ai découvert que ce n’était pas de ma faute si j’étais dépendant... Que c’était inscrit dans mes gènes... Et que je devais me défaire de cette culpabilité et de cette honte. »

La dépendance est-elle aussi « innée » que Delarue le dit ?

Les addictions sont toujours l’interaction entre un sujet, un environnement et un produit. Elles ont une composante génétique importante, mais selon la manière dont on a intégré les souffrances dans son psychisme, on est plus ou moins fragile.

Certains profils génétiques sont plus à risques, des sujets ont besoin de vivre des choses fortes,
ou d’apaiser un malaise, mais des recherches sont en cours pour déterminer la part du génétique, et il n’y a pas de chiffres. Quand on est plus vulnérable, il faut aussi plus se protéger.

« Ce n’est pas parce qu’on le dit qu’on y arrivera »

« Cela faisait longtemps que je voulais arrêter la drogue et quitter le monde de la dépendance. J’avais prévu de m’arrêter fin septembre après mes tournages J’avais consulté un médecin pour cela, mais le calendrier m’a rattrapé... »

Delarue n’exagère-t-il pas son intention de s’arrêter ?

Beaucoup de gens veulent s’arrêter mais n’y arrivent pas. C’est le propre des drogues : notre partie raisonnable cherche à nous convaincre d’arrêter, mais au fond de vous, vous vous dites : « J’en ai besoin. »

Ce n’est pas parce qu’on le dit qu’on y arrivera. Il était sûrement sincère mais ce n’est pas pour ça que ça aurait marché.

« Pas de contradiction entre les méthodes »

« Le travail des thérapeutes est très subtil... Ce sont tous d’anciens dépendants qui ont la passion d’aider les autres et qui connaissent leur sujet.

Nous avions chaque soir un groupe de parole avec des intervenants extérieurs. C’était des témoignages soit d’alcooliques anonymes (AA), soit de narcotiques anonymes (NA) qui nous apportaient leur expérience. »

Le « sevrage Minnesota » dont parle ici Delarue est-il efficace ?

Tous ces groupes d’auto-support fonctionnent pareil, prendre appui sur le groupe est une des méthodes qui a fait ses preuves.

Dans notre centre de traitement des addictions, on fait de la motivation comportementale mais on conseille aussi ces groupes, qui apportent une chaleur humaine car il y a une disponibilité chez les militants bénévoles qui complète l’aide des soignants.

Il n’y a pas de contradiction entre les méthodes. Ce qu’il a suivi peut aussi se pratiquer en France si l’on n’a pas de moyens, il a sans doute eu plus de confort hôtelier et été plus protégé des paparazzis.

« La cocaïne est associée à d’autres produits »

« Quand je suis arrivé à la clinique pour arrêter la cocaïne, j’ai finalement décidé d’arrêter aussi l’alcool. Même s’il ne s’agit que de quelques verres par semaine, je ne peux pas prendre le risque qu’une dépendance verse dans une autre.

Vous comprenez, en arrêtant la cocaïne, je ne voulais pas risquer de me réfugier dans le vin ou le whisky... »

Est-on alcoolique en buvant un verre d’alcool par jour ?

Non, ce n’est pas un verre par jour qui pose problème, mais la consommation de cocaïne est souvent associée à d’autres produits.

Dans toutes les cliniques de traitement des addictions, il y a souvent plus de gens qui sont là pour l’alcool, le personnel y est donc très attentif, et a du l’inciter à l’abstinence.

« Les idoles font passer des messages »

« J’ai décidé de créer une fondation qui aura pour mission d’informer les collégiens et les lycéens sur les dangers de l’addiction aux drogues, dont fait partie l’alcool.

Je vais donc prendre la route avec un camping-car et partir dans une cinquantaine de villes en France, en Suisse et en Belgique pendant trois mois à raison de quatre à cinq jours par semaine !

Je pense commencer en février ou en mars et je dormirai dans mon camping-car, voire parfois dans un hôtel s’il fait trop froid...

Et, à chaque étape, j’organiserai des réunions dans les collèges, les lycées, les salles polyvalentes et les MJC.

L’image de cet homme de télé dans son camping-car n’a-t-elle pas quelque chose de grostesque ?

Il est dans un monde de communication, de l’extrême... Moi je fais le pari qu’il est sincère et je ne veux pas me moquer.

Vouloir rendre ce qu’on a reçu, soigner ce dont on a souffert est une motivation pour s’en sortir. Après, la présentation du camping-car peut faire sourire et c’est dommage...

