TRIBUNE 11/11/2010 à 09h43

Le foot en France, c'est prendre aux pauvres pour donner aux riches

Nicolas Kssis-Martov | So Foot http://www.sofoot.com/blogs/marxist/

(Note : Cet article est un édito de So Foot).

A l’heure où la France d’en bas descend dans la rue, probablement en vain, pour défendre ses retraites, le football français n’échappe pas à la règle : « En haut les couilles en or, en bas les nouilles encore », comme le scandent joliment les manifestants.

Pire même : montré du doigt depuis le fiasco des Bleus en Afrique du Sud, le vilain foot amateur et ses notables balzaciens vont plus que jamais raquer. Passer à la caisse. Et le gouvernement est, indirectement mais volontairement, dans le coup.

Baisse drastique des subventions au sport amateur

Récemment, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, a ainsi dévoilé devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale les prochaines lignes de crédits pour la « mission sport » -elle laisse Rama Yade assurer la promo de son livre pendant qu’elle s’occupe des choses sérieuses. Pour résumer : une baisse « coup de massue » de 14,4% (qui accompagne de toute façon une chute des subventions directes aux fédérations de plus de 10%).

Dans un même élan, le CNDS (Centre national pour le développement du sport), qui ponctionne la Française des Jeux et autres droits télé pour financer le sport de masse (il constitue la principale manne d’argent directement déversée par l’Etat sur le sport amateur), se voit soutirer près de 150 millions d’euros sur cinq ans afin de financer les futurs stades de l’Euro 2016 (sur un budget annuel de 288 millions en 2010).

En Robin des Bois moderne qui braque les riches pour donner aux pauvres pour refiler aux très riches, notre ministre chasseuse de caïds de vestiaires justifie en partie le tour de passe-passe en invoquant l’augmentation des ressources à venir grâce à une probable hausse de la taxe sur les paris sportifs en ligne. La survie du sport associatif et amateur dépendant de « l’addiction » des geeks du foot, elle est belle l’histoire.

Et ce n’est pas tout : de nouvelles lois « structurelles », comme la réforme territoriale et la RGPP (Révision générale des politiques publiques), vont profondément et durablement entamer les moyens des petits clubs locaux.

Besoin de fonds ? Cherchez des sponsors !

En effet, les collectivités territoriales, historiquement premier soutien desdits petits FC et autres AS de province et de cités, y voient leurs ressources drastiquement réduites. Et comme dans n’importe quel ménage, les coupes franches s’appliqueront d’abord sur les loisirs, autrement dit, ici, le sport, qui devra forcément céder la priorité aux transports, à l’éducation ou à la formation professionnelle. Finis, par exemple, les financements croisés pour les installations sportives (en gros oubliez le synthétique nouvelle génération co-financé par le département et conseil régional).

C’est d’autant plus absurde qu’on demande dans le même temps aux associations sportives de régler la question sociale, d’occuper les jeunes futurs casseurs, de servir quasiment de crèches voire -et avec l’accompagnement éducatif- de remplacer les profs d’EPS.

Pour les remercier, on remet des prix, on lance des fondations. Et Rama Yade et consœurs les encouragent désormais à se tourner vers le sponsoring pour trouver des fonds. La bonne blague. Autant dire que les dirigeants bénévoles des quartiers vont devoir apprendre à recompter leurs sous et soudoyer la boulangerie du coin pour qu’elle augmente sa contribution au-delà des traditionnels coupe-vent de début de saison.

Vers des déserts géographiques ?

Cela dit, même les clubs pros vont finir par sentir passer le vent du boulet. Ainsi, par exemple, l’En Avant Guingamp a vu fondre les aides d’un conseil général des Côtes d’Armor confronté notamment à l’accroissement des charges sociales qui lui incombent désormais (RSA, etc.). Où l’on risque de voir les déserts géographiques du foot pro (et en particulier pour les centres de formation) se dessiner en fonction de ce qu’il subsistera de richesses aux collectivités.

Nicolas Anelka s’est interrogé récemment à haute voix sur le mystère de l’impôt. Imagine-t-il que son premier stade est apparu un beau matin de rosée, que son premier maillot a atterri de la hotte du Père Noël et que son centre de formation ne fonctionnait qu’avec des braves altruistes se dévouant à sa réussite de futur millionnaire de Premier League ?

Tout le monde ne pourra pas ensuite apporter à son club de Trappes un sponsor aussi classe et dépensier que Canal+. Finalement, au lieu de réviser la politesse ou de s’époumoner à chanter la Marseillaise, nos pros en bleu gagneraient, en patriotisme et en civisme, à apprendre ce que leur foot de riche doit à nos impôts. Et ils comprendraient sûrement mieux le vrai sens du mot « grève ».

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  • A déménagé le 10 mai
    • Posté à 11h22 le 11/11/2010
    • Internaute 102287

    Heu, comme tout ce qui est populaire.

