A LA UNE 10/11/2010 à 18h44

Limogeage « surréaliste » et tragi-comédie à France Soir

Erwan Manac h | Journaliste

La directrice générale adjointe de France Soir, Christiane Vulvert, menaçait de démissionner, mardi soir, de ses fonctions de « mandataire sociale ». Au lieu de cela, elle a été abruptement limogée.

La rédaction, qui baigne dans l’inquiétude, vit cette semaine un nouvel épisode du vaudeville entourant le destin du quotidien depuis le rachat du titre, en janvier 2009, par Alexandre Pougatchev, un homme d’affaires russe de 25 ans, fils d’un oligarque proche de Vladimir Poutine. Personne n’imaginait pourtant ce qui s’est joué dans les locaux du journal, avenue des Champs-Elysées.

« C’était surréaliste et très violent »

Dans son face-à-face avec le millionnaire russe -organisé au siège d’un cabinet d’avocat-, Christiane Vulvert, jusqu’alors directrice générale déléguée de la publication, n’a pas eu le temps de renoncer à ses responsabilités de mandataire sociale, qui l’engagent dans la gestion du journal. Alexandre Pougatchev l’a remerciée dans l’ensemble de ses fonctions.

A son retour à la rédaction, Christiane Vulvert s’est même vu barrer l’entrée par les gros bras de la direction. Les serrures de son bureau ont été changées mardi en toute hâte.

Un représentant du personnel, estomaqué :

« C’était surréaliste et très violent. Nous sommes allés la chercher au pied du bâtiment pour qu’elle puisse monter et parler avec les salariés. »

Quelques minutes plus tard, au milieu d’une assemblée générale de crise improvisée dans les locaux de la rédaction, Alexandre Pougatchev s’est invité pour défendre sa position. Philippe Cohen-Grillet, secrétaire adjoint du comité d’entreprise :

« C’était complètement délirant. Nous lui avons demandé le nom du remplaçant de madame Vulvert comme mandataire social. Il nous a répondu qu’il n’y aurait pas de remplaçant à ce poste. C’est pourtant obligatoire. Devant notre insistance, il a fini par appeler son avocat, sous nos yeux, pour lui poser la question. En raccrochant, il nous a annoncé que ce serait lui. »

Alexandre Pougatchev « reprend personnellement la direction générale », comme le confirme un communiqué. Il est désormais l’interlocuteur direct des salariés. La tension devrait rester élevée, car le personnel de France Soir baigne dans les rumeurs depuis plusieurs semaines.

Inquiétudes et bruits de couloir

Notamment sur la situation financière catastrophique du titre, qui perd « 2 millions d’euros par mois », d’après Alexandre Pougatchev qui s’exprimait ce jeudi dans une interview au Figaro. Le jeune homme d’affaires russe a annoncé, mardi 9 novembre, un nouvel investissement de 500 000 euros, qui permettra d’éponger une partie des dettes que le journal avait en retard. Il a aussi assuré qu’il continuerait à investir dans son journal, à commencer par un effort de 20 millions d’euros dans l’élaboration d’une nouvelle formule, prévue pour le mois de janvier.

D’autres inquiétudes circulent dans la rédaction, éditoriales celles-ci. Des craintes renforcées par le départ de Christiane Vulvert. Les plans de la nouvelle formule n’ont pas été révélés mais un virage éditorial vers une ligne « trash-people » serait en préparation sur le modèle des tabloïds.

Phillipe Cohen-Grillet :

« Cela fait plusieurs semaines que les salariés du journal constatent un changement significatif dans la ligne éditoriale. Mais nous n’avons aucune information de la direction que ce soit sur la nouvelle formule ou sur la situation financière. »

Au mois d’août, Christian de Villeneuve avait été limogé pour des raisons éditoriales. L’ancien directeur de la rédaction du Parisien et du Journal du Dimanche (JDD) était arrivé à France Soir cinq mois plus tôt pour le lancement de la nouvelle formule, le 17 mars 2010.

Alexandre Pougatchev s’est voulu rassurant, ce jeudi, affirmant qu’il n’avais « jamais voulu faire un quotidien trash ».

