Miroir social 09/11/2010 à 18h53

Pas de commissions au Crédit mutuel, mais bientôt du variable

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Rodolphe Helderlé | Miroir social


Une poignée de pièces d’euros (timsnell/Flickr).

Pour le moment, les conseillers du Crédit mutuel sont uniquement rémunérés au fixe. D’où la campagne de publicité nationale qui joue en ce moment sur cette originalité dans le paysage bancaire. Mais l’appel à la grève lancée par l’intersyndicale de trois fédérations du groupe pour demander le retrait d’un projet d’introduction d’une rémunération variable brouille quelque peu le message.

« Au Crédit mutuel, les chargés de clientèle ne sont pas commissionnés... Et ça, ça change tout. » Le slogan de la dernière campagne de publicité nationale du groupe coopératif n’est pas mensonger mais mérite certaines précisions.

30% du variable sera individualisé

Les conseillers ne touchent effectivement aucune commission et sont rémunérés exclusivement au fixe. Pour le moment du moins, car s’il n’est pas question d’introduire du commissionnement, la branche Arkéa (7 700 salariés) du Crédit mutuel, qui regroupe les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central, a présenté un projet de rémunération variable.

Un projet, baptisé « Performance & Co » (« Commerciale & Collective »), présenté aux instances représentatives du personnel sans négociation préalable. La part variable pourrait représenter 4 000 euros par an et par conseiller selon un mécanisme de redistribution particulier alliant collectif et individuel. La part individuelle n’étant versée que si l’objectif collectif de l’agence est atteint.

Ainsi, 70% de l’enveloppe est alors versée de façon égalitaire par le manager qui distribue les 30% restant de façon strictement individuelle.

Une grille d’évaluation permet au manager de justifier de l’attribution de cette part individuelle pour « sur-performance » sur quatre axes : activité, implication, rapport à l’entreprise, appréciation globale, déclinés en treize indicateurs. Sur chaque indicateur, le manager doit dire si le conseiller est oui ou non en sur-performance...

Pire que le commissionnement, selon les syndicats

Une intersyndicale s’est constituée pour refuser ce projet, avec un appel à une nouvelle grève reconductible à partir du 9 novembre, qui fait suite à une première grève suivie le 2 juin par 39% des salariés selon la direction et 50% selon les syndicats. Même le SNB (CFE-CGC), plutôt enclin à ne pas s’opposer à l’individualisation des salaires, fait partie du mouvement.

Voilà de quoi embarrasser la coordination nationale du Crédit mutuel, qui estime pour autant qu’il n’est pas question de commissionnement dans ce projet. La direction d’Arkéa n’a pas souhaité nous répondre.

« C’est encore pire que le commissionnement car le variable intègre une logique de dépassement des objectifs », note Paul Rica, délégué syndical central CGT du Crédit mutuel Arkéa. Et celui-ci d’ajouter :

« C’est une rupture dans la relation entre la direction et les salariés, qui ont le sentiment qu’on ne leur fait plus confiance pour assurer le développement de l’entreprise. La direction introduit du variable car elle estime que l’implication des salariés n’est pas suffisante. »

« Les salariés se mettent la pression entre eux »

Les conséquences de cette arrivée du variable ont été analysées dans un rapport remis en juin par le cabinet Syndex à la demande du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Pierre Jubil, délégué central CFDT, un syndicat qui représente plus de
50% des voix aux dernières élections, souligne :

« Il va y avoir de nombreux effets pervers sur les relations de travail car le mécanisme de redistribution fait en sorte que les salariés se mettent la pression entre eux tout seuls. En effet, des conseillers considérés comme plus faibles pourraient être accusés d’empêcher le déclenchement de la prime collective. A la limite, le manager n’a pas à intervenir. »

La part variable des conseillers du Crédit mutuel Arkéa viendra donc compléter un salaire fixe sur 14,5 mois, auquel s’ajoute l’équivalent d’environ un mois de salaire en intéressement et participation. C’est en 2011 que les syndicats pourront mesurer les premiers résultats de cette nouvelle rémunération au variable, qui ouvrira peut-être la voie pour les autres fédérations du Crédit mutuel...