Peut-il avoir une action efficace sur la prévention auprès des jeunes ?

Oui, car les idoles sont une bonne façon de faire passer des messages. Ils sont souvent montrés comme consommateurs, mais ils peuvent aussi donner des identifications positives.

Aux Etats-Unis, on utilise beaucoup les anciens dépendants pour promouvoir des stratégies de prévention. Quelqu’un qui a une visibilité médiatique a toujours un message plus fort que quelqu’un qui n’en a pas. Après, on ne sait pas quelle image il a auprès du public.

(Article initialement publié le 11/11/2010)

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  • InitiativeDharman
    InitiativeDharman
    Berger dans les nuages
    • Posté à 13h19 le 11/11/2010
    • Internaute 56651
      Berger dans les nuages

    Il y a certaines affirmations dans l’article à relativiser.
    Notamment l’idée selon laquelle l’addiction est inscrite dans nos gènes, est innée...
    Dangereux, puisque Delarue lui-même interprète la chose en se déresponsabilisant « j’ai découvert que ce n’était pas de ma faute »...
    Il existe bien d’autres théories concernant les addictions...
    Et nombre de thérapies.
    Dans cette clinique, ils ont choisi d’expliquer l’addiction par l’inné.
    Soit.
    Sur quelles études se basent-ils alors que la plupart des addictologues travaillent sur l’acquis ? Sans négliger l’inné.
    Ainsi, les thérapies comportementales et cognitives ont fait leurs preuves, bien plus que les thérapies analytiques concernant l’addiction.
    Pour avoir été moi même alcoolique pendant dix ans et cocainomane pendant cinq ans, je peux dire que mes comportements addictifs sont nés pendant l’enfance et que je n’étais nullement « destiné » à çà...
    Pour ma part, il aura fallu une analyse, des groupes de parole, des thérapies comportementales et cognitives, un traitement médicamenteux et surtout une remise en question de soi-même et la conscience que j’étais responsable de ma consommation.
    Je trouve irresponsable et simpliste de parler d’inné dans un problème qui trouve ses sources surtout dans l’environnement social et le comportement de l’individu face à lui-même et aux autres.
    Si Delarue parcoure la France en expliquant que, de toute façon, ce n’est pas de sa faute, çà va faire des dégâts...
    Car je ne vois pas comment il va réussir à poser un problème et à présenter des solutions alors même que son émission ressemblait en terme de psychologie à du Rika Zarai où l’on simplifiait à l’extrême sans aucune connaissance scientifique.
    Si çà se trouve, Delarue va nous pondre une thèse comme les frères Bogdanoff...
    L’addiction

  • Lauvergnate
    Lauvergnate
    Gardienne du bon goût
    • Posté à 13h58 le 11/11/2010
    • Internaute 99381
      Gardienne du bon goût

    Il semblerait qu’il n’ai fait que deux semaines à la métairie au lieu des 4 minimum
    Lien
    pas très sérieux tout ça
    quelle crédibilité lui accorder ?

  • MamaPacha
    • Posté à 14h02 le 11/11/2010
    • Internaute 109998

    Mea culpa : camping-car / Delarue : gloussements de ma part

    Bon sinon, pareil que certains commentaires, l’inné dans la dépendance je veux bien un peu mais on ne peut pas éviter l’acquis.

    Je présume que lorsqu’on est un peu nanti comme il l’est, tomber dans la drogue et ne donner que la seule explication de l’inné, lui évite bien des remises en question. Pourtant il y a des chemins que l’on ne peut pas éviter toute sa vie, on retombe toujours dessus.

    Cyrulnik en parle beaucoup dans certains de ses livres, de l’inné et de l’acquis, ça peut aider à comprendre que c’est pas tout l’un ou tout l’autre, mais qu’ il y a toujours un mélange des deux.

    Aller expliquer aux jeunes que la drogue c’est mal, c’est bien.
    Mais on évite de remettre en question tout un pan de construction de l’animal social , pan de construction (famille, école, société) qui se fait de plus en plus mal avec des autorités compétentes qui ne le sont pas toujours.. Et là, j’aimerais bien qu’on creuse un peu plus au lieu de se mettre la tête dans le sable.