Ventes en hausse mais pas d’équilibre financier

Lorsqu’il est devenu propriétaire de France Soir, Alexandre Pougatchev promettait des investissements pour faire grimper le journal au-dessus des 200 000 exemplaires. Mais, si la nouvelle formule soutenue par une campagne de communication très dynamique a fait progresser la diffusion du titre de 24 000 à 76 000 exemplaires (d’après l’OJD), France Soir peine à atteindre l’équilibre.

Le jeune patron de presse, un brin candide dans sa gestion de la crise, n’a plus de liquidités à injecter dans le titre. La banque de son père est en faillite et l’oligarque est en disgrâce auprès de Poutine.

Un comité d’entreprise sous haute tension se tenait ce mercredi après-midi en présence d’Alexandre Pougatchev, le nouveau mandataire social. La question a été posée d’adopter un « droit d’alerte », qui engagerait la désignation d’un expert comptable ayant toute latitude pour examiner les comptes du journal, afin de donner aux employés les réponses qu’ils demandent depuis plusieurs semaines. Aucun « droit d’alerte » n’a été finalement adopté et les membres du personnel, qui ont obtenu des premières réponses sur la situation financière du journal, attendent désormais la tenue d’un nouveau CE, mardi 16 novembre.

Mis à jour le 11/11/10 à 11h45. Suite à l’interview d’Alexandre Pougatchev, publié ce jeudi par le Figaro, nous avons complété l’article avec ses déclarations sur la nouvelle formule de France Soir, prévue pour le mois de janvier, et sa volonté de continuer à investir dans le journal.

►Mis à jour le 11/11/10 à 12h15. A l’issue du CE qui se tenait mercredi après-midi, nous avons complété le programme des discussions internes.

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  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Wouaooouh!
    • Posté à 19h24 le 10/11/2010
    • Internaute 25924
      Wouaooouh!

    « Pauvre » Vulvert...Elle en a avalé des couleuvres...Avoir tant de relations pour en arriver là. Depuis le CNC où elle roulait pour Chevènement (... !), atterrir, pas dégoûtée, à France-Droite et s’y faire éjecter... Prochaine destination ?

  • Vert de gris
    Vert de gris
    jeune retraité
    • Posté à 22h14 le 10/11/2010
    • Internaute 90690
      jeune retraité

    Superbe ! France-Soir est un journal prompt à propager la bonne parole de droite bien libérale. C’est bien dommage pour eux, mais ils font la connaissance de l’ultra libéralisme conquérant qui ne s’embarrasse pas de détails...

  • Hulk
    Hulk
    Gros con de droite
    • Posté à 02h01 le 11/11/2010
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    Elle voulait démissionner, et à la place elle se fait virer. De quoi se plaint-elle : elle a économisé un timbre.

  • freakfeatherfall
    freakfeatherfall
    moonchild
    • Posté à 05h49 le 11/11/2010
    • Internaute 21024
      moonchild

    ils virent trash et les ventes augmentent... les gens sont vraiment... vraiment... (je peux pas dire, on ne peut plus dire de choses négatives chez monseigneurue89)

  • PATRICK75015
    PATRICK75015
    autodidacte droit social (...)
    • Posté à 18h19 le 11/11/2010
    • Internaute 113226
      autodidacte droit social (...)

    France Soir, un titre qui était déjà auparavant tellement bas dans la presse de caniveau qu’il est devenu difficile voire quasi impossible de le redresser. Le problème est simple. De dérive bien populiste en changement de formule guère plus convaincante, il ne trouve pas et ne retrouvera jamais le nombre de lecteurs pour être viable économiquement. Est-ce un mal ? Et cela n’est-il finalement pas à mettre au compte de l’intelligence des lecteurs ?

    Un autre titre de la presse quotidienne avait il y a de cela quelques années plongé ainsi, pour les mêmes raisons éditoriales : Le Parisien à l’époque « libéré ». Economiquement il a eu chaud lui aussi. Force est de constater toutefois qu’en changeant radicalement de style et de contenu, il en est à peu-près sorti. Aujourd’hui on n’a plus forcément honte de lire « Aujourd’hui en France ».

    Mais même en cas d’hypothétiques efforts éditoriaux de France Soir, le mauvais souvenir et la mauvaise réputation du titre sont devenus tes que toute tentative de redressement devient à mon avis vaine.

    J’ai même peur que sur un C.V. de journaliste, avoir travaillé trop longtemps chez France Soir ne soit pas un bon argument d’embauche.