En attendant, voilà un projet qui témoigne de l’indépendance de la branche Arkéa par rapport à la stratégie de la coordination nationale du groupe coopératif.

Publié initialement sur
Miroir social
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  • moltes
    moltes
    Salarié
    • Posté à 19h11 le 09/11/2010
    • Internaute 124969
      Salarié

    le système proposé par Arkéa est juste une prime à l’objectif, qui existe déjà dans de nombreuses entreprises.

  • berengere1981
    berengere1981
    Riveraine
    • Posté à 21h21 le 09/11/2010
    • Internaute 84629
      Riveraine

    Cette campagne du credit mut me laisse perplexe...

    Moi non plus dans ma banque je ne suis pas commissionnée par rapport aux produits vendus ... mais mes augmentations de salaire et mon évolution professionnelle depend de toute manière de ma production et de ma manière de travailler (ainsi que ma prime annuelle individuelle)

    Dire qu’un conseiller n’est pas commissionné ne signifie pas qu’il n’est pas objectivé...

    C’est peut etre même encore pire : ils ont des objectifs à tenir mais ne gagnent rien quand ils le font !

    Dans ma banque aussi on peut ne pas tenir ses chiffres sans perdre de salaire mais la carrière n’ira peut etre pas dans le sens que l’on souhaite.. Comme partout .. et comme au crédit mutuel !

    Bref c’est beau la pub quand même !

  • Gazzooo
    Gazzooo
    lecteur curieux
    • Posté à 08h11 le 10/11/2010
    • Internaute 44487
      lecteur curieux

    Sur un produit financier placé à un client, la banque gagne de l’argent (à tous les coups), et le client aussi (normalement).
    Par contre, suivant le produit, la banque est plus ou moins gagnante. Si elle commissionne ses conseillers bancaire, elle a tout intérêt à ce qu’ils vendent des produits ou la banque s’en met pleins les poches. Par exemple, sur un produit A très rémunérateur pour la banque, elle peut commissionner à 1%, et pour le produit B, qui sera plus intéressant pour le client, elle commissionne à 0,1%.
    Mettre des commissions fixe pourrait déjà rendre le système plus sain, l’intérêt du conseiller rejoignant celui du client.

  • xaxa
    xaxa répond à alaixih
    • Posté à 14h57 le 10/11/2010
    • Internaute 88669

    C’est au client de gérer le risque acceptable, pas au conseiller de le faire.

    Sans commissionnement, le conseiller n’a aucun intérêt à perdre du temps à chercher la meilleure solution. Il proposera (cf les banques) des produits clés en main, standardisés, sans réfléchir plus de 2 minutes.

    En commissionnement « vente », il risque de proposer des produits rémunérateur pour lui, toujours sans se préoccuper de vos besoins, quitte à mettre en place des montages juridiques bizarres plus ou moins intéressant, objectivement parlant, pour ses clients. Voir le cas des retraités de 80 dans un commentaire de cet article : la solution du banquier (AV + prêt) est intéressante ou non selon le profil du client (je n’ai pas le dossier, donc je ne sais pas dans le cas précis), mais est toujours intéressante pour le conseiller doublement commissionné sur la fourniture d’une AV + fonds et d’un prêt.

    En commissionnement payé par le client sur résultat effectif, il proposera les produits les plus rémunérateurs pour le client, sa comm en dépendant, le client devenant non seulement maitre du choix du produit / du risque acceptable mais aussi maitre du choix de la « prime » (voire salaire) du conseiller.

    C’est d’ailleurs le fonctionnement des gestionnaires de fortune ... dont on peut voir qu’ils ne sont pas particulièrement enclin à faire prendre des risques inconsidérés à leurs clients, ce qui risquerait de faire chuter leurs propres revenus.