    Sinon, rien de nouveau au monde du pognon et de l’individualisme ? :)

    Heureusement que la presse est là pour nous montrer du doigt des évidences.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 12h21 le 11/11/2010
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    De 2005 à 2008 Canal+ versait 653 millions d’euros par an à la FFF pour le droit de retransmission des matchs de foot. Depuis 2008, avec l’arrivée d’Orange, l’ensemble des 9 lots attribués (avec M6, W9, pour certaines compétitions) les droits se montent à 668 millions d’euros par an jusqu’en 2012.
    En tant que petit dirigeant de foot, je m’occupe des vétérans de mon très petit club, je confirme d’une part que les subsides versés par la ligue de football de mon département sont en nette perte de vitesse et que certains clubs qui ont engagés des dépenses (renouvellement des buts, peinture de vestiaires, achats de matériels d’entrainement,...) sont dans le rouge car les engagements de la ligue ne sont pas tenus. D’autre part, le nombre de licences dans mon département a chuté de 6000 par rapport à l’année dernière.
    Quant aux collectivité locales, mairie pour les clubs de villages, départements et régions pour les clubs plus huppés, il y a bien longtemps qu’elles ne participent plus aux activité sportives, elles préfèrent, a juste titre, se consacrer au social (handicapés, aides aux personnes âgées, RSA,...)

    • Bavat
      Bavat répond à padiran
      barbaque
      • Posté à 14h46 le 11/11/2010
      • Internaute 121237
        barbaque

      « De 2005 à 2008 Canal+ versait 653 millions d’euros par an à la FFF pour le droit de retransmission des matchs de foot »

      C’est à la ligue de football professionnel (LFP) que les chaines versent cet argent. Laquelle LFP est tenue d’en reverser une (petite) partie au football amateur.

      Ceci dit, il me semble qu’à part Thierry Henry, aucun footballeur français connu n’a financé de terrain de foot dans le quartier de son enfance...

      Alors que l’entraide devrait venir de ceux qui ont profité du bénévolat et des structures du football amateur avant de gagner des millions.

      Certains préfèrent investir dans des centres de formation et d’éducation en Afrique, ce qui est salutaire là-bas, mais le marché des footballeurs africains offre surtout des perspectives de rentabilité et de médiatisation bien plus tangible qu’un terrain de foot à 100 000 € dans un petit village de province française.

      Patrick Vierra a préféré investir 1 m d’ € dans une série sur le foot qui n’a même pas été diffusée.
      Je ne sais pas ce que c’est de gagner des millions, mais n’est-ce pas le principe même de l’éducation d’apporter les moyens de comprendre le monde, de s’adapter et d’agir ?
      Comment se fait-il que les joueurs pros n’aient pas reçu un minimum d’éducation -à de trop rares exceptions près ?

      On voit bien dans les réactions des footballeurs pros à l’affaire des primes qu’ils ne se rendent pas compte du circuit qui leur a permis de réussir, laissant tant d’autres aspirants footballeurs sur le carreau...

      La pérennisation du modèle de formation à la française, qui a bénéficié à de nombreuses fédérations, notamment Africaines, est de ce fait loin d’être assurée.

      On est dans la paradoxale démesure du football moderne : entre le smicard qui se saigne pour voir jouer une équipe de millionnaires qui n’a plus rien à voir avec lui, le bénévole, comme vous, qui ne se lasse pas d’accomplir les mêmes gestes tous les dimanches et les soirs d’entrainement, comme un rituel qui permet d’accomplir des miracle, l’arbitre de district qui est bien souvent le seul sur le terrain à avoir un défraiement pour son match, le père de famille qui va chercher les coéquipiers de son enfant à leurs domiciles pour les accompagner au match, entre tout ce tissus de bonne volonté et l’égoïsme abyssal des joueurs de football professionnels dont les caprices ne se discutent pas.

      A quoi bon suspendre et critiquer les 23 grévistes de Knysna, quand on accepte la superbe nonchalance de ces héros égo-centrés ?
      A partir du moment où il rentre dans la sphère pro, le joueur oublie d’où il vient.
      La personne chargée de la gestion de son capital a plus d’importance que son préparateur physique, son agent que son entraineur...
      Comment dans ces conditions peut-il envisager plus d’une seconde rendre à ceux qui lui ont donné ?

      • padiran
        padiran répond à Bavat
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 15h26 le 11/11/2010
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        « C’est à la ligue de football professionnel (LFP) que les chaines versent cet argent. Laquelle LFP est tenue d’en reverser une (petite) partie au football amateur. »
        Bien sûr, mais la LFP fait parti de la FFF. Par contre je n’ai vu nul part le pourcentage que la LFP reversait aux amateurs. A contrario, l’argent versé aux clubs de L1 est parfaitement connu, 44 millions d’euros pour Lyon, 40 millions pour Marseille en 2005,... selon différents critères allant de la notoriété aux résultats
        Quant aux joueurs professionnels, quand ils atteignent le Graal de la ligue 1 en France où des championnats étrangers, ils oublient qu’il y a eu quelque part un bénévole pour les transporter et les former, ainsi va la vie.
        Ce n’est pas tant aux joueurs professionnels qu’il faut en vouloir, mais aux fédérations nationales et internationales qui vampirisent l’argent des licences et des sponsors sans contres parties tangibles pour les bénévoles et surtout pour les joueurs amateurs.

