Etudes débiles 08/11/2010 à 13h29

Sur Facebook, on rompt avant Noël. Et dans la vraie vie ?


Non, les couples ne se séparent pas davantage juste avant les vacances d’été, deux semaines avant Noël ou la veille de la Saint-Valentin. Contrairement à une « étude » du blogueur David McCandless qui montrait que les usagers de Facebook modifiaient davantage leurs statuts conjugaux à ces périodes de l’année, il n’y a pas de saisonnalité de la rupture dans la vraie vie.

Cette étude a pourtant fait beaucoup parler d’elle ces derniers jours. Le graphique que vous voyez ci-dessous a circulé, qui illustre les observations statistiques du blogueur. (Voir le graphique, cliquer pour agrandir)



Le graphique de David McCandless.

« Avant Noël, logique ! », « Juin, ça se tient »

Voir le document

(Fichier PDF)

Premier bémol, générationnel : on sait
d’après la dernière étude de l’Observatoire des réseaux sociaux de l’Ifop que les usagers des réseaux sociaux renseignent davantage le champ dévolu à leur situation amoureuse dans leur profil Facebook lorsqu’ils sont jeunes. Les quadras et plus hésitent davantage à étaler leur vie intime. (Télécharger l’étude)

Comme vous pouvez le voir, des pics se dessinent nettement sur la courbe, qui montrent que les usagers de Facebook annoncent plus volontiers leurs ruptures amoureuses à certaines périodes de la semaine ou de l’année.

Un peu de bon sens vous aura fait relativiser l’impact du lundi matin : nul besoin d’être anthropologue des réseaux sociaux pour imaginer qu’un certain nombre de gens attendent de se reconnecter à leur retour de week-end pour actualiser le champ de leur profil Facebook. Plutôt que de se précipiter le samedi midi, en pleine engueulade.

Certains ont malgré tout l’impression de retrouver, dans les périodes qui se dessinent sur le graphique, une intuition empirique. Pêle-mêle, voici quelques réactions entendues devant ce graphique :

  • « Avant Noël, logique ! Tu te dis : “Je vais quand même pas la/le présenter à ma mère !” »
  • « Juin, ça se tient. Tu t’en débarrasses avant de partir en vacances, comme ça la voie est libre. »
  • « La Saint-Valentin, à mon avis c’est un truc de fille vexée qu’il ne veuille pas lui servir le grand jeu. »

Sur quelle base peut-on précisément dater la fin d’un couple ?

Les professionnels de la rupture, avocats et les détectives privés notamment, se montrent dubitatifs.

Les trois cabinets d’avocats consultés pour cet article sont formels : eux, pour qui divorces et séparations représentent 20 à 25% de l’activité, n’enregistrent aucun pic particulier dans l’année, si ce n’est le calendrier des vacances judiciaires qui repousse les décisions de justice pendant les deux mois d’été.

Quelques avocats constatent tout au plus « un frémissement » aux alentours des vacances de Pâques, période à laquelle certains couples viennent les voir dans l’espoir de régler la séparation avant la rentrée scolaire suivante.

Mais même les impôts ne poussent plus les couples en bout d’histoire à faire prononcer le divorce à une période définie puisqu’on peut remplir une déclaration de revenus séparée avant le jugement.

Côté détectives privés, ils enregistreraient plutôt une demande en hausse après les fêtes de fin d’année et au retour des vacances d’été.

Michel Bozon, sociologue à l’Institut national d’études démographiques (Ined), est l’auteur de nombreux travaux sur la conjugalité, et notamment sur la saisonnalité de la formation du couple. Interrogé sur la pertinence de l’étude du blogueur, il répond par une question : sur quelle base peut-on précisément dater la fin d’un couple ? A partir du moment où l’on est prêt à l’annoncer ?

  • 29673 visites
  • 52 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • lordcyfer
    lordcyfer répond à Sohokino
    Geneve
    • Posté à 14h15 le 08/11/2010
    • Internaute 21488
      Geneve

    Je penses qu’une étude qui porte sur un site qui compte plus de 500 000 abonnes est autrement plus valable qu’un sondage ou on téléphones a 500 personnes.

  • Lunevirtuelle
    Lunevirtuelle
    Observatrice - Démographe
    • Posté à 14h56 le 08/11/2010
    • Internaute 132376
      Observatrice - Démographe

    Ca me semble évident qu’il ne s’agit pas d’une courbe de rupture mais plutôt d’une annonce de statut célibataire à la face du monde.

    En clair, les ruptures n’ont pas lieu à ces moments-là, mais on pense à les indiquer sur facebook à ces moments-là.
    Donc forcément la saint-valentin, spring break pour les américains, les vacances d’été, parce qu’on pense que ce sont des périodes plus propices à faire des rencontres.

    Quant à Noel, c’est un moment où on revoit sa famille, parfois éloignée et qui garde des nouvelles souvent par facebook. Ce serait balot que tatie demande des nouvelles de Jules alors que c’est fini depuis 3 mois.

    Donc il ne s’agit même pas d’un problème de représentativité, mais de champ étudié, qui n’est ici pas la rupture mais l’annonce de celle-ci.

  • Zigpoc
    Zigpoc répond à lordcyfer
    transitoire
    • Posté à 16h14 le 08/11/2010
    • Internaute 104004
      transitoire

    Pour un sondage, c’est d’abord la qualité de l’échantillon qui compte, avant sa taille.

    Vous prenez 10, 100 ou 100 000 personnes sur facebook, vous aurez toujours la frange de la population « qui a internet », « qui trouve un intérêt à s’inscrire sur ce site » et « qui expose sa vie privée en public »

    C’est pour cela qu’on parle d’échantillon représentatif (en termes d’âge, de catégorie socio-professionnelle, de revenu, de sexe, ...) lorsqu’on évoque un sondage d’opinion. La taille influe plutôt sur la marge d’erreur (de l’ordre de 4% pour un échantillon représentatif de 1000 personnes)