  • spirou69
    spirou69
    génie à temps partiel
    • Posté à 15h03 le 11/11/2010
    • Internaute 132702
      génie à temps partiel

    je vis l’enfer -et je l’a fait vivre aux autres- depuis plus de 10 ans (addiction à l’alcool) et je remercie Mr Delarue de son initiative(une addiction =l’horreur).
    D’une part, il s’aide en faisant celà et il peut sauver des vies. Et c’est vraiment l’essentiel.
    Se moque-t’on des initiatives prises autour de la mucoviscidose, de la myopathye ou des cancers ? Non (sauf avec beaucoup d’humour noir). Je pense qu’il en est de même avec les maladies addictives et que toute aide est à prendre.
    On verra bien...

  • skoobeedoo
    • Posté à 15h14 le 11/11/2010
    • Internaute 2303

    Ce pauvre garçon avec ses préoccupations de nanti désabusé et sa nouvelle foi de charbonnier pourrait tellement prêter à rire s’il n’était pas dans le même temps la victime de règlements de comptes de la part de gens qui devaient lui cirer les pompes du temps de sa splendeur.

    L’exemple de Carlier (dont les addictions si elles sont légales n’en sont pas moins répugnantes à contempler) dans sa chronique de dézinguage aussi lourd que l’individu en est un exemple particulièrement ignoble.

    Il ne s’est pas contenté de tirer sur l’ambulance, il a chargé au bazooka le cadavre télévisuel de son confrère. Une entreprise de démolition qui confinait à l’obscène.

    Du coup, la victime de cette ignominie en sort plutôt moins vilaine en comparaison.

    Allez Jean-Luc avec des bons amis et des soutiens sans faille, ça va le faire.

  • emiboot
    emiboot
    No Homs land
    • Posté à 15h33 le 11/11/2010
    • Internaute 81944
      No Homs land

    Les réactions du Doc sont limites plus intéressante que celle de Delarue.
    Merci à lui (le doc)
    A delà, un article un peu étrange dans son angle de vue : pourquoi se moquer de Delarue ? (il y arrive très bien tout seul en général)

  • sarkophage_xyz-
    • Posté à 15h42 le 11/11/2010
    • Internaute 24987

    Donc ce mec est libre aprés avoir été reconnu coupable dans une affaire de plusieur kilo de coke (150g « conso perso » par mois).
    J’en connais qui ont fait de la taule pour 1g de canabis, cherchez l’erreur.

    C’est vrai aussi que si on mettait sous les verrous tous les consomateurs de la poudre qui rend arrogant, on aurrait ... une démocratie si ça se trouve.

    edit : je suis pour la légalisation, c’est juste un aprés qui j’en ai qui me fait écrire des trucs pareils.

  • Cabeza_de_Vaca
    Cabeza_de_Vaca
    Après l'éclipse
    • Posté à 15h52 le 11/11/2010
    • Internaute 130264
      Après l'éclipse

    CONTE DE FEES OU STORYTELLING ?

    Delarue ne fait pas sourire... ou alors très jaune ! Voici donc un homme qui a avoué une consommation hallucinante de cocaïne et qui s’en sort (pour l’instant ?) sans aucune condamnation : il est riche, célèbre, il fait de la télévision et il a des relations...

    Pendant ce temps, des centaines sinon des milliers de consommateurs de cannabis vont subir les foudres d’une justice impitoyable : 139 483 interpellations pour usage et 2 454 prisonniers - pour usage, répétons-le - en 2008 (cf. Lien) : ils sont pauvres, inconnus et avec un peu de chance, « banlieusards »... Condamnés après des gardes à vues illégales (cf. Lien à coup de procédures à la légalité douteuse...

    Ces gens-là vont voir leur vie compliquée ou détruite, avec de lourdes conséquences pécuniaires, tandis que celui-ci publiera sans doute un bouquin tire-larmes pour raconter sa chute et sa rédemption - à l’américaine, c’est bien vu dans la France d’aujourd’hui...

    Alors le Tour de France de M. Delarue ne fera qu’illustrer ce que tout le monde voit tous les jours : il y a une loi pour les riches et une loi pour les pauvres ; il y a une justice pour les riches et une justice pour les pauvres.

    Que les médias soutiennent l’un des leurs ne surprendra pas non plus leurs lecteurs. Ils aimeraient bien qu’on leur explique pourquoi et comment une telle différence de traitement peut être compatible avec la démocratie ; mais ce qui est sûr, c’est qu’ils ne s’étonneront pas de ne pas trouver de réponses à leur questions.

    Et nous continuerons à penser que ces gens-là s’empiffreront de coke en toute impunité tandis que les autres se feront toujours persécuter pour avoir fumé un joint.