         
        • Bavat
          Bavat répond à padiran
          barbaque
          • Posté à 15h38 le 11/11/2010
          • Internaute 121237
            barbaque

          Effectivement, on ne connait ni le montant, ni les objectifs, ni les résultats...
          Enfin si, le résultat on le connait : la paupérisation du football amateur.

        1 autres commentaires
  • schtroumpf qui rit
    schtroumpf qui rit
    poil qui gratte
    • Posté à 14h09 le 11/11/2010
    • Internaute 106639
      poil qui gratte

    mais je crois que nos super-représentants pour la coupe du monde 2010 ont décidé de récupérer les 2 ou 3 millions de prime pour faire une bonne action alors que leur super capitaine et super entraîneur avaient décidé d’y renoncer donc si je comprend bien, fume c’est du belge ? ? ?

  • andycap
    andycap
    photographe
    • Posté à 18h11 le 11/11/2010
    • Internaute 35577
      photographe

    Pourquoi le foot serait-il traiter différemment dans une économie de marché et dans le libéralisme financier actuel ? C’est tous les secteurs de la société qui sont touchés par le « en haut des couilles en or, en bas des nouilles encore ». Et dans ce secteur comme dans tous les autres, le système privilégiant le profit à court terme peut se comparer au mec en train de scier la branche sur laquelle il est assis.
    L’avantage pour le foot, c’est qu’on aura plus à subir les états d’âme de stars à 2 balles dont le développement psycho-social et inversement proportionnel à la taille de leur compte en banque puisqu’ils seront trop mauvais, mal formés et du coup plus très aptes à briguer une qualification quelconque en coupe du monde ou ailleurs. Et avec eux disparaîtront, je l’espère, les Menez et autres pseudo-journalistes, ingénieurs populistes, du commentaire « sportif », là vaut mieux mettre les guillemets, puisque l’insulte, l’ironie et le mépris sont les bases solides sur lesquelles reposent leur vision du sport.

  • noroît
    noroît
    autre
    • Posté à 18h29 le 11/11/2010
    • Internaute 51578
      autre

    Les directions départementales de la jeunesse et des sports ont été absorbées au sein des directions de la cohésion sociale et je n’ai pas vu grand monde se désoler de l’éclatement du Ministère de la Jeunesse ET des Sports (ministère existant depuis 1936). Rama Yade préfère le sport spectacle et n’en a rien à foutre du sport de masse qui est pourtant le ciment du sport pro. Elle a claironné partout avoir obtenu du président 150 millions pour les stades afin qu’ils soient opérationnels pour 2012 ainsi que l’aide du CNDS pourtant normalement consacré à l’aide aux petits clubs. Encore une fois tout pour le foot. Elle a juste oublié les autres sports. Entre Bachelot qui ne connaît rien au sport, Yade qui n’y connait pas grand chose et Daubresse, l’improbable ministre de la jeunesse (et des solidarités actives), vous pourrez vous estimer heureux si vos enfants trouvent un club sympa qui existe encore l’an prochain dans votre ville ou votre campagne.

  • kikekoi
    kikekoi
    toujours de bonne foi
    • Posté à 19h03 le 11/11/2010
    • Internaute 29279
      toujours de bonne foi

    Le foot en France, c’est prendre aux pauvres pour donner aux riches
    on peut retirer le mot foot, la phrase marche aussi...

  • Sidis
    Sidis
    précaire
    • Posté à 10h25 le 12/11/2010
    • Internaute 48687
      précaire

    Pas mal, mais voici un article beaucoup plus complet sur le fonctionnement économique de ce business et le rôle des agents...

    Lien

  • fralae
    fralae
    Educateur
    • Posté à 09h41 le 13/11/2010
    • Internaute 132917
      Educateur

    Educateur dans un petit club de foot de quartier, je m’aperçois continuellement du rôle de vache à lait de la fédération des petits clubs. Quand nous demandons une cotisation modeste aux familles pour inscrire leurs enfants, la moitié de cette cotisation nous est reprise par le district, la Ligue et la fédération. Ce qui nous laisse peu de moyens financiers pour permettre de bonnes conditions de pratique du sport pour les enfants. Sans oublier que les collectivités territoriales aident de moins en moins surtout les petits clubs qui sont pourtant une source de dynamisme essentiel de citoyenneté locale. L’argent de la base sert aux plus riches et bien sûr hors de question de pouvoir bénéficier en retour d’une aide ponctuelle de la fédération. Et le professionnalisme qui vit grâce à nous ne fait jamais un geste quelconque d’encouragement. « Donnez nous dieu vous le rendra » : voilà la devise de la fédération et du professionnalisme.